30.03.2008
Légendes, un extrait "Rivage"
Dans les douceurs du soir où se lave la Pensée, en contemplation de soi, en contemplation de l’autre, leurs esprits vont dans la paix... Dans les collines environnantes, entre les cyprès bleus et les rochers découpés par le vent et la mer, ils se promènent, ils marchent… D’intense, dans la journée, l’ardeur solaire estivale devient un miel qui dévoile une autre profondeur : l’intérieur de la chair… Et la nuit se mêle au jour… Le doux se mêle au chaud… L’ocre doré se mêle au blanc, et aux prouesses, toujours renouvelées, du transparent : l’air plein d’ailes, les vagues pleines d’horizon, l’horizon plein d’infinis…
Dans les collines exigeantes où le corps s’assouplit et se renforce, ils entendent les rumeurs montées du rivage... Entraînés vers le haut d’eux-mêmes, comme ils gravissent la pente avec ardeur, ils exultent, ils soufflent et s’embrassent. Dans les tournants des roches, leur joie est grande et simple, toujours plus belle qu’en rêve.
Animaux très jolis, invitations bavardes, salutations enjouées, et toute l’ardeur du Bleu : comme l’air, l’eau et les ressources, tandis que la fraîcheur monte de la mer dans une lumière qui parait presque surnaturelle, immense, caressant le flot pour remonter sans mesure dans les yeux de l’humain qui perd, un instant, les frontières entre lui et le monde… Fusions, méditations, bateau traversant comme un papillon blanc…
Ainsi, les jeunes amants se promènent, en se touchant les mains. Ils voient le paysage… Ils disent que, s’il est bon de posséder parfois, l’essentiel est toujours de savoir apprécier, célébrer : ainsi, de chacun de leurs regards, comme de chacun de leurs baisers, ils aiment tirer le meilleur. Alors, toujours, le nectar devient l’ambroisie, la nourriture des dieux, et le rêve les recouvre comme l’air doux recouvre leurs corps nus : nus, dans la vague, l’après-midi ; nus sous leurs vêtements légers le soir, nus sur le lit, dans la maison, et partout où se tient la nature de leur humanité… Ainsi, ils s’aventurent en douceur. Ils libèrent en eux cette humanité de n’appartenir qu’à une seule forme d’existence : car, oui, ce soir, ils sont ce ciel vaste, cette mer, ces rochers, ce chemin dans les collines… Ils sont ce rivage qui s’amplifie, ce bateau qui accoste et ce corps plein d’impulsions qui touche terre dans la vague sablonneuse…
- J’arrive...
- Je suis là…
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25.03.2008
L'enfance de Zeus
Mettant temporairement de côté toutes les questions que posent ce monde, sombrons sans dommage quelques instants dans de la pure fiction. Il s'agit cette fois d'un conte qui pourrait être un conte pour les enfants : un tableau de l'enfance de Zeus, texte initialement écrit pour un concours de nouvelles organisé par "les contes du jour et de la nuit", émission de France Musique, dont le thème était "écrire un conte".
Il s'agit d'un court tableau de l'enfance de Zeus, qui, pour éviter la tendance de son propre père, Chronos, à manger ses enfants, fut judicieusement placé en Crète par sa mère Rhéa, qui tenait à lui. Placé chez la nymphe-chèvre Amalthée, il grandit, élevé de lait et de miel, sur la terre crétoise. Plus tard, pour remercier Amalthée, Zeus placera au ciel la constellation du Capricorne. (source Robert Graves, les mythes grecs).
J'a réalisé une libre adaptation de l'idée d'une enfance de Zeus, ayant pour ma part beaucoup fréquenté une île grecque durant mon adolescence. Ainsi j'imaginais l'enfance de Zeus en Crète.
A travers ce petit conte pour enfants et grands enfants, je délivre également un petit message philosophique, que tout le monde connait, mais qu'il est bon de méditer.
Bon voyage...
L’ENFANCE DE ZEUS,
par Claire Delhomme
Ecrit pour les Contes du Jour et de la Nuit
Emission de France Musique, Radio France
1 OUVERTURE
Zeus et Koriphos se relèvent tous deux en bondissant.
- Allons-y ! proclame Zeus.
Koriphos jette un regard sur la nymphe-chèvre Amalthée, qui vient de les nourrir de son lait... Zeus et Koriphos vivent maintenant avec la chèvre. C’est Rhéa, la mère de Zeus, qui l’a placé là, en Crète, aux bons soins d’Amalthée la chèvre.
- Allez-y les petits, dit Amalthée, cela me parait être une bonne idée que tu as eu là, Zeus mignon. Le dieu de l’arc-en ciel aura forcément des sentences, des paroles sages à vous dire. Il vous renseignera bien… Allez-donc le voir.
- Tu vois, dit Zeus à Koriphos, Amalthée, notre mère nourricière, nous fait confiance.
A ces mots, il prend la main de Koriphos et il commence à l’entraîner vers l’orée de la grotte.
- Les enfants ! leur lance Amalthée : prenez garde toutefois à ne pas vous perdre dans les chemins rocailleux. Faites attention ; ce n’est pas un jeu.
- Nous y prendrons garde, lui répond le petit Zeus.
- Regardez, leur dit-elle, regardez comment font les petits animaux qui s’écartent des chemins déjà connus : ils regardent toujours en arrière, de temps à autre, pour voir d’où ils viennent, pour se rappeler le chemin.
Les deux enfants se tiennent dans l’entrée de la grotte, en contre-jour. Derrière eux, dans l’immensité bleue qui les attend, on voit les vagues du rivage scintiller dans le jour de soleil.
– Nous ferons ainsi, lance Koriphos, d’accord !
- D’accord, répètent-ils en chœur, puis ils démarrent en courrant. A la sortie de la grotte, ils courent ; puis dans le paysage vallonné, dans le grand rayon de soleil, ils courent encore, jusqu’au verger brillant du Vieil Homme Sage.
2 LA VISITE
Les deux enfants, trop agités par l’idée de connaître le secret de l’arc-en ciel, avaient couru à vive allure jusqu’à la maison blanche du vieil homme sage. Celui-ci possède un verger rempli d’arbres magnifiques, auquel il donne un nom, arbre par arbre, Il entretient aussi, sur un petit lac, des cygnes et des canards qui voguent sur l’eau au gré du vent. Connu pour sa sagesse, sans doute va-t-il pouvoir donner aux enfants des informations utiles, avant leur visite au dieu de l’arc-en ciel, au sommet de la colline.
C’est Zeus, le plus entreprenant, qui frappe à sa porte et lui sourit à son arrivée :
– Bonjour vieil homme sage, lui dit l’enfant. Koriphos et moi nous allons voir l’arc-en ciel pour lui demander son secret… Avez-vous un bon conseil à nous donner ?
Le vieil homme sage hausse les épaules :
– Je ne suis pas qualifié, leur dit-il, pour ce genre de sagesse.
- Pour quel genre de sagesse es-tu qualifié, lui demande Zeus.
A ces mots, le vieil homme se met à rire :
– Hé bien, je peux vous offrir un gâteau aux figues et à la menthe, et de l’eau fraîche, si vous le souhaitez.
A leur tour, les deux garçons haussent les épaules :
– Merci, disent-ils, mais nous avons déjà déjeuné.
- Alors je suis qualifié aussi pour les courses de chevaux. Je peux vous dire quels sont les bons et les mauvais chevaux.
Les deux garçons secouent leur tête négativement :
– Non, nous venons nous renseigner sur l’arc-en ciel.
- L’arc- en ciel brille lorsque l’humidité de l’eau croise le rayon du soleil, dit Koriphos.
– Hé bien, lui dit le vieil homme, je vois que tu es déjà sage, toi qui sais tant de choses. Allez-y, et puis venez me raconter ce que l’arc-en ciel vous aura dit.
Tout joyeux, les deux garçons reprennent leur route.
3 SUR LE CHEMIN
- Tu vois, dit Koriphos à Zeus, le vieil homme sage n’est pas sage dans tous les domaines.
- Il faudrait faire une liste des domaines de sagesse, lui répond Zeus, en souriant, tandis qu’ils marchent sur le chemin escarpé. Par instants, le sommet de la colline est bien visible. La terre, sèche et chaude, de l’été, laisse pousser des oliviers brillants, dont les feuilles paraissent argentées, et des figuiers aux feuilles bien dessinées.
Mais, tandis qu’ils avancent sur le chemin, en bavardant, ils n’ont pas remarqué un loup discret qui les suit, masqué par les broussailles.
- Moi, dit le jeune Zeus, je trouve qu’un homme sage devrait être sage dans tous les domaines. En effet, s’il n’est pas sage dans un domaine, peut-être est-ce contradictoire avec sa sagesse dans les autres domaines, et peut-être n’est-il sage en aucun domaine ?...
- Je ne sais pas, dit Koriphos, car on ne nous a jamais dit vraiment ce qu’est la sagesse…
Les deux garçons, tout en grimpant sur le chemin clair, se mettent à réfléchir chacun de leur côté.
- Peut-être, dit Zeus, peut-être l’arc-en ciel pourra nous répondre sur ce point.
C’est alors que le loup court vers eux, gueule ouverte sur des dents bien limées, corps tendu dans la précision de l’attaque. Aussi rapides que des moineaux, les deux garçons grimpent et se trouvent, en deux temps trois mouvements chacun au sommet d’un olivier, où le loup ne peut les atteindre.
- Zeus, appelle Koriphos, qui ne le voit pas au travers des feuillages, es-tu sauvé ?
- Je suis sauvé autant que toi, se met à rire Zeus… Attendons que le loup se lasse, et puis j’ai avec moi le couteau qu’Amalthée m’a donné.
4 VISITE A L'ARC-EN CIEL
Le soir tombe, la nuit passe, le jour se lève... Le lendemain, une louve passe dans ce coin de nature. Le loup, plus intéressé par sa partenaire que par les deux petits enfants qui balancent maintenant depuis de longues heures au sommet des arbres, s’éclipse pour suivre sa belle. Rapidement, les deux enfants, épuisés et morts de soif, redescendent des arbres et n’ont de cesse de courir pour arriver enfin, en haut de la colline, dans le domaine de l’arc-en ciel. Là, entrant dans le parc fermé de hautes barrières de bois, ils peuvent enfin s’arrêter pour reprendre leur souffle et boire à une fontaine.
- L’amour du loup pour la louve est une sagesse du loup, dit Koriphos à Zeus, et ils se mettent à rire.
C’est alors que l’arc-en ciel, ornant toute la vaste plaine, se lève, et étend ses longues lignes colorées tout au travers du ciel. Stupéfaits et ravis, les deux garçons, qui se reposaient dans l’herbe, se relèvent aussitôt.
- Arc-en ciel enchanté, appellent-ils. Arc-en ciel, réponds-nous… Quelle est ta sagesse ?...
Mais l’arc-en ciel, qui s’étend de toute sa splendeur coloré dans l’espace du ciel immense, l’arc-en ciel se tait et ne dit rien. Il est simplement couleur, humeur du ciel, illustration des secrets de la lumière. Il est simplement une expression magnifique des couleurs du monde, dans le ciel sans limites. Il est simplement un jeu de la physique, lorsque l’eau en fines gouttes rencontre la lumière du soleil. Il est simplement cela. Il est tout cela.
5 RIVAGE
Redescendus sur le rivage, les deux garçons vont maintenant se baigner dans la mer… Le soleil radieux, le ciel sans nuage et les vagues profondes et douces semblent répondre à toutes leurs questions. S’asseyant sur la plage, la jeune Pasiphaé, une jeune bergère des environs, vient les attendre pour parler avec eux.
- Pasiphaé, lui dit Zeus en marchant sur le sable : nous sommes allés voir l’arc-en ciel et il ne nous a rien dit.
- Il est resté silencieux, ajoute Koriphos, en se séchant. Tu te rends compte ? Nous sommes allés jusque là-haut pour cette rencontre, et il n’a rien dit…
Pasiphaé se met à rire :
- C’est normal, mes petits lions, leur dit-elle.
- Pourquoi ? demandent-ils en chœur.
Ils sont maintenant tous trois assis sur le sable doux.
- Parce que l’arc-en ciel est simplement un phénomène de la nature. Il n’est pas humain, il n’est pas un dieu, il ne parle pas : il resplendit, voilà. C’est une poésie naturelle
- D’accord, dit Zeus. Nous pensions que c’était un dieu.
- C’est certainement un dieu, à sa manière, dit Pasiphaé : un dieu léger, même s’il n’a ni parole, ni mot, ni chant… C’est quelque chose de magnifique et de sacré, comme la nature toute entière.
- Même les loups ? demanda Koriphos. Dirais-tu que les loups également appartiennent à la nature magnifique ?
- Les loups aussi, dit Pasiphaé, mais il vaut mieux rester loin d’eux.
- Alors, soupira Zeus, l’arc-en ciel n’avait pas de message de sagesse pour nous.
- Mais si, leur dit Pasiphaé : il avait le message de la diversité.
- La diversité ?
- Oui, la diversité, tu ne connais pas la comptine ?
- Vas-y.
Alors Pasiphaé commence à chanter la comptine de l’arc-en ciel, qui évoque la diversité de la nature, la diversité des couleurs, la diversité des paysages, et la diversité des cultures et des personnes…
- D’accord ! s’écrit Zeus.
- L’arc-en ciel représente la variété, le grand nombre de catégories, d’êtres, de choses, de choix, de personnes, de styles… Tu comprends maintenant ? lui demande encore Pasiphaé.
- Oui, comme la variété des couleurs…
- Oui, la variété des couleurs est la sagesse de l’arc-en ciel. Elle nous enseigne que la variété est une bonne chose …
C’est alors que les deux garçons, soudainement enthousiastes, se lèvent pour rentrer voir Amalthée, la nymphe chèvre qui les attend :
- Amalthée ! Amalthée !... crient-ils, en rentrant dans la grotte. Nous avons appris la sagesse de l’arc-en ciel !...
Un peu plus tard, lorsque Zeus sera devenu un adulte, il mettra Amalthée la chèvre dans le ciel, pour la remercier de sa protection : pour cela, il a créé la constellation du Capricorne.
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21.03.2008
Ne faites pas ça...
En fait, je suis championne pour créer de nouvelles catégories.
Le texte ci-dessous est un billet posté ce soir sur le blog d'un ami internet congolais-américain. Ce que nous avons fait de mieux, lui et moi, dans nos échanges, c'est de remplacer "Tintin au congo" par Baruti, dessinateur congolais de bd.
Ce billet est un billet du jour que j'aurais pu rédiger, tout en ne le rédigeant pas. Honneur à l'impulsivité. 21 mars 2008. Photo.
Si je devais rédiger un article sur ces deux derniers jours, ce que je ne ferai pas, je dirais que
- yacine est revenu me voir. Aujourd'hui, il me pique une colère par internet comme quoi les noirs sont favorisés et les arabes (il est berbère) n'ont rien pour eux. Pfeu ! Enfin, Yacine est chercheur à l'inserm. Le problème, c'est qu'il passe toujours me voir pour du sexe, alors que j'aimerais mieux discuter culture avec lui -ce qu'on fait quand même un peu-. Heureusement, je vais voir demain ma doctoresse vietnamienne, qui m'a déjà accompagnée intellectuellement sur mon voyage à Haiti où ma mission était de consolider la sécurité. Ouah, je vous dis pas, une blanche seule à Haiti, ça déchire... Et puis hier soir, première séance chez les altermondialistes d'attac, super intéressant, un topo sur la laïcité, que nous les français sommes les seuls à avoir. Conférencier super, je lui ai écrit aujourd'hui. Je pense aussi à mon ami Moussa au Sénégal; la démocratie est en pleine consolidation, mais les prix augmentent... aie aie aie, où va la planète... J'm'inquiète pour elle... Certains disent déjà qu'il y aura d'ici quelques années des millions de réfugiés climatiques en provenance des pays chauds devenus inhabitables, et on raconte durant ce temps que les amerloques (comme on dit ici) prient contre le réchauffement climatique les pauvres, mais n'adoptent pas les normes anti-pollution... Dans le journal Le Monde, topo sur les nouvelles maladies infectieuses qui arriveront aux EU dans un tel cas (insectes et compagnie). Je travaille encore sur le sujet d'Israël au salon du livre à Paris, une honte quand on pense à nos amis palestiniens sous les bombes, et la censure dans un de mes journaux préférés -tout est relatif-. Je cible mes soutiens à la presse, car je me sais dotée d'une bonne légitimité, écris à Océane, métisse grecque-madagascarienne super sympa, et me prépare à recevoir demain un journaliste colombien qui m'a expliqué hier soir que Coca cola commet de très mauvaises actions en Amérique du Sud et se prépare à publier un livre sur la mafia.
Où va le monde... Bossez bien, les uns et les autres car il y a du travail. J'vous jure, je ne peux pas tout faire toute seule.
nb : bon, je n'ai pas tout mentionné, mais ce serait trop long... Yacine me dit qu'il faut que j'ajoute un truc à mon blog pour me faire plus de publicité, si vous avez des idées, n'hésitez pas... Les meilleurs savent m'apprécier, c'est sûr (pub!).
nb2 : je travaille encore sur mon livre concernant une philosophie sans religion. J'ai le système, depuis plusieurs années. Ce premier livre servira à poser les bases de cette philosophie, dans un contexte romanesque (texte légendes). Je pense être prête lundi prochain. C'est le printemps, non ?... oui...
nb 3 : Vous avez vu Prosper Mérimée, comme il était bien... Merci Prosper...
nb 4 : Je précise cela : Le roi Midas avait demandé que tout ce qu'il touche soit transformé en or. Mais il s'aperçut alors qu'il ne pouvait plus manger ni boire. C'est pourquoi on dit que le roi Midas a des oreilles d'âne... Parabole extremement intéressante pour notre civilisation. C'est même la plus utile actuellement. Merci les grecs, et salutations à Mr Vassilis Alexakis pour son livre "Ap JC", couronné par le prix de l'académie française.
nb 5 : Pour Yacine, le beau berbère, j'ajoute une photo de rebeux adorables sur l'album Paris Plage Poésie....
nb 6 : Concernant le Salon du Livre et ses polémiques, j'ajoute qu'il semble que certains écrivains juifs ont demandé aux intellectuels européens de secouer un peu le sujet, de protester contre ce Salon, pour réveiller la culture israélienne à la nécessité urgente d'une meilleure réflexion (quand il y a guerre, c'est urgent...)... Il a semblé aussi, dans une émission de tv (ce soir ou jamais, france 3), que l'Etat israélien a, pour commencer, un débat à organiser en interne sur la manière de classifier ses citoyens en catégories sur les cartes d'identité...
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17.03.2008
La Vénus d'Ille et autres nouvelles" de Prosper Mérimée
FICHE DE LECTURE - Lorsque "LA VENUS D'ILLE ET AUTRES NOUVELLES" De Prosper Mérimée rencontre l'UNESCO- Ou la fabuleuse histoire de la diversité culturelle...
Voici une petite fable, qui est en fait un petit récit, qui est en fait une petite réflexion, qui est en fait un long article... Ce texte parle de culture. Il parle d'un auteur français charmant, tellement charmant que le monde entier ou presque le connaît, sans le savoir nommément... Aussi, suivons le, puisqu'il parait si bon... Réjouissons-nous qu'il ait gravé quelques marbres pour rendre plus belle la joie de nos moissons... Lisons, et développons...
Développons, imaginons, projetons, réfléchissons : comment son combat serait-il aujourd'hui mené ?... Il s'agit de Prosper Mérimée !.... (applaudissements)...
*
Un jour ou l’autre, il nous est tous arrivé d’être songeurs, au moment de passer aux caisses enregistreuses d’un magasin culturel. Or, voici donc l’histoire qui se produit à ce moment : un simple moment de songerie aux abords d’une caisse enregistreuse devient un moment philosophique et politique.
Ou comment le livre apparut
En effet, les services du magasin en question ont prévu l’éventualité de cet instant d’abandon à proximité des caisses, bien connu des services de marketing du monde entier. Ce moment d’abandon, peu occupé par une activité fonctionnelle facilement repérable, fait de la personne humaine une proie facile à d’autres achats superfétatoires et modestes, que l’inactivité spécifique, la songerie ou l’ennui vont stimuler.
En l’occurrence, voici de petits exemplaires de livres, à coût modeste (2€), dotés d’un certain nombre de pages et présentant des couvertures colorées. Le regard ainsi rallumé par l’éventualité d’une rencontre intellectuelle fructueuse, commande de lever la main, et, conformément aux instructions subliminales du susdit service marketing, de se saisir d’un des objets ostentatoires, présents sur le présentoir, et de le feuilleter, afin d’en découvrir l’intérêt.
L’objet considéré, dans la collection « Librio, texte intégral, Imaginaire », s’appelle « La Vénus d’Ille et autres nouvelles » de Prosper Mérimée. Il est constitué, après feuilletage, de diverses nouvelles aux titres assez variés, telles que « La Vénus d’Ille », « La perle de Tolède », ou encore « Federigo ».
Quelques mots sur Prospère Merimée
Il s’agit, après lecture, de courtes nouvelles de Prosper Mérimée donc, particulièrement agréables à lire.
Mérimée, l’auteur de « Carmen », qui fut mis en musique par Georges Bizet, dans le célèbre opéra du même nom, en 1875... Au vingtième siècle, de nombreux réalisateurs de cinéma s’intéressèrent aussi à l’histoire : Cécile B.DeMile, Lubitsch, Christian Jacq, Preminger, Peter Brook, Godard, et même le hip hop…
Prosper Mérimée (1803-1870), fut Inspecteur des Monuments Historiques... Descendant d’une famille liée à la royauté, il publie, en 1825, le Théâtre de Clara Gazul, son premier livre.
Ses nouvelles les plus célèbres sont : La Vénus d'Ille (1837), Colomba (1840) ; Carmen (1845). Il a également mené des recherches historiques : deux volumes d'Études sur l'histoire romaine, Essai sur la guerre sociale, (1841) ; Conjuration de Catilina, (1844), et une monumentale monographie, Don Pèdre Ier, roi de Castille (1848).
Dans une de ses correspondances, décrite par le site « Prosper Merimée.culture.fr », on semble comprendre qu’il est moral » : « Spirituel, détaché, de très bonne compagnie, il est recherché. » nous dit le site : « Il prend ses marques dans les milieux ouverts aux idées libérales ou acquis aux tendances artistiques nouvelles. S'il reste discret dans la manifestation de ses préférences politiques, il refuse néanmoins toute "compromission" avec le pouvoir sous la Restauration, allant jusqu'à décliner un poste diplomatique à Londres en 1829 : "accepter des fonctions quelques peu importantes qu'elles soient, sous l'Administration actuelle, serait n'être pas d'accord avec moi-même."
(Lettre à Madame Récamier, 25 octobre 1829). » »
Il fréquente les Salons intellectuels parisiens. Entre autres, il connaît le scientifique Cuvier, le peintre Delacroix, les écrivains, Stendhal, Musset et George Sand (qui l’éconduisit), ainsi que de nombreux autres artistes et intellectuels de son temps. Il a également une confidente et collaboratrice, Mme de Montijo, et une maîtresse : Valentine Delessert.
Dans son effervescence créatrice, Mérimée est introduit très tôt dans le milieu politique auquel il consacre une bonne partie de sa vie, notamment sur la question de la préservation des monuments historiques en France.
« Dans ses rapports, Mérimée décrit l'état, souvent alarmant, des édifices, dénonce les affectations nuisibles et le vandalisme de certaines restaurations. Il se bat sur le terrain pour sauvegarder les édifices, rencontre les préfets, les érudits locaux, les propriétaires et affectataires des monuments menacés et demande toujours plus de moyens pour "ses chers monuments". «Cet infatigable voyageur met progressivement en place une administration et participe à la création, en 1837, de la Commission des Monuments historiques. » raconte ce site qui lui est consacré (adresse en bas de l’article).
Ce site raconte aussi : « En 1846, l'écrivain se tait pour vingt ans ; il expliquera ce silence par l'éloignement de Valentine Delessert, sa maîtresse depuis 1836 : "Ce qui m'a empêché de travailler est un motif un peu bête. Lorsque j'écrivais, c'était pour l'amour d'une belle dame. Lorsqu'elle ne s'est plus amusée de moi, je n'ai plus rien fait." (Lettre à Tourgueniev, 27 janvier 1855).
Sa biographie ne lasse pas d’être attirante ou étonnante sur d’autres plans. Ainsi, entre-t-il à l’Académie Française, par un discours d’entrée dans lequel il ironise sur son prédécesseur, qu’il appréciait peu… Véritable européen, il voyage en Espagne, Rhénanie, Hollande, Bavière, Suisse, Italie et Grèce, ainsi qu’en Asie Mineure ; le fils du physicien Ampère, un des découvreurs de l’électricité, est son ami régulier.
Il écrit : "J'ai passé trois semaines à Athènes, en extase devant les plus beaux monuments que l'esprit puisse concevoir ; on ne peut expliquer en quoi le Parthénon est si supérieur à toutes ses copies. Il a un je ne sais quoi qu'il faut voir." (Lettre du 31 mars 1842.)
La Vénus d’Ille et autres nouvelles
sujets variés & mythes européens
Les nouvelles de « La Vénus d’Ille et autres nouvelles », présentent des sujets variés. On s’y promène en France, dans une France profonde, porteuse d’histoire et d’histoires, dans l’Italie romantique, en Espagne ou en Suède : un vrai chant européen... Chaque nouvelle possède son style et son intensité. Le suspens y est excellent, et le ton, qui oscille entre humour, ironie, tendresse et lyrisme, nous balade joliment dans des univers que nous connaissons déjà sans le savoir, des intimes de nous-mêmes : livres d’enfance, costumes, contes classiques, livres d’histoires, gravures et peintures, papillonnement des idées entre les arbres bien verts, références communes, territoire familier… A chaque fois, on se laisse prendre au jeu.
Romantisme éclairé de « la Vénus d’Ille » ; troublante histoire florentine de « Il Viccolo di Madame Lucrezia » ; étrange histoire et immenses palais de « Charles XI » ; stupéfiante histoire de « la perle de Tolède »…nous promènent dans une belle bulle culturelle européenne...
Quand à la nouvelle appelée « Féderigo », elle vaut son pesant de mots… En voici, pour que le lecteur mesure de lui-même l’ambiance, en voici les premières lignes :
« Il y avait une fois un jeune seigneur nommé Federigo, beau, bien fait, courtois et débonnaire, mais de mœurs fort dissolues, car il aimait avec excès le jeu, le vin et les femmes, surtout le jeu ; n’aillait jamais à confesse, et ne hantait les églises que pour y chercher des occasions de péché. Or, il advint que Federigo, après avoir ruiné au jeu douze fils de famille (qui se firent suite malandrins et périrent sans confession dans un combat acharné avec les condottieri du roi) perdit lui-même, en moins de rien, tout ce qu’il avait gagné, et, de plus, tout son patrimoine, sauf un petit manoir, où il alla cacher sa misère derrière les collines de Cava. Trois ans s’étaient écoulés depuis qu’il vivait dans la solitude, chassant le jour et faisant le soir sa partie d’hombre avec le métayer. Un jour qu’il venait de rentrer au logis après une chasse, la plus heureuse qu’il eût encore faite, Jésus-Christ, suivi des saints apôtres, vint frapper à sa porte et lui demanda l’hospitalité.».…
Je laisse au lecteur découvrir la suite en lisant l’ouvrage, s’il le souhaite, et constate que, pour cette fois, les services marketings du magasin culturel ont fait un bon travail en proposant cette lecture au lecteur pensif et curieux de comprendre.
Mise en perspective politique :
l’UNESCO et la diversité culturelle
L’UNESCO a mis en exergue la notion de « patrimoine immatériel » : c’est dans cette notion de « patrimoine » que nous rejoignons pleinement l’esprit de Prosper Mérimée, qui se consacra en grande partie à la préservation d’un patrimoine.
Promouvoir sa culture et la diversité culturelle constitue aujourd’hui un sujet de débat, dont voici un peu le contexte général.
Dans le monde d’aujourd’hui, c’est l’UNESCO qui, au niveau international, mène officiellement la mission de promouvoir la diversité culturelle… Fondée en 1945, l’Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture, est une institution spécialisée au sein du Système des Nations Unies, ONU.
En 2007, l’UNESCO comprend 193 Etats-Membres et 6 Etats associés.
Histoire, biosphère, paix
Son action est connue pour ses classements au patrimoine mondial de l’humanité (contestés par certains). L’UNESCO crée également un « réseau de réserves de biosphère » sur la planète (« programme MaB : Man And Biosphere »). Elle abrite aussi la Commission océanographique intergouvernementale, organe de coordination scientifique. Et anime actuellement une « Décennie (2001-2010) internationale de la promotion d'une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde ».
Première convention de 2001
La diversité culturelle, patrimoine mondial de l’humanité.
L’histoire de la convention pour la diversité culturelle vaut bien des analyses politiques et économiques, en ce qu’elle nous rappelle quelques traits saillants de la vie culturelle mondiale.
C’est en 2001, après les attentats de septembre, qu’une première convention est adoptée : « la convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles ». Cette convention élevait la diversité culturelle au rang de « patrimoine commun de l’humanité ».
Pour mémoire, le débat sur la « diversité culturelle » a fait suite à celui sur l’ « exception culturelle ». Par « exception », il était entendu l’idée de soustraire les biens culturels au groupe des produits en général, et leur donner une place d’ « exception ». En passant au concept « diversité culturelle », les débatteurs de l’UNESCO ont généralisé en quelque sorte leur idée, en créant une nouvelle échelle de valeur : la diversité.
La convention reconnaît : la « nature spécifique des activités, biens et services culturels », affirme le « droit souverain des Etats » à mener des politiques en la matière, et l’utilité d’une « solidarité internationale en matière culturelle ». Elle affirme s’inspirer des « droits de l’homme » et du droit d’expression des cultures et considère également le double caractère « économique » et culturel de la notion de développement. Elle affirme que le « droit souverain des Etats » à intervenir dans ce domaine n’est pas absolu et souligne le rôle de la « société civile ». Elle affirme également l’ « obligation des Etats » à créer un « environnement favorable » à l’expression culturelle. Elle crée un mécanisme de suivi de cette réalité, par l’institution d’une Conférence et d’un Comité Intergouvernemental, chargé de la promotion et mise en œuvre de la Convention.
(source : site de France Diplomatie, Ministère des affaires étrangères et européennes).
Dans cette première Déclaration de 2001, « Le paradigme éthique de la « diversité en dialogue » prend notamment le contre-pied de la thèse bien connue de Samuel Huntington sur l’inéluctabilité du « choc des cultures et des civilisations ».
(source : Armand Mattelart, in Le Monde Diplomatique d’Octobre 2005.)
Convention sur la diversité 2005,
après la bataille à l’Unesco : diversité culturelle versus libre échange
L’adoption d’une seconde convention rencontra certaines oppositions. En effet, un groupe de pays, les Etats-Unis, l’Australie et le Japon, s’y montra tout à fait opposé, les Etats-Unis étant le principal accusé.
« Dans les négociations mondiales, la diplomatie des Etats-Unis s’était déjà montrée, raconte A. Mattelart dans le Monde Diplomatique « farouchement opposée au principe de protection de l’« exception culturelle », et cela, en grande partie, en raison du domaine audiovisuel.
Aussi, lorsqu’il s’agit d’adopter la Convention de 2005, les Etats-Unis y furent très hostiles. Arguant de la lutte contre le protectionnisme, ils voulurent valoriser la seule règle du « libre échange ».
Opposés à eux, prônant la possibilité de lois protégeant la diversité culturelle, valorisant la nécessité de l’absence d’hégémonie, le Canada et la France – accompagnée de la francophonie-, et l’Union Européenne, montèrent en première ligne. La bataille d’idées fut intense, et on put en entendre quelques échos dans les médias.
Finalement, la « Convention sur la diversité culturelle » fut adoptée le 20 octobre 2005, lors de la session plénière de la 33ème conférence générale de l’UNESCO, à Paris.
La diversité culturelle en action
La diversité culturelle est un des enjeux du monde d’aujourd’hui. Protections architecturales, diversité des œuvres audiovisuelles, écologie des populations et traditions, édition et respect des livres et des œuvres de l’esprit, revenus des artistes, systèmes de prix des produits culturels, infrastructures culturelles dans les pays en développement… Les sujets d’étude, d’action et de progrès ne manquent pas.
La protection ou la valorisation d’un patrimoine se combine avec l’esprit de la nouveauté. Et, dans ce contexte, lire les nouvelles de la Vénus d’Ille de Prosper Mérimée, c’est déjà entrer dans le sujet par la qualité.
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Site sur Prosper Mérimée
http://www.merimee.culture.fr/
Site France Diplomatie
Actions de la France dans le monde / Diversité culturelle
http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/actions-france_830/diver...
actualité politique : liberté pour le Tibet et sa culture
Concernant l'actualité de la diversité culturelle, une pensée de bonne chance pour nos amis tibétains. Le film de Jean-Jacques ANNAUD "7 ans au Tibet" permet de se plonger dans l'ambiance de cette terre colorée et neigeuse, extravagante et douce. Film à télécharger sur les sites de location vidéo, pour respecter le droit d'auteur et favoriser la création. "7 ans au Tibet" est un film passionnant et très novateur, où Brad Pit est étonnant, ainsi que ses partenaires moins connus, de même que l'enfant qui représente le Dalaï Lama. Ce film est un voyage qu'on n'oublie pas : proche du sommet du monde, et héritière d'une importante tradition.
actualité des musées : expo Babylone au Louvre
Signalons aussi la tenue d'une exposition qui semble fort belle, sur Babylone, au Louvre, hall Napoléon, tel 01 40 20 53 17. Tous les jours -sauf le mardi-, de 9 h à 18 h, nocturne les mercredis et vendredis jusqu'à 22 h. Du 14 mars au 2 juin 2008. On y parle de Nabuchodonosor, de la légende et de la réalité de Babylone, et de jardins suspendus. Beaucoup de belles choses à voir.
20:35 Publié dans Fiches de lecture - Les CLASSIQUES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.03.2008
Avoir des ailes- en exclusivité
AVOIR DES AILES
Penser, oui, mais comment... Dans quel ordre ?... Quel désordre ?... Quelles images ?... La nature est sur Terre, et la Terre n'est posée sur rien. Que savons-nous du genre oiseau ? Que savons-nous du genre humain ?... Ah, si tout cela doit paraitre comme une réalité avérée, commençons alors par organiser ce qui se peut, intellectuellement... Point d'abstraction complexe : de la vie, de la vague, du rêve, et de la prospective, oui... Oui, de la prospective, c'est à dire : une manière d'avancer.
Penser, oui, mais dans quel ordre...
*
Le Soleil se lève ; la lumière parait. La petite lune s’abandonne, paisible, encore toute enveloppée du rayon solaire, toute chaude, et ainsi, elle s’alanguit ; elle passe de l’autre côté de la planète, en douceur… Le char d’or du Soleil lance ses flammes vers la Terre comme deux grands bras tendus ; le jaune de la lumière rejoignant le bleu de l’eau, le vert se crée, les arbres poussent, les fruits poussent, les fruits gonflent, les rivières circulent et les oiseaux volent et chantent, tout parfumés de gouttes. Les oiseaux volent en chantant et ils chantent en volant : tout est bon, pour l’aile, pour le rayon, pour le chant. Il existe des mystères et il existe des connaissances. Et les oiseaux ont des connaissances, et ils volent et ils chantent, ils font ce qu’ils ont à faire, maintenant. Ainsi les oiseaux travaillent, au-dessus des vagues. Ils donnent aux humains la mesure du Grand ciel, de l’atmosphère terrestre où leurs battements d’ailes forment des échos aux pensées : échos d’un corps qui s’élève, écho d’un regard en altitude, qui, placé en hauteur, embrasse beaucoup de choses à la fois, une multitude d’un seul Rayon ; écho d’une pensée qui veut voir la globalité. Alors cette pensée, placée en hauteur, percevant la multitude, est dans l’observation ; elle cherche le général dans le nombre, l’objectif dans le subjectif, la connaissance dans la vastitude … Voyant le monde de haut, de son observatoire céleste, de son judicieux bonheur, elle travaille à définir des essentiels, dans l’exploration, l’analyse, l’apprentissage…
Puis, d’un battement d’ailes, ayant noté des connaissances, elle redescend aimer, apprécier, participer, préférer ; elle redescend vers l’Unique, les Uniques, et s’approche en souriant de tout ce qui est, pour elle, précieux et personnel… Là-haut elle a laissé, aux neigeux sommets, le nombre, les lois générales, les classifications, les catégories ; elle redescend avec l’eau du courant, les passionnantes variations du relief, elle entre dans l’action, la préférence, l’immédiat, les relations...
*
Car elle est redescendue maintenant. D’un battement d’ailes, la pensée est redescendue. L’oiseau est redescendu. Les regards sont redescendus ; ils sont là, dans l’interaction. Ils sont présents maintenant. D’un battement d’ailes, elle est redescendue ; d’un toboggan vif et frais, d’un canoë dans une rivière de montagne, d’une route en voiture dont le ronron la berce, d’un sentier dans la montagne où ses pieds s’arrondissent dans les pierres, d’un ascenseur électrique qui la ramène du ciel à la terre, d’un escalier descendu, âme légère, pied sautillant… Ainsi, elle est redescendue, ainsi : sans avoir quitté la terre, sans avoir quitté le ciel : en passant d’un niveau de compréhension à un autre, du particulier au général et du général au particulier… En donnant la main à son rêve, elle est redescendue. Maintenant, elle participe, avec gaieté, avec clarté ; avec entrain et volupté.
*
L’air est frais : chargé d’eau, déchargé de limites. La profondeur du ciel, où passent des mouettes aux becs rouge qui jouent avec les courants d’air, la profondeur du ciel est une invitation au voyage. L’horizon parait la formule indépassable de la curiosité humaine.… Dans l’air, tout s’éparpille dans une explosion d’atomes apaisante à l’esprit, avec ses tons de bleus et ses vagues régulières. Au ciel - uniquement bleu !- pas de diversité, la répétition. Pas de complexité, l’unité parfaite. Monochromie apaisant la pensée, apportant comme une réponse unique aux pensées traversant. Formulant le grand tout, le mot magique : bleu, ciel, infini, unique, lyrique, foisonnant de simplicité, débordant d’unité, apologie, immensité, savoir unifié, amour humain pour ce qui le dépasse et le contient !... du moment qu’il y a de l’amour ; du moment qu’on a l’idée qu’un jour, deux regards flamboyants se rencontrent, se caressent, jouent, se mêlent, s’entremêlent, s’interpellent et créent des ribambelles, résonnent, se façonnent, se capitonnent ; se réjouissent, et en jouissent... Heureux, heureuse… Lorsqu’on observe le ciel, parfois on pense loin…La profondeur du ciel, la profondeur du monde, la profondeur du cœur humain. Et, si d’aventure on a le vertige, face à ce ciel qui s’étend jusqu’aux mystères de l’être, alors on sourit pour se rendre favorable, toutes ensembles, les forces du destin. Apologie des ailes.
*
Ainsi la pensée s’est étendue par l’expérience du vaste… Et maintenant elle arrive... Elle est redescendue… Elle est allée voyager, rencontrer d’autres vérités, une à une. Puis elle est arrivée à son port… Après avoir bien navigué, fleurté avec la vague, fleuri, immergée dans l’immense horizon, elle est arrivée à son port... D’accord… Vivante, elle a tracé dans les flots bleus, marché de port en port, jusqu’à l’heure d’embarquer ; elle a bien navigué, découvert le nouveau rivage, vu les îles de saison en saison, de rocher en rocher, de ponton en ponton ; elle a découpé l’aube en quartiers de soleil orangé ; elle a dansé dans le navire, elle a vu le soir, le matin, le miroir, les regards ; elle a bien navigué… Fendu les vents et les courants, inventé, innové, longé le long couloir dont la barrière métallique la protège des sortilèges d’une eau profonde au cœur humain. Elle a bien navigué, découvert, inventé, planté ici et là des éclats de soi-même, comme la vague est la même, comme la transe l’emmène, comme la lumière se pose sur le sommet du flot, comme on aime à trouver que tout cela est beau, et on aime s’y nourrir, y frémir, y grandir, y croître, bouger ses bras en algue, ouvrir son cœur en étoile de mer, et tanguer, tanguer, tanguer, comme la barque !... et découvrir encore !... Comme on aime l’ondulation amoureuse du dauphin, comme on aime le suivre, dans son amour du monde où ne battent que des coeurs ; comme on aime la nuit et le matin, et comme on aime aimer, préférer, susciter, rencontrer, ainsi sur le bateau, dans la fraîcheur des flots, voguant dans le pur bleu, bien calée dans l’azur, sur le pont fendant l’eau, renvoyant formes humaines à toutes formes du monde, le port étant la vraie forme d’aimer, l’amour étant la vraie forme du vrai... Vérité de la définition et définition de la vérité… Oui, après avoir bien navigué, elle est vraiment très contente d’arriver, contente de l’avoir fait : oui contente d’être là, dans le nouvel éclat…
*
Elle est neuve, nouvelle, recréée. Elle sourit sans penser. Elle a la bouche devant et le sourcil parfait. Elle s’amuse pour un rien. Elle joue de ses deux mains. Elle s’élève en marchant. Intrépide, et ouverte d’esprit : ici le monde immense et la bouche rougie... L’amour se trouve ici… Elle arrive dans le port. Le port est la vraie forme d’aimer, l’amour est la vraie forme du vrai... On trouve de tout ici. De quoi danser, de quoi manger, de quoi dormir, de quoi rêver… Et qui aimer… Et la pensée est neuve, recréée, nouvelle. Elle arrive dans son port... Le bateau ralentit. La machine s’assouplit, se donne à la douceur, devient souple et joyeuse, pour s’arrimer au relief… Marcher dans la ville… Désormais, la vie n’est un mystère que pour mieux nous charmer. La vérité se donne comme une information. Le port s’étale en rond. C’est un félin immense où on vient se lover. Ainsi, elle descend du navire, elle traverse le pont, que des hommes ont tendu. Elle regarde les cordes, qui tiennent le bâtiment par la force d’aimer. La science de débarquer… Et elle avance, avec esprit de décision. Elle connaît les réponses, elle connaît les questions. Elle pense à autre chose maintenant….L’écume prend les cheveux ; le sang circule ; les muscles s’informent ; le visage est entier ; la robe aspire l’air frais… Baignade… Tendre et fraîche… Un sentiment long, profond, sans fond, pour le brasier… Et le monde recommence, revient et apparaît… Il est neuf, nouveau, recréé. Aujourd’hui est le premier jour... Le premier jour de toujours. C’est le port où on a toujours rêvé d’arriver, le port qui a toujours rêvé nous aimer... Ainsi, en bonheur, et vérité… Car la vérité est la vie. La conscience est la vie. Rêves, illusions, réalités… On a coutume d’aimer les vérités qui nous rendent heureux… S’il existait une vérité triste que nul ne pourrait changer, nul ne voudrait la connaître, peut-être... Mais en vérité, dans l’immense univers, dans le cours de lumière, la vérité n’est jamais triste, est toujours gaie, est toujours vivante, est toujours vraie. Si quelqu’un sourit pour une rivière qui n’a jamais commencé à couler, ne devrait-il pas mieux sourire pour une rivière existante… Si elle n’existe pas encore, qu’il commence à creuser… Oui, que penses-tu du papillon se brûlant sur une ampoule électrique qu’il a prise pour un soleil. Alors, en bonheur, en vérité, avec nos phases de repos et nos phases de combativité, continuons d’avancer…
*
Comparé à la vague, géométrie de l’air, répétitive, la côte, variée, incarnée, sonore, est une apparition géniale… Toujours, l’inconnu et le connu se rencontrent ici, produisant l’étincelle bonne pour les yeux, pour le cœur et le corps. Dans l’idéal, un peuple fleuri, roucoulant, énergique apparaît. L’idéal n’est pas la réalité, comme son nom l’indique, mais il lui arrive de lui ressembler... Alors… On débarque du pont. Alors… On commence le jeu pour les invitations... Mon cher cœur… Partout !... Il y a des pistes, des fêtes, des cérémonies, des discussions, des jeux, des amours, du respect, de la poésie, des invitations… Certaines routes sont éclairées, d’autres n’ont pas encore de nom... Ici !... Dans l’atmosphère parfumée, géniale, géante, dans tous les va et viens, les charmes échangés, ici !... dans le ciel portuaire animé. Sur les chemins où il est bon de marcher.
Certains de ces chemins ont un nom, d’autres ne sont pas encore nommés. Certains s’appellent « Résous l’énigme », « Le mystère de toi-même » ; « Aime l’essentiel », « Bonheur et vérité », « Vérité à danser », « Amour et belles idées » ; d’autres « Viens t’amuser », « Les mille chemins de l’intensité », « Instants pour la légende de l’infini », « Vérité nue et habillée », « Un trésor est révélé», « Scintillements des neurones » « Nature, nature, nature », « Histoire d’amour et de liberté », « Life poetry », « Vie poésie » « Corps et esprit »… Et il y a tant de noms, tant de visages, et tant d’idées, et tant d’etc., et tant de chemins qui n’ont pas encore été nommés, et tant de noms qui savent bien stimuler, qu’on est vraiment très heureux d’arriver…
Et la pensée, redescendue de la montagne des généralités, débarquée du voyage où elle découvre les singularités, la pensée vient d’arriver : elle a commencé à se poser.
Elle a des ailes !
04:07 Publié dans légendes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
10.03.2008
CROISIERE, Scintillantes escales, extrait

Le texte ci-dessous est tiré de mon recueil "Croisière". Voyager en Grèce, le pays du voyage en mer, tel en est l'objet... Ici, un texte libre, qui évoque... tant de choses... La lumière sur l'eau, pour jouer à clapoter... Et tout ce qui en dérive : la lumière sur la pensée... Et puis, entre clapoter et penser, la différence n'est peut-être pas si grande...
Lumière sur l’eau
L’art pictural est un art non banal qui consiste à faire jaillir des magies, ou à les révéler.
Je ne suis pas une libertine, malgré tout, mais je suis encore jeune, et j’aime voyager. Sur les îles grecques, l’esprit du temps s’évanouit au profit de l’éternité.
Il existe de nombreuses manières de créer des lumières. Le Soleil et l’Univers en connaissent une, très excellente. Il s’agit d’un mouvement d’ondes et de particules. Il s’agit d’une vitesse de 300 000 km par seconde.
Et tu les vois embrasser les rochers, éclairer les bateaux, s’alanguir sur les plages en formules dorées qui nous dorent à leur tour.
Et tu les vois entrer dans les bouches, créer des rayons, verts et bleus, dans les grottes marines, illuminer la pêche au matin d’étincelles, la nuit d’écailles de lune sautillant sur les flots ; et la pensée humaine d’éclats : simples et directs.
Les yeux boivent.
La lumière danse sur l’eau ; c’est la lumière au dessus de la mer. C’est le désir qui émerge des vérités et des mystères.
Partout autour, les îles sont autant de bienveillances possibles, parfois réalisées. A chacune sa forme, sa vérité. Les incluant toutes, à toutes, la vérité des îles…
L’essentiel est de savoir parler, nager, danser.
Arriver, se réjouir…
Apprendre, tout ce que la vague contient d’histoires.
Oublier, dans la vague, tout ce qu’on a appris.
Lumière sur l’eau.
- Salut ! Et ces enfants, où vont-ils ?
- Ils vont se promener !
Que passe un cerf-volant et tu ne sais plus ce que tu dois mesurer : est ce toi-même ? Est-ce le ciel ? Est-ce l’humanité ?... L’essentiel, c’est d’aimer le donner.
Arriver, se réjouir…
- As-tu vu l’orage qui tonnait sur les flots ?
La vague bouge, de colline en rayon.
- La baie était-elle bleue ou tes lèvres l’avaient-elle colorée ?...As-tu lâché les continents pour entrer dans le domaine aquatique, tapissé de musique, en allant d’île en île ?... Un bateau était-il peint au mur de cette maison ?...
Démocratie, sciences, philosophies, lumières : nudité de l’esprit. La vague solaire exige, et simplifie.
- Et si tu veux maintenant oublier les mesures pour vivre au temps des cœurs, alors danse… Fais jaillir ta lumière en mouvement… Donne-là, de temps en temps… Puis, si tu le souhaites, allonge-toi aux doux draps, accueillant l’éclat d’un baiser passionné… Avec Orphée, tu poétises ; avec Socrate tu ironises, avec Aristote tu relies et catégorises, avec Platon, tu théorises, avec Aristophane, tu souris et dessines des frises aux murs de la Cité… Avec Morphée tu t’endors ; et vogue encore ton esprit, jusqu’aux îles exquises...
22:18 Publié dans CROISIERE, Carnets de voyage en Grèce | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
CROISIERE, Carnet "Le bruit de l'eau", extrait

TRAVERSEE
Voyager en Grèce est un sport, un bonheur et un privilège. La lumière vous prend dans ses bras. La chaleur vous couvre de baisers. La vague vous fait balancer : où que vous portiez vos yeux, toujours tout est nouveau.... Le texte ci-dessous est un extrait d'un de mes deux carnets de voyage en Grèce, le deuxième, de 2004, l'année des JO d'Athènes. Je l'ai appelé "Le bruit de l'eau", car je m'étais donné alors comme objectif d'écrire comme l'eau qui coule. Amatrice de liberté, en littérature comme en toutes choses, j'en arrive peu souvent à m'imposer des contraintes de style. Or cette fois, je m'accordais à vouloir imiter le bruit de l'eau. Non par une recherche complexe et factice, mais par un sentiment doux et coulant... Mes carnets de voyage ont été rédigés, comme leur nom l'indique, durant le voyage, au fur et à mesure de l'avancée. Aussi ont-ils cette propriété spécifique de présenter une écriture qui, pour n'en être pas moins littéraire, attentive aux mots et aux idées, est une écriture très spontanée, non retravaillée. Ecrire pendant le voyage, c'est s'installer dans un café, une chambre d'hôtel, sur le pont d'un navire, pour rédiger, avec le stylo encore couvert de sable, et dans sa poche, un autre billet pour embarquer, débarquer, aller encore ailleurs, tout à l'heure...
Le texte ci-dessous, écrit sur le bateau entre le port d'Ancône (Italie) et le port de Patras (Grèce), est le premier de mon carnet 2004. Le voyage se découvre à l'auteure en même temps qu'il se raconte.
10 août 2004 - Bâteau Ancône-Patras
Tandis que le microphone du bateau
S’élance de quelques mystères supplémentaires et bénins
Le coucher de soleil couvre, oranger,
L’amour maritime d’un voilier.
De ci de là, de petites embarcations se balancent
Sur le dos profond, lyrique et prolifique,
Apprivoisé.
Quand la Méditerranée réapparaît,
La question parait une réponse
A une question qui n’avait pas été posée,
évidente.
Telle est, ce soir, à la table de plastique blanc où je suis accoudée, sur le bateau,
Ma manière de voyager.
Des mots grecs se mélangent au décodage encore confus
Et je vois les définitions pour les clartés
Dans les harmonies de couleurs,
Mouvantes, émouvantes, captivantes.
Je les fixe et je suis contente : simple beauté, simple aventure ; après après demain, à Athènes, les jeux olympiques : « Le combat olympique », disent les Grecs, va commencer.
Hommage rendu par les couleurs à la lumière.
11 août 2004
La première nuit, je me suis réveillée au 3ème étage d’une couchette de train à Turin (Turino ! Dans les grandes montagnes…). Oh j’avais laissé entrer en moi tant de cette boisson couleur de bois qu’on boit pour se garantir un éveil printanier, qu’à vrai dire, je n’avais pas dormi du tout cette nuit-là. J’avais fait tourner des pensées, comme on cherche –un peu fébrilement, très agitée en dedans- la bonne mise au point pour une photo que l’on ne peut rater : sachant qu’il faut être très calme, un peu léger et très sérieux, pour la réussir.
A Turin, j’ai sauté d’un train à un autre train. La distance entre les deux était composée du sol d’une gare et de personnes à aimer et de personnes à écarter ; de jubilations d’électrons juvenilement rassemblés, et d’angoisses. « Je ne revois qu’une chambre bleutée, où j’ai pris la mesure des clartés, et j’ai vu tout d’une égale beauté »…
Différente beauté…
Ainsi j’entrais dans le second train, qui devait me mener jusqu’à la Méditerranée : rassemblée en immense paquet bleu d’émerveillements et de gens heureux, émerveillés…
J’avais pris l’engagement, vis à vis de moi-même, d’être une vague, pour l’écriture. Considérant que l’eau représente une sorte de magie naturelle, une sorte de perfection dans le mouvement et dans le son : j’avais pris l’engagement, depuis un certain temps, de m’en faire un modèle. Douce référence…. Lyrique aventure… A Athènes, dans quelques jours, les jeux olympiques vont commencer….
Pensant à cela, à ce qu’il y a derrière et ce qu’il y a devant, je sommeillais dans le second train, ou regardant par la fenêtre, passer, en courrant, les champs bordés d’arbres et de maisons, et la lumière de l’Italie d’été.
*
( A Ancône, port de l’Italie du Sud, je vois le miroir de l’eau, les ponts des bateaux. Le doré et le blanc s’ajustent aux fenêtres calées sur l’infini de l’horizon. Au coucher du soleil, chacun crée son spectacle grandiose, s’enroulant aux flammes célestes dans la douceur de l’air, que caresse la Méditerranée et sa grande cargaison liquide. Dans les vitres du bateau, de petits indiens regardent le paysage. A Patras, port grec d’arrivée, des affiches des J.O., en grand sur les murs.)
Le deuxième matin, voici que je me réveille dans le bateau, sur le « grand dos », comme disait Homère. Je bois un café, fume une cigarette. Le vent est si frais et la vague si lumineuse que je pourrais écrire plutôt une lettre d’amour. Cela serait ainsi : « Mon amour, assise sur une chaise blanche, sur le pont du bateau, face au scintillement du matin, je viens de boire un café à la paille, et je pense à toi. Chaque jour de lumière ici, comme chaque élan de joie, préfigure l’amour… J’écoute le bruit de l’eau... Comme un froufrou qui se mêle aux ronronnements du moteur marin... Et si quelques dauphins volants venaient à passer... Tu sais qu’on dit qu’ils ont le cœur enjoué... »
19:32 Publié dans CROISIERE, Carnets de voyage en Grèce | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Auto-Biographie Ravie
Née de l'écume et de la chaleur du jour - et la tendresse de la nuit aussi-, je passais ma prime enfance sous la forme d'un coquillage nacré, alternant avec une fleur d'été.... Autant sont inscrits en moi, les hautes montagnes, les petites baies sauvages (mûres, myrtilles, fraises ...) et les grands paysages très remplis de patience, où poussent les fleurs précieuses, autant le paysage maritime recommence en moi-même sans cesse son passage : courants, vagues, mer, voyages, dont les contes sont la destination ; douceurs sucrées, roulis, phares, et autres murmures d'amour inspirés par le flot.
D'une famille en partie de la bourgeoisie de la Marine -mon prénom formant un écho à celui d'une arrière-arrière grand-mère, femme de Capitaine de Vaisseau, à la Rochelle-Rochefort, Charente-Maritime -, j'ai toujours aimé l'univers marin et les voyages en mer. D'abord par les vacances, dans un fort médiéval occupé par mon grand-père, médecin-écrivain de la Marine, parmi les lauriers roses et blancs jaillissant, face à l'horizon. Ensuite, par les livres : marins aux histoires étonnantes, mousses -frimousses malines et astucieux grimpeurs-, capitaines héroïques, traçant l'aventure bleue dans l'espace incroyable des ports, chasses aux trésor, continents, marchés myrifiques et bruyants et palmes exotiques... Villes inconnues se révelant... Promenades tendres et douces sur les vagues du monde, le monde étant lui-même une sorte de vague.
Je m'imprégnais aussi de l'atmosphère écumeuse, et son lot de légendes, en apprenant la Grèce, où un lien amoureux m'ancra dans le lyrisme méditerranéen pour toujours : vie sur l'île, qu'on devine, dont je fus familière. La pêche au filet me prit dans son filet. Pêche, pubs, plage, poterie, sont les quatre P de mon adolescence turbulente et joyeuse.
Diplômée de sciences politiques (Grenoble), section politique, option communication, j'ai résolu, après l'obtention de mon diplôme, de poursuivre par moi-même l'étude du monde, c'est à dire, pour ce qui me concerne, de l'humanité...
*
Mes auteurs grigris, mes technifolies, mes arnacheurs de mots, mes divins, mes héros, mes divers, mes étés, mes lumières, oui : mes adorés :
Rimbaud come"s first... With Aristote... Thucydide, et toute la joyeuse équipe de mes parleurs de grec... Et Rimbaud a dit : "Ce sera encore la poésie grecque"... Tel est cet infini où je ne peux m'égarer. .. Shakespeare, poli kala ; Hugo, journaliste, justicier... George Sand, mignonne, grafonneuse, femme libre et amoureuse (oraia)... Homère, mon grand-père...
Et mes savants, fort nombreux, que je garde pour une autre fois.
*
Car il y a toujours une autre fois.
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