29.10.2009

ET SI ON CLAPOTAIT...

  Carnet de voyage - Sur l'île de Naxos - Août 2009

01.jpg

 Vendredi je crois

Ecrire, assise en tailleur, pour bronzer l’intérieur des cuisses, c’est le jeu de la jeune écrivain moderne qui sait faire plusieurs choses à la fois.

Palmes bleues

Lumière sur l’eau qui s’évase à mesure que le soleil descend

Le vent

Projette sur moi des paillettes de sable ;

Des petits cailloux ici et là, des algues

Deux planches à voile, un navire qui trace

Avec ce vent les traces des pas

Reprennent bientôt une forme douce

Ma peau

Est l’assemblage de cellules par lequel mon corps tout entier se présente au monde

Qui l’a créé.

Je regarde un petit coquillage ici,

Témoin que le monde en ce lieu

Est en pleine santé.

*

Les maisons là-bas sur la colline sont nimbées de lumière (...)

Ce soir, j’irai marcher sur ce rivage

Que je ne connais pas encore

Voir ce qu’il y a derrière ce rocher.

La prochaine fois ce voyage

J’aimerai le faire à deux

Pour que le sable que je prends dans le creux de ma main et laisse couler,

Je le vois glisser sur le poignet

D’un homme

Que je regarderai avec tendresse.

*

De ce côté, une fille entre habillée dans l’eau. De l’autre, un couple d’une soixantaine d’années est nu sur la plage. Les bras des amoureux s’élevant des serviettes se mêlent en contre-jour devant l’étendue scintillante du soir. Des jeunes gens s’enfoncent dans le flot, qui mange leurs cuisses, puis leurs bustes, jusqu’au moment où seules les têtes, ombres ambrées, paraissent sur la surface. Des garçons en face, sur un rocher. Y sont-ils allés à la nage ou un bateau les aura déposés ?

Tout à l’heure, j’avais perdu mes lunettes de bain, puis, retournée nager, je les ai vues sous l’eau : tache bleue mouvante au fond ; était-ce un poisson exotique, une porte vers un royaume sous-marin, une algue toxique ? N’écoutant que mon envie de retrouver cet utile accessoire, je plongeai les yeux ouverts, et, les ayant reconnues, les ramenai joyeuse à la surface de l’air.

Ronds dans l’eau.

Deux de suite, c’est ce qu’il faut pour un effet magique

 *

 A la rentrée, je dois être prête pour me présenter écrivain. De retour à Paris, je reli—(pause pour photographier deux jolis amoureux grecs qui me le demandèrent sur les dunes)- rai mon roman, l’aboutirai, le copierai et le distribuerai. (...)   

Sans cesse, je fais le point avec moi-même, prends soin de moi, définis mes opinions vis à vis de tel ou tel, essaye de nettoyer le passé et détruire ce qui gêne : les faux silences (...) La douceur pour les doux ; aux autres la porte de sortie, bien définie ; ainsi le sable m’accueille entièrement. L’ombre du stylo,  et de ma main se dessine sur le papier comme j’avance mon texte. Sous l’eau, j’ai vu les morceaux d’algues bouger doucement, suspendus, au dessus du sable strié en lignes gracieuses. Encore des têtes paraissant sur le flot. Sur le rocher, un garçon debout. Je trouverai tous mes chemins, me créerai un foyer, chaud et libre, comme ce soleil.

 

126.JPG

Je m’allonge, tandis que le vent tourne les pages de mon carnet. La nudité est un instant de vérité, rien de plus rien de moins.

 

Fille adoptive de la Nature. Une philosophe à la plage.

 

  

Dans un restaurant du rivage, soir

 Parasols rosés sur fond maritime bleu doux, se soulevant doucement dans l’air, parfumé de poisson grillé. E voici même que des cavaliers sur chevaux passent sur la plage. Bleu, rose, et le soleil orangé, qui dépose des taches claires, solaires, sur les dunes couleur crème. Un drapeau grec sur le rivage, effilé à son bout, comme souvent le sont les oreilles des chats sauvages.

 *

 Hier, un gros grillon d’environ douze centimètres sur un escalier. J’allais acheter une glace ; j’ai pris un autre chemin.

- Il y a un gros ts ts, ai-je dit à la dame du magasin (parce que je ne sais pas comment on dit « grillon » en grec)

Avec les doigts, elle l’a pris, et l’a déposé dans un fourré.

Un peu de vent, un papillon :

- Viens voir d’ici, dit une fille grecque au restaurant : vu d’ici, c’est encore plus romantique.

Sa copine la regarde en riant, conserve la même place. Des chats passent. Je bois une liqueur de Naxos. Un couple se restaure, dans la perspective qui s’étend, la route de sable, les dunes, les maisons blanches, les promeneurs. Il ne faut pas nous changer le climat de la Terre : il est à son optimum.

Oiseaux chantant, plantes grasses en profusion. La panne de mon appareil-photo me pousse à trouver tous les mots : clic clic clic.

 *

 Hier, en un jour, au soleil de midi, j’ai changé de couleur. En grec, pour dire « bronzer », on dit « noircir ». Au moins c’est clair.

 

 (...) Enjoy the cat view

 

iris à naxos et kimi.JPG

 

 

 Petit déjeuner

 Enfants plongeant dans une piscine, bavardages, chansons et zones de lumière et d’ombres s’équilibrant en douceur dans la douce Naxos, sur la terrasse. (...)

(Il me manque quelqu’un pour me crémer le dos de protection solaire.)

- Je créerai un foyer, libre et doux comme ce soleil, dit-elle.

 

 

Environ 16 h

Poissons donnant la joyeuseté du lieu

Collines, Méditerranée, langue grecque,

Crème solaire parfumée, palmes encore :

Et paysage encore ;

Pas de place pour la lassitude

J’ai commencé à me reposer, me retrouver

Dans cette bienveillance naturelle.

 

Si j’allais nager nue ?

Certains le font ici, de ci de là.

Une fois dans la vague, j’enlèverai mon maillot

Je n’aurai que mes palmes

Et mes lunettes de natation…

 

 

Soir rosé

On marche un peu dans le soir rosé, sur la route douce saupoudrée de sable. Lentement, le corps vire au doré, caramel, ambre. Tout est plus proche, plus direct, plus physique ; à chaque instant, qui vient comme monté de la mer. Ici les parasols sont crème. On marche encore, on avance, un autre regroupement de détente apparaît sur le sable : ici les parasols sont d’une autre couleur. Un peu plus loin encore, ils sont bleus, du ciel au marine. Là où ils sont orangés, le rayon du soleil couchant se baigne dans la mer, assorti aux objets de création humaine. Quelques mètres plus loin, le rayon solaire se fond en un bateau zodiaque qui reste à méditer, balançant. En arrière plan, les collines sont toujours mauve-violine à contre-jour. C’est là, juste derrière, que le Soleil se pose, descend, ou plutôt la Terre monte, au dessus de lui, tandis que la lune, à la faveur du jeu des éclairages, présente son repère translucide, comme la pièce d’une monnaie qui ne s’échange pas, juste là pour faire joli ; juste là et c’est joli.

Assise sur un transat bleu, les pieds au sable,

J’écris accoudée à une petite table de bois

Sur laquelle des pierres sont posées.

Je me suis arrêtée là pour écrire

La couleur des parasols, le miel du soir

La beauté absolue, à mes yeux, de ce lieu

Qui bat des records de douceur.

"Ne battez pas des records de prix", disait une affiche à Athènes,

Durant les JO de 2004 :

« Battez des records de poésie ».

 *

Deux petites filles se penchent sur le flot

Pour laver leurs mains

Une musique techno monte le son

Est-ce une voiture qui passe ou un pub

Qui veut exciter la nuit

Maintenant les enfants assemblés creusent le sable

Avec deux-trois objets

Ils ont toujours quelque chose à faire,

Tandis que sous les parasols, une famille se restaure,

Et  des adultes jouent à la raquette.

Je vais poursuivre ma route....

 

Jusqu’à trouver la musique....

 *

Parce que je voulais traduire pour les autres cette beauté de la Grèce qui justifierait à elle seule la supériorité définitive et terrestre du mot « démocratie », la sainte imperfection et le divin progrès des sciences, dont les bases furent posées par Aristote et ses amis ; oui je voulais témoigner de cela, le connaissant bien…

  

113 0.JPG

 Le lendemain

 Etre intellectuelle, c’est comprendre ce qu’il se passe et le dire. Etudier, lire, définir, identifier. La prise d’intérêts matériels correspond souvent à une vision partiale de la réalité. L’intellectuelle réduit au maximum ses dépendances, et, puisqu’il lui faut comme un chacun tirer des revenus de quelque chose, elle choisit une dépendance honnête, identifie cette dépendance, et peut l’expliquer. Ainsi que le disait Fernand Braudel, il faut donner sa relativité comme une information, à défaut de ne pas en avoir. Toute relativité possède un intérêt documentaire ; parfois le particulier très bien défini permet d’éclairer le général, c’est à dire un groupe de faits. Mais l’intellectuelle cherche au delà du particulier, le général. Plus que l’intérêt documentaire, elle cherche à présenter l’intérêt analytique et synthétique : la logique et la généralité ; à l’intérieur desquels le particulier agit.

 

En face de moi la ligne bleue claire de l’horizon, où sont posés quelques rochers. Ici, à l’intérieur des terres, de grands rochers à orme de galets sont disposés dans les collines. (...)  Ce qui est beau, c’est que la lumière prend la forme des vagues. Au soir avant de m’endormir, j’expulse les anciens démons, je les terrasse et je m’endors, ayant vidé mes colères (...). Pas d’idéalisme, pas de cynisme. Je connais l’humanité. Certes les dieux aiment la justice, mais la réalité ne tend pas naturellement vers la récompense des actions justes, si ce n’est qu’il existe une beauté morale, donnée à ceux qui agissent de bonne volonté. Le désir de justice caractérise l’humain ; comme l’extrapolation d’une douce maman chatte qui soigne simplement avec chaleur et douceur ses petits ; la biologie, par nécessité, s’appuie sur ce genre de beauté. L’humain la généralise, en se pensant soi-même comme une unité, une intelligibilité.

 

(...) Je parle clairement. Je cherche la lumière de l’esprit. Une fois captée, mesurée, testée, je l’écris. En ce pays d’Aristote, j’ai à me réjouir de pouvoir respirer ces mots vrais. Il me faut des alliés puissants  Pour sauver la Terre, il faut sa vérité…

 

Respecter d’abord l’esprit, aimer la justice, rejeter l’incohérence, valoriser la conscience : de bonnes directions ; beau et bon.

 

Comme devant moi, un lampadaire sur l’horizon bleu clair. De lui-même, le Soleil éclaire la vérité des formes ; la nuit, l’ingéniosité humaine le remplace, secondant la lune, au milieu des étoiles. Lorsque vient l’heure du bain, dans l’après-midi, tout s’oublie au milieu des étincelles d’eau d’air et de lumière.

 

gr gdf.jpg

 

 

 

Soirée aux chats au restaurant

Stylo prêté par la maison

Environ 21 h

 

Tout à l’heure, un petit garçon portant un tee-shirt où il était écrit « animal », s’arrêta sur une étendue face à la mer pour caresser un chat, lesquel, après qu’il fut parti, se roula quelques instants sur le dos, s’étirant, face au ciel.

 

Petits grabuges en arrière fond dans les cuisines. Il arrive dans des restaurant, en Grèce, on entend en arrière des disputes entre le personnel, entre les membres de la famille, puis ils vont prendre les commandes, contenus et souriants :

- Ia sou paidi mou, ti chriasesei ? (Salut mon enfant, que souhaites-tu)

 

 Tout cela est sympathique, et ici, suscite le rire du serveur : une sorte de danois, et d’un groupe de ses compatriotes, un tant soit peu échevelés. Comme une femme en arrière plan criait, l’un d’eux indiqua à deux touristes attablées :

- She says that she loves me.

 

Le restaurant est agréable car un peu surélevé sur la mer. Les chats y sont nombreux, rodant autour des tables ; l’un d’eux se risqua même à grimper sur une chaise pour humer le filet parfumé des assiettes de mes voisines de table. Alors le maître de maison apparut, armé d’un grand morceau de bambou –végétal ici fréquent- et tous ils filèrent douce, évacuant la terrasse, rapides et aplatis comme les chats cherchant à éviter l’orage de la punition.

 

La vue est magnifique, l’air frais ; j’ai assez bien nagé ; j’étais morte de faim.

 

Qui peut le plus peut le moins, comme disait Socrate.

Un peu de retsina, au goût de tonneau et de tonnelle. Quelques lumières, sur le mouvement de la crique, commencent à s’allumer aux blanches maisons.

Je reste studieuse, histoire de France, etc. (…)

 

Le maître de maison vise un chat avec la nappe de papier, roulée en boule, de clients précédents. Sur l’étendue, à côté, plus ou moins un parking, un petit garçon passe en courant tout nu, suivi par un autre habillé. Le patron a coupé deux jambes de la pieuvre suspendue au dessus de l’entrée du restaurant : il est écrit "sport » sur son tee-shirt. J’ai quand même donné du calamar au chat. Ils sont maintenant deux à me donner des regards glamoureux. Mieux vaut des chats que des hommes, pour l’instant, ça me laisse libre.

 

Je discerne ce soir, avec le stylo de la maison, aux chats le grand prix de l’humour mammifère. Voilà qui nous aidera à faire progresser la civilisation.

 

Resto très agréable.

 

La dame m’a apporté beaucoup plus de retsina que j’avais demandé. C’est marqué « Artémis » sur le cendrier.

 

Je joue les reporters gatronomiques ce soir. Il est toujours plus facile d’être stable quand on rentre dans une forme géométrique prédéterminée :

Que nul n’entre ici s’il n’est géométre !

La nuit est tombée, mais la lumière grecque veille.

 

 (…)

 

Nb : 2ème pichet de retsina. Ici le vin sert à oonvaincre, aussi bien pour l’amour que pour le commerce.

 

art primitif.JPG

 

 

nb : toutes images protégées par le droit d'auteur de l'auteure.

06.10.2009

La jeunesse est-elle une chance pour la société + bribes de Grèce

 

 

ppm2.jpgC’est vers 2001-2002, que je m’étais posée la question de passer des concours, dans l’administration, de monter en grade, centigrades mais certainement pas Stalingrad. Et j’avais décidé que non : des horaires de cadre moyen me donnant une importante liberté ; le bénéfice dans ce cas étant le temps libre ; et moi, entre l’accomplissement de sortes de missions intellectuelles que je me donne moi-même, et une vie un peu bohème, si tant est qu’on puisse être un peu bohème quand on travaille pour une administration... En réalité, cette décision de me consacrer à mes études –moi étant à la fois l’élève et la professeure – formait un écho à une interview d’André Balland, l’éditeur, que j'avais entendue, adolescente, qui racontait comment il avait exercé de nombreux métiers avant d’en venir à l’édition. Familière des histoires d’aventures et des petites aventures dans mon style, j’avais particulièrement apprécié son témoignage, et plus ou moins décidé de faire comme lui : d’abord voyager, matériellement ou professionnellement ; apprendre, me trouver dans la diversité, puis m’installer plus tard. Aussi cette décision de ne pas passer dans l’immédiat de concours administratifs, vers 2001, était liée à un style de vie, une enquête, une recherche, un goût de l’art et de la recherche intellectuelle.

 

Je présente ci-dessous un extrait de la dissertation, rédigée au printemps dernier (concours en salle), à l’occasion du test interne de la Ville de Paris pour accéder à une formation au concours de la Prepena (où je fus sélectionnée avec un certain nombre de mes camarades). Comme je souhaite conserver quelques références pour l’instant à mon bénéfice (droit d'auteur rémunéré), j’en ôte quelques phrases, que je présenterai plus tard dans cet ensemble. Il m’a plu de réaliser cet exercice, en 3 ou 4 h. Le sujet « La jeunesse est-elle une chance pour la société », correspondait assez à un devoir que je rédigeai à science-po (grenoble) et que j’ai conservé : « La jeunesse n’est qu’un mot » ; commentez cette phrase de Pierre Bourdieu". Aussi, pour ce test, je repris certaines des idées et la méthodologie que j’avais déjà utilisée lors de mes études. Il me fit plaisir de m’apercevoir que, justement, le temps ayant passé depuis, j’avais enrichi mes idées sur le thème entre temps.

 

Je ne sais pas encore si j’irai jusqu’au bout de ce chemin vers l’ENA et à l’ENA. La manière même dont j’ai traité le sujet –davantage comme une analyse de culture générale que comme une note d’actualité-  manifeste que j’ai une autre culture ; mais je peux apprendre aussi ; je verrai ; pour l’heure, je vais suivre la préparation. Je remercie les professeurs qui ont apprécié suffisamment mon travail.

 

Je présente ce texte ci-dessous comme un travail intellectuel appliqué à cette question, et dans le cadre défini.

 

    

 

 

LA JEUNESSE EST-ELLE UNE CHANCE POUR LA SOCIETE ?

 

Dans une de ses chansons, le chanteur populaire Charles Trenet mettait en musique « ses jeunes années » ; les siennes « couraient dans la montagne ». Si la jeunesse symbolise a priori temps libre et bonne santé, elle parait à tous aujourd’hui une notion évidente ; sa définition même est toutefois sujette à la relativité des cultures dans l’espace et le temps. Ainsi, dans la Grèce antique, l’énigme posée par le Sphinx cherchait à connaître l’animal qui, au matin de sa vie, marche à quatre pattes, à midi marche sur deux pattes et le soir sur trois ; cet « animal » étant l’humain, ce mythe illustre que l’enfance, l’âge adulte et la vieillesse peuvent, pour une société, constituer des repères d’âge suffisants.

 

Aussi, au travers de la relativité spatiotemporelle des définitions de la jeunesse, au travers du prisme de l’actualité, et utilisant des critères à la fois culturels et concrets, nous verrons d’abord que la jeunesse est une chance si elle a sa place dans la société et participe à l’harmonie globale ; puis nous verrons que l’utilité sociale de la jeunesse peut- être ponctuellement mise en question par une analyse plus critique de possibles dysharmonies sociales liées à ce concept.

 

I. LA JEUNESSE UNE CHANCE POUR LA SOCIETE 

 

Pour le sociologue Pierre Bourdieu, «  la jeunesse n’est qu’un mot ». Mise en question de philosophe, cette formule fait écho au caractère relatif de la notion de « jeunesse » Afin de clarifier notre propos, nous identifierons la jeunesse au travers des prismes biologique, sociologique, économique et mental qui la définissent. On sait que les études des sociologues utilisent des catégories d’âge telles que les tranches 18-25 ans et 25-35 ans… Quoiqu’il en soit d’une définition trop absolue, la jeunesse commence après l’enfance ; symbolisant le début de la vie d’adulte, elle symbolise pour la société la santé biologique, un temps socio-économique pour la formation et les premiers emplois, et corrélativement une plasticité intellectuelle et une adaptativité certaines. C’est donc, au premier regard, un concept valorisé, voire phare, de nos sociétés, auxquelles elle renvoie une image de santé, de fécondité, de formation et de liberté.


             Les représentations du rôle de la jeunesse sont différentes selon les sociétés ; comme l’ethnologue Claude Levi-Strauss a mis en exergue la pluralité des imaginaires culturels, on remarque que la tradition, système fondé sur la répétition, valorise les Anciens comme symboles d’un équilibre social parvenu à sa perfection au travers des millénaires ou des siècles de générations. A ce titre, l’Afrique, qui reste un continent marqué par le « respect des Anciens » parait associer la considération pour les personnes âgées à un certain conservatisme social. On note que, dans un milieu caractérisé par sa stabilité, il est exact de penser que les plus anciens soient aussi les plus savants ; inversement, dans un monde infini et changeant, la connaissance n’est pas nécessairement un fruit donné par le long terme, chacun étant libre d’apprendre ou d’ignorer ; dans ce cas, la jeunesse peut être, sur tel ou tel point, plus savante que le Grand Age, et en faire bénéficier la société. (…). La faculté critique de la jeunesse ne rejoint-elle pas aussi la liberté démocratique qui interroge l’autorité sur la rationalité de ses choix ?... Plus extrême, la pensée libertaire de mai 1968 est allée jusqu’à une autre mise en question radicale de l’autorité : capacité de contestation, de rébellion, d’innovation, la jeunesse –contenue dans le cadre démocratique- parait garantir à la société la faculté de s’interroger sur elle-même.

 

Concrètement, la biologie de la jeunesse lui donne de la force et de l’élan. Dans les pays peu mécanisés, la jeunesse est une force de travail incontournable… Sa plasticité intellectuelle lui permet d’apprendre vite et bien. Comme la néotonie humaine permet à l’être humain d’être le plus adaptable de tous les êtres vivants, la jeunesse apporte à la société la promesse de l’excellence du savoir. Dans des sociétés dites « de la connaissance » ce point est très appréciable. Cette même biologie de la jeunesse lui permet également de faire rêver les autres classes d’âge Dans un temps d’interrogations sur la réalité de la transcendance, l’image de la jeunesse semble être le symbole d’une sorte d’immortalité immanente à laquelle, peu ou prou, tous s’accrochent. Ainsi la jeunesse est aussi une sorte de repère de l’idéal. A contrario, Aristote définissait la vieillesse comme un état de desséchement et de morosité. La jeunesse donc est un concept moteur, stimulant. Symbole de plasticité, de créativité, d’ouverture d’esprit, de soif de connaissance, elle semble représenter une garantie de créativité et de liberté ; en même temps qu’elle garantit le renouvellement des générations. Enfin, d’un point de vue économique, la jeunesse représente l’adaptativité et l’apprentissage rapide.

 

 

II POSSIBLES DYSHARMONIES SOCIALES

EN LIEN AVEC LA JEUNESSE

 

Il existe toutefois des limites à l’idée de poser la jeunesse comme une pure chance, un idéal social pour la société toute entière, ce que d’ailleurs certains décrient sous l’appellation de « jeunisme ». L’anomie sociale, décrite par le sociologue Durkheim, est une menace pour les classes d’âge les plus jeunes, et leurs éventuelles pertes de repères peut avoir des conséquences sociales néfastes, comme la délinquance, pour laquelle on parle généralement de « bandes de jeunes » plutôt que de « bandes de vieux ». A la plasticité et la créativité d’une jeunesse avide d’apprendre, s’opposent la malléabilité, l’influençabilité, et la vulnérabilité des esprits trop jeunes, qu’il convient de conseiller, guider, orienter.  (.) La jeunesse peut s’égarer ; elle peut aussi être manipulée, comme par Hitler et ses « jeunesses hitlériennes », qu’un régime inique avait  voulu dresser en symbole de la puissance d’une race ou d’une culture exclusive… De ce point de vue culturel, on note également que la jeunesse correspond aux idéaux de la vente, donc du marketing, qui représente parfois une simple manipulation des masses, parfois dangereuse, par le mépris de l’esprit dont elle témoigne. La politique sait user de ces concepts vendeurs ; on parle souvent du remplacement des générations précédentes –comme des vieux éléphants aux jeunes lions- comme d’un bien en soi, tandis que d’autres valeurs peuvent être valorisés par l’âge, telles que la mémoire, le savoir, le sens des responsabilités etc. Ainsi la jeunesse parait un concept dangereux s’il est manipulé à des fins mercantiles ou de notoriété, exclusivement. Dans ce cas, il parait parfois appauvrir le débat public. Enfin, valoriser la jeunesse pour la jeunesse, dans la définition d’un idéal en quelque sorte « éblouissant » peut réduire la capacité à prendre en compte les réalités du grand âge, parfois difficiles lorsque l’humain s’approche de son décès –auquel nul jeune ne semble vraiment croire-.

 

Limites culturelles, la jeunesse connaît aussi des limites socio-économiques qui circonscrivent la chance qu’elle représente pour une société : coût de la formation, difficultés d’insertions socio-économiques –et c’est le cas de nombreux jeunes touchés par l’aggravation considérable de chômage au premier semestre 2009 – la jeunesse constitue aussi un poids économique et représente une responsabilité pour les classes d’âges aînées. Trop peu de jeunes ne financeront pas les charges des Seniors ayant cessé de travailler, cela compte aussi.
 

 

 

 
En conclusion, toute classe d’âge est une chance pour la société ; en cela, c’est l’équilibre et le mouvement d’ensemble qui comptent. Représentant l’avenir, la jeunesse doit faire l’objet d’attentions particulières et révèle la manière dont une société se projette dans son futur. Motivés, motivants, les jeunes constituent un indéniable source de vitalité, une vraie chance pour toute société, à condition qu’elle –dans son ensemble- sache les accueillir.

 

 

 

ppm2.jpg

 

****

 

 

 nb: Athènes, fin juillet 2009 -A partir de l'aéroport, je me rendis au Pirée, après un détour de plusieurs heures lié à l'incurie des réponses de ceux à qui je demandai mon chemin; j'atterris ainsi à Agios Théodoros, non loin de Corinthe (!) où se passa l'anecdote suivante : il était interdit de fumer dans la gare. Aussi, avant de reprendre le train en sens inverse pour aller au Pirée puis partir dans les îles, je descendis sur la rue pour fumer une cigarette. J'étais aussi passablement fatiguée de plus de 24 h de voyage au total. Or, fumant, je vis au dessus, sur le quai, une grosse dame fumer une cigarette, dans l'enceinte de la gare, donc. Je lui lançai, en grec :

- N'est-il pas interdit de fumer dans la gare ?

- Oui, me répondit-elle, mais ajouta-t-elle, si quelqu'un venait lui faire une réflexion, elle jetterait sa cigarette; et elle me désigna un endroit, plein de fourrés et de broussailles, où elle prévoyait de lancer son mégot allumé.

- Si vous le lancez là, lui dis-je, vous allez déclencher un incendie.

Elle disparut sur le champ de ma vue. 

 

No comment.

 ****

DSC00015 Affichage courrier grand format.jpg

 

 Ah, Ellada... Pour ceux qui ne l'ont pas vu, le chanteur grec le plus connu et un des plus appréciés dans son pays, Vassilis Papakonstantinou chante. Si vous parlez de lui en Grèce, nombreux sont ceux qui en sourient d'exaltation. Ici, il chante le poète espagnol Lorca, sur un poème de Nikos Kavvadias : http://www.youtube.com/watch?v=R8cznEr6D7U&feature=re...

Là, dans une autre version de la même chanson, avec une très belle intensification en cours de chanson (illustration des paroles de la chanson au mot à mot, à peu près) : http://www.youtube.com/watch?v=twj3vBKEMhE

Et ici il chante "Sébastian", dans un grand déchainement lyrique (c'est pour ça qu'on l'aime) http://www.youtube.com/watch?v=nbOuHw9lZrU

Et là, c'est un autre chanteur grec très connu en Grèce, qui chante la même chanson sur Lorca, dans un beau son. http://www.youtube.com/watch?v=qCOs_9FjkXw&feature=re...

 Je connais trop bien la Grèce pour l'idéaliser, mais dans ces clips, paraissent l'expressivité, le romantisme, le lyrisme de ce pays.

 

NB : illustration Claire Delhomme Pictures (ici Paris Plage et Iris, chatte d'écrivain) - tous droits réservés -