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25/06/2015

sécurité classique

001 aux yeux- pour poster.jpgDans l'actualité, je pense principalement à ce qui garantit l'indépendance de la France, des pays d'Europe, à la pérennité de la culture classique, et à la longévité de la nature, notamment la pluie, qui garantit la santé de l'agriculture, et des forêts, notamment de leur faune mignonne ou majestueuse. "Les dieux, au front desquels le bouvreuil fait son nid" Arthur Rimbaud, "Soleil et chair".

Je sohaite aujourd'hui publier plusieurs textes.

D'abord, je présente un petit texte issu d'un livre médiéval, époque où la méthode scientifique était moins perfectionnée qu'aujoud''hui, Grecs mis à part - je veux dire que les Grecs étaient déjà perfectionnés en méthode scientifique-. Cette petite histoire figure dans un livre publié à Venise en 1503., et elle m'amuse assez. J'y vois une sorte de mise en garde contre les conclusions hatives. La voici :

"Ici conte de maître Taddeo de Bologne.

Comme maître Taddeo faisait lecture devant ses écoliers en médecine, il trouva une assertion comme quoi quiconque mangerait pendant neuf jours consécutivement de l'aubergine deviendrait fou. Et cela était démontré par la physique. L'un de ses écoliers, à l'ouïr de ce chapitre, se proposa d'en faire l'expérieunce. Il ne prit plus à table que des aubergines et, au bout de neuf jours, il se présenta devant le maïtre, disant : "Maître, le chapitre dont vous nous fîtes lecture ne dit point juste, car j'en ai fait l'expérieunce et ne suis pas fou." Et cependant il se leve et lui montre le cul. "Ecrivez! " s'exclame le maître, écrivez que tout cela est aubergine, et maintenant, c'est prouvé, et qu'on adjoigne ce cas aux autres."

 On pourra méditer ce cas, avant de se dépêcher de conclure quelque chose.

Concernant la question religieuse, j'ai conclu pour ma part à la santé de la religion de l'Olympe, où siègent les douze dieux, comme chacun sait. Je conteste au passage ceux qui disent que les Grecs ne connaissaient pas la chronologie, mais voyaient la réalié comme évènements cycliques, et je fais remarquer à ce propos que : d'abord, le mot "chronologie" esst simplement un mot grec (le mot cyclique aussi); ensuite, l'histoire de l'Olympe est elle-même une histoire chronologique, pour ce qui concerne la période pré-Zeus. Ensuite, les Grecs ont aussi inventé la notion  même de science historique, avec des historiens comme Hérodote, qui furent les premiers (au monde peut-être) à raconter l'histoire des évènement sans faire intervenir de divinités supposées.

On trouve par exemple dans Hérodote, notamment l'histoire suivante qui peut donner aussi à méditer utilement :

Suite à une consultation de la Pythie de Delphes, les Corinthiens supposèrent qu'un enfant à naître serait plus tard un danger pour leur ville, et voici ce qu'il advint :

"Les Bacchiades qui avaient reçu précedémment cet oracle n'avait pas pu l'interpréter ; lorsqu'ils apprirent celui qu'Eétion avait obtenu, ils comprirent immédiatement que l'un éclairait l'autre. Sûrs désormais de son interprétation, ils gardèrent le silence, décidés à supprimer l'enfant qui naîtrait chez Eétion. Dès que Labda eut accouché, ils envoyèrent dans le dème où habitait Eétion dix hommes de leur clan chargés de faire périr le nouveau-né. Arrivés à Pétra, les hommes entrèrent dans la cour de la maison d'Eétion et demandèrent à voir l'enfant. Sans soupsonner la raison de leur venue, Labda les crut poussés parla sympathie pour son époux: elle alla chercher son enfant et le remit aux mains de l'un d'entre eux. Or, en cours de route, les hommes avaient décidé que le premier qui tiendrait l'enfant le tuerait en le jetant violemment sur le sol. Donc Labda leur apporta son fils, mais le ciel voulut qu'il sourit à l'homme qui le tenait; touché, l'homme eut pitié de l'enfant et ne put se résoudre à le tuer ; il le remit à l'un de ses compagnons; celui-ci s'en débarassa de même, et l'enfant passa successivement aux mains des dix complices, dont aucun ne voulut se charger de le supprimer. Alors ils le rendirent à sa mère et quittèrent la demeure; mais, de l'autre côté de la porte, ils se reprochèrent mutuellement leur faiblesse et s'en prirent surtout à celui avait le premier reçu l'enfant et qui ne s'était pas conformé aux décisions prises. Au bout d'un moment; ils décidèrent de revenir sur leurs pas et de prendre tous part égale au meurtre. Mais il était dit que la progéniture d'Eétion grandirait, pour le malheur de Corinthe. Labda, derrière la porte, avait tout entendu. Elle eut peur de les voir changer d'avis et lui réclamer de dnouveau son fils pour le tuer, et elle alla le déposer dans la cachette qui lui parut la plus sûre, un coffre."

Bref, par la suite, cet enfant dévasta la ville, mais heureusement, elle se délivra de nouveau plus tard. J'apprécie cette histoire pour sa sensibilité, pendant que d'autres organisent des guerres, pillent des pays, mentent à leurs concitoyens, laissent des forêts chauffer sans pluie au risque de les faire brûler, voici l'histoire d'hommes sensibles. Si toutefois certains sont sensibles et d'autres ne le sont pas, certains sont loyaux et d'autres ne le sont pas, il convient de régler ce problème d'une façon ou d'une autre.

Je termine ces citations littéraires et culturelles par un poème rédigé par moi-même il y a quelques années, inspiré par la France et en particulièr la Grèce, l'Héllade, où la lumière est si bien accueillie la plupart du temps. C'est un petit poème sur la lumière.

Manière de créer des lumières. Soleil, étoiles, univers. Mouvement d'ondes et particules. Vitesse au macimum : trois cent mille kilomètres par seconce. Le rocher embrassé, le bateau éclairé, l'allanguissement des plages, dans des formules dorées où les coeurs d'or rayonnent.... Manière de rentrer dans les bouches, de créer des rayons verts et bleus, dans les grottes marines, d'illuminer la pêche au matin d'étincelles, la nuit d'écailles de lune sautillant sur les flots, et la pensée humaine d'éclats simples et directs. Les yeux boivent. La lumière danse sur l'eau: c'est la lumière au-dessus de la mer. C'est le désir qui émerge des vérités et des mystères. Partout autour, les îles sont autant de musiques s'invitant au coeur des éléments, dans l'ardeur singulière...

Concerant les dieux grecs, je rappelle leurs noms. Il est déjà plaisant que six déesses figurent auprès des six dieux.

Zeus, dieu du ciel et de la terre

Poséïdon, dieu de la mer et de l'océan.

Hadès, dieu du sous-sol et des morts.

Zeus, Poséïdon et Hadès sont trois frères.

Hermès, dieu de l'information et des voyages

Appolon,; dieu des arts

Héphaïstos, dieu forgeron et artisan.

Tels sont les six dieux. Dyonisos, dieu du vin, est un demi-dieu.

Du côté des femmes :

Héra,  femme de Zeus

Athéna, déesse de la sagesse, de la stratégie, déesse tisseuse aussi

Hestia, déesse protectrice du foyer

Dimitra, déesse de l'agriculture, dont la fille Koré ou Kori, enlevée par Hadès, passe l'hiver sons terre en compagnie de son mari, et ressort à l'air libre au printemps

Artémis, déesse de la chasse et protectrice des jeunes animaux

Aphrodite, déesse de la beauté

Tels sont les douze dieux grecs. Eros lui aussi habite dans l'Olympe.

Ci-après, deux compositions graphiques réalisées par mes soins, de même que la première image de la note. Droits d'auteur m'appartenant. Images s'inspirant de l'art grec.

 

004 in love xith colors.jpg

005 fighter with an old centaure.jpg

006 solaire 2.jpg

 

 A titre personnel, je cherche toujours à exposer mes oeuvres, numériques et des toiles...

 

 

25/05/2015

Quelques mots sur Dostoievski

Picture 5153.jpg3 mai - Je précise certains petits points qui modifient très légèrement le texte ci-dessous et j'ajoute un autre extrait.

 

 Je souhaite, en restant encore sur cette note, commencer à présenter un texte d'étude du livre de l'écrivain russe Fédor Dostoïevski, qui a pour titre en français "les possédés". Je le détacherai ensuite et l'enregistrerai en note séparée.

COMMENTAIRE SUR " LES POSSEDES", roman de Fédor DOSTOÎEVSKI, auteur russe.

Premier commentaire pour ceux qui ne l'ont pas encore lu

Ce roman est fort impressionnant, à plusieurs titres, et sa lecture m'a laissée étourdie et pensive.

Je l'ai lu pour le plaisir de la découverte culturelle : lire Dostoïevski est un plaisant voyage dans la société russe. Je l'ai lu pour sa volonté de qualifier et de souligner l'existence de tous (ou un grand nombre) de points concernant la justice et la vérité... Si ses écrits sont théoriques, imaginaires, on peut toutefois voir dans ce livre une sorte de prophétie -ou, plus sérieusement-, les prémisses de la révolution russe sous le drapeau du communisme. Je l'ai donc lu aussi pour la connaissance historique qu'il donne sur une façon de se réprésenter les forces en présence dans l'histoire russe... Je l'ai lu également pour son suspens, ainsi que toute histoire dont on veut connaitre la suite, à travers des suspens amoureux, sociaux, politiques, au double sens de partisans et de politiciens; suspens criminel aussi. Enfin, je l'ai lu parce que je voulais bien connaître en détail ses argumentations sociales et ses principes religieux, d'un point de vue philosophique, afin de les comparer à mes propres théories.

Je note que, pour bien le lire totalement, j'aurai besoin de le re-lire une deuxième fois, et aussi, que j'aimerais bien connaître un certain nombre d'explications que seul un Russe pourrait me donner, pour l'interpréter totalement. En attendant, j'ai déjà pris un certain nombre de notes au début de cette année.

*

D'un point de vue général, j'indique aussi en préalable ceci. Dans le livre de cet intellectuel russe du 19ème siècle, le rôle du suspens est si important qu'on doit, avant d'en parler, se demander si on s'adresse à des lecteurs qui l'ont déjà lu, ou pas encore lu. Car je crois qu'on doit le lire avec l'intégrité du suspens, pour bien l'apprécier. Chez Dostoïevski, le suspens est en toutes choses, et cet homme publiait une partie de ses livres en feuilletons : le suspens est dans l'action, dans la qualification des personnages, et même dans les conversations des personnages que l'on essaye de percer à jour. Ainsi, si l'on veut lire ce livre, ne doit-on pas découvrir à l'avance des éléments de sa trame.

Ce livre est une étude psychologique, sociologique, culturelle, morale, et un livre à suspens incluant quelques drames ou épisodes sombres, qui se lit par moment, comme un roman policier, ou, également, un roman d'amour. C'est ainsi que je le vois... Aussi, je commencerai par en parler de façon générale dans un premier commentaire, et je publierai, ultérieurement un deuxième commentaire, en avertissant le lecteur lorsque je donnerai des éléments que celui ou celle qui désirent le lire ne doivent pas savoir à l'avance, mais découvrir par eux-mêmes.

Je commence à recopier mes notes d'une façon un peu "esquissante"...

*

Ce livre présente donc, sous le titre "les possédés", qui serait peut-être "les enragés", des évènements se déroulant dans une petite ville russe, dont l'auteur nous présente la société passionnée et verbale jusqu'au dernier degré. Le premier intérêt de la lecture est la découverte -comme en voyage-, de l'atmosphère autour de Varvara Petrovna, riche veuve au caractère plutôt intempestif et autoritaire, et de son ami, qu'elle entretient, l'intellectuel ou supposé tel, Stépan Trophimovitch. La "duchesse" reçoit dans son salon; elle loge et emploie un certain nombre de personnes. Son fils, Nicolaï Vsévolodovitch, est au début du livre, à l'étranger, avec celui de Stépan Trophimovitch. Des personnages gravitent autour d'eux; l'ingénrieur Kirilov et ses idées mélancoliques, l'étudiant Chatov, passionnné par l'histoire des idées, et notamment celle de la religion, l'étrange capitaine Lebiadkine et sa non moins mystérieuse soeur, le gouverneur Von lembke, récemment arrivé dans la région, avec sa femme Julia Mikailovna, ainsi que toute une société aux prises avec les convenances sociales, la morale, et les questions de justice.

Dostoïevski prend le temps de nous dresser un tableau peint de mille conversations, où l'enjeu de la vérité et du bien est vécu intensément. A partir d'un certain moment, cet enjeu commence à apparaître par les questions politiques, et, à ce titre, ce livre semble une fascinante prémisse de la révolution russe qui aura lieu quelque 40 ans plus tard, et dont on voit ici toutes les graines avec une précision presque incroyable.  Il semble que l'auteur se soit basé sur un fait divers ayant impliqué un monsieur Netchaiev ( je n'ai pas noté l'orthographe du nom, je le vérifierai), un partisan d'un certain groupe politique et de certaines méthodes plus ou moins discutables et discutées... On sait aussi que le père de Dostoïevski, un homme plutôt riche, avait été assassiné par des pauvres, et j'y vois la cause de son obsession et sa subtile nuance face à l'idée de justice, ainsi que ses questions innombrables en la matière...

Le caractère raffiné de ce monde, sa civilisation -au travers de discussions générales des personnages entre eux, ne laisse aucun doute. Vigoureux, emportés, extrêmes, les personnages sont aussi délicats, et la conscience, chez eux, ne semble pas un vain mot..  On découvre ainsi, au début du roman, le style de cette société, ses agitations et ses joies. Le livre, qui est très volumineux, prend le temps de poser le paysage, sans fioriture toutefois.. L'arrivée de nouveaux personnages, la jolie Lisaveta Nicolaïevna, Dacha, le retour des deux fils Nicolaï Vsévolodovitch et Piotr Stépanovitch, le développement du propos politique, vont entraîner la lecture sur de nouveaux terrains. Comme je l'ai dit, la définition même des personnages, la qualification de leur vraie nature et personnalité, fait partie du rythme de suspens. L'auteur russe nous décrit leur vie jour après jour, en insistant sur les idées de chacun et en décrivant avec vivacité leurs attitudes et expressions, comme s'il connaissait toutes leurs pensées... La description des activités politiques est d'une intelligence rare. Parfois, l'auteur est un peu long, commençant à parler de l'un des personnages qu'on pourrait croire subalternes, mais soudain, dans une discussion ou un monologue vient un sentiment saisissant de réalisme et de pertinence... Les décors sont très bien plantés, et l'on va d'une maison à l'autre, dans cette petite bourgade à laquelle Saint-Petersbourg fait office de référence urbaine, au gré des avancées de l'histoire. Il est plaisant de les connaître et appréciable de les comprendre progressivement. La description sociale est volontairement subtile et extrêmement nuancée : des bas-fonds jusqu'aux dirigeants, Dostoïevski vise l'essentiel de l'humain en chacun, sans craindre de frôler l'infini. Cette manière d'ouverture sociale, de sensibilité, quoique solidement encadrée par une hiérarchie sociale pyramidale, avec aristocrates, valets, ingénieurs, sage-femme, étudiant, gouverneur, écrivains, et bonne société, est déjà en tant que telle une invitation à la réflexion politique, à l'harmonie sociale, à l'acuité réelle de la question de la Justice.

J'ai dit qu'on sait que le père de l'auteur, homme riche, avait été assassiné par des pauvres, et la question sur la culpabilité, l'innocence, et la vérité, est toujours active dans son oeuvre gigantesque...

Suivant la taille des pages, le livre fait entre 600 à 1000 pages, mais on le lit à pas rapides, et, une fois entrés dans l'ambiance, on ne saurait plus dire si c'est le lecteur ou la lectrice qui regarde le livre, ou si c'est le livre qui absorbe le lecteur.

On s'en souvient ensuite pour une foule de raisons, comme d'un lieu que l'on a réèllement visité, et de personnes qu'on a réellement connues.

Tels sont les éléments que peuvent connaitre ceux qui ne l'ont pas encore lu, en respectant le suspens ordonné par l'auteur.

 

Deuxième commentaire : pour ceux qui l'ont déjà lu, ou qui s'indifférent de connaître à l'avance beaucoup d'éléments de la trame

Dans la mesure où le titre désigne des personnes animées par la violence, et dans la mesure où l'identité même des personnages est un objet de réflexion, la question se pose de savoir dans ce livre qui est vraiment enragé ou possédé. Dostoïevski ouvre le livre sur une citation extraite d'un évangile, concernant des esprits mauvais qui auraient sauté dans des corps de cochons et se seraient jetés du haut d'une falaise.

Je tiens à dire, si j'ai noté clairement dans le premier commentaire, que j'apprécie beaucoup ce livre, que je n'apprécie pas forcément toutes les interprétations qui en sont données, puisque l'auteur laisse les lecteurs conclure sur un certain nombre de points. Je n'apprécie pas, notamment, pour les extraits et références qui en ont été faites, les interprétations ni d'Albert Camus, ni de Vladimir Alexandrevitch Tounimanov. Je vais donc indiquer un peu la manière dont j'ai, pour ma part, ressenti ce livre.

Parmi les personnages agités de cette fiction, l'un sans nul doute semble être d'emblée désigné comme enragé, c'est Piotr Stépanovitch Verkhovenski, le fils supposé de Stépan Trophimovitch : commanditaire du meurtre de Lébiadkine et de sa soeur, et de leur servante, organisateur du meurtre d'Ivan Chatov par lequel il salit moralement toute sa section politique sur une base d'accusation mensongère, assassin supposé de Fedka, ayant poussé Kirilov au suicide, responsable indirectement de la mort de son père, il se présente lui-même comme un escroc amateur de destruction, stimulateur de dépravation morale et de stratagèmes alambiqués ; il semble très certainement un enragé. La cause en est peut-être le sentiment d'abandon dont il souffrit enfant, puisqu'il reproche à son père son indifférence et sa négligence lors de ses jeunes années, de même qu'il reproche à sa mère l'incertitude sur l'identité de son vrai père, Stépan Trophimovitch ou un Polonais... Toujours est-il que la froideur affective et la violence de ce personnage sont extrêmes. En rejetant son père, qui, lui, respecte la morale et l'humanisme, et fait profession de penseur auprès de Varvara Petrovna Stavroguine, et sans autre référence familiale ou adulte, il semble s'enfoncer dans une nuit du coeur et de l'esprit qui n'a d'autre limite que l'amusement qu'il en retire parfois.... Mêlant ainsi désert du coeur et mépris de l'esprit, à une faconde bien maîtrisée, il pousse la section politique à l'irrémédiable crime, par le meurtre de Chatov, un des théoriciens les plus passionnés du Bien. Son personnage suscite à bon droit l'indignation et le dégoût... Cependant, j'ai noté aussi que c'est lui qui dénonce clairement l'exploitation sordide des ouvriers révoltés de l'usine, mais peut-être justement parce que, habitué à penser le monde avec dureté, il n'hésite pas à constater parfois ses violences réelles.

Sa relation avec l'impétueux Nicolaï Vsévolodovitch Stavroguine reste un peu mystérieuse. Si les deux jeunes hommes partagent un même style snob, oisif, intellectuel, oscillant vers le cynisme ou le nihilime, leur différence est toutefois très importante. Le voeu de Piotr Stépanovitch de voir Nicolaï Vsévolodovitch en tsarévitch Ivan ou de le savoir uni à Lisaveta, ressemble à des caprices d'enfant.

L'arrivée commune des deux jeunes hommes leur donne au départ un air de ressemblance qui, par la suite, pose l'enjeu de la définition de Nicolaï Vsévolodovitch Stavroguine : leur différence, comme je l'ai dit, est ténue, mais réelle : Là où Nicolaï projette d'assassiner le capitaine Lebiadkine et sa soeur, Piotr Stépanovitch concrétise  vraiment; là où Nicolaï méprise mais avertit Chatov de sa situation délicate, Piotr Stépanovitch l'assassine; là où Piotr Stépanovitch se complait dans un cynisme débordant, où le crime lui apparait badin, Nicolaï Vsévolodovitch torture sa conscience par sa lettre d'aveu, sa conversation avec un moine, et finalement son suicide. Frappés tous deux d'un désamour de la vie, l'un sombre dans le crime entièrement, et l'autre s'auto-détruit.

D'autres personnages, par leur cynisme, concourent à cette ambiance sombre de possédés ou d'enragés, mais à titre beaucoup plus facultatif... Le livre entier peut-être vu comme une tentative d'expertise de la question de la possible ou impossible justice sociale,et les tendances immorales des uns et des autres concourent à la déliquescence générale... Le théoricien Chigalev pose l'idée par sa thèse d'une nécessaire, à ses yeux, mise en esclavage intellectuel d'une partie de l'hmanité, et voudrait, du désespoir de son constat, de la brutalité incohérente de son projet, constuire finalement une société idéale, sur la base improbable d'un crime général, ce qui est déjà un constat d'échec dans l'esprit de ce groupe : le désamour de l'humain...

Convergent à cette idée radicale, les égoïsmes et petits cynismes des uns et des autres épaississent la sale boue morale que les pires -surtout Piotr Stépanovitch Verkhovenski- s'empressent de transformer en horreur générale. Le dit capitaine Lébiadkine, prêt à dénoncer qui que ce soit en échange de menus intérêts matériels, le ridicule moine Semen Iakovlevitch et sa grossiereté donnant un écho au silence des autorités morales, la faiblesse de caractère de Stépan Trophimovitch incapable de maîtriser la sauvagerie de son fils et qui sombre dès qu'il sort de son cocon doré, l'autoritarisme de Varvara Petrovna, trop occupée à construire autour d'elle un monde conforme à ses préjugés, la variabilité de l'opinion publique, l'embarras du gouverneur et de sa femme et leurs mauvaises fréquentations, les théories délirantes de l'ingénieur Kirilov qui, incapable de prendre les rennes de sa vie, croit trouver la liberté dans une théorie du suicide, tous les égarements et les cynismes des uns et des autres sont autant de pierres qui participent à constuire le mur de la perdition générale.

Mais, fidèle à son style, Dostoïevski laisse toujours la subtilité dominer la présentation des forces en présence. Lébiadkine serait indifférent de dénoncer pour de menus avantages, mais il est aussi un homme sensible; il écrit des poèmes; Lipoutine, personnage peu défini (je n'ai pas retrouvé son prénom) semble toujours sur un fil entre l'honneur et le fatalisme ; le théoricien Chigalev dit vouloir éteindre l'esprit d'une partie de l'humanité, mais il est le seul du groupe politique à finalement renoncer à participer au meurtre de Chatov; la femme du gouverneur organise une sympathie manifestation littéraire dans laquelle elle ne semble pas ennemie de la liberté d'expression ni de l'essor culturel...

Cherchant dans l'épaisseur de la vie humaine à poser les principe d'une société de bonheur contre une société de folie, l'auteur décrit tous les travers possibles, et se réserve de nuancer toute description. Ainsi le bagnard évadé Fedka, assassin totalement insensible, déclare avoir fêté les funérailles de son oncle faux-monnayeur, en lançant des pierres à un chien...

Chacun, dans la construction de l'édifice social, ou de l"oeuvre commune" pour utiliser l'expression politique, apporte ses peines, ses limites, ses capacités, et les guides, les meneurs, les fortes personnalités, poussent cette société au bonheur ou à la destruction. Les participants sont nombreux et variés.

La confusion des rôles sert aussi le malheur; les ouvriers de l'usine sont injustement accusés au moindre prétexte; Julia Mikhailovna discute des heures avec Piotr Stépanovitch sans l'identifier pour ce qu'il est.

L'autoritarisme sombre de Varvara Petrovna et inversement la faiblesse de Stépan Trophimovich, tous deux représentent un couple incomplet, improbable et réel, sans vie intime, et la structure de leur relation participe aussi à pousser leurs deux fils respectifs dans un vide ou un doute où ils sombrent tous deux.

Les affaires humaines semblent fragiles et incertaines. Le gré des circonstances conduit l'un ou l'autre à des changements radicaux. A peine sorti de chez sa protectrice, Stépan Trophimovitch, en ridicule mais utile théoricien social, trouve la mort, après une longue marche en compagnie d'un moujik -paysan- et sa vache, scène amusante, qu'on pourrait qualifier de : risible, grotesque, misérable, ou mignonne... De son côté, la séduisante Lisa Nivolaïevna, à l'instant de choisir celui qui finalement fondera sa vie amoureuse, Mavriki ou Nicolaï Vsévolodoviitch, est accidentellement tuée, pour un motif erroné, par un bourgeois qui la croit maîtresse de ce Nicolaï, ajoutant à l'horreur des crimes prémédités par les cyniques, l'horreur d'une violence ordinaire, surgissant de nulle part ou de partout, et se croyant moralement fondée... A sa mort, la vie de Nicolaï Vsévolodovitch, toute proche de son rétablissement, sombre à nouveau dans le malheur.

La culpabilité de cet homme, qui avoue avoir un jour abusé sexuellement d'une toute jeune fille, était peut-être indépassable ou dépassable. Tous ses efforts pour rétablir sa conscience étaient néanmoins réels, mais la force peut-être lui manquait, ou les bons exemples...

Dans cet embourbement général malsain, certains personnages viennent toutefois rappeler de ci de là l'existence de la conscience et sa condamnation de la violence inutile : c'est Chatov, dit l'étudiant,  expérimentateur et philosophe, qui cherche des voies d'exaltation et de bonheur, et qui aurait pu continuer son travail, passionné du bien public, si Piotr Stépanovitch ne s'était trouvé sur son chemin; c'est Kirilov, dont les théories sur le suicide n'auraient pu être qu'une fantaisie verbale, et qui se montre comme un homme tendre réellement et rêvant de décréter le bonheur humain, si ce même Piotr Stépanovitch n'avait pas poussé sa vie à une conclusion d'horreur. C'est Virguinski, dont la femme va gratruitement aider l'épouse de Chatov à accoucher, et Virguinski, qui finalement ne supporte pas l'ignominie de l'assassinat de Chatov et s'écrie, après le crime : "Non, ce n'est pas cela !", suscitant la rage de Liamchine. C'est Chigalev, qui refuse de participer à ce crime... C'est la bonne volonté, parfois, du gouverneur et de sa femme, si l'acuité ne leur faisait cruellement défaut - mais on note aussi que ce gouverneur Andréi Antonovitch joue, au piano, avec le nez, fra diavolo...

Les graines de la raison sont aussi nombreuses que celles de la folie chez les humains, mais, logiquement, la raison est plus fragile que le crime -qui use de mensonges comme Piotr Stépanovitch pour pousser la section politique au meurtre de Chatov-, et la raison est peut-être plus intelligente que le crime... Aussi ce livre ressemble un peu à un avertissement, une mise en garde, et non à un programme, ou crime et raison sont toujours au coude à coude, jusqu'à ce que, dans le drame, le premier l'emporte sur la seconde. Ce n'est qu'une illustration de la façon dont les choses peuvent se gâter, et le constat que le crime est plus facile que la perfection idéale qui confronte chacun avec ses limites réelles. Les tenants du crime, qu'ils soient politiciens ou partisans, essayent d'utiliser les potentielles faiblesses humaines, par l'idée de surveillance et de dénonciation, destinées à engourdir la vitalité sociale... Et dans cette brèche, l'idée du nivellement de la société par le bas, où le crime est à l'aise, essaye de passer... Cependant le désir de justice demeure, et, mis à part la perversion de Piotr Stépanovich, tous recherchent et aiment l'idée de justice. Peut-être avaient-ils simplement  besoin d'un guide positif pour transformer leurs parts de bonne volonté en progrès social. La maîtrise du foisonnement bon et mauvais des humains reste de toutes façons un enjeu extraordinaire...

Sans doute Fédor Dostoïevski défie-t-il lui-même le lecteur de définir, à travers cet écheveau d'émotions et d'idées, où se tient la vraie justice. Toutefois, au delà de sa subtilité générale, son titre sonne comme une condamnation générale de la violence.

A titre personnel, je pense que, si cet auteur est fabuleux, il n'est pas toutefois infaillible, et je crois qu'il se trompe sur quelques points, sur lesquels j'argumenterai, mais, avec tout le respect que j'ai pour lui, je veux dire qu'il me semble qu'il a lui-même pointé les confusions dont il a pu être lui-même victime et qu'il connait comme intuitivement... Je développerai cette idée ultérieurement. Je veux conclure cette partie de commentaire par une citation d'un passage du texte où, en lisant, je me suis mise à pleurer. Je le commenterai peut-être plus tard. Il ne m'arrive pas souvent de pleurer en  lisant un livre.

C'est Ivan Chatov qui parle à Nicolaï Vsévolodovitch Stavroguine :

"Jamais la raison n'a pu définir le mal et le bien, ni même les distinguer, ne fut-ce qu'approximativement, l'un de l'autre; toujours au contraire elle les a honteusement confondus; la science a conclu en faveur de la force brutale. Par là surtout s'est distinguée la demi-science, ce fléau inconnu à l'humanité avant notre siècle et plus terrible pour elle que la mer, la famine et la guerre. La demi-science est un despote comme on n'en avait jamais vu jusqu'à notre temps, un despote qui a ses prêtres et ses esclaves, un despote devant lequel tout s'incline avec un respect idolatrique; tout, jusqu'à la vraie science elle-même qui lui fait bassement la cour...."

Merci.

 

Troisième commentaire : autres points

En réalité, Dostoïevski n'est pas dans l'erreur, mais il décrit, dans ce livre, l'histoire d'une erreur, dont personne d'ailleurs n'est bénéficiaire au final. Il va de soi qu'en le commentant, et aussi parce que ce livre est psychologiquement et culturellement très profond, je suis confrontée à la question de savoir si j'indique vraiment toutes mes pensées le concernant, ou seulement une partie de celles-ci. Pour l'instant, j'opte plutôt pour la deuxième solution.

Je souhaite dans tous les cas présenter un nouvel extrait du livre. C'est une lettre de Stépan Trophimovitch Verkovensky à Varvara Petrovna Stavroguine :

" Je passe mes soirées avec la jeunesse. Nous causons jusqu'au lever du jour.Ce sont presque des soirées athéniennes mais seulement au point de vue de la délicatesse et de l'élégance. Tout y est noble: on fait de la musique; on rêve la rénovation de l'humanité; on s'entretient de la beauté éternelle"...etc.

- Ce ne sont que des contes à dormir debout, s'écria Varvara Petrovna en serrant cette lettre dans sa cassette. Si les soirées athéniennes se prolongent jusqu'au lever du jour, il ne donne pas douze heures de travail. Etait-il ivre quand il a écrit cela ? Et cette Doundasov, comment ose-t-elle m'envoyer des saluts ? Du reste, qu'il se promène !

Mais il ne se promena pas longtemps; au bout de quatre mois, il n'y tint plus et revint à Skorechniki. Certains hommes sont aussi attachés à leur niche que des chiens d'appartement."

...

Cet extrait demanderait commentaire. Je l'écrirai ultérieurement, mais je souligne d'emblée la piste de réflexion.

Et je dirai aussi ceci : qu'est-ce que la demi-science, sinon l'utilisation de la technologie et de la science, par des personnes qui luttent par ailleurs contre la vérité ?... La vérité scientifique et la vérité humaine ont été posées comme principes de vie par la civilisation grecque...

*

 

Pour ma part, j'ai calculé il y a quelques jours : je suis allée, au jour d'aujourd'hui, chez les Grecs, me baigner sur 29 plages différentes... Ci-après Grèce 2014

 

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03/05/2015

Deux nouvelles de Marguerite de Navarre (mis à jour 2)

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(13 avril 2015) Je reste sur cette note qui a des aspects plaisants... (....)

 

Je complète cette petite intervention dans l'immédiat par l'article 3 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 :

" Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation; nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément."

 

ps : J'efface deux notes, notamment celle sur Hamlet, parce que (...) j'ai compris que Hamlet signifie "hameau"...  A vos interprétations...

 

***

 

Afin de rafraîchir un peu l'atmosphère, qui me semble donner quelques signes de vilaine sécheresse (je ne sais pas, il convient certainement de poser la question aux merles), je propose la lecture de deux petits contes (vrais) écrits par Marguerite de Navarre. L'Ancien Régime a certainement un bon et un mauvais côté. Le bon côté est celui d'une certaine tradition française, comme on en a pu juger en lisant la géniale farce de maistre Pathelin, et je vois pour ma part l'histoire de France comme une tendance à l'accroissement de la raison. A ce titre, Marguerite de Navarre, fille de Louise de Savoie et de Charles d'Angoulême (enfin des jolis noms...), me parait une référence très intéressante. Il me semble qu'elle est née en 1492  Elle était la soeur de François 1er. Son livre "l'heptameron" ou "les sept jours" (en grec) présente une série de petites histoires que des personnages de son époque se racontent afin d'attendre la construction d'un pont sur une rivière, suite à des pluies importantes. Ces histoires sont diverses, et je n'en ferai pas une présentation exhaustive aujourd'hui, mais je souhaite simplement en présenter deux, amusantes, témoignant d'un certain humour et savoir-vivre, et d'un style français classique.

Je présente ces textes également en prévision d'une exposition de toiles que j'organise chez moi en avril, tous les samedis, en portes-ouvertes, et qui seront majoritairement des toiles liées au moyen-âge français -moyen-âge récent (vers 1200-1400), sur lequel bien des choses intéressantes sont à noter, et compatibles avec l'esprit démocratique d'aujourd'hui (théoriquement démocratique aujourd'hui). Je préciserai dans une dizaine de jours les conditions matérielles de cette exposition. Des toiles seront à vendre (de 40 euros à 250 euros), mais tout bavardage et visite de curiosité sont bienvenus.

Je tiens à préciser aussi, suite à une remarque qui m'a été récemment formulée, que j'aime bien ma mère Elisabeth, à condition qu'elle soit bien identifiée comme française, et qu'elle soit reliée à des bêtes intéressantes... Ma mère me disait que, dans son jardin, elle choisissait de préférence les fruits que des oiseaux avaient déjà becquetés un peu, parce que, me disait-elle, les oiseaux voient quels sont les meilleurs fruits... Il me faudrait en réalité relire un peu mon blog et l'actualiser davantage, et je ferai cela un de ces jours;

Voici les deux histoires de Marguerite de Navarre que j'ai choisies dans l'idée de rire un peu, et de s'intéresser à une face plutôt aimable de l'Ancien Régime. Les lecteurs jugeront s'il y a lieu de rire pour de bonnes raisons. Le livre présente 72 nouvelles. J'ai choisi deux nouvelles, l'une la 66ème, l'autre la 34ème, pour leur aspect humoristique (je n'aime pas le chiffre 66, s'il fallait y voir quelque sous-entendu déplacé). Ces textes sont écrits en français ancien, je transcris les mots qui sont assez peu différents du français moderne dans ce cas, et je n'ajoute ni retranche rien. Les autres histoires du livre ne sont pas toutes si drôles. La première est amusante, la deuxième est très drôle.

 

Soixante-sixième nouvelle -Compte risible advenu au Roy et Reine de Navarre

L'année que monsieur de Vendôme épousa la princesse de Navarre, après avoir festoyé à Vendôme les roi et reine, leur père et mère, s'en allèrent en Guyenne avec eux, et, passant par la maison d'un gentil homme où il y avait beaucoup d'honnêtes et belles dames, dansèrent si longuement avec la bonne compagnie, que les deux nouveaux mariés se trouvèrent lassés ; ce qui les fit retirer en leur chambre et, tous vêtus, se mirent sur leur lit, où ils s'endormirent, les portes et fenêtres fermés, sans que nul ne demeura avec eux. Mais, au plus fort de leur sommeil, entendirent ouvrir leur porte par dehors, et, en tirant le rideau, le dit seigneur regarda qui ce pouvait être, doutant que ce fut quelqu'un de ses amis, qui le voulait surprendre. Mais il vit entrer une grande vieille chambrière, qui alla tout droit à leur lit; et, pour l'obscurité de la chambre, elle ne pouvait les connaître; mais, les entrevoyant bien l'un près de l'autre, se prit à crier : "Méchante, vilaine, infâme que tu es ! Il y a longtemps que je t'ai soupsonnée telle, mais, ne pouvant le prouver, je l'ai dit à ma maîtresse ! A cette heure, ta vilainie est si connue que je ne suis pas délibérée de la dissimuler. Et toi, vilain apostat, qui a pourchassé en cette maison une telle honte, de mettre à mal cette pauvre garce, si ce n'était par la crainte de dieu, je t'assommerais de coups là où tu es ! Lève-toi, de par le diable ! lève-toi, car encore semble-t-il que tu n'as point de honte !' Monsieur de Vendôme et madame la princesse, pour faire durer les propos plus longuement, se cachaient le visage l'un contre l'autre, riant si fort que l'on ne pouvait dire un mot. Mais la chambrière, voyant que pour ses menaces ils ne voulaient pas se lever, s'approcha plus près pour les tirer par les bras. A l'heure, elle connut que ce n'était point ce qu'elle cherchait. Et, en les reoonnaissant, se jeta à genoux, les suppliant de lui pardonner la faute qu'elle leur avait fait de leur enlever leur repos. Mais monsieur de Vendôme, non content d'en savoir si peu, se leva immédiatement, et pria la vieille de lui dire pour qui elle les avait pris; ce que soudain elle ne voulut dire, mais, à la fin, après avoir pris son serment de ne jamais le révéler, lui déclara que c'était une demoiselle du lieu, dont un prothonotaire était amoureux; et que longtemps elle y avait fait le guet, pour ce qu''il lui déplaisait que sa maîtresse se confia en un homme qui lui pourchassait cette honte. Et ainsi les prince et princesse enfermés, comme elle les avait trouvés, furent longtemps à rire de leur aventure. Et combien qu'ils aient raconté l'histoire, si est-ce que ils ne voulurent nommer personne à qui elle touchait.

 

Trente-quatrième nouvelle - Deux cordeliers trop curieux d'écouter,eurent si belles affres qu'ils crurent en mourir (un Cordelier signifie un moine)

Il y a un village entre Nyors et Fors, nommé Grip, lequel est au seigneur de Fors. Un jour, advint que deux Cordeliers, venus de Nyors, arrivèrent bien tard en ce lieu de Grip et logèrent en la maison d'un boucher. Et, pour ce que entre leur chambre et celle de l'hôte, il n'y avait que des aiz bien mal joints, il leur prit l'envie d'écouter ce que le mari disait à sa femme étant dedant le lit; et vinrent mettre leurs oreilles tout droit au chevet du lit du mari, lequel ne se doutant pas de ses hôtes, parlait à sa femme privément de son ménage, en lui disant :"Mon amie, il me faut demain lever matin pour aller voir nos Cordeliers, car il y en a un bien gras, lequel il nous faut tuer; nous le salerons immédiatement et en ferons bien notre profit." Et combien qu'il parlait de ses pourceaux, lesquels il appelait des cordeliers,  si est-ce que les deux pauvres frères, qui entendirent cette conjuration, se tinrent tout assurés que c'était pour eux, et, en grande peur et crainte, attendaient l'aube du jour. Il en avait un d'eux fort gras et l'autre assez maigre. Le gras se voulait confesser à son compagnon, disant que un boucher, ayant perdu l'amour et crainte de dieu, ne ferait pas non plus cas de l'assommer, qu'un boeuf ou autre bête. Et, vu qu'ils étaient enfermés en leur chambre, de laquelle ils ne pouvaient sortir sans passer par celle de l'hôte, ils se devaient bien tenir sûrs de leur mort, et recommander leurs âmes à dieu. Mais le jeune, qui n'était pas si vaincu de peur que son compagnon, lui dit que, puisque la porte leur était fermée, il fallait essayer de passer par la fenêtre, et que aussi bien ils ne sauraient avoir pire peur que la mort. A quoi le gras s'accorda. Le jeune ouvrit la fenêtre, et, voyant qu'elle n'était pas trop haute de terre, sauta légèrement en bas et s'enfuit le plus tôt et le plus loin qu'il pût, sans attendre son compagnon, lequel essaya le danger. Mais la pesanteur le contraignit de demeurer en bas; car au lieu de sauter, il tomba si lourdement, qu'il se blessa fort en une jambe.

Et, quand il se vit abandonné de son compagnon et qu'il ne le pouvait suivre, regarda à l'entour de lui où il pouvait se cacher, et ne vit rien que un tect à pourceaux où il se traina le mieux qu'il put. Et, ouvrant la porte pour se cacher dedans, en échappa deux grands pourceaux, en la place desquels se mit le pauvre cordelier et ferma la petite porte sur lui, espérant, quand il entendrait le bruit de gens passant, qu'il appellerait et trouverait du secours. Mais, si tôt que le matin fut venu, le boucher apprêta ses grands couteaux et dit à sa femme qu'elle lui tint compagnie pour aller tuer son pourceau gras. Et quand il arriva au tect, auquel le cordelier s'était caché, il commença à crier bien haut, en ouvrant la petite porte : "Sortez dehors, maistre cordelier, sortez dehors, caraujourd'hui j'aurai de vos boudins !"

Le pauvre cordelier ne se pouvant tenir sur sa jambe, sortit à quatre pieds hors du tect, criant tant qu'il pouvait miséricorde. Et, si le pauvre frère eut grand peur, le boucher et sa femme n'en eurent pas moins: car ils pensaient que saint François fut courroucé contre eux de ce qu'ils nommaient une bête "cordelier", et se mirent à genoux devant le pauvre frère, demandant pardon à saint François et à sa religion, en sorte que le cordelier criait d'un côté miséricorde au boucher, et le boucher, à lui criait aussi de son côté, tant que les uns et les autres furent un quart d'heure sans se pouvoir assurer. A la fin, le beau père, comprenant que le boucher ne lui voulait point de mal, lui oonta la cause, pourquoi il s'était caché en ce tect, dont leur peur tourna immédiatement en rire, sinon que le pauvre cordelier, qui avait mal à la jambe, ne se pouvait réjouir. Mais le boucher le mena en sa maison où il le fit très bien panser. Son compagnon, qui l'avait laissé dans le besoin, courut toute la nuit tant, que au matin il arriva en la maison du seigneur de Fors, où il se plaignit de ce boucher, lequel il soupsonnait d'avoir tué son compagnon, vu qu'il n'était point venu après lui.

Le dit seigneur de Fors envoya immédiatement au lieu de Grip, pour en savoir la vérité, laquelle une fois connue ne se trouva pas matière à pleurer, mais ne manqua pas de le raconter à sa maîtresse, madame la duchesse d'Angoulême, mère du Roy François, premier de ce nom.

 

*

 

02/03/2015

actualisation

,kl,4.JPGCe n'est pas que je n'ai rien à dire, mais à dire....

J'ai le choix entre une note sur l'agriculture propre ou un résumé du livre "Le prince" de Machiavel. Je commence par ce dernier, parce que.... Bien sûr j'achète des productions de l'agriculture propre autant que possible, parce que c'est mieux pour tout : nature, paysage, faune et flore, santé, et ce n'est pas forcément plus cher.

Machiavel, comment s'appelait-il ?

De son prénom, voulais-je dire, comment ? J'ai plusieurs idées, et comme de toutes façons, je ne parle pas italien, je ne peux pas l'interpréter au niveau nominal, mais je peux le lire, et je voulais le lire avant de le jeter. Je l'ai déjà jeté, mais je l'ai lu avant. Disons que Machiavel est un cas compliqué. D'ébord, il n'a pas écrit que "le prince", mais aussi un "discours sur tite live" ou quelque chose du genre, mais je n'ai pas encore lu celui-ci, et j'ai commencé par le pire, mais, il parait que de toutes façons, ce monsieur préférait quand même la République à la monarchie. Il semble important aussi de savoir que son livre (ou ses livres) a suscité des protestations morales dans plusieurs pays d'Europe à l'époque et dans les siècles suivants.

Voilà, je me suis quand même forcée à lire et résumer son livre "Le prince", et il y a d'autres lectures qui me font plus plaisir, mais je voulais éclaircir la notion "machiavelique", pour savoir si ce monsieur l'était réellement, ou non, et, j'ai trouvé que plutôt oui, mais j'ai aussi trouvé quelques idées chez lui qui m'ont été utiles à la réflexion.

Bref, je juge utile de recopier sur cette machine, le résumé de ce type, non, bref, enfin, non, voyons voir. Sur cette machine, à destination d'un public éclairé ou éclairable. C'est ce que je me suis dit l'autre jour (un autre jour), et maintenant, je m'en rappelle encore un peu (parce que j'ai beaucoup lu ces dernières semaines). Et de toutes façons, tout est écrit. J'iai le résumé complet du "prince" avec moi. 

Maintenons le cap de la civilisation humaine, et traçons dans cette écume quelques lignes qui nous permettent de nous faire une opinion par laquelle nous nous assurons que l'être humain se distingue effectivement par son esprit, et que son esprit l'incite à s'intéresser à la nature globale de la vie.

Allez Claire. Avance.

Nicolas Machiavel, né en 1469. A écrit notamment "Le prince" en 1513, qu'il avait dédié à Lorenzo de Médicis, de Florence.

Vas-y, fais voir (j'écris un peu de manière désordonnée, mais bon, j'ai quand même souffert pour lire ce livre et le résumer, donc je compense.) A partir de là, je transcris sa pensée, non la mienne, pour information sur son style, donc - Je veux dire aussi qu'il existait à cette époque en Italie de fortes rivalités entres différentes villes : Florence, Venise etc.

 

Résumé du livre "Le prince" (j'ai toujours été bonne en résumé. C'est vrai, j'ai eu de très bonnes notes au lycée. Pour rédiger un bon résumé, on doit être un bon receptacle. Enfin, moi j'aime bien rédiger de bons résumés, c'est pour montrer que j'ai bien compris...). Allez...

Il existe des Républiques et des Monarchies, héréditaires ou non.

3- des monarchies mixtes (héréditaires et non)

"Les hommes changent volontiers de maître en croyant trouver mieux".

La puissance militaire s'augmente par la faveur des habitantts, aussi importante pour conquérir un pays que la force... Il est plus facile d'harmoniser des pays aux moeurs semblables... Dans une conquête nouvelle, deux principes doivent être respectés : l'extinction de l'ancien lignage royal et le respect des lois et impôts (pour que le pouvoir soit accepté). Machiavel conseille la présence de l'éventuel envahisseur dans le pays ciblé, préférable pour identifier et "mater" (beurk) les rebellions, veiller à ce que les officiers ne pillent pas trop et bénéficient de la proximité de leur prince. Envoyer des colonies sur place, pour éviter les frais liées à l'entretien d'une armée, lui semble préférable, en lésant une petite partie de la population, qui ne peut ensuite se venger : l'invasion d'une colonie fait office d'intimidation aux éventuels provocateurs.

Dans un pays, les mécontents font parfois entrer les ennemis, en s'associant avec eux. Machiavel préconise l'association avec ces frustrés, mais ils doivent rester sous contrôle. Toute forme de puissance, dans le pays et chez ses voisins, doit être limitée.

4- royaume de Darius

Soit un monarque gouverne seul des serviteurs, soit il est entouré d'un groupe, dit de "féodaux" (il cite en exemple la différence entre la Turquie et la France de son époque). Il est plus facile de conquérir un pays de monarques liés à des féodaux, à cause des mécontents et des innocents, mais plus facile de conserver un pays lié à un monarque seul, à cause de la localistion facile des ambitieux et de l'obéissance automatique des sujets.

L'Etat de Darius était lié à un monarque seul : une fois son armée éliminée, il fut facile à Alexandre de le maîtriser complètement.

5- comment on doit administrer les cités ou les monarchies qui, avant d'être occupées, vivaient sous leurs propres lois.

Machiavel conseille, soit de les détruire, à cause du risque de rebellion, surtout dans les Républiques, en lien avec la mémoire de la Liberté, soit de les occuper, soit de les prélever, mais délicatement, pour ne pas les exaspérer.

6 des monarchies nouvelles (à son époque)....

Machiavel cite "Moïse, Cyrus, Romulus et Thésée" ( moi : ??). La chance et la valeur, dit-il, en ont fait de grands hommes. La nouveauté des constitutions est toujours difficile à établir, à cause des bénéficiaires des institutions précédentes. Les associés dans la novation constitutionnelle doivent être à la fois fiables et indépendants.

7 encore sur ces monarchies

Un duc italien, raconte-t-il, fit tuer les têtes des rebellions et paya grassement leurs précédents associés. Il confia à un ministre cruel une dure répression, puis il créa un tribunal pour se parer de l'idée de justice et tua ensuite son ministre cruel, pour se valoriser aux yeux de la population...

Le prince doit dominer amis et ennemis, faire preuve de ruse ou de force, et être craint (sévère) et aimé (bienveillant), et conserver et innover. "Car les hommes nuisent, soit par peur, soit par haine".

8

Ne sont pas glorieuses les actions de tuer ses concitoyens, de ne pas respecter sa parole, de trahir ses amis, de n'avoir pas de pitié, ni de religion : ce sont toutefois, pense-t-il, des moyens d'accéder au pouvoir, qui donnent le pouvoir et non la gloire. Le bon usage, dit-il, de la cruauté est de l'utiliser seulement pour la sécurité; le mauvais usage est d'en user de façon croissante. Les cruautés et violences doivent être rapides, pour être ensuite recouvertes de bienveillances longuement établies. Un prince doit être hors des pressions, et ne jamais laisser croire qu'il est bon prince parce qu'obligé.

9 de la monarchie

Le peuple désire n'être ni commandé, ni oppressé, et le pouvoir désire commander et opprimer, d'après lui. D'où naissent monarchies, liberté ou licence. L'association avec le peuple est plus facile que celle avec les élites et les aristocrates, toujours concurrents.

Ceux qui servent loyalement le pouvoir doivent être récompensés et ceux qui le font par intérêt personnel, et non par sentiment, doivent être surveillés.

Le prince doit avoir l'amitié réelle du peuple pour résister à toute circonstance plus facilement.

10

Certains ont les forces armées pour se défendre, d'autres ont des villes bien fortifiées. Il vante l'indépendance des villes en Allemagne de son époque, qui d'après lui sont bien fortifiées, équipées d'artillerie et dotées de réserves suffisantes, pour faire face à un siège. Lors d'un siège, le souverain doit tour à tour rassurer et inquiéter.

11 des monarchies ecclésiastiques

Machiavel s'étonne de l'augmentation du pouvoir  temporel de l'Eglise catholique, à partir du pape Alexandre VI, augmentation dont il accuse la France (ah ouais ?). Le pape eut à lutter contre des féodaux italiens, notamment Orsini et Colonna.

12

Il évoque les luttes intérieures italiennes de son époque, la papauté et Venise, puis les villes de Florence, Milan, Naples et la Lombardie.

13 des soldats auxiliaires, mixtes et propres

D'après lui, ce fut "l'Empereur de Constantinople" qui fit rentrer initialement les Turcs en Grèce, à l'époque de leur colonisation.

Les mercenaires, dit-il, peuvent se retourner d'un côté ou de l'autre. Les auxiliaires dans une moindre mesure aussi. Le mieux est de maîtriser l'entière possession des armes, car dépendre de celles d'autrui est une mauvaise situation. La première cause de la chute de l'empire romain, d'après lui, a été le recrutement de mercenaires Goths.

14 en matière d'armée

Le prince efficace est plus porté à la guerre qu'aux plaisirs, d'après lui. Il doit être entraîné aux rudesses. Il doit connaître le terrain physique de son pays, car il doit identifier l'ennemi , et mener contre lui ses troupes. Souvent, il suit un modèle, comme Alexandre le grand avait une idée du lutteur Achille. Il doit toujours être actif, même en temps de paix.

15- Loués ou blamés

La bonté est dangereuse au milieu de ceux qui ne sont pas de bonté.

16

La liberalité (au sens de générosité) est parfois aussi dangereuse : elle doit être maintenue, une fois commencée, et ne pas porter tort au budget de l'Etat. Etre généreux peut obliger un jour ou l'autre à être avide et cruel en cas de manque. Il est bon d'avoir la réputation, d'après lui, d'être genéreux, mais le prince ne doit pas craindre d'être dit un peu rigoureux.

17

Il est mauvais pour un prince d'avoir la réputation d'être cruel, mais il doit en juger lui-même. Certaines cruautés peuvent même aider un pays, et certaines bontés l'affaiblir douloureusement. Une excessive confiance peut tendre à l'imprudence, et une excessive méfiance peut le rendre insupportable.

La crainte est plus utile aux yeux de ce Machiavel, que l'amour. L'amour acheté ne se dispense pas en vraie solidarité. Le lien de l'obligation d'amour est facilement rompu par un intérêt matériel, mais la crainte d'un châtiment est par contre durable. S'il peut ne pas être aimé, le prince ne doit toutefois pas être haï.

18

Ceux qui usent de la ruse sont plus forts que ceux qui sont loyaux, d'après lui. L'ausage de la force vise le niveau de la bête, et celui des lois vise le niveau humain. Le prince, dit-il, doit être homme et bête. Il doit être renard (ruse, pour échapper aux pièges), et lion (force, pour vaincre les attaques des loups)... Le prince doit souvent ne pas tenir sa parole, dit-il, mais doit sembler respecter sa parole, la charité, l'humanité, la religion, la droiture... Le vulgaire est convaincu par les apparences et par le résultat des actions.

19

Le prince doit éviter de prendre les biens, les honneurs et les femmes des autres. Il doit se montrer ferme. Sa réputation le protège. Il doit veiller au calme, intérieur et extérieur... D'après lui, la France de son époque est bien ordonnée et bien gouvernée, car le Parlement est intérmédiaire entre les aristocrates et le peuple, épargnant le roi. Que les rois fassent administrer par d'autres les effets dommageables, et administrent eux-mêmes les affaires bénéficiaires...

Les empereurs romains devaient satisfaire le peuple, et les soldats, très nombreux à Rome : satisfaire la paix et la guerre. L'un d'eux utilisa un allié contre un concurrent, puis, ce concurrent éliminé, il élimina aussi son premier allié...

20

"Diviser pour régner" est connu de Machiavel, notammentans le cadre de disputes entre grandes villes italiennes. Il convient de juger exactement chaque personne et savoir changer d'avis le cas échéant. Le prince doit avoir l'amitié du peuple, qui sinon fera alliance avec l'étranger pour l'attaquer.

 21

L'agitation du roi d'Espagne Ferdinand n'a pas laissé de calme pour l'attaquer. Prendre parti dans des querelles est une bonne chose.... Le prince doit aussi féliciter les valeureux dans leurs domaines, en particulier ce qui développe l'Etat. Il doit fêter le calendrier, et entretenir des relations avec les différents groupes sociaux.

22

Le choix des ministres est très important, et leur récompense se fait en honneurs , charges et richessses.

23

Les flatteurs doivent être évités. Le prince doit prendre des avis, être un grand questionneur, et décider par lui-même.

25

Chacun d'après lui, cherche gloire et richesse. Le prince doit être adapté à son temps, avec son style : circonspection, impétuosité, violence, habileté, patience... Je cite une phrase un peu particulière de ce monsieur "La fortune est femme, et il est nécessaire , si on veut la soumettre, de la battre et la frapper".

26

Machiavel espère que Lorenzo de Médicis sauve l'Italie des désordres de son temps (pillages, rançonnements), et soit son rédempteur (ce qui n'a pas tellement été le cas), et termine en citant Pétrarque "Car l'antique valeur dans les coeurs italiens, n'est pas morte encore".

 

Voilà le résumé du livre. Je n'ai pas fait sa publicité; j'ai voulu montrer ses idées pour savoir que certains ont ce genre de mentalités, et pour juger ce témoin, sa logique et sa morale... 

Je préfère Marguerite de Navarre.

C'est sûr.

 *

 (nb : le prochain texte d'ici une dizaine de jours- J'ai l'idée de bientôt présenter une exposition de toiles de peintures chez moi, issue d'un travail réalisé cet hiver).

(nb2 : dessin en décoration, qui n'a rien de machiavélique, réalisé par mes doigts, sur un pc.)

04/12/2014

vérification

Ce n'est pas que j'ai nécessairement l'intention de publier une note aujourd'hui, mais simplement que je teste certaines conditions d'accès à la publication, dans un autre contexte.

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Ci-dessus et après, photos de mon voyage-train, avant le voyage bateau qui devait me mener jusqu'en Grèce à l'élté 2014. A moi de vous faire préférer le train (la pluie....)...

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(photos du 6 août 2014)

 

extraits de mon journal de voyage

jeudi 7 août 2014

Toujours et partout revient le temps des vagues et le temps des voyages.

Il existe différentes raisons de prendre des notes dans un carnet de voyage : enregistrer une émotion, une information ou une idée.

Voyage en train de Paris à Milan, puis de Milan à Rimni, puis de Rimini à Ancône. J'écris sur mon morceau de pont du bateau. C'est aussi pour moi l'occasion de trouver un prétexte pour boire un café en longueur, avant de reprendre une activité cosmétisante en cours. En effet, j'ai entrepris de vernir mes ongles de pied. Trois étapes : définition des contours; optimisation des surfaces, fixation de la couleur.

J'aime bien alterner plusieurs activités en même temps, pour ne pas m'ennuyer.

Mon carnet ne sera pas narratif d'un bout à l'autre cette année, mais j'irai suivant le désir. Tel est mon désir. Evocation du voyage en train. Agréable SNCF. "Réfléchir, parler, rêver, dormir : choisissons le train par plaisir". Idée de slogan.

Grande agitation mentale à l'intérieur de ma boite-sphère cranienne, se stabilisant peu à peu et trouvant distration et exaltation valable dans le maniement de mon nouvel appareil-photo. Observation du paysage sous l'angle : réchauffement climatique or not. Observations nuancées restant à préciser. Présence discrète des autres voyageurs. Quelques symboles psycho-culturels en cours dans l'équation centrale identifiée. Bref.

Tristesse et chaos de la gare de Milan, fort belle au demeurant, d'un point de vue architecturel. (...)

Train vers Rimini ensuite, que je m'étais imaginé être un port, du moins savais-je qui'il n'était pas loin de la côte; toutefois ce n'était pas un port, et j'ai repris le train vers Ancône, après avoir failli prendre un bus pour aller je ne sais-où, avec ma lourde valise : "Do you know where is the port to take the boat to go to Greece ?" " Yes, yes"..." " What?". Non, ce n'est pas un port. Distraction, mais le voyage à l'aventure ne méprise pas des instants divergents, qui portent leurs émotions, comme les étapes réèllement choisies. Toutefois, je fus heureuse d'arriver à "bon port".

C'était le soir, hier soir, et le bateau pour la Grèce n'était pas à quai. J'ignorai quand et où il viendrait et mes déambulations et questions dans la ville ont été relativement hasardeuses.

D'abprd un Sicilien me parla un peu, supposé me conduire, mais nous nous séparâmes lorsque je refusai sa proposition sexuelle; puis un homme d'Ancône commença par m'entrainer dans un bus qui n'allait pas au port, tandis que nous discutions aimablement de la situation politique. Je descendis de ce bus et rebroussai chemin, trouvai une première indication du port qui me fit m'enfiler dans un petit trottoir hardu où je rebroussai finalement aussi chemin, ne voyant pas le commencement de l'ombre d'un bateau; je fis l'éxpérience -il était environ 10h du soir- d'échanger mon short contre un pantalon en ville, dans un coin discret ; demandai encore mon chemin, puis envisageai de passer la nuit sur une petite place vageuement distroy mais verte et éclairée, où finalement, après qu'un groupe, sur un petit port adjacent, m'ait conseillé d'aller de l'autre coté le lendemain vers 8h chercher un ticket, une fille m'indiqua que le port aux ferrys ne se situait pas là, mais plus loin "après le théâtre"... Je passai la nuit à côté de ce "théâtre" ? , non , de cette porte sculptée, où je me distrayai d'abord en envoyant des bouts de brioche à une sorte de grosse souris qui sortait d'un buisson pour chercher sa pitance, puis en discutant  une heure environ avec un serveur de café indien qui me proposait de me payer l'hôtel. Au matin, après avoir peu dormi, je partis en quête d'un billet de bateau ; contraiment à ce que m'avait dit le 2ème homme avec qui j'avais discuté, il était tout-à fait possible d'acheter un billet pour un départ le jour même. Juste avant, j'étais allée devant le magasin de bateaux Superfast et la porte s'était ouverte d'elle-même, automatisme un peu sensible, et j'étais rentrée. Des dames m'avaient indiqué donc où me procurer le billet du jour, et quelques heures plus tard, j'embarquai sans dommage, si ce n'est quelques heures de sommeil que j'aurai largement le temps de rattraper.

Voilà. Le bateau trace maintenant au milieu des quatre horizons, à moins qu'ils ne soient plus nombreus que cela. Manifestement, je suis d'humeur espiègle, mais il est possible aussi que je ressente plusieurs humeurs en même temps... En tous cas, il n'y a qu'un seul bateau -très correct- et qu'une seule moi-même.

Couleurs blanche, orange, bleue, alentours.

Tout à l'heure, un homme m'a porté ma valise dans les escaliers : certainement, parce qu' il était d'éducation princière et avait de bons biscotaux...

Accesssoirement, je me demande si je vais réussir à dormir cette nuit -il est environ 20h- sur ce morceau du pont où le vent soufflle- l'air du bateau, comme une personne qui parle sans s'arrêter.

Ambiance assez douce sur ce bateau, je trouve. Les serveurs de bateaux grecs me donnent assez souvent l'impression de faire des commentaires entre eux sur la présentation des passagers...

Quelques autres points. Presentation non exhaustive.

Un dernier commentaire pour cette séquence. Le stylo de l'agence de bateau  (superrfast) est décoré de l'inscription "environnmentaly friendly pen". Décidément les Grecs sont toujours à la proue de l'Histoire humaine.

vérification

vérification

08/07/2014

La farce de maistre Pathelin, partie 3

vase au bouquet imaginaire 2.jpgVoici la suite et la fin de la présentation de la pièce (vers 1465) "La farce de maistre Pathelin". Si quelqu'un cherchait la scène 5, qu'il ne s'inquiète, elle se trouve quelque part à l'intérieur de la scène 4, je veillerai à cela d'ici quelques jours : ce n'est qu'un intitulé à ajouter. Rien n'est perdu.

Voici donc la troisième partie. Petites remarques à ajouter par mes soins ultérieurement, mais je présente la pièce tout de suite pour ne pas faire trop durer le suspens... Et bien sûr, mille -et plus- merci, et bravo, à l'auteur de ce texte... Voici la suite :

 

 

 

PARTIE 3 

  

SCENE 6 - LE DRAPIER, THIBAULT AIGNELET (« agnelet » : petit agneau), berger- Chez le drapier

 

Le drapier (seul)

Quoi dieu ? Chacun me paierait de mensonges ?

Chacun m’emporte mon avoir,

Et prend ce qu’il peut en avoir,

Et je suis pourtant le roi des marchands !

Même le berger des champs

Me trompe.

(le berger entre)

Maintenant, le mien,

A qui j’ai toujours fait du bien.
Il m’a par ce biais bafoué

Mais il viendra à mes pieds

Par la benoiste couronnée, la vierge !

 

Le berger

Dieu vous donne benoiste journée

Et bonne soirée, mon seigneur doux.

 

Le drapier

Ha ! Te voilà, truand merdeux !

Quel bon valet ! Mais à quoi faire ?

 

Le berger

Mais qu’y a t-il pour vous déplaire ?

Un sergent vêtu de rayé

Mon bon seigneur, tout excité,

Qui tenait un fouet sans corde, une verge,

M’a dit… Attendez que je me rappelle…
Est-ce vrai que cela peut être ?
Il m’a parlé de vous, mon maître

Et de je-ne-sais quelle assignation.
Quant à moi, par sainte Marie,

Je n’y entends ni gros ni grêle :

Il m’a embrouillé pêle-mêle,

De « brebis », de  « relevée »

Et m’a fait de grands reproches

De votre part, mon maître.

 

Le drapier

Oui, je vais maintenant t’emmener

Devant le juge.

Je prie dieu que le déluge

Court sur moi, et la tempête !

Jamais plus tu n’assommeras mes bêtes,
Par ma foy, sans te souvenir ;

Tu me rendras, quoiqu’il advienne

Six aulnes de draps… dis-je, l’assommage

De mes brebis, et le dommage

Que tu m’as fait depuis dix ans.

 

Le berger

Ne croyez-pas les médisants

Mon bon seigneur, car, par cette âme…

 

Le drapier

Et par la Dame que l’on clame,

Tu les rendras le samedi

Mes six aulnes de drap… Je dis :

Ce que tu as pris sur mes bêtes.

 

Le berger (surpris)

Quel drap ? Ha monseigneur, vous êtes

Je le crois, courroucé d’autre chose.

Par saint Loup, mon maître, je n’ose

Rien dire quand je vous regarde.

 

Le drapier

Laisse-moi en paix. Va-t-en, et garde

Ta journée, si bon te semble.

 

Le berger

Monseigneur, accordons-nous ensemble,

Pour dieu, que je ne plaide pas !

 

Le drapier

Va ! Ton affaire est en marche.

Va-t-en ! Je ne m’accorderai pas

Par dieu, ni ne demanderai de règlement judiciaire,

Car c’est un juge qui le fera.

Fichtre ! Chacun de tromper

Cette année, si je n’y prends pas garde !

 

Le berger (à part)

A dieu, sire, qui vous donne joie !

Il faut donc que je me défende.

(il va chez Pathelin).

 

 

SCENE 7 : LE BERGER, PATHELIN, GUILLEMETTE, devant leur maison, puis dedans.

 

Le berger (frappant à la porte)

Y a t-il une âme là ?

 

Pathelin (bas)

Qu’on me pende

S’il ne revient pas !

 

Guillemette (bas)

Et non, saint Georges en ait bon gré,

Ce serait pire de revenir.

 

Le berger (devant la porte)

Dieu y soit ! Dieu fasse l’avenir !

 

Pathelin (sortant)

Dieu te garde, compagnon. Que te faut-il ?

 

Le berger

On me piquera en défaut

Si je refuse de comparaître

Monseigneur, à la convocation.
S’il vous plait, vous y viendrez

Mon doux maître, et vous défendrez

Ma cause, car je ne sais rien !

Et je vous payerai très bien

Quoique je ne sois pas très bien vêtu.

 

Pathelin

Or, viens-là et parle. Qui es-tu ?

Ou demandeur ou défenseur ?

 

Le berger

J’ai à faire à un commerçant.

Entendez-vous bien, mon doux maître ?

A qui j’ai longtemps mené paître

Ses brebis, et je les gardais

Par mon serment, je regardais

Qu’il me payait petitement….

(il hésite) : Dirai-je tout ?

 

Pathelin

Déa, sûrement,

A son conseil, on doit tout dire.

 

Le berger

Il est vrai et vérité, sire,

Que je les ai assommées

Tant que plusieurs se sont pâmées

Maintes fois, et sont tombées mortes

Mêmes si elles étaient saines et fortes ;

Et puis je lui faisais entendre,

Afin qu’il ne puisse me reprendre

Qu’elles mourraient de maladie.

« Ha », fait-il « qu’elle ne soit plus mêlée

Avec les autres, jette-là ! »

« Volontiers », fais-je, mais cela

Se faisait par une autre voie,

Car, par saint-Jéhan, je les mangeais

Moi qui connaissais bien la maladie.

Que voulez-vous que je vous dise !

J’ai tant continué cecy,

J’en ai assommé et tué

Tant qu’il s’en est bien aperçu

Et quand il s’est trouvé trompé,

Dieu m’aide, il m’a fait espionner,

Car on les avait entendues crier,

Entendez-vous, quand on le fait.

Aussi ai-je été pris sur le fait.

Je ne pourrai jamais le nier.

Aussi vous voudrez bien prier

Pour moi ; j’ai assez de finances

Pour que nous deux lui payons des arrhes.

Je sais bien qu’il a bonne cause

Mais vous trouverez bien une clause

Si vous voulez, qu’il aura mauvaise.

 

Pathelin

Par ta foy, tu seras bien aise !

Que donneras-tu si je renverse

Le droit de la partie adverse

Et si l’on renvoie le plaignant ?

 

Le berger

Je ne vous payerai pas en sous

Mais en bel or à la couronne.

 

Pathelin

Donc, tu auras ta cause bonne,

Et même fut-elle à moitié pire encore ;

Plus cela vaut, et plus cela empire….

Quand je veux appliquer mon sens si bien

Que tu m’entendras claquer la langue

Quand il aura fait sa demande !

Et viens-là, je te demande

Par le saint sang bleu précieux :

Tu es assez malicieux

Pour entendre bien la ruse.
Comment est-ce que l’on t’appelle ?

 

Le berger

Par saint Mor, Thibault l’Agnelet.

 

Pathelin

L’Agnelet, maints agneaux de lait,

Tu lui as cabassé à ton maître.

 

Le berger

Par mon serment, il peut bien être

Que j’en ai mangé plus de trente

En trois ans.

 

Pathelin

Cela fait dix de rente.

Ton jeu de dés vaut la chandelle

Qu’on paye à la taverne,

Quand y on joue.

(il réfléchit)

Penses-tu qu’il puisse trouver

Un témoin, pour prouver ces faits ?

C’est là le plus important de la plaidoirie.

 

Le berger

Prouver, sire ? Sainte Marie

Par tous les saints du paradis,

Il en trouvera plus de dix,

Qui contre moi déposeront.

 

Pathelin

C’est un cas qui nuit beaucoup

A ton fait. Voici ce que je pense.

Je feindrai que je ne suis pas

Des tiens, ni que je te connus jamais !

 

Le berger

Ne le faites pas, par les dieux !

 

Pathelin

Non, en aucune manière, rien quelconque.

Mais voici ce qu’il conviendra de faire :

Si tu parles, on te prendra

Coup à coup, aux positions,

Et ces confessions

Te seront très préjudiciables

Et nuiront autant que si c’était déable !

Pour cela, voici quoi faire :

Tantôt, quand on t’appellera

Pour comparaître en ce jugement,

Tu ne répondras nullement,

Que « Bée », et quoique l’on te dise

Et s’il advient qu’on te maudisse

En disant : « Hé, cornard puant,

Dieu vous met en mauvais pas, truand !

Vous moquez-vous de la justice ? »

Dis «  Bée ». « Ha », ferai-je «  Il est niais,

Il croit parler à ses bêtes ».

Que nul autre mot ne sorte de ta bouche,

Garde-t-en bien !

 

Le berger

Le fait me touche.

Je m’en garderai, vraiment.

Et je ferai cela proprement,

Je vous le promets et l’affirme !

 

Pathelin

Or, prends-y garde. Tiens cela ferme,

Et même à moi, pour quelque chose

Que je te dise, ou je propose,

Ne réponds pas autrement.

 

Le berger

Moi, nenny, par mon sacrement. !

Dites hardiment que je suis fol

Si je disais d’autres paroles.

A vous ou à quelque autre personne !

Pour quelque mot que l’on me sonne

Sauf « Bée », que vous m’avez appris.

 

Pathelin

Par saint Jéhan, ainsi sera pris

Ton adversaire par la moquerie !

Mais fais aussi que je me loue

Quand ce sera fait, de mes honoraires.

 

Le berger

Monseigneur, si je ne vous paye pas

A votre mot, ne me croyez

Jamais. Mais je vous en prie, volez

Diligemment à ma besogne.

 

Pathelin

Par notre Dame de Boulogne,

Je suppose que le Juge est installé,

Car il s’assied toujours à six

Heures, à ce moment ou environ.

Or, viens après moi : nous n’irons

Pas ensemble, qu’on ne nous voit pas liés.

 

Le berger

C’est bien dit : afin qu’on ne nous voit pas

Avant que vous ne soyez mon avocat.

 

Pathelin

Notre Dame ! Gare à toi ! Si tu ne payes pas l’argent !

 

Le berger (il part)

Par les dieux, à votre mot, vraiment,

Monseigneur, n’en ayez aucun doute !

 

Pathelin (seul)

Hé, déa ! Il ne pleut pas, il tombe des gouttes.

Au moins gagnerai-je quelque chose

De sa part, s’il atteint sa cible

Un ou deux écus, pour ma poche.

 

(il s’en va, se promène, puis va s’installer à gauche du juge)

 

 

 

SCENE 7 : LE JUGE, PATHELIN, LE DRAPIER, LE BERGER, au tribunal

(Le juge est assis au centre ; à droite le drapier, à gauche Pathelin et le berger)

 

Pathelin (saluant le juge en levant son bonnet)

Sire, que dieu vous donne bonne chance

Et ce que votre cœur désire.

 

Le juge

Vous êtes le bienvenu, sire.

Couvrez-vous. Prenez place.

 

Pathelin

Déa ! Je me sens bien, sauf votre grâce.

Je suis ici plus à l’aise.

 

Le juge

S’il y a quelque chose, qu’on se dépêche

Afin que tantôt, je lève la séance !

 

Le drapier

Mon avocat arrive, il achève

Un peu de choses qu’il faisait,

Monseigneur, et s’il vous plairait,

Vous feriez bien de l’attendre.

 

Le juge

Hé déa ! J’ai ailleurs à entendre 

Un procès ! Si votre partie est présente

Délivrez-vous, sans plus d’attente.

Et n’êtes-vous pas demandeur ?

 

Le drapier

Je le suis.

 

Le juge

Où est le défenseur ?

Est-il ici en personne ?

 

Le drapier (indiquant le berger)

Ouy, voyez-le là qui ne sonne

Mot. Mais dieu sait ce qu’il en pense !

 

Le juge

Puisque vous êtes en présence,

Vous deux, faites votre demande.

 

Le drapier

Voici donc ce que je lui demande,

Monseigneur : il est vérité

Que pour dieu et en charité

Je l’ai nourri dans son enfance,

Et quand je vis qu’il avait puissance

D’aller aux champs, pour abréger,

Je le fis être mon berger,

Et le mis à garder mes bêtes.

Mais aussi vrai que vous êtes là, assis,

Monseigneur le juge,

Il en a fait un tel déluge, un tel carnage

De mes brebis, et mes moutons,

Que, sans faute….

 

Le juge (l’interrompant)

Or, écoutons :

N’était-il pas votre aloué, votre salarié ?

 

Pathelin

Voire, car il s’était joué

A le tenir sans le payer.

 

Le drapier (reconnaissant soudain Pathelin, qui lève la main pour cacher son visage)

Je pourrai désavouer dieu

Si ce n’est vous, vous, sans faute !

 

Le juge (à Pathelin)

Comment ? Vous tenez votre main haute :

Avez-vous mal aux dents, maistre Pierre ?

 

Pathelin

Oui, elles me font une telle guerre

Que jamais on ne sentit telle rage !

Je n’ose lever le visage.

Pour dieu, avancez la procédure.

 

Le juge (au drapier)

En avant, achevez de plaider !

Sus ! Concluez clairement !

 

Le drapier (à part)

C’est lui, nul autre, vraiment !

Par la croix où dieu s’étend.

(à Pathelin)

C’est à vous que je vends

Six aulnes de drap, maistre Pierre !

 

Le juge (à Pathelin)

Qu’est-ce qu’il parle de drap ?

 

Pathelin (au juge)

Il erre.

Il croit venir à son propos

Et il n’y sent plus d’avenir

Parce qu’il a oublié son mensonge.

 

Le drapier (au juge)

Que je sois pendu, si un autre l’a pris,

Mon drap, par la sanglante gorge !

 

Pathelin

Comment le méchant homme forge

De loin, pour fournir son discours !

Il veut-dire  est-il bien rebelle ?

Que son berger avait vendu

La laine – je l’ai entendu-

Dont fut fait le drap de ma robe.

Comme s’il disait qu’il le dérobe

Et qu’il lui a volé les laines

De ses brebis.

 

Le drapier (à Pathelin)

Qu’une mauvaise semaine

Dieu m’envoie, si vous ne l’avez pas !

 

Le juge

Paix ! De par le déable, vous bavez

Et ne savez pas revenir

A votre propos, sans tenir

La Cour, d’une telle baverie !

 

Pathelin (éclatant de rire)

Je me sens mal et je dois rire !

Il est déjà si empressé

Qu’il ne sait où il en est resté.

Il faut que nous, le lui disions.

 

Le juge (au drapier)

Sus ! Revenons à ces moutons !

Qu’en fut-il ?

 

Le drapier

Il m’a pris six aulnes

De neuf francs.

 

Le juge (se fâchant)

Sommes-nous becs jaunes ?

Où croyez-vous être ?

 

Pathelin (au juge)

Par le sang de dieu, il vous fait paître,

Il se moque de vous.

Qu’est-il bon homme par sa mine !

Mais je conseille qu’on examine

Un peu sa partie adverse.

 

Le juge (à Pathelin)

Vous dites bien. Il le connait.

(à part) Il ne se peut qu’il ne le connaisse.

(au berger) Viens-là ! Dis !

 

Le berger

Bée !

 

Le juge

Voici l’angoisse !

Quel « Bée » est-ce ceci ? Suis-je une chèvre ?

C’est à moi que vous parlez.

 

Le berger

Bée !

 

Le juge

Sanglante fièvre,

Que dieu te donne. Te moques-tu ?

 

Pathelin

Croyez qu’il est fol, ou stupide,

Ou qu’il croit être parmi ses bêtes.

 

Le drapier (à Pathelin)

Or, je renie dieu, si vous n’êtes pas

Celui, nul autre, qui l’avez,

Eh, mon drap !

(au juge) Ha ! Vous ne savez pas

Monseigneur, par quelle malice…

 

Le juge (le coupant)

Et, taisez-vous ! Etes-vous idiot ?

Laissez en paix cet accessoire,

Et venons-en au principal.

 

Le drapier

Voire,

Monseigneur, mais le cas me touche.

Toutefois, par ma foy, ma bouche,

Désormais, n’en dira plus un mot.
Une autre fois, je le ferai

Ainsi qu’il en pourra aller ;

Et il convient que je l’avale

Sans mâcher…. Or, je disais

A mon propos, comment j’avais

Vendu six aulnes… dois-je dire,

Mes brebis… Je vous en prie, sire,

Pardonnez-moi. Ce gentil maistre….

Mon berger, quand il devait être

Aux champs… Il me dit que je gagnerai

Six écus d’or, quand je vendrai cela.
Dis-je, depuis trois ans en ça,

Mon berger m’a convenancé

Que loyalement il me gardait

Mes brebis, et n’y faisait

Ni dommage, ni vilénie….

Et puis maintenant, il nie cela,

Et drap et argent pleinement…

(A Pathelin)

Hé, maistre Pierre, vraiment….

(Au juge, qui s’impatiente)

Ce Thibault-ci me volait les laines

De mes bêtes, et toutes saines,

Il les faisait mourir et périr

En les assommant et frappant,

De gros bâtons sur la cervelle….

Quand mon drap fut sous son aisselle,

Il se mit en chemin rapidement

Et me dit que j’irai chercher

Six écus d’or dans sa maison.

 

Le juge (au drapier)

Il n’y a ni rime, ni raison

Dans tout ce que vous rafardez*.

Qu’est-ce cecy ! Vous entrelardez

Puis de l’un, puis de l’autre. Somme toutes

Par le sang de dieu, je n’y vois goutte.

Il brouille de drap, et babille,

Puis de brebis, comme au jeu de quille,

Rien de ce qu’il dit ne se tient !

 

Pathelin (au juge)

Or, je m’en fais fort qu’il retint

Au pauvre berger son salaire.

 

Le drapier (à Pathelin)

Pour dieu, vous pensiez bien faire !

Mon drap, aussi vrai que la messe….

Je sais mieux où le bat me blesse

Que vous ni un autre ne saurez.

Sur la tête de dieu, vous l’avez !

 

Le juge

Qu’est-ce qu’il a ?

 

Le drapier, au juge

Rien, Monseigneur,

Par mon serment, c’est le plus grand

Trompeur ! Holà ! Je m’en tairai

Si je puis, et n’en parlerai

Désormais plus, quoiqu’il advienne.

 

Le juge

Et non ! Mais qu’il vous en souvienne !

Or, concluez rapidement.

 

Pathelin

Ce berger ne peut nullement

Répondre au fait que l’on propose

S’il n’a pas de conseil. Et il n’ose

Ou il ne sait pas en demander.
Que je sois à lui, j’y serai.

 

Le juge (regardant le berger)

Avec lui ? Je crois

Que c’est une mauvaise affaire.

C’est le pauvre incarné !

 

Pathelin (au juge)

Moi, je vous jure

Que je n’en veux rien avoir :

Que dieu sache ! Or, je vais demander

Au pauvret ce qu’il me voudra dire,

Et s’il ne sait pas m’instruire

Pour répondre au fait de la querelle

Il aurait dure partie :

De cecy, qui ne le secourrait pas.

(au berger) Viens ici mon amy.

(au juge) Qui pourrait trouver…

(au berger) Entendu !

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

Quel « Bée », déa !?

Par le saint sang que dieu versa !

Es-tu fol ? Dis-moi ton affaire !

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

Quel « Bée » ? Entends-tu tes brebis bêler ?

C’est pour ton profit. Entends-tu ?

(à part, au berger) C’est bien fait. Dis toujours !

(haut)

Tu le feras ?

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin (au berger)

Plus haut, ou bien tu t’en trouveras

En difficulté, et je m’en doute.

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

Or, est-il plus fol qui envoie

Tel fol naturel en procès ?

(au juge) Ha ! Sire, renvoyez-le à ses

Brebis, il est fol de nature.

 

Le drapier

Est-il fol ? Saint-Sauveur d’Asturie,

Il est plus sage que vous n’êtes !

 

Pathelin (au juge)

Envoyez-le garder ses bêtes

Sans ajournement. Que jamais il ne revienne !

Que maudit soit celui qui ajourne

Pour tel fou.

 

Le drapier

Et l’on fera ainsi, il s’en ira

Avant que je puisse être entendu ?

 

Le juge

Que dieu m’aide, puisqu’il est fol, oui :

Pourquoi ne pas le faire ?

 

Le drapier

Hé, déa, sire,

Au moins, laissez-moi avant dire

Et faire mes conclusions.

Ce ne sont ni tromperies, ni abusions,

Que je vous dis, ni moqueries.

 

Le juge

Ce sont toutes tribouilles, ennuis,

Que de plaider avec des fous, ou des folles !

Ecoutez : à moins de paroles,

La Cour n’en sera plus tenue.

 

Le drapier (au juge)

Se trouve-t-il sans obligation

De revenir ?

 

Le juge

Et quoi donc ?

 

Pathelin (au juge)

Revenir ? Vous ne vites jamais

Plus fol, et dans les faits, et dans les réponses !

(montrant le drapier) Et il ne vaut pas plus qu’une once,

L’autre. Tous deux sont des fous sans cervelle :

Par sainte Marie la belle,

Eux deux n’en ont pas 200 milligrammes.

 

Le drapier (à Pathelin)

Vous l’avez emporté par fraude

Mon drap, sans payer, maistre Pierre.

Par la chair de dieu, je suis las….

Ce ne fut pas fait de prudhomme.

 

Pathelin

Or, je renie saint-Pierre de Rome

S’il n’est pas fou, ou s'il affole !

 

Le drapier (à Pathelin)

Je vous connais par la parole,

Et par la robe, et le visage.

Je ne suis pas fou ; je suis sage

Pour savoir qui me fait du bien.

(au juge)

Je vous compterai toute l’histoire,

Monseigneur, par ma conscience.

 

Pathelin (au juge)

Hé, sus, imposez-leur silence.

(au drapier) N’avez-vous pas honte de tant de disputer

Ce berger, pour trois ou quatre

Vieilles brebis, ou montons,

Qui ne valent pas trois boutons !

(au juge) Il en fait une si grande répétition, une telle kyrielle…

 

Le drapier (qui l’interrompt)

Quels moutons ? C’est une viele, un refrain.

C’est à vous-même que je parle

Et vous me le rendrez, par le

Dieu qui veut à Noël être né !

 

Le juge (à Pathelin)

Voyez-vous ? Suis-je bien renseigné ?

Il ne cessera aujourd’hui de braire !

 

Le drapier

Je lui demande….

 

Pathelin (au juge)

Faites-le taire !

(au drapier) Et par dieu, c’est trop dupé, trop flageollé.

Supposons qu’il en ait affolé

Six ou sept moutons, ou une douzaine

Et mangé, en une sanglante étrenne,

Vous êtes bien blessé !

Vous avez plus que beaucoup gagné

Au temps où il vous les a gardés.

 

Le drapier (au juge)

Regardez, sire. Regardez !

Je lui parle de draperie,

Et il me répond de bergerie !

(à Pathelin)

Six aulnes de drap, où sont-elles ?

Que vous mîtes sous vos aisselles ?

Ne pensez-vous point me les rendre !

 

Pathelin (au drapier)

Ha ! Sire, le ferez-vous pendre

Pour six ou sept bêtes à laine ?

Au moins reprenez votre haleine.

Ne soyez pas si rigoureux

Au pauvre berger douloureux

Lui qui est nu comme un vers.

 

Le drapier (à Pathelin)

C’est très bien changé de sujet !

Le déable me fit vendeur

De drap à un tel acheteur !

(au juge)

Déa, monseigneur, je lui demande…

 

Le juge (au drapier)

Je le décharge de votre demande

Et je vous interdis de continuer cette procédure.

C’est un bel honneur de plaider

Pour un fol.

(au berger ) : Va t-en à tes bêtes.

 

Le berger

Bée !

 

Le juge (au drapier)

Vous montrez bien qui vous êtes, sire,

Par le sang de Notre-Dame. !

 

Le drapier (au juge)

Hé, déa, monseigneur, bon gré soit sur mon âme,

Je venx…

 

Pathelin (au juge)

Pourrait-il se taire ?

 

Le drapier (à Pathelin, d’un ton vif)

Et c’est à vous que j’ai à faire ;

Vous m’avez trompé faussement

Et emporté furtivement

Mon drap, par votre beau langage.

 

Pathelin (qui dédaigne lui répondre et parle au juge)

J’en appelle à mon courage !

Et vous l’entendez bien, monseigneur ?

 

Le drapier (à Pathelin)

Dieu m’aide ! Vous êtes le plus grand

Trompeur !... (au juge) Monseigneur, je dis…

 

Le juge (à Pathelin et au drapier)

C’est une droite stupidité

Que de vous deux ! Ce n’est que bruit, noise.

Dieu m’aide. Et je suis las et dois m’en aller. !

(au berger)

Va-t-en, mon amy, ne reviens

Jamais, nul sergent ne t’ajourne.

La Cour t’absout. Entends-tu bien ?

 

Pathelin (au berger)

Dis grand merci !

 

Le berger

Bée !

 

Le juge (au berger)

Dis-je bien : Va-t-en !

Ne t’inquiète pas, vaille que vaille.

 

Le drapier (au juge)

Est-ce raison qu’il s’en aille

Ainsi ?

 

Le juge (au drapier)

Ay ! J’ai à faire ailleurs

Vous êtes par trop un grand railleur ;

Vous ne m’y ferez plus tenir.

( A Pathelin) Je m’en vais. Voulez-vous venir

Souper avec moi, maistre Pierre ?

 

Pathelin (qui lève sa main au visage pour montrer son mal de dents)

Je ne puis.

(le juge s’en va).

 

 

 

SCENE 9 : LE DRAPIER, PATHELIN , LE BERGER, devant le tribunal

 

Le drapier

Ha ! Qu’est là fort voleur.
Dites, ne serai-je pas payé ?.

 

Pathelin 

De quoi ? Etes-vous dévoyé

Mais qui croyez-vous que je suis !

Par mon sang, je me demandais

Pour qui donc me prenez vous ?

 

Le drapier

Bée ! Déa !

 

Pathelin

Beau sire, or vous attendez ;

Je vous dirai sans plus attendre

Pour qui vous me croyez prendre :

Est-ce point pour Esservelé ?

(il lève son chaperon)

Regardez, nenny, il n’est pas tonsuré

Comme je le suis, dessus la tête.

 

Le drapier

Me voulez-vous tenir pour bête ?

C’est vous en propre personne

Vous de vous, votre voix le sonne

Et je ne le crois pas autrement.

 

Pathelin

Moi de moi ! Non, je le suis, vraiment :

Otez-en votre opinion.

Serait-ce point Jéhan de Noyon ?

Il me ressemble de buste.

 

Le drapier

Hé, déable, il n’a pas visage

Ainsi buveur, ni si fade !

Ne vous laissai-je point malade

Tout à l’heure, dans votre maison ?

 

Pathelin

Ha ! Que voici une bonne raison !

Malade ! Et quelle maladie ?...

Confessez votre ruse.

Maintenant, est-elle bien claire ?

 

Le drapier

C’est-vous ! Ou je renie saint-Pierre !

Vous, nul autre, je le sais bien

Pour tout vrai !

 

Pathelin

Or, n’en croyez rien !

Car certes, ça n’est pas moi ;

Jamais je ne vous ai pris ni aulne, ni demie,

Je n’ai pas telle réputation.

 

Le drapier

Ha ! Je vais venir en votre maison

Par le sang bleu, voir si vous y êtes !

Nous n’en débattrons plus

Si je vous trouve là-bas !

 

Pathelin

Par Notre-Dame, c’est cela,

Par ce point vous le saurez bien !

 

 

 

 

SCENE 10 - PATHELIN- LE BERGER – devant le tribunal

 

Pathelin (au berger)

Dis, Agnelet.

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

Viens ça, viens…

Ta besogne, est-elle bien faite ?

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

Ton accusation s’est rétractée.

Ne dis plus « Bée ! ». Il n’y a plus  nécessité.

Ne lui ai-je pas donné une belle entorse ?

Ne t’ai-je pas conseillé à point ?

 

Le berger, bas

Bée !

 

Pathelin

Hé ! Déa ! On ne t’entendra pas.

Parle hardiment, ne t’inquiète pas.

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

A dire voir,

Tu as très bien fait ton devoir,

Et aussi bonne contenance.

Ce qui l’a pris de court

C’est que tu t’es retenu de rire.

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

Quel « Bée ! » ? Il ne faut plus le dire.

Paye-moi et doucement.

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

Quel « Bée » !. Parle sagement

Et paye-moi, et je m’en vais.

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

Sais-tu ce que je te dirai.

Je te prie, sans m’aboyer,

Que penses-tu de me payer.

Je ne veux plus de tes bêlements.

(se fâchant)

Paye donc !

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

Est-ce tout ce que tu en feras ?

Par mon serment, tu me paieras,

Entends-tu ? Si tu ne t’envoles pas

Ha ! Mon argent !

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

Tu te rigoles !

Comment ? N’en aurai-je autre chose ?

  

Le berger

Bée !

 

Pathelin

Tu fais le rimeur, en prose !

Et à qui vends-tu ta marchandise ?

Sais-tu ce qui est ? Ne me bredouille pas

Désormais ton « bée : » et paye-moi !

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

N’en aurais-je autre monnaie !

De qui crois-tu te jouer ?

Je devais tellement me féliciter

De toi ! Or, fais que je m’en loue !

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin (à part)

Me fais-tu manger de l’oie ? Me ruses-tu ?

Malgré dieu, qu’ai-je tant vécu

Qu’un berger, vêtu de mouton

Un vilain paillard me rigole !

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin (au berger)

N’en aurai-je d’autre parole ?

Si tu le fais pour t’amuser,

Dis-le, ne m’en fais plus débattre.

Viens-t-en souper à ma maison.

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin (au berger)

Par saint-Jéhan, tu as raison,

Les oisons mènent les oies paître !

(à part)

Or, je croyais être, sur tous, le maistre

Des trompeurs, d’ici et d’ailleurs,

Des grands coureurs, et des vendeurs

De paroles en paiement

A rendre au jour du jugement

Dernier,

Et un berger des champs me surpasse !

(au berger)

Par saint-Jacques, si je trouve

Un sergent, je te ferai prendre !

 

Le berger

Bée !

 

Pathelin

Heu, « bée !», que l’on puisse me pendre

Si je ne vois pas un bon sergent. Malheur

Lui puisse arriver s’il ne l’emprisonne !

(Pathelin s’en va chercher un sergent)

 

Le berger

S’il me retrouve, je lui pardonne !

(le berger s’enfuit).

 

 

 

FIN

 

 

 

...

 

 

 

Remarques : Certaines versions, dès le 16ème siècle, développaient un peu cette conclusion dans le sens que l'on comprend à cette pièce -magnifique- :

S'il me retrouve, je lui pardonne

Et là, je tire ma révèrence.

J'ai trompé des trompeurs le maître,

Car tromperie est de tel être

Que le trompeur, trompé doit être.

Prenez-en la Comédie

Adieu à la compagnie.

 

Autres remarques * Rafarder signifiait rabacher " - Autre : J'ai traduit aignelet par agnelet, qui est le sens du texte "agneau de lait". Les mots a se disait souvent ai, comme, pour sage "saige"...

07/07/2014

La farce de maistre Pathelin, partie 2

abstrait 30 b 2.jpgJ'ajoute que j'ai travaillé, pour présenter ce texte, sur une édition du texte en français du 15ème siècle, qui indiquait aussi la traduction des mots ou des tournures de phrases non évidentes en français moderne. Il en existe d'autres traductions, que je n'ai pas lues.  Je l'ai transcrit comme je l'ai dit dans le plus grand respect possible du texte d'origine, de son ambiance, de son vocabulaire.. J'ai découpé le texte en trois parties. Dans le texte originel, il existe simplement les numéros des scènes.

 

Illustration ci-dessus par mes soins (des animaux contemplant une station spatiale- ). droits d'auteure à l'auteure.

 

 

 

 

DEUXIEME PARTIE

 

SCENE 4 – LE DRAPIER, PATHELIN, GUILLEMETTE, chez Pathelin

 

Le drapier

Je crois qu’il est temps que je boive

Pour m’en aller. Hé non,

Je dois boire et aussi je mangerai

De l’oie, par Saint- Mathelin,

Chez maistre Pierre Patehlin.

Et je recevrai pécune paiement.

Je happerai une prune, je mangerai

A tout le moins, sans rien dépenser.

Je vois que l’heure n’est plus de vendre.

(Devant la porte) Hé maistre Pierre !

 

Guillemette, (ouvrant la porte)

Hélas sire,

Pour dieu, si vous voulez parler,

Parlez plus bas !

 

Le drapier

Dieu vous garde, dame.

 

Guillemette

Ha ! Plus bas !

 

Le drapier

Et quoy ?

 

Guillemette

Bon gré, par mon âme…

 

Le drapier (qui montre des signes d’impatience)

Où est-il ?

 

Guillemette

Las ! Où il doit être.

 

Le drapier, curieux

Qui ?

 

Guillemette

Ha, c’est mal dit, mon maistre :

Où il est,  dieu par sa grâce,

Le sait. Il garde la place

Où il est le pauvre martyr.

Onze semaines sans sortir…

 

Le drapier

Qui donc ?

 

Guillemette

Pardonnez-moi, je n’ose

Parler plus haut, je crois qu’il se repose.

Il est un peu assommé.

Hélas, il est si accablé,

Le pauvre homme !

 

Le drapier

Qui ?

 

Guillemette

Maistre Pierre.

 

Le drapier, stupéfait

Ouais. N’était-il pas venu quérir

Six aulnes de drap maintenant.

 

Guillemette

Qui ? Lui ?

 

Le drapier

Il vient à l’instant,

Il n’y a pas la moitié d’une demi-heure.

Dépêchez-vous, Dame. Je demeure

Depuis longtemps. Donnez-moi sans tromper,

Sans flageoller, mon argent !

 

Guillemette

Hé, sans rigoler,

Il n’est pas temps que l’on rigole.

 

Le drapier

Ca, mon argent ! Etes-vous folle ?

Il me faut neuf francs.

 

Guillemette (elle gronde)

Ha ! Guillaume,

Il ne faut point tromper,

Couvrir de chaume….
Allez dire des sornettes à vos fous.

De qui voulez-vous vous jouer ?

 

Le drapier

Je pourrais désavouer dieu si je n’ai pas mes neuf francs.

 

Guillemette

Hélas, sire,

Chacun n’a pas si faim de rire,

Comme vous, ni de bavarder.

 

Le drapier

Dites, je vous jure, sans sornettes

Par amour, faites-moi venir,

Maistre Pierre.

 

Guillemette

Malheur à vous.

Peut-il venir ? C’est ainsi.

 

Le drapier

N’est-ce pas ici que je me trouve

Chez maistre Pierre Pathelin ?

 

Guillemette

Oui, par la grande folie du mal Saint-Mathelin.

Et si cela vous tient à cœur,

Parlez bas !

 

Le drapier

Le déable y vienne !

Je n’oserai pas le demander.

 

Guillemette

A dieu, je me recommande.
Bas ! Si vous ne voulez pas qu’il s’éveille.

 

Le drapier

Quel « Bas » voulez-vous ? Dans l’oreille ?

Ou au fond du puits ? Ou de la cave ?

 

Guillemette

Hé dieu, que vous avez de bave !

Au fait, c’est toujours votre guise.

 

Le drapier

Le déable y soit, quand je m’avise

Si vous voulez que je parle bas….
Dites ça ! Pour les débats.

Hé, je ne l’ai pas appris…

Ce qui est vrai, c’est que maistre Pierre a pris

Six aulnes de drap aujourd’huy.

 

Guillemette

Et quoi ?

Le déable y a pris part ! Qui « prendre » ?

(Elle élève la voix)

Ha sire ! Qu’on puisse pendre

Celui qui ment ! Il est en tel parti,

Le pauvre homme, qu’il ne sortit

Plus du lit, depuis onze semaines.

Nous payez-vous de vos trudaines, vos inventions ?

(d’une voix plus forte) Maintenant, est-ce raison ?

Vous devez quitter ma maison.

De ces angoisses, dieu, je suis lasse !

 

Le drapier

Vous disiez que je parlasse

Bas, sainte benoîte dame,

Mais vous criez !

 

Guillemette

C’est vous, par mon âme,

Qui ne parlez qu’avec du bruit !

 

Le drapier

Dites, pour que je parte,

Payez-moi….

 

Guillemette, criant

Parlez bas ! Vous le ferez ?

 

Le drapier

Mais vous-même vous l’éveillerez !

Vous parlez quatre fois plus haut,

Par le sang bleu, que je ne fais.

Je vous requiers qu’on me paye.

 

Guillemette

Et qu’est-ceci ? Etes-vous ivre ?

Ou hors du sens ? Dieu notre père !

 

Le drapier

Ivre ! Que le saint père en soit mauvais gré,

Voici une belle demande !

 

Guillemette

Héla ! Plus bas !

 

Le drapier

Je vous demande

Pour six aulnes, bon gré saint-Georges,

De drap, dame….

 

Guillemette,  à part

On vous les forge !...

(Haut) Et à qui l’avez-vous prêté ?

 

Le drapier

A lui-même.

 

Guillemette

Il est en état

D’avoir du drap ! Hélas il ne bouge pas.
Il n’a nul besoin de robe.

(elle pleure) Jamais il ne se vêtira de robe

Que de linceul blanc, et ne partira

Que les pieds devant !

 

Le drapier, étonné

C’est donc depuis le soleil levant

Qu’il est ainsi ?

Car je lui ai parlé, sûrement, aujourd’hui.

 

Guillemette, d’une voix très haute

Parlez plus bas, par charité !

 

Le drapier

C’est vous, par ma vérité,

Vous-même, qui faites une sanglante étrenne !

Par le sang bleu, voici une grande peine !

Mais si vous me payez, je m’en irai.

( à part) Par dieu, à chaque fois que j’ai prêté

Je n’ai pas eu d’autre résultat.

 

Pathelin, couché

Guillemette ! Un peu d’eau rose !

Haussez-moi ! Serrez-moi !

Zut ! Trut ! A qui parlai-je ?

Une carafe d’eau ! A boire ! Frottez moi la plante*

La plante des pieds.

 

Le drapier, étonné

Je l’entends, là.

 

Guillemette

Voire !

 

Pathelin (il délire)

Ha ! Méchante !

Viens-là ! T’avais-je fait ouvrir

La fenêtre ? Viens me couvrir !

Ouste ces gens noirs ! Marmara !

Carimari ! Carimara !

Amène-le moi ! Amène !

 

Guillemette (à Pathelin)

Qu’est-ce ? Comment vous vous démenez !

Etes-vous hors de votre sens ?

 

Pathelin

Tu ne vois pas ce que je sens !

Voilà un moine noir qui vole !

Attrape-le ! Donne-lui une étole !

Au chat ! Au chat ! Comment il monte !

 

Guillemette

Et qu’est-ceci ? N’avez-vous pas honte ?

Et pas d’yeux ? Vous avez trop remué !

 

Pathelin (il retombe, comme épuisé)

Ces médecins m’ont tué

De ces bouillies qu’ils m’ont fait boire !

Et toutefois il faut les croire

Ils bougent le corps comme de la cire.

 

Guillemette (au drapier)

Hélas ! Venez-le voir, beau sire.
Il est tellement mal portant.

 

Le drapier

Est-il malade sérieusement ?

Depuis qu’il revint de la foire ?

 

Guillemette

De la foire ?

 

Le drapier

Par saint-Jéhan, c’est sûr ! Voire !

Je crois bien qu’il y a été.

(à Pathelin) :Du drap que je vous ai prêté,

Il m’en faut l’argent, maistre Pierre !

 

Pathelin (qui fait semblant de le prendre pour un médecin)

[*Ha, maistre Jéhan, plus dur que pierre,

Deux petites crottes,

Noires, rondes comme des pelottes…]
Que faire ?

 

Le drapier

Et que sais-je ? Qu’en ai-je à faire ?

Il me faut neuf francs ou six écus.

 

Pathelin

Ces trois morceaux noirs et beaux,

Les appelez-vous des pilules ?

Ils m’ont gâté les mâchoires.

Par dieu, ne m’en faites plus prendre.

Maistre Jéhan, ils m’ont fait tout rendre.
Ha ! Il n’est de chose plus amère !

 

Le drapier, à part

Non, ils ne l’ont pas fait, par l’âme de mon père :

Mes neuf francs ne sont pas rendus !

 

Guillemette, à part

Je les pendrais par le col, ces gens si ennuyeux…

(au drapier) ; Allez-vous-en, par les déables,

Puisque ce ne peut être par dieu.

 

Le drapier

Par ce dieu qui me fit naître,

J’aurai mon drap, avant de partir

Ou mes neuf francs !

 

Pathelin, au drapier

Et mon urine,

Vous ne dites pas que je me meure ?

Pour dieu, quoiqu’il demeure,

Que je ne trépasse, pas,

Que je ne passe pas le pas !

 

Guillemette au drapier

Allez-vous en ! Et n’est-ce pas

Mal fait que lui tuer la tête ?

 

Le drapier

Dame, dieu en ait mauvais gré.
Six aulnes de drap maintenant.
Dites, s’il est chose convenable

Par votre foy, que je les perde ?

Il me faut neuf francs rondement

Bon gré saint-Pierre de Rome….

 

Guillemette

Hélas ! Tant vous tourmentez cet homme

Et comment pouvez-vous être si rude !

Vous voyez clairement qu’il croit

Que vous êtes un médecin, un phisicien.

Hélas ! Le pauvre chrétien

A assez de grande malchance.

Onze semaines, sans répit

A cet endroit, le pauvre homme !

 

Le drapier

Par le sang bleu, je ne sais comment

Cet accident lui est venu.

Nous avons marchandé ensemble,

A tout le moins, comme il me semble

Ou je ne sais ce que cela peut être.

 

Guillemette

Par Notre Dame, mon doux maistre,

Vous n’êtes pas en bonne mémoire.

Sans faute, vous ne voulez pas me croire.

Vous irez un peu vous reposer.

Beaucoup de gens pourraient gloser

Que vous venez ici pour me voir.

Allez, sortez, les phisiciens

Viendront ici même, en présence.
Je n’ai cure de ce que l’on pense

A mal, car moi je n’y pense point.

 

Le drapier ( à part, puis  à Guillemette)

Et malgré dieu, suis-je en ce point,

Par la tête de dieu, je croyais

Encore… Et n’avez-vous pas une oie

Au feu ?

 

Guillemette

C’est une très belle demande !

Ha !Sire, ce n’est pas viande

Pour malade. Mangez vos oies

Sans venir vous moquer de nous.

Vous êtes sans gêne, par ma foy.

 

Le drapier

Je vous prie qu’il ne vous déplaise

Car je croyais fermement…

(il sort)

Encore par le sacrement.

(à part, devant la maison de Pathelin et Guillemette)

Dieu, déa, or je veux savoir

Je sais bien que je dois être payé

De six aulnes, d’une pièce,

Mais cette femme me dépièce,

En tous points de mon entendement.
Il a pris ces draps, vraiment….

-(il hésite) Non par dieu, personne ne peut le joindre

J’ai vu la Mort qui vient le poindre,

Le piquer de son dard,

Ou bien il joue le rôle,

Et si, il les a pris de fait,

Les a emportés sous son bras,

Par sainte-Marie la belle !....

(il hésite encore)

Non, il les a. Je ne sais plus si j’y pense.

Je n’ai pas appris que je donne

Mes draps, ni en dormant, ni en veillant

A personne, si grand soit mon bon vouloir,

Je ne les aurais pas prêtés.

Par le sang bleu, il les a emportés !

Par la Mort, non, il les a ! J’en suis sûr !

Non il les a ! Mais où donc en viens-je ?

Si il les a ! Par le sang de Notre-Dame,

Qu’il s’effondre, de corps et d’âme,

Si je savais ce qu’il faut dire.
Qui a le meilleur ou le pire,

D’eux ou de moi, je n’y vois goutte ! (il part).

 

Pathelin (à Guillemette, d’une voix basse)

Est-il parti ?

 

Guillemette ( à voix basse)

Paix, j’écoute.

Je ne sais s’il s’en va murmurant.

Il s’en va en grommelant si fort.
Qu’il semble qu’il doive devenir fou !

 

Pathelin

Il n’est pas temps de me lever !

Comment est-il arrivé à ce point ?

 

Guillemette

Je ne sais s’il ne reviendra point.

(Pathelin veut se lever)

Nenni, déa, ne bougez pas encore.
Notre jeu serait perdu

S’il vous trouvait debout.

 

Pathelin

Saint-Georges,

Est-il venu à bonne forge !

Lui qui est si mécréant, si méfiant,

Il était ici mieux encore

Qu’un crucifix dans une église !

 

Guillemette

En une sale et vilaine marmitte

Jamais on ne vit tel lard aux pois tomber

Fichtre déable . (elle éclate de rire).

 

Patheliin

Par dieu, sans rire,

S’il revenait, il pourrait encore trop nuire.

J’ai l’impression qu’il reviendra.

 

Guillemette

Par mon serment, il s’en tiendra là,

Qui voudrait ne pas rire, le fasse ; moi je ne peux pas.

 

Le drapier (devant son étal)

Par le saint soleil qui rayonne

J’y retournerai, quoiqu’on en grogne.

Celui-ci est un avocat d’eau douce.

Hé dieu ! Quel racheteur de rente

Que ses parents ou ses parentes

Auraient vendu ! Or, par saint-Pierre

Il a mon drap, le faux trompeur,

Je lui ai donné ici même.

 

Guillemette à Pathelin

Quand je me souviens de la grimace

Qu’il faisait en vous regardant. (elle rit).

Je ris. Il était si ardent

De demander….

 

Pathelin

Or paix, rieuse !

Je renie bieu*, que je ne le fasse,

S’il advenait qu’on vous entende.

J’aimerais autant qu’on se cache.

Il était si rébarbatif !*

 

Le drapier (revenant chez maistre Pathelin)

Et cet avocat

Qui ne sait que trois leçons et trois psaumes,

Il est par dieu très pendable,

Et il a mon drap, ou je renie bieu

Et il m’a joué un jeu.

(il arrive devant sa porte)

Houlà, où êtes-vous fourré ?

 

Guillemette à Pathelin, bas

Par mon serment, il m’a entendue.

Il semble qu’il va devenir fou.

 

Pathelin (parlant bas,à sa femme)

Je ferai semblant de rêver.
Allons-y.

 

Guillemette, au drapier

Comme vous criez !

 

Le drapier

Bon gré en sait dieu, vous riez !

Là ! mon argent !

 

Guillemette

Sainte Marie !

De quoi croyez-vous que je ris !

Il n’y a pas plus dolente.             

Cet homme meurt. Jamais tempête

Ne fit tant de bruit et de frénésie.

Il est encore en rêverie.

Il rêve. Il chante. Il s’embrouille

Tant de langages et il barbouille.

Il ne vivra pas la demi-heure.
Par cette âme, je ris et pleure

En même temps.

 

Le drapier

Je ne sais pas quel rire

Ni quels pleurs ; en bref, je veux vous dire :

Il faut que je sois payé.

 

Guillemette

De quoi ? Etes-vous dévoyé ?

Recommencez-vous cette verve ?

 

Le drapier

Je n’ai pas appris qu’on me serve

De tels propos, en vendant mon drap.

Voulez-vous me faire prendre

Des vécies pour des lanternes ?

 

Pathelin (qui délire)

Voilà. Voilà la reine des guitares,

Et je la vois qui se rapproche !

Je sais bien qu’elle a accouché

De 24 petites guitares.

Enfant, je vais à l’abbaye d’Ivernaux,

Si dissolue, être son compère.

 

Guillemette (à Pathelin)

Hélas, pensez à dieu le père,

Mon amy, non pas aux guitares.

 

Le drapier (à Pathelin)

Hé quel vendeur de balivernes

Serait ce là ! Or tôt ! Que je sois

Payé en or ou en monnaie

De mon drap que vous avez pris.

 

Guillemette au drapier

Hé, déa ! S’il y a méprise

Une fois, cela suffit.

 

Le drapier

Savez-vous ce qui est, belle amie !

Dieu mêle je ne sais quelle méprise….
Mais quoi ? Il convient de pendre ou de rendre….

Quel tort vous fais-je, si je viens

Céans pour demander mon bien !

Qu’en ai bon gré saint-Pierre de Rome….

 

Guillemette

Hélas ! Vous tourmentez tellement cet homme !

Je le vois à votre visage :

Certes vous n’êtes pas un sage.

Par la pécheresse que je suis, lasse !

Si j’avais de l’aide, je vous ferais ligoter.

Vous êtes totalement forcené !

 

Le drapier

Hélas ! J’enrage que je n’aie

Pas mon argent.

 

Guillemette

Ha. Quelle niaiserie ! (elle fait le signe de la croix)

Signez-vous ! Bénédicté !

Faites le signe de la croix !

 

Le drapier (regardant Pathelin)

Or, renierai-je bieu, si je donnais

A tous du drap cette année. Quel malade !

 

Pathelin

Mère de diou, la couronnée,

Par ma foi, je veux m’en aller malgré moi

Si je renie dieu ;

Ventre de dieu, j’ai dit zut !

Celui-là ne donne rien

Pas même un article volé !

Il ne me parle que d’argent

Castuy-ça, rrible et rees ne done,

Ne carrillaine ! Fuy ta none !

Que de l’argent il me sonne ! *

Vous avez entendu, beau cousin ?

 

Guillemette

Il avait un oncle limousin

Qui fut le frère de sa belle tante

C’est ce qui le fait, je m’en vante

Parler en langue du limousin.

 

Le drapier

Déa ! Et sournoisement, il s’en vint,

Prendre mon drap dessous son bras.

 

Pathelin (à Guillemette)

Venez –là, douce demoiselle

Et que veut ce tas de crapauds, cette crapaudaille ?

(Au drapier) Allez-en arrière, merdaille !

(il s’enveloppe de sa couverture)

Ca, tant, je veux devenir prêtre

Or, ça ! Que le déable y puisse être

Dans cette vieille prêtrerie !

(il ricane)

Et faut-il que le prêtre rie

Quand il doit chanter sa messe !

Et fault-il que prestre rie

Quand il deust chanter sa messe. ?

 

Guillemette

Hélas ! Hélas ! L’heure approche

Où il faut son dernier sacrement.

 

Le drapier

Mais comment parle-t-il proprement

Picard ! D’où vient une telle histoire ?

 

Guillemette

Sa mère fut de Picardie.

C’est pour ça qu’il parle cette langue.

 

Pathelin au drapier

D’où viens-tu, joyeux Carême ?

Vuacarme, lief gode man

Etbelic boq iglughe golan ;

Hélas cher brave homme

Je connais heureusement plus d’un livre.

Henri, ah, Henri, ah, viens dormir.

Je vais être bien armé.

Alerte, alerte, trouvez des bâtons !

Course, course, une nonne ligotée.

Des distiques* garnissent ces vers

Mais grand festoiement épanouit le cœur.

Ah. Attendez un instant.

Il vient une tournée de rasades.

Ca, à boire, je vous en prie,

Viens seulement, regarde seulement le don de dieux !

Et qu’on y mette un peu d’eau !

Attendez un instant pour le frimas…….

Faites venir sire Thomas

Bientôt qui me confessera !

Cha ! A dringuer, je vous en prie !

 

Le drapier

Qu’est-cecy ? Il ne cessera

Aujourd’huy, de parler divers langages !

Ah mais, il me donnerait un gage

Ou mon argent, et je m’en irai.

 

Guillemette

Par les angoisses, dieu, je suis lasse.

Voici un homme très varié,

Que voulez-vous ? Je ne sais comme

Vous êtes si fort obstiné.

 

Pathelin

Or, cha ! Renouart, à la massue !

[Bé, déa ! Que ma couille est pelouse

Elle semble une chenille pelouse

Ou une mouche à miel.

Bé, parle-moi Gabriel.]

(il s’agite)

Les plaies, dieu, qu’est-ce qui s’attaque

A mon cul ? Est-ce un cousin

Ou une mouche, un coléoptère ?

J’ai la maladie de saint-Garbart

Suis-je des foireux de Bayeux ?

Jehan du chemin sera joyeux

Mais qu’il sache que je le sais.

Bé, pour saint- Miquiel, je boirais

Volontiers avec lui une fois.

Mais qui’il saiche que je le sée.

Bée, par saint Miquiel je bérée

Volentiers, à lui une fés !l

 

Le drapier (tandis que Pathelin s’agite)

Comment peut-il supporter le fait

De tant parler ! Ha : Il s’affole !

 

Guillemette

Celui qui lui apprit à l’école

Etait normand. Ainsi advient

Qu’à la fin, il s’en souvient.

(Pathelin râle)

Il s’en va !

 

Le drapier

Ha ! Sainte Marie,

Voici la plus grande rêverie

Où je fus de toute ma vie…

Qu’il n’ait pas été aujourd’hui à la foire.

 

Guillemette

Vous le croyez ?

 

Le drapier

Saint-Jacques, voire !

Mais j’aperçois bien le contraire.

 

Pathelin (fait le geste d’écouter, puis il parle au drapier)

Serait-ce un âne que j’entends braire ?

Alast ! Alast ! Cousin à moy !

Ils seront en grand émoi

Le jour où je te verrai.

Il faudra que je te haïsse

Car tu m’as fait grande tricherie

Ton fait : ils sont tout tromperie

Puisses-tu aller aux deables, corps et âme.

 

Guillemette (à Pathelin)

Dieu vous aide !

 

Pathelin

Huis oe bez ou dronc nos badou ?

Puissiez-vous avoir mauvaise nuit, des étourdissements

Ensuite, du feu dans vos maisons.

Je souhaite que vous tous, sans exception,

Oppresseurs, par un effet de peur,

Que vous rendiez  vos entrailles

En faisant des boudins,

Qui donneront dégoût à tous les chiens

Qui sont mourants de faim.

Toi, tu auras aumône et bon visage

Et beaucoup de tendresse et de civilité.

Aluzen archet apysy

Har cals amour, ha coureisy

 

Le drapier (à Guillemette)

Hélas, pour dieu, entendez-y

Il sen va ; comment il gargouille !

Mais que déable est-ce qu’il barbouille ?

Sainte dame, comment il marmotte !

Par le corps dieu, il bredouille

Ses mots, tant qu’on n’y entend rien !

Il ne parle pas chrétien

Ni nul langage qui se comprend.

 

Guillemette

Ce fut la mère de son père

Qui fut originaire de Bretagne.

Il se meurt. Cecy nous enseigne

Qu’il faut ses derniers sacrements.

 

Pathelin au drapier

Hé, par saint-Gigon le Wallon, tu te mens

Dieu te mette en mauvaise semaine

Tu ne vaux pas une vielle natte ;

Va, sanglant mauvais soulier.

Va foutre ! Va, sanglant paillard !

Par la mort, dieu, ça ! Viens-t‘en boire

Et donne-moi cette année du grain de poivre

Car vraiment il le mangera

Et par st-Georges, il boira

Avec toi. Que veux-tu que je te dise ?

Déa, ne viens-tu pas de Picardie ?

Jacques, ils n’en sont en rien ahuris…

Et bona dies sit vobis…… 

Bonjour à vous

Maistre très aimable

Père réverentissime

Comment brûles-tu ?

Quoi de neuf ?

Les Parisiens ne sont pas des œufs !

Que demande ce marchand ?

Il dit que celui-ci est un trompeur.

Celui qui se couche dans un lit

Veut lui donner quelque chose, s’il lui plait

De l’oie à manger

Qu’elle soit bonne à manger,

Sans délai !

Si sit bona ad edendum

Pete sibi sine mora !

 

Guilllemette au drapier

Par mon serment, il se mourra

Tant en parlant ! Comme il lacune

Ne voyez-vous pas comme il écume

Hautement la divinité ?

Elle s’en va son humanité.

Or, je demeurerai pauvre et lasse…

 

Le drapier, à part

Il serait bon que je m’en aille

Avant qu’il ne passe le pas.

(A guillemette) Je doute qu’il ne voudrait pas

Vous dire, à son trépas

Devant moi, si privément

Aucun secret, par aventure,

Pardonnez-moi, car je vous jure

Que je croyais par cette âme,

Qu’il avait mon drap. Adieu, dame.

Pour dieu, qu’il me soit pardonné !

 

Guillemette (le conduisant à la porte)

Le jour benoist vous soit donné

Ainsi qu’à la pauvre dolente qui vous parle.

 

Le drapier (à part, à l’extérieur)

Par sainte-Marie la noble

Je me tiens plus ahuri

Que jamais. Le déable

A pris mon drap pour me tenter.

Bénédicte ! Qu’il puisse ne jamais

Tenter ma personne !

Et puis, qu’ainsi, va, je le donne

Pour dieu, à quiconque l’a pris.

(il s’en va)

 

Guillemette

En avant ! Vous ai-je bien enseigné ?...

Or, il s’en va, le beau niais.

Dieux qu’il a dessous son crâne

De minuscules conclusions !

Mais il lui viendra des visions

De nuit, quand il sera couché.

Comment il a été mouché !

N’ai-je pas bien fait mon devoir ?

 

Pathelin

Par le corps de dieu, ah,dites voir,

Vous y avez très bien œuvré.

Au moins nous avons obtenu

Assez de drap pour faire des robes.

 

 

 

 

(Remarques sur cette partie Premier astérisque : passage osé, mis entre parenthèse par moi. Deuxième astérisque : le mot « bieu » signifiait « dieu ». Troisième : « rébarbatif », le mot est dans le texte d’origine. Quatrième :Distique : en français, groupe de deux vers, formant un ensemble. Le mot est vraiment dans le texte d’origine. Autre astérisque : "la plante", signifiait "la plante des pieds. J'ai rajouté l'expression entière pour la compréhension, comme pour d'autres mots (tromper, flageioller...etc...) Cinquième ou autre astérisque : Les passages en langues régionales ne sont pas traduits dans le texte d’origine, mais une traduction en note de bas de passage est présentée ; j’ai inséré la traduction, pour qu’on sache ce qu’il dit, et laissé quelques phrases originelles, pour qu’on comprenne pourquoi le drapier entend parler ces langues …)

 

 

 

 

 A suivre....