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22.05.2008
Un Inédit de Rimbaud Découvert
Dans les pages d’un journal ancien, le « Progrès des Ardennes » de 1870, un article rédigé par Arthur Rimbaud (plus exactement Jean-Nicolas-Arthur Rimbaud) vient d’être découvert. En effet, un jeune cinéaste, nommé Patrick Talercio, l’aurait très récemment trouvé chez un brocanteur-bouquiniste des Ardennes… L’article, intitulé « Le rêve de Bismarck », signé d’un certain Jean Baudry, recouperait certaines informations données par l’ami d’Arthur, Delahaye, indiquant que ce texte serait probablement un vrai document.
L’information de cette découverte, relayée ces jours-ci par toute la presse, est abondamment commentée par Monsieur Jean-Jacques Lefrère (plus exactement Lefrère Jean-Jacques), considéré comme un spécialiste rimbaldien, en vertu de ses livres et recherches sur le sujet…
Au juste, quelles informations, et quelles réflexions tirer, en 2008, de cette révélation concernant le poète aux yeux transparents ?...
Sommaire du texte : Analyse de style- Rimbaud par Rimbaud- Intérêt relatif de la découverte d’une pièce rimbaldienne- Rimbaud, le Charnel Mystique- Le nom d’Arthur Rimbaud- Jour après jour- « Je suis le savant au fauteuil sombre »
Analyse de style
En quelques mots, le « Rêve de Bismarck » raconte comment le chancelier prussien, tout à son rêve de conquérir la France, contemple une carte française ; mais la pipe qu’il fume, à la faveur de son endormissement, finit par lui brûler le nez, tandis que son doigt est posé sur l’emplacement de Paris. La métaphore ici utilisée par l’auteur signifie qu’en se brûlant le nez, le Prussien a, comme d’avance, perdu la bataille…
L’analyse littéraire de ce texte, présent sur Internet, pousse d’emblée à noter quelques traits de style. Si Monsieur Lefrère a souligné « la souplesse » de l’expression et le fait que le poète était « à l’aise dans la métaphore polémique de circonstance » (interview sur Bibliobs, sur le site du Nouvel Obs), on peut également souligner d’autres caractéristiques littéraires, notamment : l’insistance du texte sur un joli nez : « Il était si fin, si spirituel, si heureux, ce nez de vieux premier diplomate » -…
Egalement, on note un goût de l’ironie manifeste chez l’auteur ; une indéniable imagination visuelle ; un goût de la métaphore et du symbolisme, puisque tout le texte, au travers de l’image d’un nez qui brûle, veut symboliser l’échec prussien… Enfin, on remarque aussi, familière chez Rimbaud, la présence d’une abondante ponctuation intempestive, composée de : « !… », ainsi que des mentions « en italique »…, apportant un caractère vivant, oral, à l’expression écrite : « Hi! povero! en abandonnant sa pauvre tête, son nez, le nez de M. Otto de Bismarck, s'est plongé dans le fourneau ardent... »
Rimbaud par Rimbaud
…Imaginez-vous bien que pour Rimbaud, ce texte n’était peut-être rien du tout… Quand on pense qu’il a même critiqué tout le reste de son travail, au point de vouloir l’oublier lorsqu’il eut quitté la France… A ce niveau-là, le lecteur peut s’interroger sur la hauteur initiale de l’ambition rimbaldienne : « Ecoutez ! … J’ai tous les talents ! », avait-il écrit : Il n’y a personne ici et il y a quelqu’un : je ne voudrais pas répandre mon trésor.- Veut-on des chants nègres, des danses de houris ? Veut-on que je disparaisse, que je plonge à la recherche de l’anneau ? Veut-on ? Je ferai de l’or, des remèdes. » (Nuit de l’enfer, dans « Une saison en enfer »)
Aussi, face au défi littéraire, humain et sur-humain, que Rimbaud se donne à lui-même, le texte sur Bismarck, vaguement imaginatif et patriotique, ne parait pas, à première vue, posséder le son, l’intensité, et l’extravagante grâce, caractéristiques de son œuvre.
Intérêt relatif de la découverte d’une pièce rimbaldienne
Toutefois, on ne peut que se réjouir, quelle que soit la qualité intrinsèque du document …Tant mieux si c’est un vrai… Même une pièce de faible intérêt, concernant Rimbaud, vaut son pesant d’or, - ou son pesant de graal - car nous aimons le connaître… Mais, si c’est un faux, contrairement à ce qu’en a dit Edouard Nab chez Frédéric Taddéi, - il voulait presque diviniser le texte- : non, rien ne changera concernant ce poète rebelle... Ce n’est qu’un texte qui, au regard des œuvres complètes du poète, semble de peu de contenu.
Rimbaud, le Charnel Mystique
Car, en effet, quelle est la démarche rimbaldienne prise dans son ensemble ?... Revenons-y… J’ai eu l’occasion, il y a quelques années, de fréquenter un peu l’Association des Amis d’Arthur Rimbaud, à Paris, qui se réunissait au Procope. De par ma position professionnelle, j’étais en contact avec cette aimable association, et parfois, les appelais même pour qu’ils me racontent quelque chose au sujet d’Arthur… D’une certaine manière, je voyais bien la diversité des interprétations du poète. Cette diversité me plaisait, même si je n’en partageais évidemment pas toutes les ramifications théoriques. Au-delà d’elle, j’ai mon opinion et mes sensations sur le sujet. Un jour, j’ai reçu, pour un Noël de mes quatorze ou quinze ans, ses « Œuvres complètes »…
Arthur Rimbaud, c’est la recherche de l’absolu, dans le contexte de la chair. Pistes et contradictions…
Le nom d’Arthur Rimbaud
Dans son œuvre magnifique et sa démarche géante, Arthur recherche l’idéal. On peut voir la légende attachée à son prénom. Sur Wikipédia, on constate que, si les interprétations de Rimbaud sont légions, les interprétations concernant le roi Arthur ne le sont pas moins... Pour commencer, divers textes anciens mentionnent l’existence de ce roi, et voici l’occasion de l’évoquer un peu... Au 12ème siècle en effet, différents écrivains médiévaux racontent l’histoire d’une légende arthurienne, notamment Chrétien de Troyes, et Marie de France... Son histoire, légende bretonne, évoque, comme on sait, les Chevaliers de la table ronde, - dont le glorieux Lancelot -… Ces Chevaliers paraissaient notamment occupés à rechercher le « Saint-Graal », coupe du Christ, ou Saint-Calice, dont l’existence est mentionnée par les évangiles apocryphes seulement… (évangile de Nicodème, 4ème siècle de notre ère)… Une dame Guenièvre, ainsi que l’enchanteur Merlin, se mêlent aussi à l’histoire de ce roi, réputé pour disposer d’une étonnante épée, laquelle avait même l’avantage de porter un nom : Excalibur…
Dans la suite de l’histoire, le mythe arthurien, - à mi-chemin de l’imaginaire breton et de l’imaginaire anglais- a servi à consolider divers aspects de politique intérieure en Angleterre. Cependant, si le roi breton Arthur s’est enfoncé dans les mystères de l’histoire, à son décès, certains disent qu’il ne mourut pas vraiment, mais il gagna Avalon, un lieu magique créé par le druide Merlin, le « mage bénéfique et commandeur des éléments naturels » : Avalon, lieu magique dont un jour il ressurgira, pour revenir chez les vivants.
Aussi le prénom Arthur porte, dans son origine, l’idée d’une fantastique épopée, qui, pour le côté breton, reste symbolisée par la forêt de Brocéliande, en Bretagne française, avec ses jolis châteaux, ses pierres, lacs, forêts et arbres mystérieux. (voir le site touristique de Brocéliande : http://www.paysdemontfort.com/). Donc : la légende de ce prénom suscite, à l’origine, une sensation de céleste enchantement et de recherche sacrée : un sentiment d’aurore de la pensée…
Au 19ème siècle, la légende arthurienne possède aussi ce même parfum de nature et d’esprit... Mieux renseignés toutefois sur Arthur Rimbaud que sur le roi du mythe, force est de constater que le poète, s’il n’ignore pas la question du Graal, pense aussi au corps : la vérité corporelle de chaque jour, le Bonheur, la suavité de l’amour, le lascif, la chair, l’élan, le soupir, le râle, le baiser, la beauté, l’étreinte…
Aussi, Arthur Rimbaud semble le Charnel Mystique qui envoie, de sa réalité physique, vers le Ciel, des questions pour les hommes. Il est dans la passion complète et il est dans l’ironie totale. Comme dépassant le cadre humain...
« Il nous a connus tous et nous a tous aimés », écrit-il. « Sachons, cette nuit d’hiver, de cap en cap, du pôle tumultueux au château, de la foule à la plage, de regards en regards, forces et sentiment las, le héler et le voir, et le renvoyer, et sous les marées et au haut des déserts de neige, suivre ses vues, ses souffles, son corps, son jour. » (Génie, dans « Les illuminations ».)
Jour après jour
La découverte de ce texte sur Bismarck est simplement l’occasion de parler encore de Rimbaud, et de se replonger dans cet univers, où, et le sens de l’énigme, et le sens de la lumière, sont - à part égale- les bienvenus.
Jour après jour, dans ses pages, Rimbaud Arthur nous explique et nous conte son itinéraire et ses enchantements : « Depuis longtemps », écrit-il, « je me vantais de posséder tous les paysages possibles et trouvais dérisoires les célébrités de la peinture et de la poésie moderne (…). Je devins un opéra fabuleux (…) Je dus voyager, distraire les enchantements assemblés sur mon cerveau… »… Dans le texte « Adieu », il écrit : « J’ai créé toutes les fêtes, tous les triomphes, tous les drames. J’ai essayé d’inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues. J’ai cru acquérir des pouvoirs surnaturels. .. » « Moi ! moi qui me dis mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre. »…
Et la dernière phrase d’« Adieu » : « Il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps… »
"Je suis le savant au fauteuil sombre "
Si posséder la vérité dans une âme et un corps correspond à notre constitution et à nos intuitions, il n’est jamais vraiment temps de dire « Adieu » à Arthur... Un inédit qui parait, les « Œuvres complètes » des éditions Garnier qui se promènent toujours d’une étagère à l’autre de la bibliothèque, des questions infinies, des pistes, des discussions : Arthur Rimbaud est le poète allongé autour duquel les hommes s’assemblent pour parler et veiller entre eux l’idée de l’absolu.
Un de mes poèmes préférés, c’est « Enfance », dans les Illuminations, notamment, ces lignes dont j’avais décoré un de mes albums photos personnels, où j’ai ajouté aussi quelques petites plantes françaises, qu’on fait sécher pour les mettre en herbier, et célébrer, en pages, la magie naturelle :
« Je suis le saint, en prière sur la terrasse, -comme les bêtes pacifiques paissent jusqu’à la mer de Palestine.
Je suis le savant au fauteuil sombre. Les branches et la pluie se jettent à la croisée de la bibliothèque.
Je suis le piéton de la grand’route par les bois nains ; la rumeur des écluses couvre mes pas. Je vois longtemps la mélancolique lessive d’or du couchant…
Je serais bien l’enfant abandonné, sur la jetée partie à la haute mer, le petit valet, suivant l’allée dont le front touche le ciel… »
Etc.
Mais avec une fin heureuse.
...
Claire Delhomme18:05 Publié dans Fiches de lecture - Les CLASSIQUES | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note












Commentaires
Une petite vidéo expressive de danse, par moi, est en relation avec ce texte.
http://www.dailymotion.com/video/x5ip4f_writer-at-work_webcam
Ecrit par : Claire | 22.05.2008
Aprés avoir lu ce texte je vois Arthur Rimbaud est un grand écrivain parmi les grands.
Je vois que tu danses bien le funky dans la vidéo et Michael doit t'intégrer dans son groupe(LoL).
Bises chère Claire
Ecrit par : Moussa Diop | 25.05.2008
Salut Moussa Diop,
Merci pour ton commentaire...
J'aime la danse et je suis contente d'avoir le sens du rythme, comme tu le sais, même si je ne suis pas danseuse professionnelle, c'est un sujet important de la vie...
Nietzche a dit qu'il ne peut croire qu'en un dieu qui sait danser.
Et Youssou N'Dour, dans Bayfaal (rocku mi rocka), félicite Bayfaal pour sa manière de danser qui le rapproche de "Dieu".
C'est l'occasion de parler de la danse comme d'un art un peu sacré, dans le sens qu'il approche d'une perfection (pour moi).
La musique noire et MJackson nous ont appris à danser différemment. De plus les textes de MJ sont souvent intéressants ou poétiques.
" And if you feel alone, I'll be your shoulder
With a tender touch, you know me so well
Somebody once said, it's the soul that matters
Baby, who can really tell,
When two hearts belong so well...
Maybe the walls will tumble
And sun may refuse to shine
When I say, I love you
Baby, you've gotta know
(I don't know)
That's for all time"
...
Il y aurait beaucoup à dire sur ces sujets.
Concernant Rimbaud, cela me fait très plaisir que tu apprécies. C'est un immense poète.
Pour les lecteurs, je redonne l'adresse de ton blog :
http://moussa7401.skyrock.com/
Et cette vidéo, très jolie et agréable, concernant le Sénégal, que tu m'as envoyée, et qui donne envie d'aller
http://fr.youtube.com/watch?v=OhjUhUV2NIs&feature=related
là-bas pour vivre de belles vacances :
Et puis, pour les sujets nous concernant, nous attendons la mise en place effective du plan pour l'Afrique annoncé par le président de la Banque Mondiale, Mr Robert B. Zoellick, dans le journal Le Monde du 10 mai 2008.
Et dernière chose : encore merci et bravo aux pêcheurs sénégalais qui viennent de sauver de nombreuses baleines...
Bises,
A bientôt,
Claire
Ecrit par : Claire | 25.05.2008
Faux-Rimbaud : rebondissement !
Il y a quelques semaines, nous évoquions sous le titre Inédit de Rimbaud, vrai ou faux ? la polémique née de la découverte chez un bouquiniste de Charleville-Mézières d’un texte en prose du poète, Le rêve de Bismarck, signé du pseudonyme Jean Baudry. L’un des spécialiste français d’Arthur Rimbaud, Jean-Jacques Lefrère, attestait l’authenticité de ce texte, authenticité aussitôt démentie par le trublion littéraire Raphaël Zacharie de Izarra qui assurait être l’auteur de ce canular. Mise en veilleuse pendant la trêve estivale, la controverse pourrait bien rebondir aujourdhui à la suite d’un article du très sérieux quotidien Le Monde. L’un de ses journalistes a rencontré Raphaël Zacharie de Izarra, et le moins que l’on puisse dire est qu’il est sorti troublé de cet entretien. Extraits :
Raphaël Zacharie de Izarra nous demande du temps, encore du temps pour prouver qu’il est l’auteur de cette farce. Mais où est la vraie farce ? Dans le document lui-même qui serait un « authentique faux » ou dans le formidable pouvoir de persuasion d’un mythomane de premier ordre ?
Sa démarche, se justifie-t-il, est une oeuvre « de long terme, dense, complexe, nécessairement lente ».
A la lumière de ses propos pour le moins convaincants, irritants, intrigants, presque fascinants, on lui laissera le bénéfice du doute.
http://rayonsud.free.fr/?p=26
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L'article du "Monde"
Paris est venu au Mans. Ce qui équivaut, en terme professionnel, à un scoop. Du moins dans le cercle restreint des journalistes littéraires, appelés aussi dans notre jargon « mondains du livre ». Depuis là-haut, c'est un événement, une prouesse. Rappel d’une épopée locale qui avait fait deux ou trois vagues dans nos salons : quelques heures à peine après la révélation au grand public d’un inédit de Rimbaud (Le rêve de Bismarck) retrouvé chez un bouquiniste de Charleville-Mézières, un énergumène manceau revendiqua non sans fracas la paternité du document qui serait donc… Un faux ! Info ou intox ?
A la rédaction les collègues ont bien ri. Il y avait de quoi, avec ma mission d’« envoyé spécial en province »… La décision résonnait désagréablement comme le coup de «sifflet de Jéricho» de l’officier de police plein d’avenir du Quai des Orfèvres rétrogradé du jour au lendemain à la circulation de la Place Clichy. Et j’ai effectivement été envoyé au Mans afin de tenter d’éclaircir ce mystère d’arrière pays. Merci le TGV. Bref, de retour avec mon papier, ils ne riaient plus du tout à la rédaction. Enquête.
AUTEUR PROLIFIQUE
Raphaël Zacharie de Izarra est un farceur.
Un auteur prolifique aussi. Avec plein d’imagination.
Un simple hurluberlu en mal de notoriété comme l’affirmait, un peu énervé, le plus grand spécialiste de Rimbaud Jean-Jacques Lefrère dans les pages du « Figaro Littéraire » ? Pas si sûr… Dès qu’on approche le phénomène, les certitudes toutes faites s’éloignent. Il y a fort à parier qu’au contact de ce fou follet, plus d’un routard de la presse reverrait son jugement. Un poids-plume de l’auto édition (il se répand sur Internet) capable d’ébranler des maisons : Izarra a du souffle, il faut lui reconnaître ce précieux avantage.
FRISSONS
Personnage machiavélique diraient certains… Angelot d’une désarmante naïveté pour d’autres. Prince cynique ou entité ailée, peu importe : le plaisantin ne manque pas d’atouts. S’il est vrai que le diable a plus d’un tour dans son sac, les anges n’en ont pas moins de la plume. Celui qui veut défier les exégètes de la littérature, pardon de la Littérature comme il le précise, est bien outillé. Ce maître du verbe joue de son art oratoire jusqu’à l’énième degré, là où commencent les premiers frissons. Déstabilisant.
Le « clown à particule » s’avère être un morceau de choix pour tigres de rédactions, un cas d’école comme on en rencontre rarement dans une carrière de reporter. Un pigiste averti y regarderait à deux fois.
Izarra, ça à l’apparence de l’ersatz, de loin ça n’a l’air de rien, de Paris on croit que c’est du toc… Et quand on vient chez lui au Mans pour une interview de près, pour de vrai, alors l’Izarra c’est de l’or en barre ! Foi de journaliste.
L’animal est prêt. De mon côté, je fourbis mes armes. Ambiance règlement de compte à l’oral. L’interview commence mais c’est lui qui tient la baguette.
Quand je l’interroge au sujet de cette affaire grotesque du « vrai-faux-Rimbaud » il ne se démonte pas. Ses yeux s’éclairent. Le masque de la sincérité l’habille tout de blanc. Et il a des arguments le renard ! Répondant point par point aux objections émanant de ses détracteurs, il se défend. Avec foi, panache, consistance. De telle façon qu’à mi-parcours de l’interview il est déjà permis de douter de la version officielle. Question de choix. En l’écoutant, intarissable, virtuose, charmeur, parfois excessif, toujours percutant, on se sent plus léger, libre de balancer entre vérité médiatique et doute « izarrien », qualificatif dont il abuse avec jubilation. C’est le cadeau qu’il nous fait : penser par soi-même. Raphaël Zacharie de Izarra est persuasif, il a l’art de soulever des questions que nul n’oserait effleurer.
POLEMIQUE
Ses arguments ? Contestables, soyons honnêtes. Contestables et pourtant… Pas tant que cela. Et c’est étrange, et c’est puissant, et c’est passionnant. C’est oui ou c’est non, c’est vrai ou c’est faux. Entre les deux, une infinité de nuances. Toutes déroutantes.
Izarra a sa place dans la polémique et il tient tête. Il a pris le rôle du bouffon, qui n’est pas le plus facile. Rappelons que le pitre officiel du royaume assénait des vérités cinglantes au roi. Izarra se paye la tête du roi et c’est bien le seul : il n’y a qu’un bouffon dans tout le royaume pour user de ce droit. Les autres se taisent. Lui, il la ramène. Il fabrique du faux pour « mieux dénoncer une autre imposture : celle d’une certaine littérature » dit-il.
Dans le détail son discours ressemble un peu à cette histoire de fous où l’un soutient que la bouteille est à moitié pleine pendant que l’autre s’évertue à démontrer qu’elle est à demi vide. L’un a tort, les deux ont raison et personne ne peut trancher. Ensuite c’est une question de crédibilité vestimentaire. La « vérité » du porteur de cravate sera toujours un peu plus « vraie » que celle de l’adepte de la chemise à carreaux. Izarra ne porte ni cravate ni chemise à carreaux, il arbore un front vaillant dénué d’artifice, affrontant nu les « cohortes de Bêtise parées de flatteurs, mensongers atours ».
Même pour un reporter qui a de la bouteille, il serait trop facile de prendre à la légère l’édifice de papier de monsieur Izarra. Pour l’heure tout est théorie, démonstration intellectuelle, preuve par la dialectique et conviction intime. Le sieur Izarra est redoutable quand il s’agit de semer le doute. Et ça prend. A faire trembler les bases du plus orthodoxe des convaincus. Ca prend tellement bien que, séduit par le brillant discours, déjà convaincu mais pas tout à fait prêt à mettre la main au feu tout de même, on ne demande plus qu’à voir.
ROCAMBOLESQUE
Voir, c’est ce qu’il nous promet depuis le début de cette affaire décidément rocambolesque… Mais il n’est pas pressé d’apporter de la matière à son moulin à paroles. Izarra brille tant qu’il reste dans ses « hauteurs » abstraites, position stratégique bien commode dans laquelle il a tendance à s’éterniser… Sur la terre ferme son pied est plus glissant.
Il a le temps pour lui, répète-t-il. «Je n’agis pas dans la précipitation, mon dessein est de plus grande envergure que de nourrir ces poussins de journalistes. Patience ! Au lieu de petit grain sans lendemain vous aurez la grosse pâtée pour l’hiver» confie-t-il, un brin malicieux.
C’est vrai qu’il cause bien le contradicteur et qu’on serait prêt à se convertir à sa « vérité », à deux doigts du gouffre séparant « l’hérésie médiatique du ciel izarrien »… A condition de donner corps au discours. Bluffant pour ceux qui l’approchent, l’écoutent, le « sentent », simple zozo pour les autres qui n’ont pas eu le privilège d’un tête-à-tête, le personnage a de quoi faire peur.
La première fois il avait même fait très peur : l’AFP lui reproche un séisme d’ampleur nationale provoqué par ses simples assertions. Pas si zozo qu’il en a l’air le « Zaza » !
DU TEMPS
Raphaël Zacharie de Izarra nous demande du temps, encore du temps pour prouver qu’il est l’auteur de cette farce. Mais où est la vraie farce ? Dans le document lui-même qui serait un « authentique faux » ou dans le formidable pouvoir de persuasion d’un mythomane de premier ordre ?
Sa démarche, se justifie-t-il, est une oeuvre « de long terme, dense, complexe, nécessairement lente ».
A la lumière de ses propos pour le moins convaincants, irritants, intrigants, presque fascinants, on lui laissera le bénéfice du doute. Mais pas trop longtemps. Pas trop longtemps monsieur Izarra : à la rédaction ils ne rient plus, mais alors plus du tout.
R.S.
(Le Monde)
Ecrit par : Raphaël Zacharie de Izarra | 25.08.2008
1-A mon avis Monsieur Raphaël Zacharie de Izarra, vous feriez mieux de changer de blague. En plus, votre texte est trop long, trop dilué (je n'ai pas tout lu). Vous avez une certaine maîtrise du verbe, certes, mais souvent maladroite, un tantinet vulgaire.(ex : "la patée",le "zozo"...) et votre expression est un peu palote.
2-La question de la tenue vestimentaire : habillé de blanc, oui mais encore ?... La question du costume cravatte est un peu pusillanime : si cela comptait vraiment, vous n'auriez qu'à changer de costume pour changer de pièce.
3- Je ne sais pas si vous savez, mais Zacharos en grec, ça veut dire "sucre".
Ecrit par : Claire | 26.08.2008
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