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29.06.2008
Légende du Roi et de la Reine des Tigres
La légende du Roi et de la Reine des Tigres est un texte écrit vers 2002 ou 2003. Il s'accorde avec les réflexions sur la Nature, la pérennité du système terrestre, le non-réchauffement climatique, le respect que doivent les financiers, les industriels, les commerçants et les politiques au système de cette Nature. Avant tout, il est une expérience littéraire.
LEGENDE DU ROI ET DE LA REINE DES TIGRES
Par Claire Delhomme
Le roi et la reine des Tigres s’étaient rencontrés, un après-midi, et ils ne s’étaient plus quittés… Cela se passa près du bruit de l’eau qui coule comme un poisson, cette rivière pleine de proies et de fraîcheur tourbillonnante, où la pensée va en glissant, bondissant, rebondissant. En grappes blanches, le froid tombait des profondeurs très hautes… Guyah, la princesse des Tigres, était venue se mouiller un peu aux gouttelettes du bord. Dans la forêt immense que des nuages couvraient par moments, elle ouvrait ses narines et poussait, ouvrait, agrandissait sa respiration, et se ressourçait, en elle-même, avec l’eau… Tout était calme, et cependant, elle avait un pressentiment : dans l’électricité du monde, un instant de feu se préparait, suivait son chemin… Nonchalante, irradiante, intrépide, Guyah se pencha sur l’eau profonde et avala quelques gorgées d’eau revigorante, énergisante, apaisante. Ses yeux, s’abandonnant au fleuve, restaient cependant, aux alentours, attentifs…
C’est alors que, de l’autre côté du fleuve, en face d’elle, levant les yeux, parut Waouh, le Roi des Tigres. Décisif, plein de force, d’audace et d’esprit, il leva les yeux sur elle, et immédiatement, la voyant, il traversa le chemin de terre au milieu du fleuve.
- Bonjour Princesse, lui dit-il, s’approchant.
Guyah se réjouit et baissa la tête, en signe de réflexion… Elle se demandait, l’Indomptable, qui était ce fier Extrême qui s’aventurait sur son territoire, bordé de pensées bien formées… Voyant son idée, le roi des tigres alors secoua son cou, souple et fier, ainsi que le sont tous les félins, et il gronda un peu pour l’impressionner, pour affirmer sa force et donner la mesure de sa position… Et c’était très envoûtant… Guyah, alors, le regarda droit dans les yeux, puis à nouveau, baissa la tête, intimidée, cette fois.
Alors le roi des Tigres lui dit ses victoires et ses forces. Et elle, la gracieuse Guyah, ne se releva qu’au moment où il lui en donna le signal … Alors, tranquille, assuré, sûr de l’avoir possédée, de l’avoir vaincue, il s’avança vers elle et lui mordit le haut de l’oreille… Leurs échines nerveuses se secouèrent de frissons et, ensemble, ils coururent jusqu’à l’abri de roches où ils se délassèrent pour s’aimer… Quelque part, dans l’histoire fabuleuse de la Terre…
Comme des tigres, certains de leurs puissances…
*
Un peu plus tard, dans l’histoire du courant, dans la forêt profonde, ils rencontrèrent une petite fille, de cette race, douce et fière, qui s’étend à l’intérieur des constructions de bois, de pierres et de ciment… Marchant près du fleuve, l’enfant leur parla.. Et ils lui parlèrent… Et ils se comprirent si bien que tous trois, ils devinrent amis et souvent, se promenèrent ensemble...
Entre temps, Guyah et Waouh avaient unis leurs domaines, de part et d’autre du fleuve… Dans une grande joie, entourés des tigres et tigresses, colorés de noir, de roux et de blanc, de la région, sur une planète, dans un bois plein de santé, les deux phénomènes avaient unis leurs gloires, officiellement, et cela avait été un très bel évènement, salué par des générations entières : entières de corps et de pensées, aussi entières qu’on peut y travailler...
Quant à la petite fille humaine, elle leur avait un jour révélé l’existence d’une potion, concoctée dans la forêt… Tous trois longtemps parlèrent de tout cela… Animaux, humains, esprits, évolutions, révolutions des concepts, maîtrise des idées… Longtemps, ils en parlèrent.
*
Puis, finalement, un jour, les deux tigres s’emportèrent : oui, ils voulaient boire cette potion, devenir humains, savoir ce qu’était la musique, et ces mots que contenaient ces livres, ces objets, dans lesquels ils voyaient Sarka s'absorber, s’envelopper et disparaître de toute autre concentration…
Sarka, elle, leur souriait ; elle hésitait… Que valait-il mieux ? Que sont vraiment, pour les humains, les animaux ? Qu’est cela que recommanderait le plus sage des destins ?... Elle n’avait encore que sept ans, et bien qu’orpheline, elle essayait de se fier à la plus pure des sagesses… Et c’est pourquoi elle lisait beaucoup et elle discutait beaucoup…
Un jour, n’y tenant plus, le roi et la reine des tigres demandèrent à Sarka sa potion pour devenir humains, et, à leur tour, transcender les mots, la musique, les techniques, l’art et la vie, et regarder différemment les étoiles qui se tiennent au dessus, tout autour… Alors Sarka, les caressant d’un geste amoureux de la main, la leur donna.
*
Une fois que cela fut fait, lorsqu’ils furent devenus humains, souvent Guyah s’asseyait sur le rebord des fenêtres, dans les musiques ajustées, adéquates, pleines de chants, de couleurs, de perfections et de voluptés… Et, parfois, souriante, elle se souvenait, du temps où ils avaient été, tous deux, lui et elle, tigre et tigresse, dans la forêt…
- C’est une sorte de résonance au travers du monde, lui disait la voix…
Et Guyah souriait… Sans fin elle souriait, en y pensant…
Et Waouh s’approchait d’elle en riant :
- C’est une sorte de résonance au travers du monde, lui disait-il à son tour…
Et tous deux ils s’enlaçaient, puis s’embrassaient...
*
Alors, regardant par la fenêtre, ou sur le balcon, les étoiles de la Terre -qui défient l’espace et le temps-, ils buvaient ensemble des gorgées du délicieux cocktail… Quelques instants, il jouait de ses doigts avec les perles de son collier ; et, comme ils riaient ensemble, on voyait leurs dents et la lumière de leurs yeux ; et on voulait, à les regarder, à voir ce spectacle, leur donner tant d’éternité…
- Oui, je voudrais, lui dit-il un jour, je voudrais que tu écrives maintenant notre aventure... Que tu retraces notre amour, dans la neige, et dans les salons, les deux, pour notre présent, notre futur, notre devenir, notre avenir…
- Oh, lui dit-elle, tu crois que je saurai, un par un, aligner les mots, les capter, les coller, les remplir de mon feu vivant, comme des éléments de matière ou de vie palpitante ?…
- Oui, lui dit-il, tu sauras…
Et il la convainquit si bien qu’elle se décida à écrire, elle aussi, des éléments pour l’art du monde entier…
Et Sarka, également, contemplait leurs nouvelles pensées…
- Ok ! leur dit-elle, je ne pensais pas que cela serait si parfait...
Et tous trois, ils sourirent ensemble et retournèrent se promener, avec Hétio, l’ami de la petite fille, auprès du long fleuve sacré dont ils connaissaient beaucoup de secrets, et dont ils restaient, -à leur manière-, les gardiens.
*
A partir de ce temps là, ils se consacrèrent à l’art, comme affaire publique et comme aventure personnelle. Là, ils trouvaient les magies, les représentations, les schémas, les conceptions d’ensemble, les expressions, les mouvements, les individualités, les souvenirs et les avenirs… A la lumière des livres de Sarka et d’Hétio, Guyah et Waouh s’intéressaient beaucoup aux doctrines des Anciens et des Modernes : amour de l’amour, de l’équilibre sublime, de la gloire, de la perfection formelle, de la pertinence, de l’épanouissement parfait, du savoir accumulé, de la joie de découvrir… Science du rythme… Bonheur... Art comme spectacle… Comme vie…. Naissance, renaissance, connaissance de la sensation… Jeunesse Eternelle… Débats… Eternité de l’Etre…Et du désir…
Chaque manière de l’aborder ayant son intérêt, dans la mesure où elle exprime une intensité ou une beauté particulière, où elle révèle un aspect du monde objectif où viennent se poser tant et tant de subjectivités…
L’aventure, le voyage, l’invention, étant des synonymes de l’art, exprimant le caractère de la nouveauté, de l’exploration...
Et Sarka, lisant Homère, exultant à chaque ligne, était montée sur Guyah, qui avait repris, pour une promenade, sa forme originelle ; puis elle avait lancé son livre, en riant, dans l’herbe, tandis que Hétio chevauchait Waouh, redevenu tigre lui aussi quelques instants… Et ils étaient tous quatre si doux, si forts, si beaux, si délicats…
Comme sur un pédalo où les vies passent, alternativement, dans l’équilibre et la profondeur, du sérieux au rire et du rire au sérieux.
Entre les bosquets, dans le pétillement des astres lumineux, des champagnes, où se font les discussions accoutumées aux emphases naturelles… Grands et petits oiseaux, étoiles, tourbillons de l’expression, sifflements, animaux hyper-raffinés et circulants, coups d’ailes et turbulences réjouies… Ainsi se faisait le passage… L’amour était devenu le synonyme… Qu’ils préféraient… Pour exprimer trois millions de choses… Au moins…
Chant des oiseaux, volutes dorées, lits mous et bleus, maisons blanches et colorées, bondissements, rebondissements, vagues souples et impétueuses, chair fine, transparente, mystérieuse, parcourue de veines et impressionnante, qui prend possession du corps… Lentement, précisément, à son heure, le balancement vient, les cous s’arrondissent et les corps se déchaînent, expriment les pulsions, les impulsions, dans l’alanguissante musique des voix…
*
Fleurs ! Orchidées ! Tigres et tigresses ! Léopards tachetés ! Guépards élancés ! Lynx ! Yeux du lynx ! Panthère sommeillant dans les arbres, se réveillant, et descendant, de son pas ajouré, ajusté, précieux, parmi les êtres et les clartés… Papillons colorés s’élevant… Oiseaux savants, maîtres des continents… Mammifères doux comme des caresses, comme des baisers ; comme des reconnaissances personnelles et sucrées, sacrées…
…Comme des tigres, certains de leur puissance.
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18.06.2008
France Limousine Maxime Gaillard
Un très bel oiseau blanc, immobile,
portant des dessins jaunes sur ses plumes nacrées,
passa volant, aux rayons fébriles,
qui le voyaient.
Si vous voulez voir aussi cet oiseau étonnant, il se trouve sur le site de Maxime Gaillard, photographe, le 21 mai 2008... Maxime Gaillard est photographe, il habite en Limousin. De là à dire que ses photos sont limousines, il n'y a qu'un pas que je franchis, comme une rivière, d'un bond, sans pont, par le seul élan du plaisir émotif... Et la limousine me rejoind d'une autre façon...
De ce photographe inspiré, qui capte la nature avec grâce, je ne sais rien, ou presque. Je le vois, je regarde la nature qu'il fixe, je vois la saison bouger, parallèle à Paris, dans cette campagne où je ne suis jamais allée. Si l'on parlait de vaches, de rivières, de champs, de fleurs, de bâtiment sourcier d'où l'histoire s'écoule, on n'en saurait encore pas assez sur Maxime.
Tous les jours, ou toutes les semaines, il poste une image, et cette image vaut toujours une sorte de méditation. Elle invite la contemplation à se faire active ; écrire un mot de sens, faire fleurir en phonème. Les commentateurs, souvent, sont inspirés, dans une sorte de work in progress vivant. Il y a quelque exigence à vouloir en dire quelque chose de beau, ou de vrai.
Donc, je suis fan du photographe Maxime Gaillard et de ses photos de la France-limousine. Le commentaire que lui-même donne de ses clichés aussi vaut le détour. Détour, contourner, traverser : vraiment, Maxime Gaillard est étonnant.
Il reste ailleurs, suspendu dans son mystère. Nulle obligation qui ne soit une belle façon. Si la curiosité vous pique, vous chatouille, comme un léger pollen qu'un vent très amoureux vous apporte au secret de vous-même, promenez-vous chez lui, un jour ou l'autre : pour prendre un autre frais, jouer une autre fois, vous changer les idées, les joies ; esthétiques celles-là.
Dans le monde d'aujourd'hui, savoir sacraliser la nature doit être déclaré d'utilité publique. Et pour ceux qui n'y verraient que poèsie, qu'ils se reportent aux articles des journaux sur l'agriculture, la Terre, la nature et leurs évolutions. Respect pour la mère nature, il va falloir apprendre cela. Après la grande phase exploratoire -voyages, économie, croissances, technologie-, il va falloir comprendre la répétition et une certaine forme de permanence : saisons, richesse des terroirs, définitions de la faune et de la flore, sentiment naturaliste d'être humain. C'est simplement vital.
Voici parmi les dernières photos postées par M. G. (la première du 21 mai), en guise d'évocation.





Voici son blog :
21:46 Publié dans Billet du jour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16.06.2008
Mon refrain préféré
La nuit s’étendait comme un morceau de mer, au dessus de la mer…
- Mademoiselle, enchanté…
De surprise, Victoire lâcha son stylo, et, d’un mouvement vif du cou, se retourna :
- Ma sauvagerie, lui dit le jeune homme en face d’elle, ma sauvagerie fusionne ici avec mon esprit subtil... Oui, je rentre de dîner en ville, et je croyais me trouver, ici, seul face à mes pensées, sur cette falaise, livré à l’infini de mes rêves, et voici que surgit…
Elle lui sourit :
- Un autre infini ?... lui dit-elle.
Ils se sourient…
- Je peux m’asseoir ?
- Oui, acquiesça-t-elle, le regardant avec de grands yeux... Je vous en prie…
Sur sa couverture rouge, elle se déplaça afin de lui faire de la place :
- Oui, dit Arthur, s’asseyant auprès d’elle : « oui, je croyais pouvoir grogner comme une bête mes questions au monde, répondre à mes questions par de nouvelles questions, qui me tiendraient dans l’absolu écho de la nature… dans l’absolu de la nature ; elle qui nous parle parfois sans mots, elle qui nous dit parfois « je t’aime » sans un mot…
Victoire lui sourit à nouveau :
- … Oui, lui dit-elle, oui elle nous aime… Oui, soyez mon invité… J’écoutais de la musique…
D’un geste de la main, elle lui montra le baladeur posé sur la couverture. Puis elle ajouta :
- Oui, soyez ma musique…
- Et vous la mienne.
- Alors, soyons ensemble la musique d’aujourd’hui…
- Et celle de demain…
Un instant, ils restèrent silencieux, suspendus aux sourires.
- C’est très bien décoré chez vous… lui dit-il….
- Merci, lui dit-elle… Vous êtes bien installé ?...
- Oui, vraiment.
- Et c’est vrai, lui dit-elle, vous savez, oui c’est vrai, c’est un peu chez moi ici… Je viens souvent… Il y a la grandeur et l’intensité. C’est un endroit profondément romantique. C’est l’endroit de l’amour de l’Unique… Il y a la mer, le ciel et la terre, et l’horizon… Le ciel est toujours au dessus de la mer. Et on sent qu’il se passe quelque chose d’important, qu’il doit toujours se passer quelque chose d’important.
- Je suis important…, lui dit-il.
*
- Oui, continua-t-il, on sent ici comme une sorte de magie… C’est ce que j’avais toujours cherché : cette plénitude… Le ciel, au dessus de la mer. L’air frais, où le printemps déborde… Cet après-midi, lorsque je suis arrivé, je me suis assis dans l’herbe. Sans cesse, je pensais aux routes, aux villes, aux forêts que j’ai traversées. Et je me disais que, puisque tout est terrestre, on cherche parfois l’apaisement dans le céleste : là bas, tout s’éparpille indistinctement dans une explosion d’atomes inaptes à éprouver aucun sentiment, pas même l’indifférence…
- Oui…
Il poursuivit :
- Je sentais la force de la nature en moi, comme si j’étais moi-même la nature, ou comme si la nature s’ignorait elle-même, force vive, comme je m’ignore moi-même peut-être, et je viens, comme une vague, un courant, heurter sans fin le rocher, et doucement recommencer …
- Oui, lui dit-elle, en douceur.
- Et toi ?...
- Moi ?... Elle sourit : « Moi, je suis partie de chez moi joyeuse, cet après-midi, pour cette balade au creux de mon âme. Je réfléchissais à la philosophie… Je m’intéresse à la philosophie… Oui, j’avais presque claqué la porte en partant, remplie d’une sorte d’enthousiasme que je ne formais pas en mots, que je laissais monter en moi, et je sautillais, dans les escaliers, me disant que le monde est à moi et que rien jamais ne m’empêche.
- Mais oui, lui sourit-il.
- J’avais pris mon carnet, au cas où j’ai envie d’écrire.
- Je comprends, lui dit-il.
D’un mouvement, elle attrapa son carnet pour le lui montrer. A cet instant, leurs mains se croisèrent et se touchèrent, comme pilotées judicieusement par le centre savant de leurs cerveaux émotifs.
*
Dans l’air nocturne éclairé de lune, des nuages au loin s’étiraient par grappes changeantes, au gré des humeurs atomiques du vent… Comme des reflets de la rêverie… Comme des gouttes de pluie descendant sur la vitre d’une voiture ; des zones de lumière scintillant dans le courant d’un fleuve ; l’ombre des branches, soulevées par le vent, sur les carreaux d’une fenêtre… Là, sur la falaise, devant eux, il y avait ces nuages lointains… Mais eux, ils avaient choisi de donner forme. Dans la liberté, ils avaient choisi de donner forme. Tel était ce qui venait de commencer à se dérouler entre eux : une histoire où l’amour rejoignait la liberté, la liberté d’aimer… Ainsi, ce soir-là, pour la première fois, leurs corps s’étaient rapprochés, cuisse contre cuisse, en discutant, sur la Falaise, dans le délassement et la spontanéité. En douceur, ils avaient commencé à parler, à se toucher.
Progressivement, puissamment, le désir montait entre eux, nuage d’étincelles préparant son orage.
- Je prenais des notes, lui dit Victoire, qui ralentissait sans s’en rendre compte la vitesse de ses paroles… Je réfléchissais à la philosophie naturelle, la philosophie de la nature.
- Moi aussi lui dit-il, j’aime la nature comme philosophie.
Puis il ajouta :
- J’aime la philosophie de la chair aussi…
Entre eux, ce mot de « chair » résonna et provoqua un premier frissonnement général.
- Descartes, lui dit-elle, s’efforçant de garder ses idées claires pour la conversation, Descartes, au 17ème siècle, préconisa de faire table rase de toute idée acquise et de tout prendre à la base, pour être sûr de son raisonnement, pour définir une base pour un système de pensée... Naturellement, si les bases dont on dispose sont solidement établies, nul besoin de les mettre en question… Comme cette falaise, qui est assez solidement établie… On ne voudrait pas la mettre en cause…
- Effectivement, sourit-il… Je valide avec toi ce premier principe, le principe de ce Rocher bien établi.
00:40 Publié dans légendes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.06.2008
Au sujet du Bateau Livre
Les programmes de la rentrée se créant ces temps-ci, on apprend le non-renouvellement, sur France 5, de l'émission le "Bateau Livre", excellente émission de Frédéric Ferney. Ceux qui appréciaient cette émission sont invités à exprimer leur soutien à F. Ferney sur le blog d'Eric Poindron, éditeur de Champagne-Ardennes, éditions du Coq à l'Ane ; ils y trouveront aussi la lettre rédigée par Mr Ferney pour demander plus ou moins le maintien de l'émission.
http://blog.france3.fr/cabinet-de-curiosites/
J'y ai mis ma participation aussi. Un mouvement d'opinion serait-il suffisant pour obtenir le maintien de l'émission ? Ceux qui ne la connaissaient pas peuvent-ils savoir sa qualité ? Quoiqu'il en soit, la suppression d'une des rares émissions littéraires du Paf, qui semble bien ces derniers mois agir au Pif, vaut bien une petite ruade littéraire, loin du tas de crotin de la télévision marketinisée, pour ne pas dire crétinisée.
*
Le Bateau Livre est une émission intéressante, qui permet la discussion avec des interlocuteurs de la culture variés, dans un cadre intellectuellement stimulant. L’émission est riche de séquences, rythmée, bien menée. On adhère ou non au choix des auteurs, parfois plus que d’autres, mais l’émission donne une vision vraiment intéressante, différente, de la littérature. D'ailleurs, pour tous Frédéric Ferney parvenait à extraire quelque chose d'important. J'ai aimé y voir Vassilis Alexakis, pour son très passionnant "Après JC', livre dans lequel l'auteur grec explore, non seulement l'identité du Mont Athos, mais aussi toute la transition entre la Grèce antique et moderne, la mémoire, les instants présents, le feu vivant d'une culture qui, au travers des mouvements d'idées, trouve le lien avec ce qu'elle était... Le même jour était invité Pierre Rosenberg, ancien président-directeur du Louvre. J'ai trouvé l'émission délicieuse. J'ai apprécié aussi le passage d'Abdel Malik, musulman intello et ouvert, et d'autres encore...
Sobrement menée, non politisée (à ma connaissance), il est évident que cette émission mériterait de garder sa place dans les programmes d’une télévision publique de qualité.
Son éventuelle disparition des programmes témoigne peut-être (outre du manque d’inspiration de ceux qui prendraient une telle décision) d’une insuffisante solidarité des acteurs de la chaîne du livre et des médias. Les journaux littéraires devraient davantage parler des émissions qui marchent, notamment dans la presse généraliste. Une dynamique devrait se renforcer ou être créée, au vu de l’attaque financière sur la diversité culturelle. Les médias devraient faire un maximum d’écho aux quelques littéraires de la télé. Les libraires aussi, ont probablement une mission de service public, à ce niveau. Sans être spécialiste de l’économie du livre, je lis assez d’articles littéraires pour n’y voir pas souvent mentionnées les bonnes émissions culturelles, chacun défendant sa branche et créant peu de passerelles, en tous cas visibles du grand public… alors que les différentes professions en jeu –libraires, médias, journaux, éditeurs, artistes- ont des intérêts communs à une bonne santé de la lecture en France. Il me semble donc, qu’il faut renforcer les synergies et les complémentarités dans la culture, pour palier à la concentration économique.
Car cette concentration économique tend vers des médias de plus en plus simplistes qui seront toujours, et par définition, plus rentables, puisque c’est leur seul objectif (malheureusement pour eux).
Il existe aussi des objectifs de service public, et la télévision publique est normalement là pour cela. La culture est une belle mission.
Je pense que le Bateau Livre remplissait une mission de service public et ne devrait pas être supprimé. Merci à Frédéric Ferney pour son travail sur la culture livresque.
Nb : Une autre émission de grande qualité, dans le style humoristique et médiatique, a été supprimée récemment sur France 4 « Les agités du bocal ». L’émission était d’une grande finesse et fantaisie, très rafraîchissante, amusante, sympathique et constructive…
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03.06.2008
Ce que c'est, la Poésie...
- Ce que c’est, la Poésie, lui dit-elle, s’asseyant, jambes écartées, sur les genoux de son sexy Poète, ce que c’est la Poésie : c’est un sentiment qui se fiche bien des milieux clos, du clonage des bestiaux humains, de la vie comme simple définition socio-économique, de la trop grande homogénéité des salutations… Si elle est attachée, elle tire son pied du piège ; elle se libère, elle est libre, elle s’élance, elle bondit, à travers mondes, à travers pensées, à travers nouveautés... Elle se renouvelle. Elle aime ce qui répond en elle au sentiment d’ouverture, de découverte. Elle attire la puissance. Elle apprend. Elle découvre. Elle invente. Elle suit de nouvelles routes, elle vole dans de nouveaux horizons, elle essaye de nouvelles robes. Dans une haute tour, elle monte, elle regarde le monde ; elle joue à capter, un par un, tous les éléments… »
et puis :
- Ce que cela veut dire, la Poésie, lui dit-elle, mêlant ses jambes aux siennes sur le canapé : cela dépend de l’humeur, de la couleur du ciel, de l’harmonie des voix, de la faveur des corps...
- La poésie, c’est la beauté en liberté… C’est ma définition bébé...
Elle ajoute :
- Si les canaux vénitiens sont revenus au port, et que les deux amants sont retournés se coucher dans les dorures de la chambre blanche, alors, la Poésie est toute proche. Elle court à travers une rue, dans l’air frais. Elle pense : Mystère… C’est pourquoi on l’appelle Poésie. Parce qu’elle cherche l’Instant, et qu’elle le trouve…
- Le Poème, dit Victor, le Poème aime ce qui est toujours un peu insaisissable, rocambolesque, voyageur… Son modèle de vie est le ruisseau des montagnes, nerveux, vif, inventif, qui chevauche les reliefs, prodigue en grands paysages, en fontaines pures, en profondeurs saisissantes, en animaux précieux…
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