29.10.2009

ET SI ON CLAPOTAIT...

  Carnet de voyage - Sur l'île de Naxos - Août 2009

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 Vendredi je crois

Ecrire, assise en tailleur, pour bronzer l’intérieur des cuisses, c’est le jeu de la jeune écrivain moderne qui sait faire plusieurs choses à la fois.

Palmes bleues

Lumière sur l’eau qui s’évase à mesure que le soleil descend

Le vent

Projette sur moi des paillettes de sable ;

Des petits cailloux ici et là, des algues

Deux planches à voile, un navire qui trace

Avec ce vent les traces des pas

Reprennent bientôt une forme douce

Ma peau

Est l’assemblage de cellules par lequel mon corps tout entier se présente au monde

Qui l’a créé.

Je regarde un petit coquillage ici,

Témoin que le monde en ce lieu

Est en pleine santé.

*

Les maisons là-bas sur la colline sont nimbées de lumière (...)

Ce soir, j’irai marcher sur ce rivage

Que je ne connais pas encore

Voir ce qu’il y a derrière ce rocher.

La prochaine fois ce voyage

J’aimerai le faire à deux

Pour que le sable que je prends dans le creux de ma main et laisse couler,

Je le vois glisser sur le poignet

D’un homme

Que je regarderai avec tendresse.

*

De ce côté, une fille entre habillée dans l’eau. De l’autre, un couple d’une soixantaine d’années est nu sur la plage. Les bras des amoureux s’élevant des serviettes se mêlent en contre-jour devant l’étendue scintillante du soir. Des jeunes gens s’enfoncent dans le flot, qui mange leurs cuisses, puis leurs bustes, jusqu’au moment où seules les têtes, ombres ambrées, paraissent sur la surface. Des garçons en face, sur un rocher. Y sont-ils allés à la nage ou un bateau les aura déposés ?

Tout à l’heure, j’avais perdu mes lunettes de bain, puis, retournée nager, je les ai vues sous l’eau : tache bleue mouvante au fond ; était-ce un poisson exotique, une porte vers un royaume sous-marin, une algue toxique ? N’écoutant que mon envie de retrouver cet utile accessoire, je plongeai les yeux ouverts, et, les ayant reconnues, les ramenai joyeuse à la surface de l’air.

Ronds dans l’eau.

Deux de suite, c’est ce qu’il faut pour un effet magique

 *

 A la rentrée, je dois être prête pour me présenter écrivain. De retour à Paris, je reli—(pause pour photographier deux jolis amoureux grecs qui me le demandèrent sur les dunes)- rai mon roman, l’aboutirai, le copierai et le distribuerai. (...)   

Sans cesse, je fais le point avec moi-même, prends soin de moi, définis mes opinions vis à vis de tel ou tel, essaye de nettoyer le passé et détruire ce qui gêne : les faux silences (...) La douceur pour les doux ; aux autres la porte de sortie, bien définie ; ainsi le sable m’accueille entièrement. L’ombre du stylo,  et de ma main se dessine sur le papier comme j’avance mon texte. Sous l’eau, j’ai vu les morceaux d’algues bouger doucement, suspendus, au dessus du sable strié en lignes gracieuses. Encore des têtes paraissant sur le flot. Sur le rocher, un garçon debout. Je trouverai tous mes chemins, me créerai un foyer, chaud et libre, comme ce soleil.

 

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Je m’allonge, tandis que le vent tourne les pages de mon carnet. La nudité est un instant de vérité, rien de plus rien de moins.

 

Fille adoptive de la Nature. Une philosophe à la plage.

 

  

Dans un restaurant du rivage, soir

 Parasols rosés sur fond maritime bleu doux, se soulevant doucement dans l’air, parfumé de poisson grillé. E voici même que des cavaliers sur chevaux passent sur la plage. Bleu, rose, et le soleil orangé, qui dépose des taches claires, solaires, sur les dunes couleur crème. Un drapeau grec sur le rivage, effilé à son bout, comme souvent le sont les oreilles des chats sauvages.

 *

 Hier, un gros grillon d’environ douze centimètres sur un escalier. J’allais acheter une glace ; j’ai pris un autre chemin.

- Il y a un gros ts ts, ai-je dit à la dame du magasin (parce que je ne sais pas comment on dit « grillon » en grec)

Avec les doigts, elle l’a pris, et l’a déposé dans un fourré.

Un peu de vent, un papillon :

- Viens voir d’ici, dit une fille grecque au restaurant : vu d’ici, c’est encore plus romantique.

Sa copine la regarde en riant, conserve la même place. Des chats passent. Je bois une liqueur de Naxos. Un couple se restaure, dans la perspective qui s’étend, la route de sable, les dunes, les maisons blanches, les promeneurs. Il ne faut pas nous changer le climat de la Terre : il est à son optimum.

Oiseaux chantant, plantes grasses en profusion. La panne de mon appareil-photo me pousse à trouver tous les mots : clic clic clic.

 *

 Hier, en un jour, au soleil de midi, j’ai changé de couleur. En grec, pour dire « bronzer », on dit « noircir ». Au moins c’est clair.

 

 (...) Enjoy the cat view

 

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 Petit déjeuner

 Enfants plongeant dans une piscine, bavardages, chansons et zones de lumière et d’ombres s’équilibrant en douceur dans la douce Naxos, sur la terrasse. (...)

(Il me manque quelqu’un pour me crémer le dos de protection solaire.)

- Je créerai un foyer, libre et doux comme ce soleil, dit-elle.

 

 

Environ 16 h

Poissons donnant la joyeuseté du lieu

Collines, Méditerranée, langue grecque,

Crème solaire parfumée, palmes encore :

Et paysage encore ;

Pas de place pour la lassitude

J’ai commencé à me reposer, me retrouver

Dans cette bienveillance naturelle.

 

Si j’allais nager nue ?

Certains le font ici, de ci de là.

Une fois dans la vague, j’enlèverai mon maillot

Je n’aurai que mes palmes

Et mes lunettes de natation…

 

 

Soir rosé

On marche un peu dans le soir rosé, sur la route douce saupoudrée de sable. Lentement, le corps vire au doré, caramel, ambre. Tout est plus proche, plus direct, plus physique ; à chaque instant, qui vient comme monté de la mer. Ici les parasols sont crème. On marche encore, on avance, un autre regroupement de détente apparaît sur le sable : ici les parasols sont d’une autre couleur. Un peu plus loin encore, ils sont bleus, du ciel au marine. Là où ils sont orangés, le rayon du soleil couchant se baigne dans la mer, assorti aux objets de création humaine. Quelques mètres plus loin, le rayon solaire se fond en un bateau zodiaque qui reste à méditer, balançant. En arrière plan, les collines sont toujours mauve-violine à contre-jour. C’est là, juste derrière, que le Soleil se pose, descend, ou plutôt la Terre monte, au dessus de lui, tandis que la lune, à la faveur du jeu des éclairages, présente son repère translucide, comme la pièce d’une monnaie qui ne s’échange pas, juste là pour faire joli ; juste là et c’est joli.

Assise sur un transat bleu, les pieds au sable,

J’écris accoudée à une petite table de bois

Sur laquelle des pierres sont posées.

Je me suis arrêtée là pour écrire

La couleur des parasols, le miel du soir

La beauté absolue, à mes yeux, de ce lieu

Qui bat des records de douceur.

"Ne battez pas des records de prix", disait une affiche à Athènes,

Durant les JO de 2004 :

« Battez des records de poésie ».

 *

Deux petites filles se penchent sur le flot

Pour laver leurs mains

Une musique techno monte le son

Est-ce une voiture qui passe ou un pub

Qui veut exciter la nuit

Maintenant les enfants assemblés creusent le sable

Avec deux-trois objets

Ils ont toujours quelque chose à faire,

Tandis que sous les parasols, une famille se restaure,

Et  des adultes jouent à la raquette.

Je vais poursuivre ma route....

 

Jusqu’à trouver la musique....

 *

Parce que je voulais traduire pour les autres cette beauté de la Grèce qui justifierait à elle seule la supériorité définitive et terrestre du mot « démocratie », la sainte imperfection et le divin progrès des sciences, dont les bases furent posées par Aristote et ses amis ; oui je voulais témoigner de cela, le connaissant bien…

  

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 Le lendemain

 Etre intellectuelle, c’est comprendre ce qu’il se passe et le dire. Etudier, lire, définir, identifier. La prise d’intérêts matériels correspond souvent à une vision partiale de la réalité. L’intellectuelle réduit au maximum ses dépendances, et, puisqu’il lui faut comme un chacun tirer des revenus de quelque chose, elle choisit une dépendance honnête, identifie cette dépendance, et peut l’expliquer. Ainsi que le disait Fernand Braudel, il faut donner sa relativité comme une information, à défaut de ne pas en avoir. Toute relativité possède un intérêt documentaire ; parfois le particulier très bien défini permet d’éclairer le général, c’est à dire un groupe de faits. Mais l’intellectuelle cherche au delà du particulier, le général. Plus que l’intérêt documentaire, elle cherche à présenter l’intérêt analytique et synthétique : la logique et la généralité ; à l’intérieur desquels le particulier agit.

 

En face de moi la ligne bleue claire de l’horizon, où sont posés quelques rochers. Ici, à l’intérieur des terres, de grands rochers à orme de galets sont disposés dans les collines. (...)  Ce qui est beau, c’est que la lumière prend la forme des vagues. Au soir avant de m’endormir, j’expulse les anciens démons, je les terrasse et je m’endors, ayant vidé mes colères (...). Pas d’idéalisme, pas de cynisme. Je connais l’humanité. Certes les dieux aiment la justice, mais la réalité ne tend pas naturellement vers la récompense des actions justes, si ce n’est qu’il existe une beauté morale, donnée à ceux qui agissent de bonne volonté. Le désir de justice caractérise l’humain ; comme l’extrapolation d’une douce maman chatte qui soigne simplement avec chaleur et douceur ses petits ; la biologie, par nécessité, s’appuie sur ce genre de beauté. L’humain la généralise, en se pensant soi-même comme une unité, une intelligibilité.

 

(...) Je parle clairement. Je cherche la lumière de l’esprit. Une fois captée, mesurée, testée, je l’écris. En ce pays d’Aristote, j’ai à me réjouir de pouvoir respirer ces mots vrais. Il me faut des alliés puissants  Pour sauver la Terre, il faut sa vérité…

 

Respecter d’abord l’esprit, aimer la justice, rejeter l’incohérence, valoriser la conscience : de bonnes directions ; beau et bon.

 

Comme devant moi, un lampadaire sur l’horizon bleu clair. De lui-même, le Soleil éclaire la vérité des formes ; la nuit, l’ingéniosité humaine le remplace, secondant la lune, au milieu des étoiles. Lorsque vient l’heure du bain, dans l’après-midi, tout s’oublie au milieu des étincelles d’eau d’air et de lumière.

 

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Soirée aux chats au restaurant

Stylo prêté par la maison

Environ 21 h

 

Tout à l’heure, un petit garçon portant un tee-shirt où il était écrit « animal », s’arrêta sur une étendue face à la mer pour caresser un chat, lesquel, après qu’il fut parti, se roula quelques instants sur le dos, s’étirant, face au ciel.

 

Petits grabuges en arrière fond dans les cuisines. Il arrive dans des restaurant, en Grèce, on entend en arrière des disputes entre le personnel, entre les membres de la famille, puis ils vont prendre les commandes, contenus et souriants :

- Ia sou paidi mou, ti chriasesei ? (Salut mon enfant, que souhaites-tu)

 

 Tout cela est sympathique, et ici, suscite le rire du serveur : une sorte de danois, et d’un groupe de ses compatriotes, un tant soit peu échevelés. Comme une femme en arrière plan criait, l’un d’eux indiqua à deux touristes attablées :

- She says that she loves me.

 

Le restaurant est agréable car un peu surélevé sur la mer. Les chats y sont nombreux, rodant autour des tables ; l’un d’eux se risqua même à grimper sur une chaise pour humer le filet parfumé des assiettes de mes voisines de table. Alors le maître de maison apparut, armé d’un grand morceau de bambou –végétal ici fréquent- et tous ils filèrent douce, évacuant la terrasse, rapides et aplatis comme les chats cherchant à éviter l’orage de la punition.

 

La vue est magnifique, l’air frais ; j’ai assez bien nagé ; j’étais morte de faim.

 

Qui peut le plus peut le moins, comme disait Socrate.

Un peu de retsina, au goût de tonneau et de tonnelle. Quelques lumières, sur le mouvement de la crique, commencent à s’allumer aux blanches maisons.

Je reste studieuse, histoire de France, etc. (…)

 

Le maître de maison vise un chat avec la nappe de papier, roulée en boule, de clients précédents. Sur l’étendue, à côté, plus ou moins un parking, un petit garçon passe en courant tout nu, suivi par un autre habillé. Le patron a coupé deux jambes de la pieuvre suspendue au dessus de l’entrée du restaurant : il est écrit "sport » sur son tee-shirt. J’ai quand même donné du calamar au chat. Ils sont maintenant deux à me donner des regards glamoureux. Mieux vaut des chats que des hommes, pour l’instant, ça me laisse libre.

 

Je discerne ce soir, avec le stylo de la maison, aux chats le grand prix de l’humour mammifère. Voilà qui nous aidera à faire progresser la civilisation.

 

Resto très agréable.

 

La dame m’a apporté beaucoup plus de retsina que j’avais demandé. C’est marqué « Artémis » sur le cendrier.

 

Je joue les reporters gatronomiques ce soir. Il est toujours plus facile d’être stable quand on rentre dans une forme géométrique prédéterminée :

Que nul n’entre ici s’il n’est géométre !

La nuit est tombée, mais la lumière grecque veille.

 

 (…)

 

Nb : 2ème pichet de retsina. Ici le vin sert à oonvaincre, aussi bien pour l’amour que pour le commerce.

 

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nb : toutes images protégées par le droit d'auteur de l'auteure.

18.07.2008

Jubilation géométrique 1

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Le prestige du feu

 Le rouge rose de mes ongles te laisserait penser

Que je t’aime sans mesure...

 

Que je porte alors l’allumette allumée

De mes doigts à mes lèvres,

Et tu en serais sûr…

 

Poséidon, dieu des flots, est roi, dans son château d’azur.

Pour moi, il est vrai dieu, et le seul qui soit sûr…

 

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10.04.2008

Jubilation géométrique 2

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Ecrit sur une plage de l’île de Naxos, Cyclades…

(Je te parle des vagues de la mer)

«L’avais-je lu dans quelque livre ou sur les vagues de la mer ?... »

Ecoute-les maintenant.

Pour toi, je les capte. C’est l’apologie du scintillement. C’est la parole des vagues.

Le sable, la lumière et l’ombre.

Le mouvement, l’intelligence et le rêve.

L’Acropole ?... C’est la lumière sur l’humain ; rien ne l’use et rien ne l’abuse. A l’aimer, on se fait du bien.

 

Ecrit sur la plage…

Ocre et blanc, sur la main qui devient brune… et si le rouge rose de mes ongles te rappelle que je t’aime, alors tu m’embrasseras, comme la dernière fois.

Je reprends la suite de l’Histoire, la mélodie des vagues, les criantes Bacchantes aux couleurs bacchanales : Dyonisos du Dedans, la douceur du dehors, et les deux se mêlant. Baisers. Et d’amour et d’aurore.

Zappéion a donné le ton, pour se toucher. Je regardais les lunes passer dans les regards, au son technotronique des olympiques vapeurs. Nuits d’été. Athènes mélancolique, gaiement, où la magie ruisselle, comme juste après le bain, le corps retourne au ciel. Dans les ruelles, vêtements légers, talons bondissant aux escaliers de pierre, mains sur les hanches, regardant les spectacles ou balançant les mots, d’une bouche vers une autre. Lux, lumière. Etats et positions. Et vitesses, oh vitesses.

Ainsi montait la Nuit, dans les scènes magiques. Acropole de mon cœur… Même dans la nuit, le jour, les personnages savants, les robes étourdissantes où les étoiles sont peintes, les bouches remplies de miel. La langue dans l’oreille…

***

Je pense maintenant au triangle de Zappéion : le triangle parfait : paroles, curiosité, sensorialité… J’avais franchi des portes sous la lune passante, par lesquelles oh toujours j’arrivais au rivage. Les colonnades, les limonades, et les parades, de ci de là. La nudité de l’âme. Le vol des hirondelles, qui passent sur la vague : oh légères, si légères que tu ne les tiens pas plus dans ta main que le sable. Tu les admires seulement, tu imagines le son qui vient avec leurs ailes dans l’Unique Unisson de la nature du monde.

Unique…

Et bien sûr, il existe dans l’histoire un professeur pour la Petite Passante où coule le Rayon : qu’elle lise l’Iliade, pour être bien sérieuse. Dans sa bouche, une par une, il lui donne les lettres qu’il lui faudra connaître pour traverser l’amour.

Dyonisos du dedans et douceur du dehors, et les deux mêlant, et d’amour et d’aurore, aux ludiques vapeurs.

Ainsi il l’entraîna aux promenades dallées sous le Marbre des Marbres. Fleur de chair, mots joyeux dans la Rixe, et puis cette balade de la main baladeuse…

Au cœur de mes pensées, sous l’astre des pensées… J’ai pris des photos de l’intérieur de la Vague… Et maintenant, me voici sur le sable, dans cette heure très très douce, où l’orange et le rose ne font plus d’ombre aux mousses ; rochers, où les algues colorent les aimables regards. Phares, phares et phares. Lumières, repères, lumières...

 (cd, août 2005)

 

 

06.04.2008

Jubilation géométrique 3

 

1 bateau à l'aube, skopelos, cmbd.jpgTinos, Thessalonique, Athènes, Patras…

 

 

Dimanche, 11h05, gare de Thessalonique

Moment de libre dans mon emploi du temps. Lipon… (alors…).

Je reprends le fil de mon récit, sur le bateau, en direction de l’île de Tino. Tino… Grande île composée d’une soixantaine de villages. Maisons blanches, dessins de bateau, pots de fleurs et arbrisseaux savamment disposés, poteries, escaliers vers le ciel : à regarder tout cela, je tends encore davantage à penser que les grecs d’aujourd’hui conservent le sens de la géométrie qui ordonnait la création de leurs statues. Et de même leurs temples et autres scènes enlevées, harmonieusement disposées… ainsi que maisons blanches ou poteries au bord de l’eau… L’art était partout en Grèce dans l’antiquité. Serait-il encore aujourd’hui partout, à ceux qui savent regarder ?...

Le débarquement à Tinos eut lieu aux environs de cinq heures du matin. Un archange Gabriel sur la porte d’une église me rappela au souvenir de mon grand-père, qui portait ce prénom.

Nuit passée chez un jeune marin… Au petit matin, j’ai trouvé asile territorial dans un café du port. Café frappé, soleil frappant… Pour la première fois depuis le début de mon voyage, je me suis arrêtée deux jours de suite au même endroit. Après le marin, la pension de famille, calme, aérée, propre, où l’ambiance bon enfant m’a permis de récupérer quelques forces, dans la petite chambre blanche au dessus de la rue principale, bordée de magasins de colliers, komboloïs, icônes et autres objets pourvoyeurs d’enjolivements existentiels. Le second jour, j’ai profité doucement de la plage, après avoir bien baigné mes yeux dans les bateaux, grands et petits.

L’ambiance, sur cette île, quoiqu’assez familiale, réserve son lot de griseries. Evidemment, une faune de jeunes loups de mer et autres dauphins humains se signale toujours sur les côtes. On y voit aussi de nombreux couples et des familles. Arbres sous le vent, plages longues et naturelles, cocktails sur le port où les réverbères saluent les reflets changeants de la lumière sur l’eau, décontraction simple et douce.

Au deuxième matin, j’ai vu une tempête de sable sur la plage. Comme d’habitude, j’ai trouvé un refuge paisible dans un café du port « le dauphin », dont j’avais fait mon point de repère. Totalement pleine de sable, d’eau de mer et de vent, je ressentis ce moment avec une plénitude totale.

 

Train Thessalonique-Athènes

Dans le train

Orange à l’intérieur

La fumée bleue grise de ma cigarette

Monte vers la fenêtre.

Tandis que, sur mon ventre,

Je sens les gouttes d’eau descendre,

Lentement, une à une.

Ici parlent des adolescents,

Une vieille femme s’aère avec un éventail.

J’entends une voix

Est-ce celle du contrôleur

Qui expliquerait pourquoi le train s’est soudainement arrêté

Au milieu des campagnes

Par une chaleur pareille ?

 

Bonheur, il semblerait que nous repartions…

Quelques bruits mats et sourds sous mes pieds

Et lentement les arbres du paysage se remettent à bouger.

La femme à l’éventail fait un sourire édenté

Et se signe de la croix

En riant.

   

Gare du Péloponnèse, Athènes

J’attends le train pour Patras.

Un homme arrose les plantes,

Avec un tuyau d’arrosage.

Tout à l’heure, ils parlaient dans ce café,

De la chaleur.

Il est 21h50 au café de la gare du Péloponnèse.

Je porte au poignet

Deux bracelets de coquillage.

En face de moi, un taxi jaune

Devant lequel deux hommes discutent.

A combien de personnes peut-on penser à la fois

Sans les abîmer ?...

Bain de pétales,

Langues enlacées…

 

  

Mardi, à Patras

Je fais une petite liste de mots grecs modernes ressemblant aux mots français, qui en sont issus. Ceux qui me viennent à l’esprit, aujourd’hui : physis : nature ; soma : corps ; erotas : amour ; kardia : cœur ; paidi : enfant ; psichi : esprit ; logos : raison, langage. Et bien sûr, démocratie, dimo (peuple) kratias (pouvoir).

 

Mercredi, Patras

Grandis, enfant, grandis

Progressivement,

Tout doucement ;

Ta pirogue étoilée

Te porte encore aux champs

Que le ciel a plantés.

Grandis, enfant, grandis

Tout doucement…

*

La mer cogne, doucement

Contre les rochers,

Tout à l’heure, j’ai vu dans l’eau

Bondir de grands poissons.

Sur la mer bleue,

Une bouée rouge

Donne un repère aux nageurs

Et au loin, un bateau blanc

Parle des rêves que tous nous avons transportés.

Au dessus des collines

Quelques petits nuages

Choses roses dans le ciel bleu

Ne donnent pas les dimensions du ciel

Car le ciel n’a pas de dimensions.

*

Hier soir ici, à Patras, un grec avec qui j’ai bavardé, m’a dit que le dieu des chrétiens croyait en réalité à Zeus, et aux douze dieux de l’Olympe –d’où les douze disciples-, et qu’il s’appelait Jason, et non Jésus.

Parfois il me disait « Nous les grecs, nous sommes comme ça, nous volons dans les nuages ».

Je trouve de la joie à être aventurière.

Lorsque je tourne la tête pour dormir,

Le ciel et les collines tournent avec moi.

*

Ecrire cinq phrases, écrire trois mots

Comme Marley the Bobo

Comme Marley the Bobo

Oh comme Marley the Bobo…

En voyant passer les bateaux

J’aspire mon café

En voyant passer les bateaux

C omme Bob et ses fleurs de Marley

Comme Bob et ses fleurs d’oranger...

  

   

Mercredi soir, Patras

 

Place de la paix du monde

The flash !

The light !

The man !

The stranger !

She told him :

- Oh, but you’re the sun !

He smiled :

- I see, he told, that you're the sea...

Cela s’appelle une insolation.

Cela donne plein de frissons.

    

 

Vendredi, dans les fauteuils du bateau

Entre Patras (Grèce) et Brindisi (Italie)

 

Un rayon de soleil, large, doré, et vert

S’étend sur la Méditerranée du matin.

J’ai encore, dans la bouche, le goût délicieux d’un gâteau grec, aux noisettes, poisseux et léger, tendre et craquant, une vraie merveille de filaments et de rêves, de pensées…

Après une nuit fraîche, je me frotte contre la chaleur diffuse de l’astre, et prends mes propres règles, mes préférences.

Après avoir eu froid, comme il est bon de se réchauffer…

Puis tenir en équilibre dans la tiédeur,

Les yeux vaguement éblouis

Et de faire le point

De marcher sur des chemins.

Voyage, voyagé, voyager…

Dehors, un papillon volète contre les grandes vitres. Au loin, un bateau blanc voyage, suit son chemin.

Et ici ce rayon.

Je pense

L’avenir au présent.

Autour des tables, les murmures humains se rassemblent, autour des verres, en langues étrangères. C’est aussi cela, la beauté du monde moderne : cette paix, qui pourrait bien nous étonner.

 

 

10.03.2008

Le bruit de l'eau - Traversée

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Traversée

Voyager en Grèce est un sport, un bonheur et un privilège. La lumière vous prend dans ses bras. La chaleur vous couvre de baisers. La vague vous fait balancer : où que vous portiez vos yeux, toujours tout est nouveau.... Le texte ci-dessous est un extrait d'un de mes deux carnets de voyage en Grèce, le deuxième, de 2004, l'année des JO d'Athènes. Je l'ai appelé "Le bruit de l'eau", car je m'étais donné alors comme objectif d'écrire comme l'eau qui coule. Amatrice de liberté, en littérature comme en toutes choses, j'en arrive peu souvent à m'imposer des contraintes de style. Or cette fois, je m'accordais à vouloir imiter le bruit de l'eau. Non par une recherche complexe et factice, mais par un sentiment doux et coulant... Mes carnets de voyage ont été rédigés, comme leur nom l'indique, durant le voyage, au fur et à mesure de l'avancée. Aussi ont-ils cette propriété spécifique de présenter une écriture qui, pour n'en être pas moins littéraire, attentive aux mots et aux idées, est une écriture très spontanée, non retravaillée. Ecrire pendant le voyage, c'est s'installer dans un café, une chambre d'hôtel, sur le pont d'un navire, pour rédiger, avec le stylo encore couvert de sable, et dans sa poche, un autre billet pour embarquer, débarquer, aller encore ailleurs, tout à l'heure...

Le texte ci-dessous, écrit sur le bateau entre le port d'Ancône (Italie) et le port de Patras (Grèce), est le premier de mon carnet 2004. Le voyage se découvre à l'auteure en même temps qu'il se raconte.

 

10 août 2004 - Bâteau Ancône-Patras

Tandis que le microphone du bateau

S’élance de quelques mystères supplémentaires et bénins

Le coucher de soleil couvre, oranger,

L’amour maritime d’un voilier.

De ci de là, de petites embarcations se balancent

Sur le dos profond, lyrique et prolifique,

Apprivoisé.

Quand la Méditerranée réapparaît,

La question parait une réponse

A une question qui n’avait pas été posée,

évidente.

Telle est, ce soir, à la table de plastique blanc où je suis accoudée, sur le bateau,

Ma manière de voyager.

 

Des mots grecs se mélangent au décodage encore confus

Et je vois les définitions pour les clartés

Dans les harmonies de couleurs,

Mouvantes, émouvantes, captivantes.

Je les fixe et je suis contente : simple beauté, simple aventure ; après après demain, à Athènes, les jeux olympiques : « Le combat olympique », disent les Grecs, va commencer.

Hommage rendu par les couleurs à la lumière.

 

11 août 2004

La première nuit, je me suis réveillée au 3ème étage d’une couchette de train à Turin (Turino ! Dans les grandes montagnes…). Oh j’avais laissé entrer en moi tant de cette boisson couleur de bois qu’on boit pour se garantir un éveil printanier, qu’à vrai dire, je n’avais pas dormi du tout cette nuit-là. J’avais fait tourner des pensées, comme on cherche –un peu fébrilement, très agitée en dedans- la bonne mise au point pour une photo que l’on ne peut rater : sachant qu’il faut être très calme, un peu léger et très sérieux, pour la réussir.

A Turin, j’ai sauté d’un train à un autre train. La distance entre les deux était composée du sol d’une gare et de personnes à aimer et de personnes à écarter ; de jubilations d’électrons juvenilement rassemblés, et d’angoisses. « Je ne revois qu’une chambre bleutée, où j’ai pris la mesure des clartés, et j’ai vu tout d’une égale beauté »…

Différente beauté…

Ainsi j’entrais dans le second train, qui devait me mener jusqu’à la Méditerranée : rassemblée en immense paquet bleu d’émerveillements et de gens heureux, émerveillés…

J’avais pris l’engagement, vis à vis de moi-même, d’être une vague, pour l’écriture. Considérant que l’eau représente une sorte de magie naturelle, une sorte de perfection dans le mouvement et dans le son : j’avais pris l’engagement, depuis un certain temps, de m’en faire un modèle. Douce référence…. Lyrique aventure… A Athènes, dans quelques jours, les jeux olympiques vont commencer….

Pensant à cela, à ce qu’il y a derrière et ce qu’il y a devant, je sommeillais dans le second train, ou regardant par la fenêtre, passer, en courrant, les champs bordés d’arbres et de maisons, et la lumière de l’Italie d’été.

*

( A Ancône, port de l’Italie du Sud, je vois le miroir de l’eau, les ponts des bateaux. Le doré et le blanc s’ajustent aux fenêtres calées sur l’infini de l’horizon. Au coucher du soleil, chacun crée son spectacle grandiose, s’enroulant aux flammes célestes dans la douceur de l’air, que caresse la Méditerranée et sa grande cargaison liquide. Dans les vitres du bateau, de petits indiens regardent le paysage. A Patras, port grec d’arrivée, des affiches des J.O., en grand sur les murs.)

Le deuxième matin, voici que je me réveille dans le bateau, sur le « grand dos », comme disait Homère. Je bois un café, fume une cigarette. Le vent est si frais et la vague si lumineuse que je pourrais écrire plutôt une lettre d’amour. Cela serait ainsi : « Mon amour, assise sur une chaise blanche, sur le pont du bateau, face au scintillement du matin, je viens de boire un café à la paille, et je pense à toi. Chaque jour de lumière ici, comme chaque élan de joie, préfigure l’amour… J’écoute le bruit de l’eau... Comme un froufrou qui se mêle aux ronronnements du moteur marin... Et si quelques dauphins volants venaient à passer... Tu sais qu’on dit qu’ils ont le cœur enjoué... »

 

Jubilation géométrique - A DELPHES

La Visite de Delphes

1477083165.jpgLa Grèce est un pays mythique, et c'est aussi un pays quotidien. C'est un pays très doux, et c'est un pays où on trouve de tout... Lorsque, pour la première fois depuis 1992, je retournais en Grèce en 2003, ce fut après dix années sans avoir vu la terre hellénique, que je fréquentais assidûment adolescente... Qu'allait-il advenir de mon rêve, de cette réalité nacrée et si parfaite qu'un coquillage même n'aurait pu la concurrencer... Ce fut sur un coup de tête que je décidais ce voyage, sans avoir rien préparé. Je pris un sac, mon billet train-bateau, et en avant pour retrouver la terre des philosophes, des dauphins et des pêcheurs... Cinq quatre trois deux un : à peine étais-je sur le bateau entre l'Italie et la Grèce qu'immédiatement, la légende se présenta, se re-présenta à moi...

Ce texte, dans son intégralité, est tiré de mon recueil "Carnets de croisière", où je raconte mon aventure au jour le jour. Plus taquin et joueur que mon carnet "Le bruit de l'eau", plus lyrique celui-là, et contenant son lot de belles explorations, le carnet "Enquête géométrique" se distingue par l'humour et la variété des terres et rivages visités. Je l'appelais "Enquête géométrique" en raison d'une réflexion que je me fis au cours du voyage sur le "nombre d'or" ; également du fait de la présence de la géométrie dans ce pays du soleil. Et puis, ne menai-je pas moi-même une sorte d'enquête sur l'humanité, qui me faisait ainsi avancer...

Le texte, écrit sur un bateau, raconte ma visite de Delphes, autrefois terre d'oracles fameux, énoncé par une prêtresse, et qui se qualifiait de "nombril du monde".

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Aux environs de 3h de l’après-midi, j’arrivais à Livadia, ville pâturage, dans la Grèce un peu verte des collines, bergeries, montagnes. En une petite heure de bus, je suis à Delphes, dans les collines du Parnasse, vastes et aériennes, toutes peuplées d’oliviers. Delphes ou « Delphi » est un petit village à pic au milieu des monts. Le site antique est signalé par une pancarte qui indique : « Ici se trouve le nombril du monde. » La suite du texte invite à consommer dans le village… 

Dans le musée attenant au site, on voit la statue du boudeur Antinoos, aux lèvres rondes, rendu célèbre par Marguerite Yourcenar, et surtout la suprême élégance de l’Aurige de Delphes, austère, noble, intelligent, paraissant porter, ses rennes à la main, un regard totalement actuel sur le monde qui l’entoure - et d’autres mondes… tous les mondes qu’il a connus !... Vêtu d’une longue tunique, avec ses pieds admirables, il trône au milieu d’une pièce où il se prête admirablement à la contemplation.

Puis le lieu lui-même : amas de colonnes éparses, colonnes, cyprès, sites où se tenaient les trésors des uns et des autres. On gravit ici une colline particulièrement pentue, sous un soleil particulièrement chaud, en s’étonnant surtout que des constructions d’une telle précision et ampleur aient pu être réalisées ici, dans ce lieu très élevé : aspirations de l’exigence humaine ; caractère incomparable de la victoire sur les difficultés ; volonté de visibilité… En dessous, une mer de cyprès, de pins et d’oliviers se répand sur les monts. Le théâtre est assez bien conservé. Que jouait-on ici, à une époque où n’existaient même pas de bus climatisés pour parvenir dans ces hauteurs –défi pour toute conquête- ?...

En haut du site se trouve le stade, assez vaste, où les touristes s’amuser à célébrer leurs forces et leurs corps, prennent le rayon avec candeur et joie, ou se photographient romantiquement dans l’image toujours présente d’une civilisation mirifique au corps et à l’esprit. Croyances et stimulations… Cyprès découpant le ciel comme des colonnes et colonnes découpant le ciel comme des cyprès.

On rêve, on s’imprègne… Secrètement, on interroge la prêtresse de soi-même. On lui demande les réponses les plus lumineuses, qu’on laisse venir en soi, dans les jours, les semaines peut-être, qui suivent la visite.

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De retour au village de Delphes, pour reprendre le bus pour Livadia, j’ai mesuré, devant un embranchement montant, ne sachant quelle route je devais prendre, j’ai mesuré le caractère sacré de l’information sous un soleil brûlant et dans un paysage à pic. Et toujours, l’extrême amabilité grecque. Réflexions aussi sur l’influence des territoires sur la pensée.

A Livadia, après quelques errances, j’ai repris le train pour Thessalonique. En Grèce, en 2003, il ne faut pas se formaliser si l’on n’a pas encore traversé le quai et que le train se trouve de l’autre côté lorsqu’on arrive : on monte n’importe comment et n’importe où, traversant gaiement tous rails.

Dans le train, le contrôleur regarde mon billet :

 - Why didn’t you write this travel on your ticket ? me demande-t-il.

C’est un homme assez grand, rieur, portant moustaches et lunettes de soleil, une vraie gaieté pleine de force et d’amabilité, qui aide tout le monde à escalader le train pour rentrer. 

- Because I’m tired, lui ai-je répondu.

Du coup, il inscrit lui-même les noms : Livadia- Thessalonique, sur mon billet. Je le considère de sa part comme un autographe.

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Le trajet est un enchantement. Les fenêtres, à côté des compartiments, restent ouvertes, et tous, à notre tour, nous y passons la tête et un bras pour voir défiler les collines, bergeries, troupeaux de moutons, enfants jouant dans le soleil, villes, villages, grands moments de nature et petits moments de vie quotidienne ; départ pour le voyage, retour au bercail.

Dans les compartiments, ambiances sympathiques et musicales, bavardages, sommeils. Je cueille un peu tout cela.

 

 

 

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