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16.06.2008
Mon refrain préféré
La nuit s’étendait comme un morceau de mer, au dessus de la mer…
- Mademoiselle, enchanté…
De surprise, Victoire lâcha son stylo, et, d’un mouvement vif du cou, se retourna :
- Ma sauvagerie, lui dit le jeune homme en face d’elle, ma sauvagerie fusionne ici avec mon esprit subtil... Oui, je rentre de dîner en ville, et je croyais me trouver, ici, seul face à mes pensées, sur cette falaise, livré à l’infini de mes rêves, et voici que surgit…
Elle lui sourit :
- Un autre infini ?... lui dit-elle.
Ils se sourient…
- Je peux m’asseoir ?
- Oui, acquiesça-t-elle, le regardant avec de grands yeux... Je vous en prie…
Sur sa couverture rouge, elle se déplaça afin de lui faire de la place :
- Oui, dit Arthur, s’asseyant auprès d’elle : « oui, je croyais pouvoir grogner comme une bête mes questions au monde, répondre à mes questions par de nouvelles questions, qui me tiendraient dans l’absolu écho de la nature… dans l’absolu de la nature ; elle qui nous parle parfois sans mots, elle qui nous dit parfois « je t’aime » sans un mot…
Victoire lui sourit à nouveau :
- … Oui, lui dit-elle, oui elle nous aime… Oui, soyez mon invité… J’écoutais de la musique…
D’un geste de la main, elle lui montra le baladeur posé sur la couverture. Puis elle ajouta :
- Oui, soyez ma musique…
- Et vous la mienne.
- Alors, soyons ensemble la musique d’aujourd’hui…
- Et celle de demain…
Un instant, ils restèrent silencieux, suspendus aux sourires.
- C’est très bien décoré chez vous… lui dit-il….
- Merci, lui dit-elle… Vous êtes bien installé ?...
- Oui, vraiment.
- Et c’est vrai, lui dit-elle, vous savez, oui c’est vrai, c’est un peu chez moi ici… Je viens souvent… Il y a la grandeur et l’intensité. C’est un endroit profondément romantique. C’est l’endroit de l’amour de l’Unique… Il y a la mer, le ciel et la terre, et l’horizon… Le ciel est toujours au dessus de la mer. Et on sent qu’il se passe quelque chose d’important, qu’il doit toujours se passer quelque chose d’important.
- Je suis important…, lui dit-il.
*
- Oui, continua-t-il, on sent ici comme une sorte de magie… C’est ce que j’avais toujours cherché : cette plénitude… Le ciel, au dessus de la mer. L’air frais, où le printemps déborde… Cet après-midi, lorsque je suis arrivé, je me suis assis dans l’herbe. Sans cesse, je pensais aux routes, aux villes, aux forêts que j’ai traversées. Et je me disais que, puisque tout est terrestre, on cherche parfois l’apaisement dans le céleste : là bas, tout s’éparpille indistinctement dans une explosion d’atomes inaptes à éprouver aucun sentiment, pas même l’indifférence…
- Oui…
Il poursuivit :
- Je sentais la force de la nature en moi, comme si j’étais moi-même la nature, ou comme si la nature s’ignorait elle-même, force vive, comme je m’ignore moi-même peut-être, et je viens, comme une vague, un courant, heurter sans fin le rocher, et doucement recommencer …
- Oui, lui dit-elle, en douceur.
- Et toi ?...
- Moi ?... Elle sourit : « Moi, je suis partie de chez moi joyeuse, cet après-midi, pour cette balade au creux de mon âme. Je réfléchissais à la philosophie… Je m’intéresse à la philosophie… Oui, j’avais presque claqué la porte en partant, remplie d’une sorte d’enthousiasme que je ne formais pas en mots, que je laissais monter en moi, et je sautillais, dans les escaliers, me disant que le monde est à moi et que rien jamais ne m’empêche.
- Mais oui, lui sourit-il.
- J’avais pris mon carnet, au cas où j’ai envie d’écrire.
- Je comprends, lui dit-il.
D’un mouvement, elle attrapa son carnet pour le lui montrer. A cet instant, leurs mains se croisèrent et se touchèrent, comme pilotées judicieusement par le centre savant de leurs cerveaux émotifs.
*
Dans l’air nocturne éclairé de lune, des nuages au loin s’étiraient par grappes changeantes, au gré des humeurs atomiques du vent… Comme des reflets de la rêverie… Comme des gouttes de pluie descendant sur la vitre d’une voiture ; des zones de lumière scintillant dans le courant d’un fleuve ; l’ombre des branches, soulevées par le vent, sur les carreaux d’une fenêtre… Là, sur la falaise, devant eux, il y avait ces nuages lointains… Mais eux, ils avaient choisi de donner forme. Dans la liberté, ils avaient choisi de donner forme. Tel était ce qui venait de commencer à se dérouler entre eux : une histoire où l’amour rejoignait la liberté, la liberté d’aimer… Ainsi, ce soir-là, pour la première fois, leurs corps s’étaient rapprochés, cuisse contre cuisse, en discutant, sur la Falaise, dans le délassement et la spontanéité. En douceur, ils avaient commencé à parler, à se toucher.
Progressivement, puissamment, le désir montait entre eux, nuage d’étincelles préparant son orage.
- Je prenais des notes, lui dit Victoire, qui ralentissait sans s’en rendre compte la vitesse de ses paroles… Je réfléchissais à la philosophie naturelle, la philosophie de la nature.
- Moi aussi lui dit-il, j’aime la nature comme philosophie.
Puis il ajouta :
- J’aime la philosophie de la chair aussi…
Entre eux, ce mot de « chair » résonna et provoqua un premier frissonnement général.
- Descartes, lui dit-elle, s’efforçant de garder ses idées claires pour la conversation, Descartes, au 17ème siècle, préconisa de faire table rase de toute idée acquise et de tout prendre à la base, pour être sûr de son raisonnement, pour définir une base pour un système de pensée... Naturellement, si les bases dont on dispose sont solidement établies, nul besoin de les mettre en question… Comme cette falaise, qui est assez solidement établie… On ne voudrait pas la mettre en cause…
- Effectivement, sourit-il… Je valide avec toi ce premier principe, le principe de ce Rocher bien établi.
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