« 2008-04 | Page d'accueil | 2008-06 »

22.05.2008

Un Inédit de Rimbaud Découvert

1901369645.jpgDans les pages d’un journal ancien, le « Progrès des Ardennes » de 1870, un article rédigé par Arthur Rimbaud (plus exactement Jean-Nicolas-Arthur Rimbaud) vient d’être découvert. En effet, un jeune cinéaste, nommé Patrick Talercio, l’aurait très récemment trouvé chez un brocanteur-bouquiniste des Ardennes… L’article, intitulé « Le rêve de Bismarck », signé d’un certain Jean Baudry, recouperait certaines informations données par l’ami d’Arthur,  Delahaye, indiquant que ce texte serait probablement un vrai document. 

L’information de cette découverte, relayée ces jours-ci par toute la presse, est abondamment commentée par Monsieur Jean-Jacques Lefrère (plus exactement Lefrère Jean-Jacques), considéré comme un spécialiste rimbaldien, en vertu de ses livres et recherches sur le sujet…

Au juste, quelles informations, et quelles réflexions tirer, en 2008, de cette révélation concernant le poète aux yeux transparents ?...

Sommaire du texte : Analyse de style- Rimbaud par Rimbaud- Intérêt relatif de la découverte d’une pièce rimbaldienne- Rimbaud, le Charnel Mystique- Le nom d’Arthur Rimbaud- Jour après jour- « Je suis le savant au fauteuil sombre »

    

Analyse de style

En quelques mots, le « Rêve de Bismarck » raconte comment le chancelier prussien, tout à son rêve de conquérir la France, contemple une carte française ; mais la pipe qu’il fume, à la faveur de son endormissement, finit par lui brûler le nez, tandis que son doigt est posé sur l’emplacement de Paris. La métaphore ici utilisée par l’auteur signifie qu’en se brûlant le nez, le Prussien a, comme d’avance, perdu la bataille…

L’analyse littéraire de ce texte, présent sur Internet, pousse d’emblée à noter quelques traits de style. Si Monsieur Lefrère a souligné « la souplesse » de l’expression et le fait que le poète était « à l’aise dans la métaphore polémique de circonstance » (interview sur Bibliobs, sur le site du Nouvel Obs), on peut également souligner d’autres caractéristiques littéraires, notamment : l’insistance du texte sur un joli  nez : « Il était si fin, si spirituel, si heureux, ce nez de vieux premier diplomate » -…

Egalement, on note un goût de l’ironie manifeste chez l’auteur ; une indéniable imagination visuelle ; un goût de la métaphore et du symbolisme, puisque tout le texte, au travers de l’image d’un nez qui brûle, veut symboliser l’échec prussien… Enfin, on remarque aussi, familière chez Rimbaud, la présence d’une abondante ponctuation intempestive, composée de : «  !… », ainsi que des mentions « en italique »…, apportant un caractère vivant, oral, à l’expression écrite : «  Hi! povero! en abandonnant sa pauvre tête, son nez, le nez de M. Otto de Bismarck, s'est plongé dans le fourneau ardent... »

  

Rimbaud par Rimbaud

…Imaginez-vous bien que pour Rimbaud, ce texte n’était peut-être rien du tout… Quand on pense qu’il a même critiqué tout le reste de son travail, au point de vouloir l’oublier lorsqu’il eut quitté la France… A ce niveau-là, le lecteur peut s’interroger sur la hauteur initiale de l’ambition rimbaldienne : « Ecoutez ! … J’ai tous les talents ! », avait-il écrit : Il n’y a personne ici et il y a quelqu’un : je ne voudrais pas répandre mon trésor.- Veut-on des chants nègres, des danses de houris ? Veut-on que je disparaisse, que je plonge à la recherche de l’anneau ? Veut-on ? Je ferai de l’or, des remèdes. » (Nuit de l’enfer, dans « Une saison en enfer »)

Aussi, face au défi littéraire, humain et sur-humain, que Rimbaud se donne à lui-même, le texte sur Bismarck, vaguement imaginatif et patriotique, ne parait pas, à première vue, posséder le son, l’intensité, et l’extravagante grâce, caractéristiques de son œuvre.

   

Intérêt relatif de la découverte d’une pièce rimbaldienne

Toutefois, on ne peut que se réjouir, quelle que soit la qualité intrinsèque du document …Tant mieux si c’est un vrai… Même une pièce de faible intérêt, concernant Rimbaud, vaut son pesant d’or, - ou son pesant de graal - car nous aimons le connaître… Mais, si c’est un faux, contrairement à ce qu’en a dit Edouard Nab chez Frédéric Taddéi, - il voulait presque diviniser le texte- : non, rien ne changera concernant ce poète rebelle... Ce n’est qu’un texte qui, au regard des œuvres complètes du poète, semble de peu de contenu.

   

Rimbaud, le Charnel Mystique

Car, en effet, quelle est la démarche rimbaldienne prise dans son ensemble ?... Revenons-y… J’ai eu l’occasion, il y a quelques années, de fréquenter un peu l’Association des Amis d’Arthur Rimbaud, à Paris, qui se réunissait au Procope. De par ma position professionnelle, j’étais en contact avec cette aimable association, et parfois, les appelais même pour qu’ils me racontent quelque chose au sujet d’Arthur… D’une certaine manière, je voyais bien la diversité des interprétations du poète. Cette diversité me plaisait, même si je n’en partageais évidemment pas toutes les ramifications théoriques. Au-delà d’elle, j’ai mon opinion et mes sensations sur le sujet. Un jour, j’ai reçu, pour un Noël de mes quatorze ou quinze ans, ses « Œuvres complètes »…

Arthur Rimbaud, c’est la recherche de l’absolu, dans le contexte de la chair. Pistes et contradictions…

    

Le nom d’Arthur Rimbaud

Dans son œuvre magnifique et sa démarche géante, Arthur recherche l’idéal. On peut voir la légende attachée à son prénom. Sur Wikipédia, on constate que, si les interprétations de Rimbaud sont légions, les interprétations concernant le roi Arthur ne le sont pas moins... Pour commencer, divers textes anciens mentionnent l’existence de ce roi, et voici l’occasion de l’évoquer un peu... Au 12ème siècle en effet, différents écrivains médiévaux racontent l’histoire d’une légende arthurienne, notamment Chrétien de Troyes, et Marie de France... Son histoire, légende bretonne, évoque, comme on sait, les Chevaliers de la table ronde, - dont le glorieux Lancelot -… Ces Chevaliers paraissaient notamment occupés à rechercher le « Saint-Graal », coupe du Christ, ou Saint-Calice, dont l’existence est mentionnée par les évangiles apocryphes seulement… (évangile de Nicodème, 4ème siècle de notre ère)… Une dame Guenièvre, ainsi que l’enchanteur Merlin, se mêlent aussi à l’histoire de ce roi, réputé pour disposer d’une étonnante épée, laquelle avait même l’avantage de porter un nom : Excalibur…

Dans la suite de l’histoire, le mythe arthurien, - à mi-chemin de l’imaginaire breton et de l’imaginaire anglais- a servi à consolider divers aspects de politique intérieure en Angleterre. Cependant, si le roi breton Arthur s’est enfoncé dans les mystères de l’histoire, à son décès, certains disent qu’il ne mourut pas vraiment, mais il gagna Avalon, un lieu magique créé par le druide Merlin, le «  mage bénéfique et commandeur des éléments naturels » : Avalon, lieu magique dont un jour il ressurgira, pour revenir chez les vivants.

Aussi le prénom Arthur porte, dans son origine, l’idée d’une fantastique épopée, qui, pour le côté breton, reste symbolisée par la forêt de Brocéliande, en Bretagne française, avec ses jolis châteaux, ses pierres, lacs, forêts et arbres mystérieux. (voir le site touristique de Brocéliande : http://www.paysdemontfort.com/). Donc : la légende de ce prénom suscite, à  l’origine, une sensation de céleste enchantement et de recherche sacrée : un sentiment d’aurore de la pensée…

Au 19ème siècle, la légende arthurienne possède aussi ce même parfum de nature et d’esprit... Mieux renseignés toutefois sur Arthur Rimbaud que sur le roi du mythe, force est de constater que le poète, s’il n’ignore pas la question du Graal, pense aussi au corps : la vérité corporelle de chaque jour, le Bonheur, la suavité de l’amour, le lascif, la chair, l’élan, le soupir, le râle, le baiser, la beauté, l’étreinte…

Aussi, Arthur Rimbaud semble le Charnel Mystique qui envoie, de sa réalité physique, vers le Ciel, des questions pour les hommes.  Il est dans la passion complète et il est dans l’ironie totale. Comme dépassant le cadre humain...

« Il nous a connus tous et nous a tous aimés », écrit-il. « Sachons, cette nuit d’hiver, de cap en cap, du pôle tumultueux au château, de la foule à la plage, de regards en regards, forces et sentiment las, le héler et le voir, et le renvoyer, et sous les marées et au haut des déserts de neige, suivre ses vues, ses souffles, son corps, son jour. » (Génie, dans « Les illuminations ».)

     

Jour après jour

La découverte de ce texte sur Bismarck est simplement l’occasion de parler encore de Rimbaud,  et de se replonger dans cet univers, où, et le sens de l’énigme, et le sens de la lumière, sont - à part égale-  les bienvenus.

Jour après jour, dans ses pages, Rimbaud Arthur nous explique et nous conte son itinéraire et ses enchantements : « Depuis longtemps », écrit-il, « je me vantais de posséder tous les paysages possibles et trouvais dérisoires les célébrités de la peinture et de la poésie moderne (…). Je devins un opéra fabuleux (…) Je dus voyager, distraire les enchantements assemblés sur mon cerveau… »… Dans le texte « Adieu », il écrit : « J’ai créé toutes les fêtes, tous les triomphes, tous les drames. J’ai essayé d’inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues. J’ai cru acquérir des pouvoirs surnaturels. .. » « Moi ! moi qui me dis mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre. »…

Et la dernière phrase d’« Adieu » : « Il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps… »

 

"Je suis le savant au fauteuil sombre "

Si  posséder la vérité dans une âme et un corps correspond à notre constitution et à nos intuitions, il n’est jamais vraiment temps de dire « Adieu » à Arthur... Un inédit qui parait, les « Œuvres complètes » des éditions Garnier qui se promènent toujours d’une étagère à l’autre de la bibliothèque, des questions infinies, des pistes, des discussions : Arthur Rimbaud est le poète allongé autour duquel les hommes s’assemblent pour parler et veiller entre eux l’idée de l’absolu.

Un de mes poèmes préférés, c’est « Enfance », dans les Illuminations, notamment, ces lignes dont j’avais décoré un de mes albums photos personnels, où j’ai ajouté aussi quelques petites plantes françaises, qu’on fait sécher pour les mettre en herbier, et célébrer, en pages, la magie naturelle :

« Je suis le saint, en prière sur la terrasse, -comme les bêtes pacifiques paissent jusqu’à la mer de Palestine.

Je suis le savant au fauteuil sombre. Les branches et la pluie se jettent à la croisée de la bibliothèque.

Je suis le piéton de la grand’route par les bois nains ; la rumeur des écluses couvre mes pas. Je vois longtemps la mélancolique lessive d’or du couchant…

Je serais bien l’enfant abandonné, sur la jetée partie à la haute mer, le petit valet, suivant l’allée dont le front touche le ciel… »

Etc.

Mais avec une fin heureuse.

... 

Claire Delhomme

18.05.2008

Poèmes de Louis Aragon

1693716047.jpgLes divins poèmes d’Aragon figurent dans toute bibliothèque qui se respecte, ou toute discothèque s’épanchant vers l’amour avec plaisir… Mis en musique par Ferrat, Aragon résonne comme une pure douceur, une merveille coulante et chaude, une source d’eau vive. Avec son phrasé si caractéristique, sa parole non ponctuée, coulante et claire, il nous donne à entendre les sortilèges du verbe et ceux de l’amour… Il porte aussi toujours son texte vers les traits essentiels, les questions humaines. Et il convie, aux festins et aux danses, non seulement la divine poésie, mais aussi la nature, qui donne le sens...

La sonorité de Ferrat l'illustre, notamment pour les deux poèmes présentés ci-dessous... Sa musique, pour dater d'une époque, n'en contient pas moins une sorte de suspension temporelle, d'évidence, d'élégance... Les mélodies comme le chant -sobre et porteur- mettent en valeur le texte.

L'ensemble crée un envoûtement magique, un jeu de miroir où la conscience se questionne, et séduit... Purs moments de merveille littéraire. Purs instants, où la littérature fleurte avec l'essentiel, et touche à la grâce... Instant de transport... A chantonner de temps en temps...

 

Heureux celui qui meurt d’aimer, Louis Aragon

          

 O mon jardin d'eau fraîche et d'ombre

Ma danse d'être mon cœur sombre

Mon ciel des étoiles sans nombre

Ma barque au loin douce à ramer…

Heureux celui qui devient sourd

Au chant s'il n'est de son amour

Aveugle au jour d'après son jour

Ses yeux sur toi seule fermés…

*

Heureux celui qui meurt d'aimer

Heureux celui qui meurt d'aimer

*

D'aimer si fort ses lèvres closes

Qu'il n'ait besoin de nulle chose

Hormis le souvenir des roses

A jamais de toi parfumées…

Celui qui meurt même à douleur

A qui sans toi le monde est leurre

Et n'en retient que tes couleurs

Il lui suffit qu'il t'ait nommée…

*

Heureux celui qui meurt d'aimer

Heureux celui qui meurt d'aimer

*

Mon enfant dit-il ma chère âme

Le temps de te connaître ô femme

L'éternité n'est qu'une pâme

Au feu dont je suis consumé…

Il a dit ô femme et qu'il taise

Le nom qui ressemble à la braise

A la bouche rouge à la fraise

A jamais dans ses dents formée…

*     

Heureux celui qui meurt d'aimer

Heureux celui qui meurt d'aimer

*

Il a dit ô femme et s'achève

Ainsi la vie, ainsi le rêve

Et soit sur la place de grève

Ou dans le lit accoutumé

Jeunes amants vous dont c'est l'âge

Entre la ronde et le voyage

Fou s'épargnant qui se croit sage

Criez à qui vous veut blâmer

* 

Heureux celui qui meurt d'aimer

Heureux celui qui meurt d'aimer

   

  

Les Poètes, Louis Aragon

 

Je ne sais ce qui me possède

Et me pousse à dire à voix haute

Ni pour la pitié ni pour l’aide

Ni comme on avouerait ses fautes

Ce qui m’habite et qui m’obsède…

 *

Celui qui chante se torture

Quels cris en moi quel animal

Je tue ou quelle créature

Au nom du bien au nom du mal

Seuls le savent ceux qui se turent…

*

Machado dort à Colioure

Trois pas suffirent hors d’Espagne

Que le ciel pour lui se fit lourd

Il s’assit dans cette campagne

Et ferma les yeux pour toujours…

*

Au dessus des eaux et des plaines

Au dessus des toits des collines

Un plein chant monte à gorge pleine

Est-ce vers l’étoile Holderlin…

Est-ce vers l’étoile Verlaine…

 *

Marlow, il te faut la taverne

Non pour Faust mais pour y mourir

Entre les tueurs qui te cernent

De leurs poignards et de leurs rires

A la lueur d’une lanterne…

*

Etoiles poussières de flammes

En Août qui tombez sur le sol

Tout le ciel cette nuit proclame

L’hécatombe des rossignols

Mais que sait l’univers du drame…

*

La souffrance enfante les songes

Comme une ruche ses abeilles

L’homme crie où son fer le ronge

Et sa plaie engendre un soleil

Plus beau que les anciens mensonges….

*

Je ne sais ce qui me possède

Et me pousse à dire à voix haute

Ni pour la pitié ni pour l’aide

Ni comme on avouerait ses fautes

Ce qui m’habite et qui m’obsède…

  

nb 1 : Album Ferrat chante Aragon, téléchargeable sur le site de la Fnac entre autres

nb 2 : A condition de ne pas en mourir bien sûr, mais d'en vivre...

14.05.2008

Rayons sur une fenêtre

Quelle spirale plus sexy pour traverser la nuit ... Foisonner d’idéaux, de vagues, de bateaux à voile... Jouer à faire l’étoile. Prendre la liberté. Les paroles de l’aurore doivent extraire l’essentiel, extirpé de l’obscur. Dans  chaque idée, la main cueille une pensée qui lave. L’eau s’écoule sur la Terre, et sur moi aussi... Ecoute ! les ailes de l’oiseau liquide frôlent le rayon de la lumière… Moi, un jour, je te parlerai de ma nuit. Je te dirai  sans doute que mes yeux sont plus grands que le ciel, et le ciel, plus grand que l’Esprit.

 

« Et l’univers tout entier m’est entré dans les yeux, Un soir où j’étais seule… Et moi qui voulais tant connaître la manière dont se consume un feu Je crépitai vraiment Oui moi la tendre enfant… »

  

Quelle spirale plus sexy pour traverser la nuit ... Au matin, la poétesse avisée s’allonge au rayon du Soleil.  Un homme est reparti. Commence à se cueillir elle-même... Tend ses deux mains unies dans cet arbre fruité. Mais son esprit, partout, s’est encore promené… Car : le long dérèglement de tous les sens est le règlement du sens de l’exploration… « Si au moins j’ai appris quelque chose aujourd’hui… ». Pas de nœuds… Soins, visibles, forme des ongles, pieds et mains, crème, s’élancer… Le Soleil s’est marié à l’aérodynamique. Célébrer en musique… Ou bien : nager nue dans un fleuve, sans penser à demain... Et pas de nœuds :  la profondeur des cadeaux… Quand je m’en fiche, je danse, mais si je danse, c’est parce que j’ai des mots…

Toujours je jouerai à définir un autre style de château. 

 

Quelle spirale plus sexy pour traverser la nuit… Parfois, il semble que le sexy est un drap tendu sur le monde, sous lequel l’homme tonne… La muraille de la femme ne l’a pas arrêté. Troie est aux mains des Achéens. Hélène et Ménélas sont rentrés.

08.05.2008

Légende du manuscrit grigri

MANUSCRIT GRIGRI

Nouvelle,

Par Claire Delhomme

 

1479124417.jpg1. Plage

Elle avait dit qu’elle écrirait, comme si chaque mot était un oiseau jaillissant pour le ciel. Derrière cette image, elle voyait une autre image, celle d’une fleur, petite, et d’une autre fleur, plus grande, sur la même photo, ou le même dessin. Elle avait dit : on pourra interpréter comme on voudra cette relation entre les deux fleurs, pourvu qu’on en soit content… Il n’y aura pas de mot programmé. La liberté de jaillir sera respectée. Comme au voyage aventureux, on rencontre l’espace dans la mesure qu’il nous donne, et non dans une mesure à lui donner. C'est-à-dire : on lui donne la mesure de sa  liberté.

Ainsi avait-elle parlé. Elle avait dit des choses dans ce style…. En face d’elle, lui, de l’autre côté de la table du café, lui, dont la veste bleue marine se reflétait, bien assortie, à ce décor bleu clair et à cette histoire de vagues, lui donc, avait pris quelques notes, en l’écoutant. Elle parlait trop vite, de toutes façons. C’était la cascade. Il ne pouvait pas capter les gouttes, une par une : il valait mieux qu’il lui sourit, certainement, et qu’il lui dise quelque chose comme : « H2O tendre amie », pour manifester son désir, son accord. Son accord avec le décor, son accord avec le corps, le corps du texte, comme elle lui avait dit.

- Tel est le corps du texte.

Alors, déjà, dans le café, ils étaient d’accord tous deux avec l’idée du corps. Comme, discutant, ils commençaient à le comprendre, ils commencèrent aussi à se sourire, simplement, amplement, puis : électriquement...

Lui aussi, il aimait le flot, il aimait bien être un bateau.

*

C’est une histoire assez idyllique, ce genre d’histoire dont on aime noter la musique.

- En effet, dit Gladys, il existe sur Terre des plages bleues et ocres, surmontées de mers mauves, où les amants nagent, deux par deux, avec la souplesse des dauphins, et ressortent de l’eau en se tenant la main. Là, les enfants et les adolescents font la roue sur le sable, courent et jouent à la balle. Certains lisent, tandis que le vent soulève un peu le parasol, comme messager du soleil. Le rayon joue, insiste doucement, pour se faire voir, pour caresser la culture…. Car la culture, on la dit « éclairée » et le Soleil, lui, aime se montrer, lui qui éclaire… Tout près de là, d’autres corps, polis par l’eau, brillants par les reflets du rayon, ces corps rebondissent, joyeusement, sur des trampolines colorés. Et, par moments, s’y reflètent tous éléments de la nature

Vers le soir, après avoir joué entre le ciel et l’eau, ils restent encore un peu allongés sur la toile bleue, sur la plage nue, sur les rectangles colorés des serviettes de bain où le sable joueur aime brouiller les limites entre la délicatesse civilisé et la délicatesse sauvage... Animés, réchauffés, charmés, les yeux pleins de visions, ils regardent le bleu. Ils sont dans l’infini. Ils ne pensent plus avec des mots, mais avec des paquets de lumière qu’ils échangent avec le monde, avec l’autre… Au dessus d’eux, de temps à autre, des ballons de couleurs, de facture industrielle, se reflètent sur la cornée de leurs yeux… Et, passant sur l’horizon, d’intemporels poissons volants, dorés et graves comme des gravures byzantines, aux écailles scintillantes, soulèvent un instant la vague, tandis que leurs yeux arc-en ciel sourient sans fin…

Lorsqu’ils se sont remplis de tout cela, ils rentrent sur la terre. Maisons aux murs blancs, escaliers pentus où les cuisses s’électrisent et le dos s’harmonise… Ici, l’écume continue à respirer en eux, où le bleu est toujours présent. C’est un poisson dessiné sur un mur, une assiette, un morceau de peinture ; c’est une étoile de mer séchée, rouge, accrochée au dessus d’un banc de paille, que des coussins brodés de vagues recouvrent…

Dans les escaliers, ils montent et ils descendent, ils tournent et ils sautent, ressentant leurs vêtements voler dans le mouvement, se regardant…

- Tu es souple mon cœur ; tu arrives, mon cœur… Ou bien : mon corps, simplement… Tu te rapproches à présent… Tu es présent…

Comme la vague, qui agit en vitesse, souplesse, précision, régularité : ainsi ils entrent dans la maison où ils se serrent l’un contre l’autre. Ils sont deux. Tout ce qui est à voir est visible. L’élan monte du cœur. : comme pour résoudre la vie terrestre dans une sorte d’équation glissante et chaude, corporelle…Un trait, un essentiel, un équilibre, des lignes, des rythmes, des formes et des parois, et lui, toujours :

- Ouvre toi, ouvre toi…

*

Plus tard, c’est dehors, dans le jardin, ou sur la rue, qu’ils se ralentissent avec bonheur, ou font alterner vivacité et caresse, pour mieux se contenter, se concentrer entre eux. Sur la chaise, le banc, l’oreiller, ils s’enroulent. Ensemble, ils s’asseyent et leurs cuisses se touchent.

Ils sont bien. Bouche carmin, palpitation marine, algues flottant… Circularité des gestes, à présent.

Bouches carmin, lèvre ouvertes, aériennes, les yeux dans un verre transparent, dans lequel ils regardent un instant.

*

- Et donc, demande le garçon, dans le café : l’histoire partirait de cette image avec les deux fleurs, et cela se passerait sur la plage, puis dans une maison ?.... Ils s’aimeraient ?...

Gladys acquiesce :

- Oui.

- Ce serait une sorte de contexte, poursuit Maxime, un paysage paisible et caressant, vif et stimulant… Une sorte de frisson…

- Oui…

- Et qu’est-ce que cette image des fleurs ?

- C’est l’image en couverture d’un livre qu’ils ont regardé ensemble, sur la plage.

- Le garçon et la fille ?

- Oui… Ils ont regardé un livre, un livre sur lequel figurait cette image. Ils ne se parlaient pas, cette fois-ci, contrairement à d’habitude. Ils regardaient juste ; parfois, ils se regardaient l’un l’autre, ils interrompaient leur lecture de regards l’un vers l’autre : messages, observations, ou simplement sensations de scintillements, émergeant en partie du reflet des flots sur leurs pensées…

- D’accord…

- Comme si là se tenait l’essentiel, dans leurs palpitations…

- D’où le titre.

- D’où le titre, « Palpitations ». Ce aurait pu être… « Essentiel » aussi, ou « essentiellement ».

     

 

2. Lecteur

- « Lecteur,

Je t’écris comme si tu étais immense, car tu es immense ; comme une montagne ou un rivage, ou comme un rêve exacerbé, sans frontière verbale qui pourrait l’arrêter. Un ballet de gestes que mes mots suivent ou devancent…. Parfois, nous nous rejoignons pour danser ensemble ; ensemble, suivant ce que je veux écrire, et suivant ce que tu aimes découvrir. Et le contraire : suivant ce que tu veux lire, et ce que j’aime découvrir dans ce que je peux écrire…

Ainsi, je t’écris comme à l’Immense, et dans l’Immense, parce qu’ainsi sont les mots que je t’envoie : ils n’aiment pas les limites. Et ainsi, je te le dis : voici un territoire de liberté, pour toi et moi, nos yeux, nos pensées qui se sondent, à l’instant….

Car j’aime ce qui est vaste, et ce qui inspire, et tu m’inspires, et c’est en quoi je t’appelle « mon lecteur », mon doux lyrisme des profondeurs. Comme le flot inspire le bateau ; il aime le traverser, d’idées… Restons libres, puisque c’est ainsi que nous sommes nés, avec nos corps et nos pensées. »

Maxime relève les yeux de la feuille de papier :

- Ok….

Puis il se penche, silencieux, pensif, pour attraper son paquet de cigarettes. Quelques feuillets tombent, glissent de ses genoux, sur le tapis, sous la petite table de verre. En face de lui,  jambes croisées, coude sur l’accoudoir, joue dans la main, Gladys, qui le regarde, se penche aussi pour les ramasser.

- C’est bien, lui dit-il, c’est très beau, j’aime beaucoup.

- Je suis contente !

- Et dis-moi, où se trouve le lecteur et où se trouve l’auteur, au moment de cette lettre ?

- Au moment de cette lettre ?... Hum… Cette lettre a plusieurs moments, plusieurs auteurs et plusieurs lecteurs, bien que l’auteur n’en soit qu’une seule et unique personne ; et unique aussi le moment de sa lecture par la personne qui, en ce moment, le lit (ou l’écrit et le relit).

- Quel est l’objet de ta démonstration ?

- Je ne démontre pas, je joue avec l’idée de la lecture.

- Oui… Et tu ne veux pas me dire où tu étais lorsque tu as écrit ça ? Où était l’auteur ?...

Il sourit.

- L’auteur, dit Gladys, qui se replie un peu dans le fauteuil,  laissant un peu autour d’elle résonner le charisme de son corps, regardant Maxime avec une sorte de tendresse, l’auteur… Sans doute, elle était partie dans les îles Fortunées, après sa troisième vie bienheureuse.

- Les îles Fortunées ?

- Oui, c’est là que Homère, en compagnie des héros, raconte l’histoire de Troie, puis celle du retour d’Ulysse...

- Vraiment ?...

- Oui, c’est vrai… Au son des instruments, le plus grand des aèdes raconte la guerre de Troie et les grands épisodes, les héros, ce qu’à dit et fait chacun d’entre eux… Et l’histoire d’Ulysse, l’homme aux nombreuses ruses, lui qui connaît beaucoup de villes et les pensées des hommes… Je crois que j’étais là, en quelque sorte, quand j’écrivis cette page… Je crois que je ne serais pas rentrée à Paris, vu de là-bas, pas même pour le meilleur des cocktails…

- Et avec moi ? demande Maxime.

- Si c’est avec toi…

Elle lui sourit.

- Bon, lui dit-elle, après un court soupir, d’ailleurs…

Elle prend sa veste :

- Je dois rentrer maintenant… Je retourne courir, moi aussi, dans ma steppe infinie, si je puis dire…

- Hum, bon… Alors c’est moi qui te rendrais visite la prochaine fois, si tu veux bien…

- Avec plaisir…

- J’apporterai mon violon…

- Excellente idée…

Ils se lèvent.

*

En haut de l’escalier, ils s’étaient fait la bise, se souriant doucement, appuyant bien, comme parfois, lorsqu’on veut se prouver absolument que les intentions sont absolument bonnes : parce qu’on trouve que la relation qui commence est absolument bonne, quelque chose de bon a commencé : on le ressent, on le pressent, on le partage…

- Salut…

D’un pas vif, Gladys descendit l’escalier incliné qui tournait comme une spirale existentielle, ascensionnelle, apte à générer du nouveau dans la répétition, par cercles et progressions… Arrivée à mi-étage, elle ralentit et se retourna, pour regarder en haut, vers la porte de Maxime. Il était là. Il la regardait.

- Bye, avait-elle lancé.

- Bye, avait-il répondu en souriant.

 

  

3 - Chez Gladys

La foule de papiers, entassée par piles, sur le canapé de Gladys, avait donné le prétexte à Maxime. Il avait joué sur trouble des rôles : puisque le canapé servait de bureau, le lit pouvait servir de canapé… En haussant les épaules d’un sourire, ils étaient allés s’installer dans sa chambre, sur son lit. Framboise et douce, la couette avait accueilli, par des glissements légers et souples, les pieds nus et les corps habillés. Doucement, ils s’installèrent. Adossés contre le mur, ils se donnèrent, d’un sourire et de quelques mots, le top du départ :

- Vas-y. Tu as le manuscrit ?...

Appliquée et passionnée, Gladys avait donc repris l’exposition des avancées de son manuscrit. Caressant doucement sa robe, discrètement, comme machinalement, Maxime l’écoutait… Un instant, Gladys partit dans ses pensées :

- Normal, se dit-elle, si elle mettait longtemps à finir ses manuscrits. C’est un tel plaisir de les travailler, les explorer, les colorer, les repenser, les connaître, en parler…

Par la fenêtre ouverte sur les toits, les bruits de la ville montaient. Et entre eux, c’étaient leurs voix qui montaient et, par moments, commençaient à frémir, tandis que leurs mouvements ralentissaient… Maxime porta sa main sur le genou de Gladys et la secoua doucement :

- S’il te plait, lui demanda-t-il, lis-moi la suite de l’histoire… Je t’écoute…

Puis la voix de Gladys lisant.

*

C’était l’avant dernier paragraphe du chapitre, l’avant dernière scène avant le dénouement final du chapitre ; celle où la tension montait, atteignait le sommet du pic par lequel on la mesure, et on la ressent ; pour dire qu’après, c’était autre chose qui commençait, un nouveau chapitre, un nouvel enchaînement de déchaînements… C’était le prélude à la scène finale, l’image signifiante, de laquelle allait bondir, comme un félin, tous les possibles de la dernière scène, et partant d’elle, de la suite de l’histoire…

…Dans la cité maritime, tout près de la plage, dans le parfum des pins, les deux amants se sont promené à cheval, dans les chemins et sur les routes, entre les lauriers roses et blancs, les rochers, et les panoramas liquides où le Soleil est installé... Ce sont de jolis chevaux qui les promènent, recueillant au passage l’ombre et la lumière des pins, près du centre brillant de la ville dans lequel ils reviennent. Un peu plus tard, dans un jardin, sur un banc, à la rumeur de la mer, ils s’asseyent sur les chaises, à une table de fer, boivent de l’eau et du vin, et parlent d’art. Ils feuillettent un livre de photos… Puis la conversation glisse sur la liberté, et…. ils parlent de…

- De la meilleure manière de se délivrer l’un l’autre ? demande Maxime.

Gladys reste silencieuse. Elle le regarde, souriante presque malgré elle.

- A quoi tu penses ?...

Le mouvement ralentit encore ; le temps se suspend. Une seconde a laissé la place à une nouvelle hypothèse. Gladys est maintenant submergée par un sourire, et Maxime, qui se rapproche d’elle, la prend avec ses bras. Doucement, la température monte et les bouches se rapprochent.

- Gladys…

Alors l’histoire se mouille davantage, progressivement, se répand, se déshabille morceau par morceau, danse un peu, aborde le territoire des peaux et des chairs.

- Maxime…

A l’intérieur des regards, jonchés par un tapis floral qui déborde, c’est le moment de s’embrasser et de s’embrasser à nouveau. Comme si là se tenait la montagne de vérité, la question toujours posée, la réponse toujours donnée.

Ils s’embrassent et la suite se délie.

 *

…Un peu plus tard, après une douche, peu vêtus encore, ils se sont installés dans le salon. Pour elle, Maxime a pris son violon et a joué, tant et si bien qu’elle en a oublié presque jusqu’à l’existence des mots, pour entrer toute entière dans l’apologie musicale.

Ses notes, sa profondeur, entrecoupée de petites malices, ses soulèvements inattendus, les mouvements de ses interrogations, montant et descendant en étendues paisibles, triomphales, joyeuses, hardies, vives : elle s’était sentie soudainement transportée, et parfois mordait ses lèvres d’étonnement. De temps à autre,  Maxime, lascif, posait son violon pour venir l’embrasser. Au contact des lèvres, leurs yeux s’ouvraient et se fermaient, et le feu s’affirmait, puis revenait, montait, prenait peu à peu leurs corps et pensées, dans une sorte de simple soif, envolée d’étincelles, qu’il provoquait.

  

4 - Rendez-vous aux Tuileries

A nouveau, au doux rayon, le rendez-vous aux Tuileries les avait réunis dans les élans de l’art et l’art des quasars…. Dans les longs jardins aux statues, ils avaient parlé des avancées de Gladys dans l’océan des mots… C’était devenu entre eux un jeu, de parler de ce manuscrit. Peut-être, secrètement, était-ce un exercice de mots, un commentaire qu’ils formulaient sur leur propre vie, ou bien l’expression de leur plaisir de se connaître, de se fréquenter, de se parler… Parfois maintenant, lorsque l’un ou l’autre le proposent, ils enregistrent leur conversation sur une petite boite à musique, puis Gladys travaille ses textes à partir de leurs discussions. Le manuscrit est devenu leur manuscrit…

- Donc, lui dit-il, marchant, nos deux charmants héros sont retournés au soir sur la plage… Ils ont pris avec eux une bouteille de vin blanc et deux verres... Sur l’étendue sablonneuse, un feu de plage brille, lance de douces flammes orangées vers le ciel… tandis que la mer, onctueuse comme un parfum, calme, limpide, douce, s’étend dans les largeurs de l’espace. Le ciel est profond... Tandis qu’ils marchent ensemble, les deux amants se frôlent et s’attrapent, sous leurs vêtements légers… Leurs peaux sont irriguées de soleil, encore fraîches de la douche de la soirée. Leurs mouvements sont gracieux, doux. Peut-être iront-ils danser ce soir, alléger leurs existences, résumer leurs cadences sur la piste...

- Oui, dit Gladys, comme ça.

- Le lendemain, lui dit-elle, ils se retrouvent devant un pub. Ils se connaissent un peu maintenant. Ils ont déjà passé plusieurs nuits ensemble. Plusieurs fois, le vin léger les a poussé à danser ensemble, tandis que la vague du jour continuait à rouler en eux. Ensemble, ils ont marché, grimpé, nagé, dormi, soupiré, ri…

- Joui, dit Maxime.

- Possible… Et maintenant, dit-elle, ils se retrouvent dans un pub ; ils ont rendez-vous ; ils continuent à se fréquenter…

- Comme nous ici…

- Oui… C’est un pub, au dessus de la mer…

Puis elle ajoute, regardant une statue du jardin, comme pour faire la transition :

- Toute statue a son miroir : c’est l’idée que se fait d’elle son créateur.

- C’est une idée, dit Maxime. J’aime bien ; cela les rend plus vivantes… Les statues sont des morceaux de roche terrestre, dans lesquelles l’humanité a projeté ses rêves.

- Ok, bien dit.

 - Et dis-moi, lui demande-t-il, de quoi discutent-ils, nos deux héros, sur la plage ?

- Ils discutent… de l’idée qu’ils discutent trop…

A ces mots, Maxime s’arrête, souriant et interrogatif, et attrape le bras de Gladys :

- Quoi ?...

- Oui, ils discutent trop de tout… Ils discutent trop de la littérature, de l’art, de l’histoire de l’art, de l’art de l’édition, de la nature, de la philosophie des mots, de la science, de la théorie politique, de l’analyse économico-politique, des étoiles, des pinceaux, des symphonies spatiales… De tout… Ils discutent trop de tout…

Gladys sourit, soupirant, enfonçant profondément ses mains dans sa veste. La lumière forme un reflet sur les yeux de Maxime. Elle le regarde...

05.05.2008

Légende du prince philosophe

1727196969.jpgUN PRINCE ET UNE PRINCESSE

C’était un Prince, assis sur un trône.

Il s’ennuyait. Les rois et les reines le visitaient. Il saluait.

Les rois et les marquis le visitaient.

Il leur disait :

- Mais oui, mais oui,

Puis ajoutait, parlant pour lui :

- Distractions et philosophies

Sont de nos cœurs les souveraines,

Et déversent leurs longs rubis

En agitant l’eau de nos veines…

Et si l’amour vient par ici

C’est que ses rennes

Mènent à la source de la vie. »

Et il disait :

- Mais oui, mais oui,

C’est que ses rennes

Mènent à l’étoile assoupie. »

Et les princesses dansaient, les reines aussi ;

Il saluait ;

Et puis, dans les alcôves aux grands colliers,

Il leur disait :

- Mais oui, mais oui,

Puis ajoutait, parlant pour lui :

- L’amour doit danser dans le rythme,

Ainsi que rythmes dans le corps.

Si tu crois qu’en montant aux cimes

Tu pourras contempler l’Aurore,

Alors mets toi nue dans la rime,

  

Et il disait :

- Mais oui, mais oui,

Nue comme tous nous naquîmes.

Et il riait.

   

Et puis, parfois, rentrant chez lui,

L’après-midi,

Il prenait son café au lit, et il fumait,

Et il rêvait

D'une princesse lumineuse…

Il lui disait :

- Mais oui, mais oui,

Echangeons nos paniers fleuris,

Nos longs vertiges colorés.

L’amour ne connaît pas de prix

Lorsque les corps sont soulevés,

Lorsqu’il nous fait marcher sur l’eau…

J’ai tant rêvé d’être un héros…

Alors, la prenant par la main,

Il l’emmenait voir ses chevaux,

   

Et tous deux, partaient en voyage,

Confiant leurs couronnes aux oiseaux

Et traversant la vie sauvage,

Dans les quartiers et les châteaux ;

Ils voyaient bien que c’était beau

D’être tous deux et sages et beaux

Et de faire tourner leurs images… 


Toutes les notes