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29.06.2008

Légende du Roi et de la Reine des Tigres

Tigre548.jpgLa légende du Roi et de la Reine des Tigres est un texte écrit vers 2002 ou 2003. Il s'accorde avec les réflexions sur la Nature, la pérennité du système terrestre, le non-réchauffement climatique, le respect que doivent les financiers, les industriels, les commerçants et les politiques au système de cette Nature. Avant tout, il est une expérience littéraire.

 

LEGENDE DU ROI ET DE LA REINE DES TIGRES

  Par Claire Delhomme

 

Le roi et la reine des Tigres s’étaient rencontrés, un après-midi, et ils ne s’étaient plus quittés… Cela se passa près du bruit de l’eau qui coule comme un poisson, cette rivière pleine de proies et de fraîcheur tourbillonnante, où la pensée va en glissant, bondissant, rebondissant. En grappes blanches, le froid tombait des profondeurs très hautes… Guyah, la princesse des Tigres, était venue se mouiller un peu aux gouttelettes du bord. Dans la forêt immense que des nuages couvraient par moments, elle ouvrait ses narines et poussait, ouvrait, agrandissait sa respiration, et se ressourçait, en elle-même, avec l’eau… Tout était calme, et cependant, elle avait un pressentiment : dans l’électricité du monde, un instant de feu se préparait, suivait son chemin… Nonchalante, irradiante, intrépide, Guyah se pencha sur l’eau profonde et avala quelques gorgées d’eau revigorante, énergisante, apaisante. Ses yeux, s’abandonnant au fleuve, restaient  cependant, aux alentours, attentifs…

 

C’est alors que, de l’autre côté du fleuve, en face d’elle, levant les yeux, parut Waouh, le Roi des Tigres. Décisif, plein de force, d’audace et d’esprit, il leva les yeux sur elle, et immédiatement, la voyant, il traversa le chemin de terre au milieu du fleuve.

- Bonjour Princesse, lui dit-il, s’approchant.

Guyah se réjouit et baissa la tête, en signe de réflexion… Elle se demandait, l’Indomptable, qui était ce fier Extrême qui s’aventurait sur son territoire, bordé de pensées bien formées… Voyant son idée, le roi des tigres alors secoua son cou, souple et fier, ainsi que le sont tous les félins, et il gronda un peu pour l’impressionner, pour affirmer sa force et donner la mesure de sa position… Et c’était très envoûtant… Guyah, alors, le regarda droit dans les yeux, puis à nouveau, baissa la tête, intimidée, cette fois.

Alors le roi des Tigres lui dit ses victoires et ses forces. Et elle, la gracieuse Guyah, ne se releva qu’au moment où il lui en donna le signal … Alors, tranquille, assuré, sûr de l’avoir possédée, de l’avoir vaincue, il s’avança vers elle et lui mordit le haut de l’oreille… Leurs échines nerveuses se secouèrent de frissons et, ensemble, ils coururent jusqu’à l’abri de roches où ils se délassèrent pour s’aimer… Quelque part, dans l’histoire fabuleuse de la Terre…  

Comme des tigres, certains de leurs puissances…

*

Un peu plus tard, dans l’histoire du courant, dans la forêt profonde, ils rencontrèrent une petite fille, de cette race, douce et fière, qui s’étend à l’intérieur des constructions de bois, de pierres et de ciment… Marchant près du fleuve, l’enfant leur parla.. Et ils lui parlèrent… Et ils se comprirent si bien que tous trois, ils devinrent amis et souvent, se promenèrent ensemble...

Entre temps, Guyah et Waouh avaient unis leurs domaines, de part et d’autre du fleuve… Dans une grande joie, entourés des tigres et tigresses, colorés de noir, de roux et de blanc, de la région, sur une planète, dans un bois plein de santé, les deux phénomènes avaient unis leurs gloires, officiellement, et cela avait été un très bel évènement, salué par des générations entières : entières de corps et de pensées, aussi entières qu’on peut y travailler...

Quant à la petite fille humaine, elle leur avait un jour révélé l’existence d’une potion, concoctée dans la forêt… Tous trois longtemps parlèrent de tout cela… Animaux, humains, esprits, évolutions, révolutions des concepts, maîtrise des idées… Longtemps, ils en parlèrent.

*

Puis, finalement, un jour, les deux tigres s’emportèrent : oui, ils voulaient boire cette potion, devenir humains, savoir ce qu’était la musique, et ces mots  que contenaient ces livres, ces objets, dans lesquels ils voyaient Sarka s'absorber, s’envelopper et disparaître de toute autre concentration…

 

Sarka, elle, leur souriait ; elle hésitait… Que valait-il mieux ? Que sont vraiment, pour les humains, les animaux ? Qu’est cela que recommanderait le plus sage des destins ?... Elle n’avait encore que sept ans, et bien qu’orpheline, elle essayait de se fier à la plus pure des sagesses… Et c’est pourquoi elle lisait beaucoup et elle discutait beaucoup…

Un jour, n’y tenant plus, le roi et la reine des tigres demandèrent à Sarka sa potion pour devenir humains, et, à leur tour, transcender les mots, la musique, les techniques, l’art et la vie, et regarder différemment les étoiles qui se tiennent au dessus, tout autour… Alors  Sarka, les caressant d’un geste amoureux de la main, la leur donna.

*

Une fois que cela fut fait, lorsqu’ils furent devenus humains, souvent Guyah s’asseyait sur le rebord des fenêtres, dans les musiques ajustées, adéquates, pleines de chants, de couleurs, de perfections et de voluptés… Et, parfois, souriante, elle se souvenait, du temps où ils avaient été, tous deux, lui et elle, tigre et tigresse, dans la forêt…

- C’est une sorte de résonance au travers du monde, lui disait la voix…

Et Guyah souriait…  Sans fin elle souriait, en y pensant…

Et Waouh s’approchait d’elle en riant :

- C’est une sorte de résonance au travers du monde, lui disait-il à son tour…

Et tous deux ils s’enlaçaient, puis s’embrassaient...

*

Alors, regardant par la fenêtre, ou sur le balcon, les étoiles de la Terre -qui défient l’espace et le temps-, ils buvaient ensemble des gorgées du délicieux cocktail… Quelques instants, il jouait de ses doigts avec les perles de son collier ; et, comme ils riaient ensemble, on voyait leurs dents et la lumière de leurs yeux ; et on voulait, à les regarder, à voir ce spectacle, leur donner tant d’éternité…

- Oui, je voudrais, lui dit-il un jour, je voudrais que tu écrives maintenant notre aventure... Que tu retraces notre amour, dans la neige, et dans les salons, les deux, pour notre présent, notre futur, notre devenir, notre avenir…

- Oh, lui dit-elle, tu crois que je saurai, un par un, aligner les mots, les capter, les coller, les remplir de mon feu vivant, comme des éléments de matière ou de vie palpitante ?…

- Oui, lui dit-il, tu sauras…

Et il la convainquit si bien qu’elle se décida à écrire, elle aussi, des éléments pour l’art du monde entier…

Et Sarka, également, contemplait leurs nouvelles pensées…

- Ok ! leur dit-elle, je ne pensais pas que cela serait si parfait...

Et tous trois, ils sourirent ensemble et retournèrent se promener, avec Hétio, l’ami de la petite fille, auprès du long fleuve sacré dont ils connaissaient beaucoup de secrets, et dont ils restaient, -à leur manière-, les gardiens.  

*

A partir de ce temps là, ils se consacrèrent à l’art, comme affaire publique et comme aventure personnelle. Là, ils trouvaient les magies, les représentations, les schémas, les conceptions d’ensemble, les expressions, les mouvements, les individualités, les souvenirs et les avenirs… A la lumière des livres de Sarka et d’Hétio, Guyah et Waouh s’intéressaient beaucoup aux doctrines des Anciens et des Modernes : amour de l’amour, de l’équilibre sublime, de la gloire, de la perfection formelle, de la pertinence, de l’épanouissement parfait, du savoir accumulé, de la joie de découvrir… Science du rythme… Bonheur... Art comme spectacle… Comme vie…. Naissance, renaissance, connaissance de la sensation… Jeunesse Eternelle… Débats… Eternité de l’Etre…Et du désir…  

Chaque manière de l’aborder ayant son intérêt, dans la mesure où elle exprime une intensité ou une beauté particulière, où elle révèle un aspect du monde objectif où viennent se poser tant et tant de subjectivités…  

L’aventure, le voyage, l’invention, étant des synonymes de l’art, exprimant le caractère de la nouveauté, de l’exploration...

Et Sarka, lisant Homère, exultant à chaque ligne, était montée sur Guyah, qui avait repris, pour une promenade, sa forme originelle ; puis elle avait lancé son livre, en riant, dans l’herbe, tandis que Hétio chevauchait Waouh, redevenu tigre lui aussi quelques instants… Et ils étaient tous quatre si doux, si forts, si beaux, si délicats…

Comme sur un pédalo où les vies passent, alternativement, dans l’équilibre et la profondeur, du sérieux au rire et du rire au sérieux.

Entre les bosquets, dans le pétillement des astres lumineux, des champagnes, où se font les discussions accoutumées aux emphases naturelles… Grands et petits oiseaux, étoiles, tourbillons de l’expression, sifflements, animaux hyper-raffinés et circulants, coups d’ailes et turbulences réjouies… Ainsi se faisait le passage… L’amour était devenu le synonyme… Qu’ils préféraient… Pour exprimer trois millions de choses… Au moins…

Chant des oiseaux, volutes dorées, lits mous et bleus, maisons blanches et colorées, bondissements, rebondissements, vagues souples et impétueuses, chair fine, transparente, mystérieuse, parcourue de veines et impressionnante, qui prend possession du corps… Lentement, précisément, à son heure, le balancement vient, les cous s’arrondissent et les corps se déchaînent, expriment les pulsions, les impulsions, dans l’alanguissante musique des voix…

*

Fleurs ! Orchidées ! Tigres et tigresses ! Léopards tachetés ! Guépards élancés ! Lynx ! Yeux du lynx ! Panthère sommeillant dans les arbres, se réveillant, et descendant, de son pas ajouré, ajusté, précieux, parmi les êtres et les clartés… Papillons colorés s’élevant… Oiseaux savants, maîtres des continents… Mammifères doux comme des caresses, comme des baisers ; comme des reconnaissances personnelles et sucrées, sacrées…

Comme des tigres, certains de leur puissance.

 

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Ecrit par : Bonnes Fréquentations | 01.07.2008

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