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18.05.2008

Poèmes de Louis Aragon

1693716047.jpgLes divins poèmes d’Aragon figurent dans toute bibliothèque qui se respecte, ou toute discothèque s’épanchant vers l’amour avec plaisir… Mis en musique par Ferrat, Aragon résonne comme une pure douceur, une merveille coulante et chaude, une source d’eau vive. Avec son phrasé si caractéristique, sa parole non ponctuée, coulante et claire, il nous donne à entendre les sortilèges du verbe et ceux de l’amour… Il porte aussi toujours son texte vers les traits essentiels, les questions humaines. Et il convie, aux festins et aux danses, non seulement la divine poésie, mais aussi la nature, qui donne le sens...

La sonorité de Ferrat l'illustre, notamment pour les deux poèmes présentés ci-dessous... Sa musique, pour dater d'une époque, n'en contient pas moins une sorte de suspension temporelle, d'évidence, d'élégance... Les mélodies comme le chant -sobre et porteur- mettent en valeur le texte.

L'ensemble crée un envoûtement magique, un jeu de miroir où la conscience se questionne, et séduit... Purs moments de merveille littéraire. Purs instants, où la littérature fleurte avec l'essentiel, et touche à la grâce... Instant de transport... A chantonner de temps en temps...

 

Heureux celui qui meurt d’aimer, Louis Aragon

          

 O mon jardin d'eau fraîche et d'ombre

Ma danse d'être mon cœur sombre

Mon ciel des étoiles sans nombre

Ma barque au loin douce à ramer…

Heureux celui qui devient sourd

Au chant s'il n'est de son amour

Aveugle au jour d'après son jour

Ses yeux sur toi seule fermés…

*

Heureux celui qui meurt d'aimer

Heureux celui qui meurt d'aimer

*

D'aimer si fort ses lèvres closes

Qu'il n'ait besoin de nulle chose

Hormis le souvenir des roses

A jamais de toi parfumées…

Celui qui meurt même à douleur

A qui sans toi le monde est leurre

Et n'en retient que tes couleurs

Il lui suffit qu'il t'ait nommée…

*

Heureux celui qui meurt d'aimer

Heureux celui qui meurt d'aimer

*

Mon enfant dit-il ma chère âme

Le temps de te connaître ô femme

L'éternité n'est qu'une pâme

Au feu dont je suis consumé…

Il a dit ô femme et qu'il taise

Le nom qui ressemble à la braise

A la bouche rouge à la fraise

A jamais dans ses dents formée…

*     

Heureux celui qui meurt d'aimer

Heureux celui qui meurt d'aimer

*

Il a dit ô femme et s'achève

Ainsi la vie, ainsi le rêve

Et soit sur la place de grève

Ou dans le lit accoutumé

Jeunes amants vous dont c'est l'âge

Entre la ronde et le voyage

Fou s'épargnant qui se croit sage

Criez à qui vous veut blâmer

* 

Heureux celui qui meurt d'aimer

Heureux celui qui meurt d'aimer

   

  

Les Poètes, Louis Aragon

 

Je ne sais ce qui me possède

Et me pousse à dire à voix haute

Ni pour la pitié ni pour l’aide

Ni comme on avouerait ses fautes

Ce qui m’habite et qui m’obsède…

 *

Celui qui chante se torture

Quels cris en moi quel animal

Je tue ou quelle créature

Au nom du bien au nom du mal

Seuls le savent ceux qui se turent…

*

Machado dort à Colioure

Trois pas suffirent hors d’Espagne

Que le ciel pour lui se fit lourd

Il s’assit dans cette campagne

Et ferma les yeux pour toujours…

*

Au dessus des eaux et des plaines

Au dessus des toits des collines

Un plein chant monte à gorge pleine

Est-ce vers l’étoile Holderlin…

Est-ce vers l’étoile Verlaine…

 *

Marlow, il te faut la taverne

Non pour Faust mais pour y mourir

Entre les tueurs qui te cernent

De leurs poignards et de leurs rires

A la lueur d’une lanterne…

*

Etoiles poussières de flammes

En Août qui tombez sur le sol

Tout le ciel cette nuit proclame

L’hécatombe des rossignols

Mais que sait l’univers du drame…

*

La souffrance enfante les songes

Comme une ruche ses abeilles

L’homme crie où son fer le ronge

Et sa plaie engendre un soleil

Plus beau que les anciens mensonges….

*

Je ne sais ce qui me possède

Et me pousse à dire à voix haute

Ni pour la pitié ni pour l’aide

Ni comme on avouerait ses fautes

Ce qui m’habite et qui m’obsède…

  

nb 1 : Album Ferrat chante Aragon, téléchargeable sur le site de la Fnac entre autres

nb 2 : A condition de ne pas en mourir bien sûr, mais d'en vivre...

Commentaires

Fin d'une semaine camerounaise... Deux réserves naturelles de biosphères, caractérisées par l'UNESCO ; un volcan, appelé "Mont cameroun", qui fut remarqué par un voyageur du moins 5ème siècle, qui l'appela "Char des dieux". Une grande diversité de paysages, d'étonnantes montagnes posées sur la terre ; une faune étonnante ; l'océan aussi.

Aussi...

Si tu vois un poète jouant de la calebasse
Ecoute bien ses mots, la rivière qui trace
Jaillissant de ses cordes...
Autour de l'eau le monde s'accorde...

Ecrit par : Claire | 21.05.2008

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