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04/12/2014

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Ce n'est pas que j'ai nécessairement l'intention de publier une note aujourd'hui, mais simplement que je teste certaines conditions d'accès à la publication, dans un autre contexte.

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Ci-dessus et après, photos de mon voyage-train, avant le voyage bateau qui devait me mener jusqu'en Grèce à l'élté 2014. A moi de vous faire préférer le train (la pluie....)...

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(photos du 6 août 2014)

 

extraits de mon journal de voyage

jeudi 7 août 2014

Toujours et partout revient le temps des vagues et le temps des voyages.

Il existe différentes raisons de prendre des notes dans un carnet de voyage : enregistrer une émotion, une information ou une idée.

Voyage en train de Paris à Milan, puis de Milan à Rimni, puis de Rimini à Ancône. J'écris sur mon morceau de pont du bateau. C'est aussi pour moi l'occasion de trouver un prétexte pour boire un café en longueur, avant de reprendre une activité cosmétisante en cours. En effet, j'ai entrepris de vernir mes ongles de pied. Trois étapes : définition des contours; optimisation des surfaces, fixation de la couleur.

J'aime bien alterner plusieurs activités en même temps, pour ne pas m'ennuyer.

Mon carnet ne sera pas narratif d'un bout à l'autre cette année, mais j'irai suivant le désir. Tel est mon désir. Evocation du voyage en train. Agréable SNCF. "Réfléchir, parler, rêver, dormir : choisissons le train par plaisir". Idée de slogan.

Grande agitation mentale à l'intérieur de ma boite-sphère cranienne, se stabilisant peu à peu et trouvant distration et exaltation valable dans le maniement de mon nouvel appareil-photo. Observation du paysage sous l'angle : réchauffement climatique or not. Observations nuancées restant à préciser. Présence discrète des autres voyageurs. Quelques symboles psycho-culturels en cours dans l'équation centrale identifiée. Bref.

Tristesse et chaos de la gare de Milan, fort belle au demeurant, d'un point de vue architecturel. (...)

Train vers Rimini ensuite, que je m'étais imaginé être un port, du moins savais-je qui'il n'était pas loin de la côte; toutefois ce n'était pas un port, et j'ai repris le train vers Ancône, après avoir failli prendre un bus pour aller je ne sais-où, avec ma lourde valise : "Do you know where is the port to take the boat to go to Greece ?" " Yes, yes"..." " What?". Non, ce n'est pas un port. Distraction, mais le voyage à l'aventure ne méprise pas des instants divergents, qui portent leurs émotions, comme les étapes réèllement choisies. Toutefois, je fus heureuse d'arriver à "bon port".

C'était le soir, hier soir, et le bateau pour la Grèce n'était pas à quai. J'ignorai quand et où il viendrait et mes déambulations et questions dans la ville ont été relativement hasardeuses.

D'abprd un Sicilien me parla un peu, supposé me conduire, mais nous nous séparâmes lorsque je refusai sa proposition sexuelle; puis un homme d'Ancône commença par m'entrainer dans un bus qui n'allait pas au port, tandis que nous discutions aimablement de la situation politique. Je descendis de ce bus et rebroussai chemin, trouvai une première indication du port qui me fit m'enfiler dans un petit trottoir hardu où je rebroussai finalement aussi chemin, ne voyant pas le commencement de l'ombre d'un bateau; je fis l'éxpérience -il était environ 10h du soir- d'échanger mon short contre un pantalon en ville, dans un coin discret ; demandai encore mon chemin, puis envisageai de passer la nuit sur une petite place vageuement distroy mais verte et éclairée, où finalement, après qu'un groupe, sur un petit port adjacent, m'ait conseillé d'aller de l'autre coté le lendemain vers 8h chercher un ticket, une fille m'indiqua que le port aux ferrys ne se situait pas là, mais plus loin "après le théâtre"... Je passai la nuit à côté de ce "théâtre" ? , non , de cette porte sculptée, où je me distrayai d'abord en envoyant des bouts de brioche à une sorte de grosse souris qui sortait d'un buisson pour chercher sa pitance, puis en discutant  une heure environ avec un serveur de café indien qui me proposait de me payer l'hôtel. Au matin, après avoir peu dormi, je partis en quête d'un billet de bateau ; contraiment à ce que m'avait dit le 2ème homme avec qui j'avais discuté, il était tout-à fait possible d'acheter un billet pour un départ le jour même. Juste avant, j'étais allée devant le magasin de bateaux Superfast et la porte s'était ouverte d'elle-même, automatisme un peu sensible, et j'étais rentrée. Des dames m'avaient indiqué donc où me procurer le billet du jour, et quelques heures plus tard, j'embarquai sans dommage, si ce n'est quelques heures de sommeil que j'aurai largement le temps de rattraper.

Voilà. Le bateau trace maintenant au milieu des quatre horizons, à moins qu'ils ne soient plus nombreus que cela. Manifestement, je suis d'humeur espiègle, mais il est possible aussi que je ressente plusieurs humeurs en même temps... En tous cas, il n'y a qu'un seul bateau -très correct- et qu'une seule moi-même.

Couleurs blanche, orange, bleue, alentours.

Tout à l'heure, un homme m'a porté ma valise dans les escaliers : certainement, parce qu' il était d'éducation princière et avait de bons biscotaux...

Accesssoirement, je me demande si je vais réussir à dormir cette nuit -il est environ 20h- sur ce morceau du pont où le vent soufflle- l'air du bateau, comme une personne qui parle sans s'arrêter.

Ambiance assez douce sur ce bateau, je trouve. Les serveurs de bateaux grecs me donnent assez souvent l'impression de faire des commentaires entre eux sur la présentation des passagers...

Quelques autres points. Presentation non exhaustive.

Un dernier commentaire pour cette séquence. Le stylo de l'agence de bateau  (superrfast) est décoré de l'inscription "environnmentaly friendly pen". Décidément les Grecs sont toujours à la proue de l'Histoire humaine.

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08/07/2014

La farce de maistre Pathelin, partie 3

vase au bouquet imaginaire 2.jpgVoici la suite et la fin de la présentation de la pièce (vers 1465) "La farce de maistre Pathelin". Si quelqu'un cherchait la scène 5, qu'il ne s'inquiète, elle se trouve quelque part à l'intérieur de la scène 4, je veillerai à cela d'ici quelques jours : ce n'est qu'un intitulé à ajouter. Rien n'est perdu.

Voici donc la troisième partie. Petites remarques à ajouter par mes soins ultérieurement, mais je présente la pièce tout de suite pour ne pas faire trop durer le suspens... Et bien sûr, mille -et plus- merci, et bravo, à l'auteur de ce texte... Voici la suite :

 

 

 

PARTIE 3 

  

SCENE 6 - LE DRAPIER, THIBAULT AIGNELET (« agnelet » : petit agneau), berger- Chez le drapier

 

Le drapier (seul)

Quoi dieu ? Chacun me paierait de mensonges ?

Chacun m’emporte mon avoir,

Et prend ce qu’il peut en avoir,

Et je suis pourtant le roi des marchands !

Même le berger des champs

Me trompe.

(le berger entre)

Maintenant, le mien,

A qui j’ai toujours fait du bien.
Il m’a par ce biais bafoué

Mais il viendra à mes pieds

Par la benoiste couronnée, la vierge !

 

Le berger

Dieu vous donne benoiste journée

Et bonne soirée, mon seigneur doux.

 

Le drapier

Ha ! Te voilà, truand merdeux !

Quel bon valet ! Mais à quoi faire ?

 

Le berger

Mais qu’y a t-il pour vous déplaire ?

Un sergent vêtu de rayé

Mon bon seigneur, tout excité,

Qui tenait un fouet sans corde, une verge,

M’a dit… Attendez que je me rappelle…
Est-ce vrai que cela peut être ?
Il m’a parlé de vous, mon maître

Et de je-ne-sais quelle assignation.
Quant à moi, par sainte Marie,

Je n’y entends ni gros ni grêle :

Il m’a embrouillé pêle-mêle,

De « brebis », de  « relevée »

Et m’a fait de grands reproches

De votre part, mon maître.

 

Le drapier

Oui, je vais maintenant t’emmener

Devant le juge.

Je prie dieu que le déluge

Court sur moi, et la tempête !

Jamais plus tu n’assommeras mes bêtes,
Par ma foy, sans te souvenir ;

Tu me rendras, quoiqu’il advienne

Six aulnes de draps… dis-je, l’assommage

De mes brebis, et le dommage

Que tu m’as fait depuis dix ans.

 

Le berger

Ne croyez-pas les médisants

Mon bon seigneur, car, par cette âme…

 

Le drapier

Et par la Dame que l’on clame,

Tu les rendras le samedi

Mes six aulnes de drap… Je dis :

Ce que tu as pris sur mes bêtes.

 

Le berger (surpris)

Quel drap ? Ha monseigneur, vous êtes

Je le crois, courroucé d’autre chose.

Par saint Loup, mon maître, je n’ose

Rien dire quand je vous regarde.

 

Le drapier

Laisse-moi en paix. Va-t-en, et garde

Ta journée, si bon te semble.

 

Le berger

Monseigneur, accordons-nous ensemble,

Pour dieu, que je ne plaide pas !

 

Le drapier

Va ! Ton affaire est en marche.

Va-t-en ! Je ne m’accorderai pas

Par dieu, ni ne demanderai de règlement judiciaire,

Car c’est un juge qui le fera.

Fichtre ! Chacun de tromper

Cette année, si je n’y prends pas garde !

 

Le berger (à part)

A dieu, sire, qui vous donne joie !

Il faut donc que je me défende.

(il va chez Pathelin).

 

 

SCENE 7 : LE BERGER, PATHELIN, GUILLEMETTE, devant leur maison, puis dedans.

 

Le berger (frappant à la porte)

Y a t-il une âme là ?

 

Pathelin (bas)

Qu’on me pende

S’il ne revient pas !

 

Guillemette (bas)

Et non, saint Georges en ait bon gré,

Ce serait pire de revenir.

 

Le berger (devant la porte)

Dieu y soit ! Dieu fasse l’avenir !

 

Pathelin (sortant)

Dieu te garde, compagnon. Que te faut-il ?

 

Le berger

On me piquera en défaut

Si je refuse de comparaître

Monseigneur, à la convocation.
S’il vous plait, vous y viendrez

Mon doux maître, et vous défendrez

Ma cause, car je ne sais rien !

Et je vous payerai très bien

Quoique je ne sois pas très bien vêtu.

 

Pathelin

Or, viens-là et parle. Qui es-tu ?

Ou demandeur ou défenseur ?

 

Le berger

J’ai à faire à un commerçant.

Entendez-vous bien, mon doux maître ?

A qui j’ai longtemps mené paître

Ses brebis, et je les gardais

Par mon serment, je regardais

Qu’il me payait petitement….

(il hésite) : Dirai-je tout ?

 

Pathelin

Déa, sûrement,

A son conseil, on doit tout dire.

 

Le berger

Il est vrai et vérité, sire,

Que je les ai assommées

Tant que plusieurs se sont pâmées

Maintes fois, et sont tombées mortes

Mêmes si elles étaient saines et fortes ;

Et puis je lui faisais entendre,

Afin qu’il ne puisse me reprendre

Qu’elles mourraient de maladie.

« Ha », fait-il « qu’elle ne soit plus mêlée

Avec les autres, jette-là ! »

« Volontiers », fais-je, mais cela

Se faisait par une autre voie,

Car, par saint-Jéhan, je les mangeais

Moi qui connaissais bien la maladie.

Que voulez-vous que je vous dise !

J’ai tant continué cecy,

J’en ai assommé et tué

Tant qu’il s’en est bien aperçu

Et quand il s’est trouvé trompé,

Dieu m’aide, il m’a fait espionner,

Car on les avait entendues crier,

Entendez-vous, quand on le fait.

Aussi ai-je été pris sur le fait.

Je ne pourrai jamais le nier.

Aussi vous voudrez bien prier

Pour moi ; j’ai assez de finances

Pour que nous deux lui payons des arrhes.

Je sais bien qu’il a bonne cause

Mais vous trouverez bien une clause

Si vous voulez, qu’il aura mauvaise.

 

Pathelin

Par ta foy, tu seras bien aise !

Que donneras-tu si je renverse

Le droit de la partie adverse

Et si l’on renvoie le plaignant ?

 

Le berger

Je ne vous payerai pas en sous

Mais en bel or à la couronne.

 

Pathelin

Donc, tu auras ta cause bonne,

Et même fut-elle à moitié pire encore ;

Plus cela vaut, et plus cela empire….

Quand je veux appliquer mon sens si bien

Que tu m’entendras claquer la langue

Quand il aura fait sa demande !

Et viens-là, je te demande

Par le saint sang bleu précieux :

Tu es assez malicieux

Pour entendre bien la ruse.
Comment est-ce que l’on t’appelle ?

 

Le berger

Par saint Mor, Thibault l’Agnelet.

 

Pathelin

L’Agnelet, maints agneaux de lait,

Tu lui as cabassé à ton maître.

 

Le berger

Par mon serment, il peut bien être

Que j’en ai mangé plus de trente

En trois ans.

 

Pathelin

Cela fait dix de rente.

Ton jeu de dés vaut la chandelle

Qu’on paye à la taverne,

Quand y on joue.

(il réfléchit)

Penses-tu qu’il puisse trouver

Un témoin, pour prouver ces faits ?

C’est là le plus important de la plaidoirie.

 

Le berger

Prouver, sire ? Sainte Marie

Par tous les saints du paradis,

Il en trouvera plus de dix,

Qui contre moi déposeront.

 

Pathelin

C’est un cas qui nuit beaucoup

A ton fait. Voici ce que je pense.

Je feindrai que je ne suis pas

Des tiens, ni que je te connus jamais !

 

Le berger

Ne le faites pas, par les dieux !

 

Pathelin

Non, en aucune manière, rien quelconque.

Mais voici ce qu’il conviendra de faire :

Si tu parles, on te prendra

Coup à coup, aux positions,

Et ces confessions

Te seront très préjudiciables

Et nuiront autant que si c’était déable !

Pour cela, voici quoi faire :

Tantôt, quand on t’appellera

Pour comparaître en ce jugement,

Tu ne répondras nullement,

Que « Bée », et quoique l’on te dise

Et s’il advient qu’on te maudisse

En disant : « Hé, cornard puant,

Dieu vous met en mauvais pas, truand !

Vous moquez-vous de la justice ? »

Dis «  Bée ». « Ha », ferai-je «  Il est niais,

Il croit parler à ses bêtes ».

Que nul autre mot ne sorte de ta bouche,

Garde-t-en bien !

 

Le berger

Le fait me touche.

Je m’en garderai, vraiment.

Et je ferai cela proprement,

Je vous le promets et l’affirme !

 

Pathelin

Or, prends-y garde. Tiens cela ferme,

Et même à moi, pour quelque chose

Que je te dise, ou je propose,

Ne réponds pas autrement.

 

Le berger

Moi, nenny, par mon sacrement. !

Dites hardiment que je suis fol

Si je disais d’autres paroles.

A vous ou à quelque autre personne !

Pour quelque mot que l’on me sonne

Sauf « Bée », que vous m’avez appris.

 

Pathelin

Par saint Jéhan, ainsi sera pris

Ton adversaire par la moquerie !

Mais fais aussi que je me loue

Quand ce sera fait, de mes honoraires.

 

Le berger

Monseigneur, si je ne vous paye pas

A votre mot, ne me croyez

Jamais. Mais je vous en prie, volez

Diligemment à ma besogne.

 

Pathelin

Par notre Dame de Boulogne,

Je suppose que le Juge est installé,

Car il s’assied toujours à six

Heures, à ce moment ou environ.

Or, viens après moi : nous n’irons

Pas ensemble, qu’on ne nous voit pas liés.

 

Le berger

C’est bien dit : afin qu’on ne nous voit pas

Avant que vous ne soyez mon avocat.

 

Pathelin

Notre Dame ! Gare à toi ! Si tu ne payes pas l’argent !

 

Le berger (il part)

Par les dieux, à votre mot, vraiment,

Monseigneur, n’en ayez aucun doute !

 

Pathelin (seul)

Hé, déa ! Il ne pleut pas, il tombe des gouttes.

Au moins gagnerai-je quelque chose

De sa part, s’il atteint sa cible

Un ou deux écus, pour ma poche.

 

(il s’en va, se promène, puis va s’installer à gauche du juge)

 

 

 

SCENE 7 : LE JUGE, PATHELIN, LE DRAPIER, LE BERGER, au tribunal

(Le juge est assis au centre ; à droite le drapier, à gauche Pathelin et le berger)

 

Pathelin (saluant le juge en levant son bonnet)

Sire, que dieu vous donne bonne chance

Et ce que votre cœur désire.

 

Le juge

Vous êtes le bienvenu, sire.

Couvrez-vous. Prenez place.

 

Pathelin

Déa ! Je me sens bien, sauf votre grâce.

Je suis ici plus à l’aise.

 

Le juge

S’il y a quelque chose, qu’on se dépêche

Afin que tantôt, je lève la séance !

 

Le drapier

Mon avocat arrive, il achève

Un peu de choses qu’il faisait,

Monseigneur, et s’il vous plairait,

Vous feriez bien de l’attendre.

 

Le juge

Hé déa ! J’ai ailleurs à entendre 

Un procès ! Si votre partie est présente

Délivrez-vous, sans plus d’attente.

Et n’êtes-vous pas demandeur ?

 

Le drapier

Je le suis.

 

Le juge

Où est le défenseur ?

Est-il ici en personne ?

 

Le drapier (indiquant le berger)

Ouy, voyez-le là qui ne sonne

Mot. Mais dieu sait ce qu’il en pense !

 

Le juge

Puisque vous êtes en présence,

Vous deux, faites votre demande.

 

Le drapier

Voici donc ce que je lui demande,

Monseigneur : il est vérité

Que pour dieu et en charité

Je l’ai nourri dans son enfance,

Et quand je vis qu’il avait puissance

D’aller aux champs, pour abréger,

Je le fis être mon berger,

Et le mis à garder mes bêtes.

Mais aussi vrai que vous êtes là, assis,

Monseigneur le juge,

Il en a fait un tel déluge, un tel carnage

De mes brebis, et mes moutons,

Que, sans faute….

 

Le juge (l’interrompant)

Or, écoutons :

N’était-il pas votre aloué, votre salarié ?

 

Pathelin

Voire, car il s’était joué

A le tenir sans le payer.

 

Le drapier (reconnaissant soudain Pathelin, qui lève la main pour cacher son visage)

Je pourrai désavouer dieu

Si ce n’est vous, vous, sans faute !

 

Le juge (à Pathelin)

Comment ? Vous tenez votre main haute :

Avez-vous mal aux dents, maistre Pierre ?

 

Pathelin

Oui, elles me font une telle guerre

Que jamais on ne sentit telle rage !

Je n’ose lever le visage.

Pour dieu, avancez la procédure.

 

Le juge (au drapier)

En avant, achevez de plaider !

Sus ! Concluez clairement !

 

Le drapier (à part)

C’est lui, nul autre, vraiment !

Par la croix où dieu s’étend.

(à Pathelin)

C’est à vous que je vends

Six aulnes de drap, maistre Pierre !

 

Le juge (à Pathelin)

Qu’est-ce qu’il parle de drap ?

 

Pathelin (au juge)

Il erre.

Il croit venir à son propos

Et il n’y sent plus d’avenir

Parce qu’il a oublié son mensonge.

 

Le drapier (au juge)

Que je sois pendu, si un autre l’a pris,

Mon drap, par la sanglante gorge !

 

Pathelin

Comment le méchant homme forge

De loin, pour fournir son discours !

Il veut-dire  est-il bien rebelle ?

Que son berger avait vendu

La laine – je l’ai entendu-

Dont fut fait le drap de ma robe.

Comme s’il disait qu’il le dérobe

Et qu’il lui a volé les laines

De ses brebis.

 

Le drapier (à Pathelin)

Qu’une mauvaise semaine

Dieu m’envoie, si vous ne l’avez pas !

 

Le juge

Paix ! De par le déable, vous bavez

Et ne savez pas revenir

A votre propos, sans tenir

La Cour, d’une telle baverie !

 

Pathelin (éclatant de rire)

Je me sens mal et je dois rire !

Il est déjà si empressé

Qu’il ne sait où il en est resté.

Il faut que nous, le lui disions.

 

Le juge (au drapier)

Sus ! Revenons à ces moutons !

Qu’en fut-il ?

 

Le drapier

Il m’a pris six aulnes

De neuf francs.

 

Le juge (se fâchant)

Sommes-nous becs jaunes ?

Où croyez-vous être ?

 

Pathelin (au juge)

Par le sang de dieu, il vous fait paître,

Il se moque de vous.

Qu’est-il bon homme par sa mine !

Mais je conseille qu’on examine

Un peu sa partie adverse.

 

Le juge (à Pathelin)

Vous dites bien. Il le connait.

(à part) Il ne se peut qu’il ne le connaisse.

(au berger) Viens-là ! Dis !

 

Le berger

Bée !

 

Le juge

Voici l’angoisse !

Quel « Bée » est-ce ceci ? Suis-je une chèvre ?

C’est à moi que vous parlez.

 

Le berger

Bée !

 

Le juge

Sanglante fièvre,

Que dieu te donne. Te moques-tu ?

 

Pathelin

Croyez qu’il est fol, ou stupide,

Ou qu’il croit être parmi ses bêtes.

 

Le drapier (à Pathelin)

Or, je renie dieu, si vous n’êtes pas

Celui, nul autre, qui l’avez,

Eh, mon drap !

(au juge) Ha ! Vous ne savez pas

Monseigneur, par quelle malice…

 

Le juge (le coupant)

Et, taisez-vous ! Etes-vous idiot ?

Laissez en paix cet accessoire,

Et venons-en au principal.

 

Le drapier

Voire,

Monseigneur, mais le cas me touche.

Toutefois, par ma foy, ma bouche,

Désormais, n’en dira plus un mot.
Une autre fois, je le ferai

Ainsi qu’il en pourra aller ;

Et il convient que je l’avale

Sans mâcher…. Or, je disais

A mon propos, comment j’avais

Vendu six aulnes… dois-je dire,

Mes brebis… Je vous en prie, sire,

Pardonnez-moi. Ce gentil maistre….

Mon berger, quand il devait être

Aux champs… Il me dit que je gagnerai

Six écus d’or, quand je vendrai cela.
Dis-je, depuis trois ans en ça,

Mon berger m’a convenancé

Que loyalement il me gardait

Mes brebis, et n’y faisait

Ni dommage, ni vilénie….

Et puis maintenant, il nie cela,

Et drap et argent pleinement…

(A Pathelin)

Hé, maistre Pierre, vraiment….

(Au juge, qui s’impatiente)

Ce Thibault-ci me volait les laines

De mes bêtes, et toutes saines,

Il les faisait mourir et périr

En les assommant et frappant,

De gros bâtons sur la cervelle….

Quand mon drap fut sous son aisselle,

Il se mit en chemin rapidement

Et me dit que j’irai chercher

Six écus d’or dans sa maison.

 

Le juge (au drapier)

Il n’y a ni rime, ni raison

Dans tout ce que vous rafardez*.

Qu’est-ce cecy ! Vous entrelardez

Puis de l’un, puis de l’autre. Somme toutes

Par le sang de dieu, je n’y vois goutte.

Il brouille de drap, et babille,

Puis de brebis, comme au jeu de quille,

Rien de ce qu’il dit ne se tient !

 

Pathelin (au juge)

Or, je m’en fais fort qu’il retint

Au pauvre berger son salaire.

 

Le drapier (à Pathelin)

Pour dieu, vous pensiez bien faire !

Mon drap, aussi vrai que la messe….

Je sais mieux où le bat me blesse

Que vous ni un autre ne saurez.

Sur la tête de dieu, vous l’avez !

 

Le juge

Qu’est-ce qu’il a ?

 

Le drapier, au juge

Rien, Monseigneur,

Par mon serment, c’est le plus grand

Trompeur ! Holà ! Je m’en tairai

Si je puis, et n’en parlerai

Désormais plus, quoiqu’il advienne.

 

Le juge

Et non ! Mais qu’il vous en souvienne !

Or, concluez rapidement.

 

Pathelin

Ce berger ne peut nullement

Répondre au fait que l’on propose

S’il n’a pas de conseil. Et il n’ose

Ou il ne sait pas en demander.
Que je sois à lui, j’y serai.

 

Le juge (regardant le berger)

Avec lui ? Je crois

Que c’est une mauvaise affaire.

C’est le pauvre incarné !

 

Pathelin (au juge)

Moi, je vous jure

Que je n’en veux rien avoir :

Que dieu sache ! Or, je vais demander

Au pauvret ce qu’il me voudra dire,

Et s’il ne sait pas m’instruire

Pour répondre au fait de la querelle

Il aurait dure partie :

De cecy, qui ne le secourrait pas.

(au berger) Viens ici mon amy.

(au juge) Qui pourrait trouver…

(au berger) Entendu !

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

Quel « Bée », déa !?

Par le saint sang que dieu versa !

Es-tu fol ? Dis-moi ton affaire !

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

Quel « Bée » ? Entends-tu tes brebis bêler ?

C’est pour ton profit. Entends-tu ?

(à part, au berger) C’est bien fait. Dis toujours !

(haut)

Tu le feras ?

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin (au berger)

Plus haut, ou bien tu t’en trouveras

En difficulté, et je m’en doute.

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

Or, est-il plus fol qui envoie

Tel fol naturel en procès ?

(au juge) Ha ! Sire, renvoyez-le à ses

Brebis, il est fol de nature.

 

Le drapier

Est-il fol ? Saint-Sauveur d’Asturie,

Il est plus sage que vous n’êtes !

 

Pathelin (au juge)

Envoyez-le garder ses bêtes

Sans ajournement. Que jamais il ne revienne !

Que maudit soit celui qui ajourne

Pour tel fou.

 

Le drapier

Et l’on fera ainsi, il s’en ira

Avant que je puisse être entendu ?

 

Le juge

Que dieu m’aide, puisqu’il est fol, oui :

Pourquoi ne pas le faire ?

 

Le drapier

Hé, déa, sire,

Au moins, laissez-moi avant dire

Et faire mes conclusions.

Ce ne sont ni tromperies, ni abusions,

Que je vous dis, ni moqueries.

 

Le juge

Ce sont toutes tribouilles, ennuis,

Que de plaider avec des fous, ou des folles !

Ecoutez : à moins de paroles,

La Cour n’en sera plus tenue.

 

Le drapier (au juge)

Se trouve-t-il sans obligation

De revenir ?

 

Le juge

Et quoi donc ?

 

Pathelin (au juge)

Revenir ? Vous ne vites jamais

Plus fol, et dans les faits, et dans les réponses !

(montrant le drapier) Et il ne vaut pas plus qu’une once,

L’autre. Tous deux sont des fous sans cervelle :

Par sainte Marie la belle,

Eux deux n’en ont pas 200 milligrammes.

 

Le drapier (à Pathelin)

Vous l’avez emporté par fraude

Mon drap, sans payer, maistre Pierre.

Par la chair de dieu, je suis las….

Ce ne fut pas fait de prudhomme.

 

Pathelin

Or, je renie saint-Pierre de Rome

S’il n’est pas fou, ou s'il affole !

 

Le drapier (à Pathelin)

Je vous connais par la parole,

Et par la robe, et le visage.

Je ne suis pas fou ; je suis sage

Pour savoir qui me fait du bien.

(au juge)

Je vous compterai toute l’histoire,

Monseigneur, par ma conscience.

 

Pathelin (au juge)

Hé, sus, imposez-leur silence.

(au drapier) N’avez-vous pas honte de tant de disputer

Ce berger, pour trois ou quatre

Vieilles brebis, ou montons,

Qui ne valent pas trois boutons !

(au juge) Il en fait une si grande répétition, une telle kyrielle…

 

Le drapier (qui l’interrompt)

Quels moutons ? C’est une viele, un refrain.

C’est à vous-même que je parle

Et vous me le rendrez, par le

Dieu qui veut à Noël être né !

 

Le juge (à Pathelin)

Voyez-vous ? Suis-je bien renseigné ?

Il ne cessera aujourd’hui de braire !

 

Le drapier

Je lui demande….

 

Pathelin (au juge)

Faites-le taire !

(au drapier) Et par dieu, c’est trop dupé, trop flageollé.

Supposons qu’il en ait affolé

Six ou sept moutons, ou une douzaine

Et mangé, en une sanglante étrenne,

Vous êtes bien blessé !

Vous avez plus que beaucoup gagné

Au temps où il vous les a gardés.

 

Le drapier (au juge)

Regardez, sire. Regardez !

Je lui parle de draperie,

Et il me répond de bergerie !

(à Pathelin)

Six aulnes de drap, où sont-elles ?

Que vous mîtes sous vos aisselles ?

Ne pensez-vous point me les rendre !

 

Pathelin (au drapier)

Ha ! Sire, le ferez-vous pendre

Pour six ou sept bêtes à laine ?

Au moins reprenez votre haleine.

Ne soyez pas si rigoureux

Au pauvre berger douloureux

Lui qui est nu comme un vers.

 

Le drapier (à Pathelin)

C’est très bien changé de sujet !

Le déable me fit vendeur

De drap à un tel acheteur !

(au juge)

Déa, monseigneur, je lui demande…

 

Le juge (au drapier)

Je le décharge de votre demande

Et je vous interdis de continuer cette procédure.

C’est un bel honneur de plaider

Pour un fol.

(au berger ) : Va t-en à tes bêtes.

 

Le berger

Bée !

 

Le juge (au drapier)

Vous montrez bien qui vous êtes, sire,

Par le sang de Notre-Dame. !

 

Le drapier (au juge)

Hé, déa, monseigneur, bon gré soit sur mon âme,

Je venx…

 

Pathelin (au juge)

Pourrait-il se taire ?

 

Le drapier (à Pathelin, d’un ton vif)

Et c’est à vous que j’ai à faire ;

Vous m’avez trompé faussement

Et emporté furtivement

Mon drap, par votre beau langage.

 

Pathelin (qui dédaigne lui répondre et parle au juge)

J’en appelle à mon courage !

Et vous l’entendez bien, monseigneur ?

 

Le drapier (à Pathelin)

Dieu m’aide ! Vous êtes le plus grand

Trompeur !... (au juge) Monseigneur, je dis…

 

Le juge (à Pathelin et au drapier)

C’est une droite stupidité

Que de vous deux ! Ce n’est que bruit, noise.

Dieu m’aide. Et je suis las et dois m’en aller. !

(au berger)

Va-t-en, mon amy, ne reviens

Jamais, nul sergent ne t’ajourne.

La Cour t’absout. Entends-tu bien ?

 

Pathelin (au berger)

Dis grand merci !

 

Le berger

Bée !

 

Le juge (au berger)

Dis-je bien : Va-t-en !

Ne t’inquiète pas, vaille que vaille.

 

Le drapier (au juge)

Est-ce raison qu’il s’en aille

Ainsi ?

 

Le juge (au drapier)

Ay ! J’ai à faire ailleurs

Vous êtes par trop un grand railleur ;

Vous ne m’y ferez plus tenir.

( A Pathelin) Je m’en vais. Voulez-vous venir

Souper avec moi, maistre Pierre ?

 

Pathelin (qui lève sa main au visage pour montrer son mal de dents)

Je ne puis.

(le juge s’en va).

 

 

 

SCENE 9 : LE DRAPIER, PATHELIN , LE BERGER, devant le tribunal

 

Le drapier

Ha ! Qu’est là fort voleur.
Dites, ne serai-je pas payé ?.

 

Pathelin 

De quoi ? Etes-vous dévoyé

Mais qui croyez-vous que je suis !

Par mon sang, je me demandais

Pour qui donc me prenez vous ?

 

Le drapier

Bée ! Déa !

 

Pathelin

Beau sire, or vous attendez ;

Je vous dirai sans plus attendre

Pour qui vous me croyez prendre :

Est-ce point pour Esservelé ?

(il lève son chaperon)

Regardez, nenny, il n’est pas tonsuré

Comme je le suis, dessus la tête.

 

Le drapier

Me voulez-vous tenir pour bête ?

C’est vous en propre personne

Vous de vous, votre voix le sonne

Et je ne le crois pas autrement.

 

Pathelin

Moi de moi ! Non, je le suis, vraiment :

Otez-en votre opinion.

Serait-ce point Jéhan de Noyon ?

Il me ressemble de buste.

 

Le drapier

Hé, déable, il n’a pas visage

Ainsi buveur, ni si fade !

Ne vous laissai-je point malade

Tout à l’heure, dans votre maison ?

 

Pathelin

Ha ! Que voici une bonne raison !

Malade ! Et quelle maladie ?...

Confessez votre ruse.

Maintenant, est-elle bien claire ?

 

Le drapier

C’est-vous ! Ou je renie saint-Pierre !

Vous, nul autre, je le sais bien

Pour tout vrai !

 

Pathelin

Or, n’en croyez rien !

Car certes, ça n’est pas moi ;

Jamais je ne vous ai pris ni aulne, ni demie,

Je n’ai pas telle réputation.

 

Le drapier

Ha ! Je vais venir en votre maison

Par le sang bleu, voir si vous y êtes !

Nous n’en débattrons plus

Si je vous trouve là-bas !

 

Pathelin

Par Notre-Dame, c’est cela,

Par ce point vous le saurez bien !

 

 

 

 

SCENE 10 - PATHELIN- LE BERGER – devant le tribunal

 

Pathelin (au berger)

Dis, Agnelet.

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

Viens ça, viens…

Ta besogne, est-elle bien faite ?

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

Ton accusation s’est rétractée.

Ne dis plus « Bée ! ». Il n’y a plus  nécessité.

Ne lui ai-je pas donné une belle entorse ?

Ne t’ai-je pas conseillé à point ?

 

Le berger, bas

Bée !

 

Pathelin

Hé ! Déa ! On ne t’entendra pas.

Parle hardiment, ne t’inquiète pas.

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

A dire voir,

Tu as très bien fait ton devoir,

Et aussi bonne contenance.

Ce qui l’a pris de court

C’est que tu t’es retenu de rire.

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

Quel « Bée ! » ? Il ne faut plus le dire.

Paye-moi et doucement.

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

Quel « Bée » !. Parle sagement

Et paye-moi, et je m’en vais.

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

Sais-tu ce que je te dirai.

Je te prie, sans m’aboyer,

Que penses-tu de me payer.

Je ne veux plus de tes bêlements.

(se fâchant)

Paye donc !

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

Est-ce tout ce que tu en feras ?

Par mon serment, tu me paieras,

Entends-tu ? Si tu ne t’envoles pas

Ha ! Mon argent !

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

Tu te rigoles !

Comment ? N’en aurai-je autre chose ?

  

Le berger

Bée !

 

Pathelin

Tu fais le rimeur, en prose !

Et à qui vends-tu ta marchandise ?

Sais-tu ce qui est ? Ne me bredouille pas

Désormais ton « bée : » et paye-moi !

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

N’en aurais-je autre monnaie !

De qui crois-tu te jouer ?

Je devais tellement me féliciter

De toi ! Or, fais que je m’en loue !

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin (à part)

Me fais-tu manger de l’oie ? Me ruses-tu ?

Malgré dieu, qu’ai-je tant vécu

Qu’un berger, vêtu de mouton

Un vilain paillard me rigole !

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin (au berger)

N’en aurai-je d’autre parole ?

Si tu le fais pour t’amuser,

Dis-le, ne m’en fais plus débattre.

Viens-t-en souper à ma maison.

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin (au berger)

Par saint-Jéhan, tu as raison,

Les oisons mènent les oies paître !

(à part)

Or, je croyais être, sur tous, le maistre

Des trompeurs, d’ici et d’ailleurs,

Des grands coureurs, et des vendeurs

De paroles en paiement

A rendre au jour du jugement

Dernier,

Et un berger des champs me surpasse !

(au berger)

Par saint-Jacques, si je trouve

Un sergent, je te ferai prendre !

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

Heu, « bée !», que l’on puisse me pendre

Si je ne vois pas un bon sergent. Malheur

Lui puisse arriver s’il ne l’emprisonne !

(Pathelin s’en va chercher un sergent)

 

Le berger

S’il me retrouve, je lui pardonne !

(le berger s’enfuit).

 

 

 

FIN

 

 

 

...

 

 

 

Remarques : Certaines versions, dès le 16ème siècle, développaient un peu cette conclusion dans le sens que l'on comprend à cette pièce -magnifique- :

S'il me retrouve, je lui pardonne

Et là, je tire ma révèrence.

J'ai trompé des trompeurs le maître,

Car tromperie est de tel être

Que le trompeur, trompé doit être.

Prenez-en la Comédie

Adieu à la compagnie.

 

Autres remarques * Rafarder signifiait rabacher " - Autre : J'ai traduit aignelet par agnelet, qui est le sens du texte "agneau de lait". Les mots a se disait souvent ai, comme, pour sage "saige"...

07/07/2014

La farce de maistre Pathelin, partie 2

abstrait 30 b 2.jpgJ'ajoute que j'ai travaillé, pour présenter ce texte, sur une édition du texte en français du 15ème siècle, qui indiquait aussi la traduction des mots ou des tournures de phrases non évidentes en français moderne. Il en existe d'autres traductions, que je n'ai pas lues.  Je l'ai transcrit comme je l'ai dit dans le plus grand respect possible du texte d'origine, de son ambiance, de son vocabulaire.. J'ai découpé le texte en trois parties. Dans le texte originel, il existe simplement les numéros des scènes.

 

Illustration ci-dessus par mes soins (des animaux contemplant une station spatiale- ). droits d'auteure à l'auteure.

 

 

 

 

DEUXIEME PARTIE

 

SCENE 4 – LE DRAPIER, PATHELIN, GUILLEMETTE, chez Pathelin

 

Le drapier

Je crois qu’il est temps que je boive

Pour m’en aller. Hé non,

Je dois boire et aussi je mangerai

De l’oie, par Saint- Mathelin,

Chez maistre Pierre Patehlin.

Et je recevrai pécune paiement.

Je happerai une prune, je mangerai

A tout le moins, sans rien dépenser.

Je vois que l’heure n’est plus de vendre.

(Devant la porte) Hé maistre Pierre !

 

Guillemette, (ouvrant la porte)

Hélas sire,

Pour dieu, si vous voulez parler,

Parlez plus bas !

 

Le drapier

Dieu vous garde, dame.

 

Guillemette

Ha ! Plus bas !

 

Le drapier

Et quoy ?

 

Guillemette

Bon gré, par mon âme…

 

Le drapier (qui montre des signes d’impatience)

Où est-il ?

 

Guillemette

Las ! Où il doit être.

 

Le drapier, curieux

Qui ?

 

Guillemette

Ha, c’est mal dit, mon maistre :

Où il est,  dieu par sa grâce,

Le sait. Il garde la place

Où il est le pauvre martyr.

Onze semaines sans sortir…

 

Le drapier

Qui donc ?

 

Guillemette

Pardonnez-moi, je n’ose

Parler plus haut, je crois qu’il se repose.

Il est un peu assommé.

Hélas, il est si accablé,

Le pauvre homme !

 

Le drapier

Qui ?

 

Guillemette

Maistre Pierre.

 

Le drapier, stupéfait

Ouais. N’était-il pas venu quérir

Six aulnes de drap maintenant.

 

Guillemette

Qui ? Lui ?

 

Le drapier

Il vient à l’instant,

Il n’y a pas la moitié d’une demi-heure.

Dépêchez-vous, Dame. Je demeure

Depuis longtemps. Donnez-moi sans tromper,

Sans flageoller, mon argent !

 

Guillemette

Hé, sans rigoler,

Il n’est pas temps que l’on rigole.

 

Le drapier

Ca, mon argent ! Etes-vous folle ?

Il me faut neuf francs.

 

Guillemette (elle gronde)

Ha ! Guillaume,

Il ne faut point tromper,

Couvrir de chaume….
Allez dire des sornettes à vos fous.

De qui voulez-vous vous jouer ?

 

Le drapier

Je pourrais désavouer dieu si je n’ai pas mes neuf francs.

 

Guillemette

Hélas, sire,

Chacun n’a pas si faim de rire,

Comme vous, ni de bavarder.

 

Le drapier

Dites, je vous jure, sans sornettes

Par amour, faites-moi venir,

Maistre Pierre.

 

Guillemette

Malheur à vous.

Peut-il venir ? C’est ainsi.

 

Le drapier

N’est-ce pas ici que je me trouve

Chez maistre Pierre Pathelin ?

 

Guillemette

Oui, par la grande folie du mal Saint-Mathelin.

Et si cela vous tient à cœur,

Parlez bas !

 

Le drapier

Le déable y vienne !

Je n’oserai pas le demander.

 

Guillemette

A dieu, je me recommande.
Bas ! Si vous ne voulez pas qu’il s’éveille.

 

Le drapier

Quel « Bas » voulez-vous ? Dans l’oreille ?

Ou au fond du puits ? Ou de la cave ?

 

Guillemette

Hé dieu, que vous avez de bave !

Au fait, c’est toujours votre guise.

 

Le drapier

Le déable y soit, quand je m’avise

Si vous voulez que je parle bas….
Dites ça ! Pour les débats.

Hé, je ne l’ai pas appris…

Ce qui est vrai, c’est que maistre Pierre a pris

Six aulnes de drap aujourd’huy.

 

Guillemette

Et quoi ?

Le déable y a pris part ! Qui « prendre » ?

(Elle élève la voix)

Ha sire ! Qu’on puisse pendre

Celui qui ment ! Il est en tel parti,

Le pauvre homme, qu’il ne sortit

Plus du lit, depuis onze semaines.

Nous payez-vous de vos trudaines, vos inventions ?

(d’une voix plus forte) Maintenant, est-ce raison ?

Vous devez quitter ma maison.

De ces angoisses, dieu, je suis lasse !

 

Le drapier

Vous disiez que je parlasse

Bas, sainte benoîte dame,

Mais vous criez !

 

Guillemette

C’est vous, par mon âme,

Qui ne parlez qu’avec du bruit !

 

Le drapier

Dites, pour que je parte,

Payez-moi….

 

Guillemette, criant

Parlez bas ! Vous le ferez ?

 

Le drapier

Mais vous-même vous l’éveillerez !

Vous parlez quatre fois plus haut,

Par le sang bleu, que je ne fais.

Je vous requiers qu’on me paye.

 

Guillemette

Et qu’est-ceci ? Etes-vous ivre ?

Ou hors du sens ? Dieu notre père !

 

Le drapier

Ivre ! Que le saint père en soit mauvais gré,

Voici une belle demande !

 

Guillemette

Héla ! Plus bas !

 

Le drapier

Je vous demande

Pour six aulnes, bon gré saint-Georges,

De drap, dame….

 

Guillemette,  à part

On vous les forge !...

(Haut) Et à qui l’avez-vous prêté ?

 

Le drapier

A lui-même.

 

Guillemette

Il est en état

D’avoir du drap ! Hélas il ne bouge pas.
Il n’a nul besoin de robe.

(elle pleure) Jamais il ne se vêtira de robe

Que de linceul blanc, et ne partira

Que les pieds devant !

 

Le drapier, étonné

C’est donc depuis le soleil levant

Qu’il est ainsi ?

Car je lui ai parlé, sûrement, aujourd’hui.

 

Guillemette, d’une voix très haute

Parlez plus bas, par charité !

 

Le drapier

C’est vous, par ma vérité,

Vous-même, qui faites une sanglante étrenne !

Par le sang bleu, voici une grande peine !

Mais si vous me payez, je m’en irai.

( à part) Par dieu, à chaque fois que j’ai prêté

Je n’ai pas eu d’autre résultat.

 

Pathelin, couché

Guillemette ! Un peu d’eau rose !

Haussez-moi ! Serrez-moi !

Zut ! Trut ! A qui parlai-je ?

Une carafe d’eau ! A boire ! Frottez moi la plante*

La plante des pieds.

 

Le drapier, étonné

Je l’entends, là.

 

Guillemette

Voire !

 

Pathelin (il délire)

Ha ! Méchante !

Viens-là ! T’avais-je fait ouvrir

La fenêtre ? Viens me couvrir !

Ouste ces gens noirs ! Marmara !

Carimari ! Carimara !

Amène-le moi ! Amène !

 

Guillemette (à Pathelin)

Qu’est-ce ? Comment vous vous démenez !

Etes-vous hors de votre sens ?

 

Pathelin

Tu ne vois pas ce que je sens !

Voilà un moine noir qui vole !

Attrape-le ! Donne-lui une étole !

Au chat ! Au chat ! Comment il monte !

 

Guillemette

Et qu’est-ceci ? N’avez-vous pas honte ?

Et pas d’yeux ? Vous avez trop remué !

 

Pathelin (il retombe, comme épuisé)

Ces médecins m’ont tué

De ces bouillies qu’ils m’ont fait boire !

Et toutefois il faut les croire

Ils bougent le corps comme de la cire.

 

Guillemette (au drapier)

Hélas ! Venez-le voir, beau sire.
Il est tellement mal portant.

 

Le drapier

Est-il malade sérieusement ?

Depuis qu’il revint de la foire ?

 

Guillemette

De la foire ?

 

Le drapier

Par saint-Jéhan, c’est sûr ! Voire !

Je crois bien qu’il y a été.

(à Pathelin) :Du drap que je vous ai prêté,

Il m’en faut l’argent, maistre Pierre !

 

Pathelin (qui fait semblant de le prendre pour un médecin)

[*Ha, maistre Jéhan, plus dur que pierre,

Deux petites crottes,

Noires, rondes comme des pelottes…]
Que faire ?

 

Le drapier

Et que sais-je ? Qu’en ai-je à faire ?

Il me faut neuf francs ou six écus.

 

Pathelin

Ces trois morceaux noirs et beaux,

Les appelez-vous des pilules ?

Ils m’ont gâté les mâchoires.

Par dieu, ne m’en faites plus prendre.

Maistre Jéhan, ils m’ont fait tout rendre.
Ha ! Il n’est de chose plus amère !

 

Le drapier, à part

Non, ils ne l’ont pas fait, par l’âme de mon père :

Mes neuf francs ne sont pas rendus !

 

Guillemette, à part

Je les pendrais par le col, ces gens si ennuyeux…

(au drapier) ; Allez-vous-en, par les déables,

Puisque ce ne peut être par dieu.

 

Le drapier

Par ce dieu qui me fit naître,

J’aurai mon drap, avant de partir

Ou mes neuf francs !

 

Pathelin, au drapier

Et mon urine,

Vous ne dites pas que je me meure ?

Pour dieu, quoiqu’il demeure,

Que je ne trépasse, pas,

Que je ne passe pas le pas !

 

Guillemette au drapier

Allez-vous en ! Et n’est-ce pas

Mal fait que lui tuer la tête ?

 

Le drapier

Dame, dieu en ait mauvais gré.
Six aulnes de drap maintenant.
Dites, s’il est chose convenable

Par votre foy, que je les perde ?

Il me faut neuf francs rondement

Bon gré saint-Pierre de Rome….

 

Guillemette

Hélas ! Tant vous tourmentez cet homme

Et comment pouvez-vous être si rude !

Vous voyez clairement qu’il croit

Que vous êtes un médecin, un phisicien.

Hélas ! Le pauvre chrétien

A assez de grande malchance.

Onze semaines, sans répit

A cet endroit, le pauvre homme !

 

Le drapier

Par le sang bleu, je ne sais comment

Cet accident lui est venu.

Nous avons marchandé ensemble,

A tout le moins, comme il me semble

Ou je ne sais ce que cela peut être.

 

Guillemette

Par Notre Dame, mon doux maistre,

Vous n’êtes pas en bonne mémoire.

Sans faute, vous ne voulez pas me croire.

Vous irez un peu vous reposer.

Beaucoup de gens pourraient gloser

Que vous venez ici pour me voir.

Allez, sortez, les phisiciens

Viendront ici même, en présence.
Je n’ai cure de ce que l’on pense

A mal, car moi je n’y pense point.

 

Le drapier ( à part, puis  à Guillemette)

Et malgré dieu, suis-je en ce point,

Par la tête de dieu, je croyais

Encore… Et n’avez-vous pas une oie

Au feu ?

 

Guillemette

C’est une très belle demande !

Ha !Sire, ce n’est pas viande

Pour malade. Mangez vos oies

Sans venir vous moquer de nous.

Vous êtes sans gêne, par ma foy.

 

Le drapier

Je vous prie qu’il ne vous déplaise

Car je croyais fermement…

(il sort)

Encore par le sacrement.

(à part, devant la maison de Pathelin et Guillemette)

Dieu, déa, or je veux savoir

Je sais bien que je dois être payé

De six aulnes, d’une pièce,

Mais cette femme me dépièce,

En tous points de mon entendement.
Il a pris ces draps, vraiment….

-(il hésite) Non par dieu, personne ne peut le joindre

J’ai vu la Mort qui vient le poindre,

Le piquer de son dard,

Ou bien il joue le rôle,

Et si, il les a pris de fait,

Les a emportés sous son bras,

Par sainte-Marie la belle !....

(il hésite encore)

Non, il les a. Je ne sais plus si j’y pense.

Je n’ai pas appris que je donne

Mes draps, ni en dormant, ni en veillant

A personne, si grand soit mon bon vouloir,

Je ne les aurais pas prêtés.

Par le sang bleu, il les a emportés !

Par la Mort, non, il les a ! J’en suis sûr !

Non il les a ! Mais où donc en viens-je ?

Si il les a ! Par le sang de Notre-Dame,

Qu’il s’effondre, de corps et d’âme,

Si je savais ce qu’il faut dire.
Qui a le meilleur ou le pire,

D’eux ou de moi, je n’y vois goutte ! (il part).

 

Pathelin (à Guillemette, d’une voix basse)

Est-il parti ?

 

Guillemette ( à voix basse)

Paix, j’écoute.

Je ne sais s’il s’en va murmurant.

Il s’en va en grommelant si fort.
Qu’il semble qu’il doive devenir fou !

 

Pathelin

Il n’est pas temps de me lever !

Comment est-il arrivé à ce point ?

 

Guillemette

Je ne sais s’il ne reviendra point.

(Pathelin veut se lever)

Nenni, déa, ne bougez pas encore.
Notre jeu serait perdu

S’il vous trouvait debout.

 

Pathelin

Saint-Georges,

Est-il venu à bonne forge !

Lui qui est si mécréant, si méfiant,

Il était ici mieux encore

Qu’un crucifix dans une église !

 

Guillemette

En une sale et vilaine marmitte

Jamais on ne vit tel lard aux pois tomber

Fichtre déable . (elle éclate de rire).

 

Patheliin

Par dieu, sans rire,

S’il revenait, il pourrait encore trop nuire.

J’ai l’impression qu’il reviendra.

 

Guillemette

Par mon serment, il s’en tiendra là,

Qui voudrait ne pas rire, le fasse ; moi je ne peux pas.

 

Le drapier (devant son étal)

Par le saint soleil qui rayonne

J’y retournerai, quoiqu’on en grogne.

Celui-ci est un avocat d’eau douce.

Hé dieu ! Quel racheteur de rente

Que ses parents ou ses parentes

Auraient vendu ! Or, par saint-Pierre

Il a mon drap, le faux trompeur,

Je lui ai donné ici même.

 

Guillemette à Pathelin

Quand je me souviens de la grimace

Qu’il faisait en vous regardant. (elle rit).

Je ris. Il était si ardent

De demander….

 

Pathelin

Or paix, rieuse !

Je renie bieu*, que je ne le fasse,

S’il advenait qu’on vous entende.

J’aimerais autant qu’on se cache.

Il était si rébarbatif !*

 

Le drapier (revenant chez maistre Pathelin)

Et cet avocat

Qui ne sait que trois leçons et trois psaumes,

Il est par dieu très pendable,

Et il a mon drap, ou je renie bieu

Et il m’a joué un jeu.

(il arrive devant sa porte)

Houlà, où êtes-vous fourré ?

 

Guillemette à Pathelin, bas

Par mon serment, il m’a entendue.

Il semble qu’il va devenir fou.

 

Pathelin (parlant bas,à sa femme)

Je ferai semblant de rêver.
Allons-y.

 

Guillemette, au drapier

Comme vous criez !

 

Le drapier

Bon gré en sait dieu, vous riez !

Là ! mon argent !

 

Guillemette

Sainte Marie !

De quoi croyez-vous que je ris !

Il n’y a pas plus dolente.             

Cet homme meurt. Jamais tempête

Ne fit tant de bruit et de frénésie.

Il est encore en rêverie.

Il rêve. Il chante. Il s’embrouille

Tant de langages et il barbouille.

Il ne vivra pas la demi-heure.
Par cette âme, je ris et pleure

En même temps.

 

Le drapier

Je ne sais pas quel rire

Ni quels pleurs ; en bref, je veux vous dire :

Il faut que je sois payé.

 

Guillemette

De quoi ? Etes-vous dévoyé ?

Recommencez-vous cette verve ?

 

Le drapier

Je n’ai pas appris qu’on me serve

De tels propos, en vendant mon drap.

Voulez-vous me faire prendre

Des vécies pour des lanternes ?

 

Pathelin (qui délire)

Voilà. Voilà la reine des guitares,

Et je la vois qui se rapproche !

Je sais bien qu’elle a accouché

De 24 petites guitares.

Enfant, je vais à l’abbaye d’Ivernaux,

Si dissolue, être son compère.

 

Guillemette (à Pathelin)

Hélas, pensez à dieu le père,

Mon amy, non pas aux guitares.

 

Le drapier (à Pathelin)

Hé quel vendeur de balivernes

Serait ce là ! Or tôt ! Que je sois

Payé en or ou en monnaie

De mon drap que vous avez pris.

 

Guillemette au drapier

Hé, déa ! S’il y a méprise

Une fois, cela suffit.

 

Le drapier

Savez-vous ce qui est, belle amie !

Dieu mêle je ne sais quelle méprise….
Mais quoi ? Il convient de pendre ou de rendre….

Quel tort vous fais-je, si je viens

Céans pour demander mon bien !

Qu’en ai bon gré saint-Pierre de Rome….

 

Guillemette

Hélas ! Vous tourmentez tellement cet homme !

Je le vois à votre visage :

Certes vous n’êtes pas un sage.

Par la pécheresse que je suis, lasse !

Si j’avais de l’aide, je vous ferais ligoter.

Vous êtes totalement forcené !

 

Le drapier

Hélas ! J’enrage que je n’aie

Pas mon argent.

 

Guillemette

Ha. Quelle niaiserie ! (elle fait le signe de la croix)

Signez-vous ! Bénédicté !

Faites le signe de la croix !

 

Le drapier (regardant Pathelin)

Or, renierai-je bieu, si je donnais

A tous du drap cette année. Quel malade !

 

Pathelin

Mère de diou, la couronnée,

Par ma foi, je veux m’en aller malgré moi

Si je renie dieu ;

Ventre de dieu, j’ai dit zut !

Celui-là ne donne rien

Pas même un article volé !

Il ne me parle que d’argent

Castuy-ça, rrible et rees ne done,

Ne carrillaine ! Fuy ta none !

Que de l’argent il me sonne ! *

Vous avez entendu, beau cousin ?

 

Guillemette

Il avait un oncle limousin

Qui fut le frère de sa belle tante

C’est ce qui le fait, je m’en vante

Parler en langue du limousin.

 

Le drapier

Déa ! Et sournoisement, il s’en vint,

Prendre mon drap dessous son bras.

 

Pathelin (à Guillemette)

Venez –là, douce demoiselle

Et que veut ce tas de crapauds, cette crapaudaille ?

(Au drapier) Allez-en arrière, merdaille !

(il s’enveloppe de sa couverture)

Ca, tant, je veux devenir prêtre

Or, ça ! Que le déable y puisse être

Dans cette vieille prêtrerie !

(il ricane)

Et faut-il que le prêtre rie

Quand il doit chanter sa messe !

Et fault-il que prestre rie

Quand il deust chanter sa messe. ?

 

Guillemette

Hélas ! Hélas ! L’heure approche

Où il faut son dernier sacrement.

 

Le drapier

Mais comment parle-t-il proprement

Picard ! D’où vient une telle histoire ?

 

Guillemette

Sa mère fut de Picardie.

C’est pour ça qu’il parle cette langue.

 

Pathelin au drapier

D’où viens-tu, joyeux Carême ?

Vuacarme, lief gode man

Etbelic boq iglughe golan ;

Hélas cher brave homme

Je connais heureusement plus d’un livre.

Henri, ah, Henri, ah, viens dormir.

Je vais être bien armé.

Alerte, alerte, trouvez des bâtons !

Course, course, une nonne ligotée.

Des distiques* garnissent ces vers

Mais grand festoiement épanouit le cœur.

Ah. Attendez un instant.

Il vient une tournée de rasades.

Ca, à boire, je vous en prie,

Viens seulement, regarde seulement le don de dieux !

Et qu’on y mette un peu d’eau !

Attendez un instant pour le frimas…….

Faites venir sire Thomas

Bientôt qui me confessera !

Cha ! A dringuer, je vous en prie !

 

Le drapier

Qu’est-cecy ? Il ne cessera

Aujourd’huy, de parler divers langages !

Ah mais, il me donnerait un gage

Ou mon argent, et je m’en irai.

 

Guillemette

Par les angoisses, dieu, je suis lasse.

Voici un homme très varié,

Que voulez-vous ? Je ne sais comme

Vous êtes si fort obstiné.

 

Pathelin

Or, cha ! Renouart, à la massue !

[Bé, déa ! Que ma couille est pelouse

Elle semble une chenille pelouse

Ou une mouche à miel.

Bé, parle-moi Gabriel.]

(il s’agite)

Les plaies, dieu, qu’est-ce qui s’attaque

A mon cul ? Est-ce un cousin

Ou une mouche, un coléoptère ?

J’ai la maladie de saint-Garbart

Suis-je des foireux de Bayeux ?

Jehan du chemin sera joyeux

Mais qu’il sache que je le sais.

Bé, pour saint- Miquiel, je boirais

Volontiers avec lui une fois.

Mais qui’il saiche que je le sée.

Bée, par saint Miquiel je bérée

Volentiers, à lui une fés !l

 

Le drapier (tandis que Pathelin s’agite)

Comment peut-il supporter le fait

De tant parler ! Ha : Il s’affole !

 

Guillemette

Celui qui lui apprit à l’école

Etait normand. Ainsi advient

Qu’à la fin, il s’en souvient.

(Pathelin râle)

Il s’en va !

 

Le drapier

Ha ! Sainte Marie,

Voici la plus grande rêverie

Où je fus de toute ma vie…

Qu’il n’ait pas été aujourd’hui à la foire.

 

Guillemette

Vous le croyez ?

 

Le drapier

Saint-Jacques, voire !

Mais j’aperçois bien le contraire.

 

Pathelin (fait le geste d’écouter, puis il parle au drapier)

Serait-ce un âne que j’entends braire ?

Alast ! Alast ! Cousin à moy !

Ils seront en grand émoi

Le jour où je te verrai.

Il faudra que je te haïsse

Car tu m’as fait grande tricherie

Ton fait : ils sont tout tromperie

Puisses-tu aller aux deables, corps et âme.

 

Guillemette (à Pathelin)

Dieu vous aide !

 

Pathelin

Huis oe bez ou dronc nos badou ?

Puissiez-vous avoir mauvaise nuit, des étourdissements

Ensuite, du feu dans vos maisons.

Je souhaite que vous tous, sans exception,

Oppresseurs, par un effet de peur,

Que vous rendiez  vos entrailles

En faisant des boudins,

Qui donneront dégoût à tous les chiens

Qui sont mourants de faim.

Toi, tu auras aumône et bon visage

Et beaucoup de tendresse et de civilité.

Aluzen archet apysy

Har cals amour, ha coureisy

 

Le drapier (à Guillemette)

Hélas, pour dieu, entendez-y

Il sen va ; comment il gargouille !

Mais que déable est-ce qu’il barbouille ?

Sainte dame, comment il marmotte !

Par le corps dieu, il bredouille

Ses mots, tant qu’on n’y entend rien !

Il ne parle pas chrétien

Ni nul langage qui se comprend.

 

Guillemette

Ce fut la mère de son père

Qui fut originaire de Bretagne.

Il se meurt. Cecy nous enseigne

Qu’il faut ses derniers sacrements.

 

Pathelin au drapier

Hé, par saint-Gigon le Wallon, tu te mens

Dieu te mette en mauvaise semaine

Tu ne vaux pas une vielle natte ;

Va, sanglant mauvais soulier.

Va foutre ! Va, sanglant paillard !

Par la mort, dieu, ça ! Viens-t‘en boire

Et donne-moi cette année du grain de poivre

Car vraiment il le mangera

Et par st-Georges, il boira

Avec toi. Que veux-tu que je te dise ?

Déa, ne viens-tu pas de Picardie ?

Jacques, ils n’en sont en rien ahuris…

Et bona dies sit vobis…… 

Bonjour à vous

Maistre très aimable

Père réverentissime

Comment brûles-tu ?

Quoi de neuf ?

Les Parisiens ne sont pas des œufs !

Que demande ce marchand ?

Il dit que celui-ci est un trompeur.

Celui qui se couche dans un lit

Veut lui donner quelque chose, s’il lui plait

De l’oie à manger

Qu’elle soit bonne à manger,

Sans délai !

Si sit bona ad edendum

Pete sibi sine mora !

 

Guilllemette au drapier

Par mon serment, il se mourra

Tant en parlant ! Comme il lacune

Ne voyez-vous pas comme il écume

Hautement la divinité ?

Elle s’en va son humanité.

Or, je demeurerai pauvre et lasse…

 

Le drapier, à part

Il serait bon que je m’en aille

Avant qu’il ne passe le pas.

(A guillemette) Je doute qu’il ne voudrait pas

Vous dire, à son trépas

Devant moi, si privément

Aucun secret, par aventure,

Pardonnez-moi, car je vous jure

Que je croyais par cette âme,

Qu’il avait mon drap. Adieu, dame.

Pour dieu, qu’il me soit pardonné !

 

Guillemette (le conduisant à la porte)

Le jour benoist vous soit donné

Ainsi qu’à la pauvre dolente qui vous parle.

 

Le drapier (à part, à l’extérieur)

Par sainte-Marie la noble

Je me tiens plus ahuri

Que jamais. Le déable

A pris mon drap pour me tenter.

Bénédicte ! Qu’il puisse ne jamais

Tenter ma personne !

Et puis, qu’ainsi, va, je le donne

Pour dieu, à quiconque l’a pris.

(il s’en va)

 

Guillemette

En avant ! Vous ai-je bien enseigné ?...

Or, il s’en va, le beau niais.

Dieux qu’il a dessous son crâne

De minuscules conclusions !

Mais il lui viendra des visions

De nuit, quand il sera couché.

Comment il a été mouché !

N’ai-je pas bien fait mon devoir ?

 

Pathelin

Par le corps de dieu, ah,dites voir,

Vous y avez très bien œuvré.

Au moins nous avons obtenu

Assez de drap pour faire des robes.

 

 

 

 

(Remarques sur cette partie Premier astérisque : passage osé, mis entre parenthèse par moi. Deuxième astérisque : le mot « bieu » signifiait « dieu ». Troisième : « rébarbatif », le mot est dans le texte d’origine. Quatrième :Distique : en français, groupe de deux vers, formant un ensemble. Le mot est vraiment dans le texte d’origine. Autre astérisque : "la plante", signifiait "la plante des pieds. J'ai rajouté l'expression entière pour la compréhension, comme pour d'autres mots (tromper, flageioller...etc...) Cinquième ou autre astérisque : Les passages en langues régionales ne sont pas traduits dans le texte d’origine, mais une traduction en note de bas de passage est présentée ; j’ai inséré la traduction, pour qu’on sache ce qu’il dit, et laissé quelques phrases originelles, pour qu’on comprenne pourquoi le drapier entend parler ces langues …)

 

 

 

 

 A suivre....

 

03/07/2014

La farce de maistre Pathelin, partie 1

hi hi.jpgLa farce de Maistre Pathelin

Pièce de théâtre, vers 1465, à Paris

 

Transposition, par mes soins, de l’ancien français au français actuel, la plus proche possible du texte d’origine.

La pièce d’origine est en vers ; la versification est conservée à condition que le texte soit clair

Et le vocabulaire non modifié.

Si le sens est peu clair en ancien français (occurrence rare), je suppose la signification de la phrase.

Texte proche ou identique des expressions typiques de l’époque.

Je publierai tout ce texte dans les jours et semaines qui viennent.

Si le texte de ma transposition intéresse, j'autorise, à condition qu'elle soit non lucrative et qu'on m'en informe, son utilisation. Pour toute autre demande, il est possible de m'écrire. Illustration ci-dessus (extra-terrestre en visite), dessin de moi (tous droits d'auteure à l'auteure)...

Je reste discrète sur mes motivations et autres idées; chacun peut se faire une idée du texte, en le lisant. Retour aux sources. Philosophie...

 

Voici:

 

Personnages :

Maistre Pierre Pathelin, avocat

Guillemette, sa femme

Guillaume Joceaulme, drapier

Thibaut Aignelet, berger

Le juge

 

 

 

SCENE 1 –PATHELIN ET GUILLEMETTE, chez Pathelin

 

Maistre Pierre Pathelin :

Sainte Marie, Guillemette,

Quelque peine que j’y mette

A chaparder, à ramasser,

Nous ne pouvons rien amasser,

Et je ne vois plus le temps

Où je plaidais comme avocat.

 

Guillemette :

Par Notre-Dame, j’y pensais

Comme on chante, en plaidant,

Mais on ne vous dit plus si sage…
Je sais que chacun vous voulait

Avoir, pour gagner sa querelle

Mais maintenant on vous appelle

Avocat sans activité.

 

Pathelin

Encore ne le dis-je pas pour me

Vanter, mais on n’a vu, au territoire

Où nous tenons notre auditoire

Plus sage que moi, hormi le maire.*

 

Guillemette

Lui aussi il a lu la grimoire

Et il a étudié longue pièce.

 

Pathelin 

A qui voyez-vous que je refuse

Sa cause, si je souhaite l’étudier

Et c’est vrai, je peux me vanter

Que je sais aussi bien chanter

Au lutrin, avec notre prêtre

Que si j’eusse été chez un maître

Autant que Charles, en Espagne,

Charlemagne.

 

Guillemette 

Que nous vault ceci ! Rien du tout.

Nous mourrons ici de fine famine.

Nos robes ne sont plus qu’étamines

Rapées, et nous ne pouvons pas savoir

Comment obtenir quelque avoir

Et que nous vaut votre savoir !

 

Pathelin 

Taisez-vous ! Par ma conscience

Si je veux éprouver mon sens

Je saurai bien où en trouver

Des robes et des chaperons.
S’il plait à dieu, nous nous en sortirons

Et nous serons remis sur l’heure,

Déa !* En peu d’heures, dieu labeure.
S’il convient que je m’applique

A exposer toute ma pratique

Je sais que je suis sans égal.

 

Guillemette 

Par Saint-Jacques, et sans tromper…

Vous êtes fin et maître parfait.

 

Pathelin 

Dieu me fit naître

Avec droite advocasserie…

 

Guillemette 

Par ma foy, mais concernant la tromperie,

Combien je m’en advise….

A vrai dire, sans leçon de clergé

Et sans naturel, vous êtes

Vu comme l’une des plus sages têtes

Dans toute la paroisse !

 

Pathelin

Il n’y en a nul qui s’y connaisse

Si haut en advocasserie.

 

Guillemette 

Que dieu m’aide. Mais en tromperie

Au moins, vous avez la réputation….

 

Pathelin 

Si ceux qui sont vêtus de

Peaux de chèvres, ou manteaux de soie

Disent qu’ils sont avocats,

Cependant ils ne le sont pas.
Laissons en paix cette baverie.

Je m’en vais à la foire.

 

Guillemette

A la foire ?

 

Pathelin

(il fredonne) Par Saint-Jéhan, on verra.

(Il parle) A la foire, gentille marchande.

Vous déplait-il que je marchande

Du drap, ou quelque autre suffrage

Bon pour notre ménage.
Nous n’avons pas une robe qui vaille.

 

Guillemette

Vous n’avez ni denier ni maille.
Comment payerez-vous ?

 

Pathelin

Vous ne savez pas, belle dame

Si vous n’avez

Du drap, pour nous deux largement.

Si vous me démentez du manteau….

Hardiment. Quelle couleur vous semble plus belle ?

D’un gris vert, d’une étoffe noire,

Ou d’autres, il me le faut savoir.

 

Guillemette

Ce que vous me pourrez avoir.

Qui emprunte ne choisit pas.

 

Pathelin (en comptant sur ses doigts)

Pour vous, deux aulnes, deux mètres et plus,

Et moi, trois, voire bien quatre,

Ce sont…

 

Guillemette

Vous comptez sans précaution

Qui déable vous les prêtera ?

 

Pathelin

Que vous importe, ça se fera,

On me les prêtera vraiment

Et je rendrai au jugement

Dernier ; cela n’arrivera pas plus tôt…

 

Guillemette

Avant mon amy, en ce point

Quelqu’un d’autre portera ce manteau,

Ou sera démenti….

 

Pathelin, à part

J’achèterai du gris, du vert…

Et pour un blanc, Guillemette,

Il me faut trois quartiers de noir,

Ou un aulne….

 

Guillemette

Si dieu m’aide, voyons,

Allez, et oubliez de boire,

Si vous rencontrez celui qui paye à tous

Du vin, le dénommé Martin Garant.

 

Pathelin  (Il part)

 

Guillemette (seule)

Hé, dieu, quel marchand !

Plus à dieu qu’il ne voit pas goutte…

 

(remarques sur le texte : premier astérisque : ceci n’est pas une allusion de ma part – deuxième astérisque : « déa » ou « déable », à cette époque, signifiait « diable ».)

 

 

 

 

SCENE 2 : PATHELIN, LE DRAPIER, à la foire

 

Pathelin, (qui arrive à l’étal du drapier, comptant sur ses doigts) :

Pour vous, deux aulnes et demi.

(A part) : N’est ce pas lui là, j’en doute

Si ce n’est lui, par sainte Marie

Un qui se mêle de draperie.

(Au drapier ) : Dieu y soit.

 

Guillaume Joceaulme, drapier

Et que dieu vous donne joie !

 

Pathelin

Or ainsi dieu m’aide. Que j’avais

De vous voir grande volonté !

Comment se porte la santé !

Etes-vous sain et dru, Guillaume ?

 

Le drapier

Oui, par dieu !

 

Pathelin (il lui serre la main) :

Donnez-moi cette paume, comment allez-vous ?

 

Le drapier

Et bien vraiment,

A votre bon commandement. Et vous ?

 

Pathelin :

Par Saint-Pierre l’apôtre

Comme celui qui est tout vôtre.
Ainsi vous prospérez…

 

Le drapier :

Et voyez… Mais les marchands, croyez-moi

Ne sont pas toujours à leur guise.

 

Pathelin

Comment sont les marchandises ?

Peut-on subsister et paître ?

 

Le drapier

Si dieu m’aide, mon doux maître.
Je me dis toujours : Hue ! en avant !

 

Pathelin

Hé, il était un homme savant ;

Je requiers dieu qu’il ait son âme :

C’était votre père ! Douce Dame !

C’est mon avis tout clairement.

Que c’est comme vous, proprement :

C’était un bon marchand, et sage.

(il dévisage le drapier)

Vous lui ressemblez de visage !

Par dieu, comme une exacte peinture !

Si jamais dieu vit créature

Merci dieu, qu’il lui pardonne l’âme…

 

Le drapier

Ainsi soit fait, par sa grâce,

Et pour nous aussi, si cela lui plait.

 

Pathelin

Par ma foy, il me prédit

Maintes fois, et bien largement

L’époque qu’on voit présentement.

Je m’en suis souvenu maintes fois

Et puis, il était considéré

Comme un des bons.

 

Le drapier (l’interrompant)

Asseyez-vous, beau sire.

Il est bien temps de vous le dire

Mais je suis ainsi gracieux.

 

Pathelin (qui reste debout)

Je me sens bien, par le Corps Précieux.

Il avait…

 

Le drapier (qui insiste)

Vraiment asseyez-vous.

 

Pathelin :

Volontiers. « Ha vous verrez »

Me dit votre père «  de grandes merveilles ».

(Il le dévisage encore)

Que dieu m’aide, et des oreilles

Du nez, de la bouche, des yeux,

Jamais enfant ne ressembla mieux

A son père, que vous. Quel menton fourchu,

Vraiment c’est vous tout esquissé !

Et qui dirait à votre mère

Que vous n’êtes pas fils de votre père

N’aurait que faim de se disputer.

(à part) : Sans faute, je ne puis penser

Comment Nature dans ses ouvrages

Forma deux visages si pareils

Et l’un et l’autre pareillement marqués.

Car quoi, qu’on vous aurait peint

Tous deux de si ressemblante façon

Comme si vous étiez sans différence ?

(au drapier) : Or, dites, la bonne Laurence,

Votre belle tante, mourut-elle ?

 

Le drapier

Nenny, déa !

 

Pathelin (à part)

Que je la vis, belle et

Grande et droite, et gracieuse…

(au drapier) : Par la mère dieu précieuse,

Vous lui ressemblez de taille,

Comme vous étiez fait de neige !

En cela ce me semble, il n’est de

Lignage qui mieux se ressemble.

(il regarde le drapier fixement).

Et plus on vous voit, par le père,

On vous voit là, on voit votre père.

Vous lui ressemblez mieux que goutte

D’eau, je n’en ai pas un doute.

Quel vaillant bachelier c’était.

Le bon prudhomme, et s’il prêtait

Ses avoirs à qui les voulait,

Dieu lui pardonne, il avait l’habitude

Toujours de rire de si bon cœur.

(il rit).

Plût à Jésus que le pire

De ce monde lui ressemble :

On ne volerait pas, on ne tromperait pas

L’un l’autre, comme on fait.

(il touche une pièce de drap) : Que ce drap est bien fait,

Qu’il est doux et bien tendu.

  

Le drapier

Je l’ai fait faire très beau,

Avec des laines de mes brebis.

 

Pathelin

Hé bien… Quel bon ménage vous avez.

Vous ne changez pas de votre origine,

De votre père. Votre corps ne finira

Jamais d’être en activité.

 

Le drapier

Que voulez-vous, on doit veiller.

Qui veut vivre, et soutenir peine.

 

Pathelin (touchant une autre pièce de drap)

Celui-ci est-il teint en laine ?

Il est fort comme un cuir de Cordoue.

 

Le drapier

C’est un très bon drap de Roen,

Je vous promets, et bien foulé.

 

Pathelin

Or vraiment, j’en suis attrapé,

Car je n’avais pas l’intention

De prendre des draps, par la Passion

De notre seigneur, quand je vins.

J’avais mis de côté 80

Ecus, pour rembourser un prêt,

Mais vous en aurez vingt ou trente.

Je le vois bien, car la couleur

Me plait tellement que c’est douleur !

 

Le drapier (à part, puis à Pathelin)

Voyons…Ce pourrait-il faire

Que ceux à qui vous devez rembourser

Cette dette, acceptent de la monnaie ?

 

Pathelin

Et oui bien, si je le voulais

Tout est dû en un paiement… (il touche encore une pièce d’étoffe)

Quel drap est-ce ceci vraiment ?

Tant plus je le vois, et plus je m’assois.

Il m’en faut avoir une cotte.
Bref, et à ma femme de même.

 

Le drapier

Certes, le drap est cher comme une crème.

Vous en aurez si vous voulez

Dix ou vingt francs y son consacrés

Si tôt !

 

Pathelin

Peu me chault, ouste et vaille !

Encore ai-je denier et maille

Que j’ai gagnés par moi-même, et non de père ou de mère.

 

Le drapier

Dieu en soit loué ! Par le saint-père,

Cela ne me déplairait pas du tout.

 

Pathelin

Bref, je soupire pour cette pièce :

Il convient que je l’ai.

 

Le drapier

Or bien,

Il convient de s’aviser combien

Vous en voulez, premièrement.
Tout est à votre commandement,

N’importe lequel de cette pile,

Et même, si vous n’eussiez de la monnaie.

 

Pathelin

Je le sais bien, votre bonté…

 

Le drapier (touchant une pièce d’étoffe)

Voulez-vous de ce bleu clair ci ?

 

Pathelin

D’abord, combien coûtera

La première aulne ? Dieu sera

Payé le premier. C’est la raison

Voici un denier. (A part) : Ne faisons

Rien qui soit où dieu ne se nomme.

 

Le drapier

Par dieu, vous parlez comme un homme bon,

Et vous m’en avez bien réjoui.
Voulez-vous un bon prix ?

 

Pathelin

Oui.

 

Le drapier

Chaque aulne vous coutera

Vingt et quatre solz.

 

Pathelin (étonné)

Cela n’ira pas !

Vingt et quatre solz ! Sainte dame !

 

Le drapier

Il me l’a coûté, par cette âme !

Il m’en faut autant, si vous l’avez.

 

Pathelin

Déa ! C’est trop !

 

Le drapier

Hé, vous ignorez

Comment le drap est enchéri

Puisque le bétail a péri

Cet hiver, par la grande froidure.

 

Pathelin, à part

Vingt solz ! Vingt solz !

 

Le drapier

Et je vous jure

Que j’en aurai ce que je dis.
Ou attendez donc samedi !

Vous verrez ce que vaut la toison.

Cela me couta, à la Sainte Magdelaine,

Quarante deniers, je vous jure, de laine,

Que j’avais d’habitude pour vingt.

 

Pathelin

Par le sang bleu, sans plus débattre,

S’il en est ainsi, je fais l’affaire.

Sus ! Mesurez les aulnes !

 

Le drapier

Et je vous demande

Combien vous en voulez ?

 

Pathelin

C’est bien aisé à savoir.

Quelle largeur a-t-il ?

 

Le drapier

Deux aulnes.

 

Pathelin

Trois aulnes pour moi, et pour elle.

Elle est haute, deux et demi.

Ce sont six aulnes… N’est-ce pas ?

Et non ! Que je suis bec jaune*, simplet !

 

Le drapier

Il m’en faut qu’une demi aulne

Pour faire les six justement.

 

Pathelin

J’en prendrai six tout simplement.

Je m’en ferai aussi un chaperon.

 

Le drapier

Prenez-là, nous les mesurons.

Celles-ci.

(ils mesurent le drap ensemble).

Et un, et deux, et trois, et quatre,

Et cinq et six.

 

Pathelin

Ventre saint-Pierre !

Exactement.

 

Le drapier

Dois-je les mesurer à nouveau ?

 

Pathelin

Nenny, par une latrine.

Il n’y a ni perte ni gain

Dans cette marchandise. Combien

Coûte le tout ?

 

Le drapier

Nous le saurons bien :

A deux et quatre solz chacune,

Les six : neuf francs.

 

Pathelin

Hé, pour la dernière fois,

Ce sont six écus ?

 

Le drapier

Que dieu m’aide, voire !

 

Pathelin

Or sire, voulez-vous croire

Tout à l’heure, quand vous vendiez

(le drapier fait signe de ne pas le croire)

Non pas croire : vous les prendrez

A mon logis, en or ou en monnaie.

 

Le drapier

Notre Dame ! Je me tordrais le chemin

De beaucoup à aller par là.

 

Pathelin

Hé ! Votre bouche ne parla pas

Depuis, par monseigneur saint-Gilles

Qu’elle ne disait pas évangile.

C’est très bien dit, vous vous tordriez :

C’est cela. Vous ne voudrez

Jamais trouver nulle occasion

De venir boire dans ma maison.
Or, vous y boirez, cette fois !

 

Le drapier

Et par saint-Jacques, je ne fais

Guère autre chose que de boire.

Je viendrai, mais il n’est pas bon d’accroire,

De faire crédit au premier achat.

 

Pathelin

Cela suffit-il, si je vous paie ce drap

D’écus d’or, et non pas de monnaie ?

Et ainsi, vous mangerez de mon oie

Par dieu, que ma femme fait rôtir !

 

Le drapier (à part, puis à Pathelin)

Vraiment, cet homme m’assotit.
Allez devant. Sus ! J’irai, c’est ainsi

Et je vous l’apporterai.

 

Pathelin

Pas du tout !

En quoi me gênerait-il ? En rien !

Je l’emporterai sous mon bras !

 

Le drapier

Ne vous inquiétez pas.

Il vaut mieux, pour l’honnêteté

Que je l’apporte.

 

Pathelin

Qu’un mauvais pas

M’envoie la sainte Magdelaine,

Si vous en preniez déjà la peine !

C’est très bien dit : sous le bras.

(il prend le drap)

Cecy, cela me fera une belle

Bosse. Ha ! C’est très bien allé !

On fera ripaille, vous viendrez.

 

Le drapier

Je prie que vous me donniez mon argent

Dès que je viendrai.

 

Pathelin

Je le ferai, et par dieu, je ne le ferai pas

Sans que vous ayez pris votre repas

Très bien, et si je ne voulais pas

Avoir sur moi de quoi payer,

Au moins vous viendrez essayer

Quel vin je bois. Votre feu père

Criait en passant : « Bien compère ! »

Ou « Que dis-tu ? » ou « Que fais-tu ? ».

Mais vous méprisez comme fétu de paille

Les pauvres hommes, entre vous riches !

 

Le drapier

Et, par le sang bleu, nous sommes

Plus pauvres !

 

Pathelin

Oui, adieu ! Adieu !

Rendez-vous bientôt, au dit-lieu

Et nous boirons bien, je m’en vante !

 

Le drapier 

Je ferai ainsi. Allez devant.

 

Pathelin (en partant, à part)

Or, et quoi donc !

Or ! Déa ! Je n’y faillirai jamais !

Non ! Qu’il peut être bien pendu

Et déa ! Il ne m’a pas vendu

A mon prix, mais au sien,

Mais il sera payé au mien !

Il lui faut de l’or : on le lui fabriquera !

Plut à dieu qu’il ne fasse que courir

Sans cesse, jusqu’à la fin du paiement ;

Saint-Jéhan, : il ferait plus de chemin

Que jusqu’à Pampelune.

 

(il va vers sa maison)

 

Le drapier (seul)

Ils ne verront soleil et lune,

Les écus qu’il me paiera.

Qui me les volera ?...

Or, n’est-il si fort acheteur

Qui ne trouve plus fort vendeur….

Ce trompeur-là est trop bec jaune,

Simplet, quand pour vingt et quatre solz l’aulne,

Il a pris du drap qui n’en valait pas vingt.

 

 

 (remarques sur le passage : être "bec jaune" signifiait être simplet; j'ai plusieurs fois associé le mot ancien, pour conserver l'idée originelle, avec le mot actuel, comme ainsi : "bec jaune, simplet".).

 

 

 

SCENE 3 – PATHELIN ET GUILLEMETTE, chez Pathelin

 

Pathelin

En ai-je ?

 

Guillemette

De quoi ?

 

Pathelin

Que devint

Votre vieille cotte, hardie ?

 

Guillemette

Il est grand besoin qu’on le dise !

Que voulez-vous en faire ?

 

Pathelin

Rien, rien.

En ai-je ? Je le disais bien. (il lui montre le drap)

Ceci est-il du drap ?

 

Guillemette

Sainte dame !

Or, par le péril de mon âme,

Il ne vient d’aucune couverture !

Dieux ! D’où nous vient cette aventure ?

Hélas ! Hélas ! Qui le payera ?

 

Pathelin

Demandez-vous qui le fera.

Par saint-Jéhan, il est déjà payé.

Le marchand n’était pas dévoyé

Belle dame, celui qui me l’a vendu

S’il n’est pas blanc comme sac de plâtre !

Le méchant vilain personnage

 

Guillemette

Combien coûte-il doncques ?

 

Pathelin

Je n’en dois rien.

Il est payé ! Ne vous rigolez pas.

 

Guillemette

Vous n’avez ni denier ni maille.
Il est payé ? En quelle monnaie ?

 

Pathelin

Et, par le sang bleu, si, j’avais,

Dame, j’avais une petite monnaie de Paris :

Un parisi.

 

Guillemette

C’est bien allé, la belle promesse de payer,

Ou une reconnaissance de dette y ont œuvré.
C’est ainsi que vous l’avez obtenu

Et quand le délai passera

On vendra, on saisira nos bien,

Tout ce qui nous avons sera pris.

 

Pathelin

Par le sang bleu, il ne m’a coûté

Qu’un denier : la promesse à dieu.

 

Guillemette

Bénédicté, Maria !

Que un denier. Cela ne peut se faire !

 

Pathelin

Je vous donne cet œil à arracher,

S’il y en a eu, ou s’il y en aura

Jamais qui si bien chanter ne saura.

 

Guillemette

Et qui est-il ?

 

Pathelin

C’est un Guillaume,

Qui a pour surnom Joceaulme,

Puisque vous voulez le savoir.

 

Guillemette

Mais la manière de l’avoir,

Pour un denier. Et à quel jeu ?

  

Pathelin

Ce fut pour le denier à dieu !

Et encore, si j’avais voulu,

J’aurai conservé mon denier.

Finalement, est-il bien labouré ?

Dieu et lui partageront ensemble

Ce denier-là, si bon leur semble.
Car c’est tout ce qu’ils en auront.

Ils ne sauront jamais si bien chanter

Ni crier, ni s’exclamer.

 

Guillemette

Comment a-il voulu le prêter,

Lui qui est un homme si rebelle ?

 

Pathelin

Par sainte Marie la belle,

Je l’ai armé et blasonné

Si bien qu’il me l’a presque donné.
Je lui disais que son feu père

Fut si vaillant : « ha », dis-je » frère,

Qu’êtes-vous de bon parentage ! 

Vous êtes », fais-je «  du lignage

D’icy alentours le plus à louer »

Mais je peux avouer à dieu,

Qu’il est issu de ces personnes,

Les plus rebelles des canailles

Qui soit dans ce royaume !

« Ha » fais-je, « « mon ami Guillaume

Que vous ressemblez bien de visage

Et en tout à votre père ! ».

Dieu sait comment j’échaffaudais

Et à la fois j’entremêlais

En parlant de sa draperie.

« Et puis » fais-je, « Sainte Marie,

Comment il prêtait doucement

Ses denrées si humblement !

C’est vous » lui dis-je « tout craché ».

Toutefois, on eut arraché

Les dents de ce vilain marsouin

De feu son père, et du babouin

Le fils, avant qu’ils ne prêtent quelque chose :

Ils n’ont pas fait

Même un bon prix

Mais, de force, ayant tant bavardé

Et parlé qu’il m’a prêté six aulnes.

 

Guillemette

Oh, jamais rendu !

 

Pathelin

Ainsi vous devez l’entendre.

Rendre ! On lui rendra le déable !

 

Guillemette

Il m’est souvenir de la fable

Du corbeau qui était assis

Sur une croix de cinq à six

Toises de haut, lequel tenait

Un formage* au bec. La venait

Un renart qui vit le formage ;

Il pensa en lui-même : « Comment l’aurai-je ?

Lors il se mit dessous le corbeau :

« Ha » fit-il, "tant tu as le corps beau

Et ton chant plein de mélodie ! »

Le corbeau, par idiotie,

Ayant son chant ainsi vanté,

Ouvrit son bec pour chanter

Et son formage tomba à terre

Et maistre Renart vient et le serre

Et à bonnes dents, il l’emporte.

Ainsi en est-il, je m’en fais forte

De ce drap. Vous l’avez happé

Par l’idée de le blasonner, de le flatter,

En lui disant de beaux langages.
Comme fit Renart du formage,

Vous l’avez pris par la tricherie.

 

Pathelin

Il doit venir manger de l’oie

Mais voici ce qu’il nous faudra faire :

Je suis certain qu’il viendra braire

Pour demander son argent promptement :

J’ai pensé à un bon tour à lui jouer.

Il convient que je me couche,

Et quand il viendra vous direz :

« Ha, parlez bas » et vous gémirez

En faisant une tête fade, pâle,

« Las », ferez-vous « Il est malade

Depuis deux mois, ou six semaines »

Et s’il vous dit : ce sont fantaisies, trudaines,

Il était avec moi à l’instant,

Vous direz : « Hé bien, ce n’est pas maintenant

Qu’il faut rigoler.

Et ainsi, nous allons le flageoller, le duper,

Car on ne lui dira rien d’autre.

 

Guillemette

Par l’âme qui en moi repose

Je ferai très bien cette manière

Mais si en cela vous reculez

Si la justice vous prend

Je ne doute pas qu’il vous demande

Plus de la moitié en plus de l’autre fois !

 

Pathelin

Or, paix ! Je sais bien ce que je fais ;

Il faut faire ainsi que je dis.

 

Guillemette

Souvenez-vous du samedi

Par dieu, qu’on vous cloua au pilori ;

Vous savez que chacun cria

Sur vous, contre votre tromperie.

 

Pathelin

Or laissez cette baverie….
Il viendra, à quelque heure ;

Il faut que ce drap nous demeure.
Je m’en vais coucher.

 

Guillemette

Allez doncques.

 

Pathelin

Vous ne rirez pas.

 

Guillemette

Nenni. Mais je pleurerai à chaudes larmes.

 

Pathelin

Il nous faut fermer entre nous deux,

Afin qu’il ne s’en aperçoive pas.

 

 

 

 

 

(remarques sur ce passage : formage signifie fromage, et on note que la fable du corbeau et du "renart" était déja connue au 15ème siècle". "se rigoler" est aussi une expression de l'époque et "baverie", comme on comprend, signifiait "bavardage". )

 

 

 

 

A suivre, dans quelques jours...

20/06/2014

des idées sur la nature (évidemment)

dans un champ.png

  

dans un champ 2.jpg

 Une protestation de l'herbe, peut-être. J'ai titré "Dans un champ". En attendant la pluie en quelque sorte.

 *

une plume.jpg

plume 4.jpg

 J'ai appelé celui-ci simplement "Une plume". J'avais l'idée de savoir un jour ou l'autre si les oiseaux trouveraient que j'ai bien vu l'idée importante en ce domaine.

  *

 compatible fraiche attitude nature.jpg

 Ce dessin est titré par les mots qui le contiennent, qu'on peut dire suivant plusieurs enchaînements... Comme par exemple "Compatible Fraîche Attitude Nature" ou "Nature Compatible Fraîche Attitude"...

compatible fraiche attitude nature, détail.jpgVoilà.

Pour cette fois.

(De ces trois dessins, seule la plume est dessinée d'après modèle; les deux autres sont d'imagination - Tous droits d'auteure appartemant à l'auteure, naturellement). 

 

16/04/2014

Pensées (...)

 Je présente quelques dessins récemment réalisés (en avril). Je dirai plus tard leurs titres. Ce sont deux dits-abstraits, et trois oiseaux.

 

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*

 

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*

(Tous droits d'auteure réservés)

19/03/2014

les limites et l'infini (entre autres)

Je voulais dire quelque chose à propos du fait que je n'écris pas tellement sur mon blog ces derniers temps. Mais justement c'est ce qui est difficile à formuler.

J'appelle pompeusement cette note "les limites et l'infini" et à vrai dire, je ne sais pas ce que je vais écrire sur ces concepts, bien qu'il soit probablement possible de rédiger plusieurs ouvrages sur le sujet, suivant la façon dont on définit ces termes au départ et blablabla...

Je pourrais par exemple laisser une fleur parler pour moi, ou parler avec moi. Cela éviterait de chercher les mots, parce que les mots, qu'on croit d'habitude librement liés entre eux, en particulier dans des pays supposément libres, sont en réalité, -d'après ce qui m'est apparu ces dernières années- des sortes de morceaux de territoire que les uns et les autres se partagent ou se disputent... Il est évident que, moi aussi, je suis soumise à ces limites. Les mots sont incarnés, et les incarnations ont des mots... Certains y ont certainement déjà pensé, mais je crois bon pour ma part de le rappeler, et c'est toujours une manière de tourner autour du sujet du silence et de la parole, des limites et de l'infini, pourquoi pas...

Je commence donc par laisser une fleur parler pour moi, ou avec moi...

4 -uè sux.JPG

Ce que je trouve appréciable notamment, concernant les fleurs, c'est d'une part d'une part qu'il en existe un grand nombre, et qu'on voit aussi, au travers des fleurs, des déclinaisons variées du domaine visuel. Par exemple, j'étais assez fière de moi-même de pouvoir dessiner, d'une part des fleurs de Noël, que voici ci-après : 

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On remarque, chez la fleur de Noël, une sorte de bonté, de douceur d'affirmation; c'est du moins mon impression traditionnelle, concernant cette fête, telle qu'elle devrait être en tous cas. La fleur de Noël, sans être extraordinairement vertueuse -n'exagérons pas -, normalement vertueuse, m'a paru se distinguer par une absence de morgue, une sorte de joie un peu enfantine et inclusive, à l'image de cette fête, d'après mon impression. Une fleur de Noël qui serait excessivement pédante me paraitrait déplacée et grossière.

Par contre, dans un autre contexte, rien n'empêche de poser plus intensément ses compétences d'élégance. J'ai dessiné, ci-après, des fleurs en situation d'exposition, qui présentent leurs facultés esthétiques, en image, et suppose-t-on, mouvement aussi. 

2 yseyhuy.JPG

Personnellement, je trouve assez rassurant et satisfaisant de m'apercevoir, en dessinant, que même les fleurs ont différentes façons de se présenter, ce qui parait en fait évident, suivant qu'elles s'adonnent à l'étude, reçoivent leur petit ami, ou rendent visite à leur grand-mère etc... Certains pensent peut-être que les fleurs n'ont pas de grand-mère ni de grand-père, mais moi, cela m'étonnerait, parce que sinon, d'où viendraient-elles. A mon avis, elles ont ce genre d'ancêtres, évidemment, tout dépend s'il a pris racine à proximité, ou plus loin, je suppose... Bref... Je parlais essentiellement de la variation des fleurs suivant leur contexte de présentation, et leurs priorités du moment... Sur l'image qui suit, j'ai dessiné des fleurs qui ont voulu être vues, dans un contexte de rivage estival. J'ai trouvé remarquable que les ombres de ces fleurs, témoignant donc de leurs grandes lignes, se soient présentés notamment sous forme de baleine, fait qui s'est imposé à mes doigts.

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Les fleurs de bord de mer sont plutôt lascives, comme on sait, et elles seraient plutôt proches de l'animal marin... Si maintenant, il conviendrait de discuter ou de réfléchir au fait que, soit les fleurs ont des grand-parents, ou non, ou s'il est raisonnable, quand on pense sérieusement, de comparer des fleurs à des baleines, autrement dit, des baleines à des fleurs, je trouve que la notion de limites et d'infini s'est un peu dégagée, via l'incarnation florale, somme toute à la portée de tout un chacun quand il est question de nature etc... Personnellement, je ne pense pas que ma phrase précédente soit ultra claire, mais suffisamment claire, et l'infini est-il clair, les limites sont-elles claires ? Il est évident qu'il est plus facile de repérer des limites que l'infini, mais j'ai résolu de lier les deux, disons dans une petite logorée (il me semble qu'il y a un h dans ce mot, mais je ne me souviens plus où exactement; disons que j'ai la chance de ne pas l'utiliser trop souvent), dans une petite logorée un peu joueuse, mais non totalement dénuée de fondements, loin de là.... : en fait, cette question des différences de positionnement suivant différents contextes. Ci-après, je montre des fleurs encore différentes, dans ce qu'elles expriment, et cette fois, je laisserai l'interprétation éventuelle (je ne force personne à interpréter) libre... 

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Bon... Sommes-nous vraiment avancés, et comment considérer l'avancement, relativement aux deux thèmes "infini et limites", et "silence et paroles"... Je ne termine pas cette phrase par un point d'interrogration, parce que je ne me pose qu'à moitié la question. Les questions trop abstraites ne m'ont jamais tellement attirée. Disons que j'ai posé la question des limites et de l'infini, dans l'idée de quelque chose de concret, quand même... Et les fleurs sont bien concrètes, à ma connaissance, de même que les arbres et les oiseaux, et tout ce qui va avec... Disons que je voulais dire qu'il n'était pas question de compter sur moi pour transcendentaliser... C'est tout. Voilà...

Bien, je trouve pour ma part déjà intéressant, sur le plan de l'image, cette notion des différentes présentations des fleurs. C'est un point plutôt transversal, non transcendantal... Comme je disais pour rire dans mon roman inachevé, "Darwin a inventé les yeux, depuis que nous vivons dans une société de l'image"... C'était une ironie, je le précise, qui signifie que les yeux sont tout à fait importants, et l'image, bien avant Darwin, puisque chacun sait qu'un grand nombre d'animaux vivants en sont équipés... J'ai même pour ma part trouvé un oeil rouge à l'intérieur d'une fleur, c'est dire (c'est dire que je mélange un peu de considérations sérieuses à un zest d'imagination; je précise cela pour la cohérence du discours)...

Voilà. On pourra toujours méditer sur quelque chose, c'est déjà un bon point...

*

Une question amusante que je me suis posée - cette question est à la fois amusante et potentiellement dramatique - et c'est celle-ci : je songeais aux différentes danses réalisées par l'être humain, ou bien des chants, dans l'idée de faire tomber la pluie. Il me semble que, dans les sociétés traditionnelles, un certain nombre de personnes y ont consacré une partie non négligeable de leurs activités. Donc, je me disais : "Faire tomber la pluie, est-ce vraiment possible ? Ou est-ce vraiment impossible ?" Il y a un peu d'infini là-dedans, je trouve, mais à dire vrai, je préferais plus de pluie et moins d'infini, s'il fallait choisir...

Et je pense que les fleurs, notamment celles qui ne sont pas accompagnées ou veillées par un jardinier, seraient -peut-être pas toutes, mais un certain nombre d'entre elles - potentiellement d'accord avec moi sur le fait que la question n'est pas négligeable, comme par exemple des coquelicots qui sont très beaux, et toutes ces fleurs qui poussent librement, et font la joie de nos amis les papillons et autres guêpes, abeilles etc...

Une fois ceci dit - en fait, je considère pour ma part avoir déjà dit énormément de choses sur ce blog, et comme je n'ai pas changé d'avis, c'est une des raisons pour lesquelles je n'ai pas particulièrement exprimé d'opinion supplémentaire; disons aussi -en toute modestie- que mes opinions auraient une sorte de tendance à viser l'infini, ce qui dépasse parfois les cadres, les cadres étant des limites par définition... Pour se changer les idées, je présente ci-après un petit dessin d'un couple style classique français, d'après une photo que j'ai recomposée à mon gré. 

un style français classique 4.JPG

...  Parce que je le trouve plaisant, mais j'ai inventé le châle rouge, il me semble que cela ne se faisait pas tellement; toutefois, l'idée principale en est cette sorte de douceur de vivre, style dont on a parfois qualifié la France... 

Je présente encore quelques oiseaux en train de discuter, tandis qu'ils se déplacent dans le ciel, et il est bien évident que les oiseaux sont indissociables de la douceur de vivre, et s'assortissent parfaitement aux fleurs, thème n°3, transversal (je le rappelle) du thème des limites et l'infini, et du silence et de la parole... Ensuite je vais réfléchir encore... Et je continuerai plus tard...  

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On voit ci-après une petite photo de moi chez moi prise par moi (le 23-02) où j'ai l'air de réfléchir, et c'est assez probablement ce que j'étais en train de faire.  

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 (nb : je porte au poignet un bracelet constitué d'un élastique à cheveux trouvé au fond de la piscine).

 Maintenant, je ne sais en réalité si je vais continuer de réfléchir à la question des fleurs après avoir posé quelques rudiments conceptuels induisant simplement la notion de contexte dans la notion d'image, et trouvant cela assez intéressant, pour ma part ; la question des fleurs, la question de la pluie, la question des Grecs, la question de l'infini et des limites. De toutes façons, on va forcément de l'un à l'autre, sachant que, si l'on n'était qu'infini, on n'aurait pas cette joie d'être incarnés, dans des limites nécessairement; et inversement, si on n'avait que des limites, on finirait par s'ennuyer... ( j'avais trouvé une autre idée tout à l'heure, mais je ne m'en souviens plus).

 Afin de faire une petite pause conceptuelle, je présente une image qui représente un peu un livre, mais sans épaisseur; peut-être est-il en quelque chose infini à l'intérieur de lui-même... Pour ma part, excepté Dostoïevski qui a l'art d'être long, tout en étant rapide, et dont l'esprit nuancé quoique peut-être un peu embrouillé (je n'ai pas encore terminé celui que je lis en ce moment), mais d'admirables nuances, pousse à une sorte de patience qui n'est pas une pénibilité, excepté lui donc, je n'aime pas trop les gros livres, que je soupsonne de vouloir semer le lecteur en cours de route... Je profite de ce texte de libre inspiration pour le dire.

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Oui, parce qu'il est donc question de savoir ce que moi, en tant qu'être douée de la parole et de la pensée, j'avais à dire, disons de plus que ce que j'ai déjà dit, le cas échéant... concernant des choses actuelles, ou passées, ou me concernant...

Le lecteur perspicace et tenace aura sans doute remarqué que je n'ai raconté que deux histoires concernant un voyage en Grèce d'un mois, et il aura peut-être trouvé ça étrange, comme si j'avais gardé pour moi une certaine quantité de réflexions, observations ou informations, qu'il eut peut-être été pertinent de lui exposer, à condition évidemment qu'il fut un lecteur de qualité, c'est à dire....

Voilà, voilà un morceau d'infini qui passe, à tire d'ailes... (J'en ai même vu deux).

Sinon, évidemment les femmes aiment être comparées aux fleurs, et on ignore pour l'instant, à notre degré de civilisation, ce que les fleurs pensent des femmes. On note quand même au passage qu'il existe une grande diversité de fleurs, et qu'il ne viendrait à l'idée de personne de demander que toutes les fleurs soient de la même couleur ou de la même forme... C'est un point évident...

Il me semble que les fleurs sont plus liées aux femmes, un peu plus... Bon, évidence, ou non ?... (On ne peut pas tirer de conclusions trop rapides du sexe des mots ; fleur est un mot féminin en français, mais ce n'est pas le cas dans toutes les langues, pour des raisons diverses, je suppose - Ceci est une petite rectification)...

Les Grecs, c'est l'évidence, et plus.... (passage d'infini)... L'évidence, l'évidence, l'évidence, c'était un peu ma base conceptuelle globale, et je me suis rendue compte que tout le monde n'y était pas forcément lié. Effectivement, pour cette raison : la vérité est un exercice de définition, et c'est un exercice de pouvoir; comme je le disais au début de ce texte, les mots ont des territoires bien qu'ils semblent flotter dans l'esprit ou dans l'air... Donc, l'évidence n'est pas forcément la base de tout le monde. Je profite de ce petit texte sur l'infini etc, pour le dire, évasivement...

Sinon, je souhaitais présenter aussi, accessoirement et de façon limitée, quelques petites photos de moi ces derniers temps, puisqu'il semble qu'à un certain niveau, j'ai essayé de positionner mes mots à l'intérieur d'images supposés les contenir... Et donc, au delà des dessins, il y a aussi quelques photos, simplement, comme ça.

Parce qu'il y avait des personnes qui disaient que je n'étais jamais de face, donc j'ai pris une capture d'écran sur une vidéo de 2009...  Disons que, pour être de face, il est nécessaire de penser de face. La visibilité du visage me parait assez en rapport avec la visibilité des pensées... Dans mon cas, disons...

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Je suis moi-même très variable au niveau de ma présentation, parce que, d'une part, "l'infini, j'y suis, j'y reste"; d'autre part, parce que mes émotions sont particulièrement contrastées et variées. Je pense que telle en est la raison... Ainsi, sur la photo ci-après (11-01-14), j'ai l'air je pense plus ou moins de mauvaise humeur, dans un certain sens (passage d'infini...). 

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En fait, j'ai mis un certain temps à comprendre que les expressions du visage provenaient des pensées qui sont dans l'esprit. Pourtant j'avais écrit un poème, vers 2005, où j'avais dit "les mots qui servent à donner un visage aux personnes", mais je n'y avais pas plus pensé que ça.... (boucle d'infini signalée à l'horizon)...

Je présente ci-après deux photos de moi où je me reconnais, mais qui je trouve, ne se ressemblent pas tellement, la première de novembre, la deuxième de janvier. 

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Sans doute, mes pensées étaient très différentes à ces deux moments... Peut-être la vidéo permet-elle d'unifier un peu plus la vision d'une personne, évidemment, mais les vidéos entre elles peuvent aussi être différentes.

Maintenant pour conclure ce petit exercice, je laisse au lecteur qui le souhaite, le soin de colorer lui-même le dessin de fleur qui suit.

Voilà... Maintenant, je vais relire pour voir si mon texte est bien, s'il évoque au moins un peu les conditions de son titre. Il me semble, à première vue, avoir dégagé quelques concepts, et posé quelques pensées pertinentes ou distrayantes... C'est une impression; elle doit être vérifiée.

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  nb : J'ai relu et corrigé. On ne dit évidemment pas transcendatiliser, mais transcendentaliser, tout le monde aura noté, mais l'essentiel n'est-il pas ailleurs ?... 

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