10.04.2008
Lumières, repères, lumières...
CARNET DE VOYAGE, extrait
Ile de Naxos, Cyclades - Août 2005
(Je te parle des vagues de la mer)
«L’avais-je lu dans quelque livre ou sur les vagues de la mer ?... »
Ecoute-les maintenant.
Pour toi, je les capte. C’est l’apologie du scintillement. C’est la parole des vagues.
Le sable, la lumière et l’ombre.
Le mouvement, l’intelligence et le rêve.
L’Acropole ?... C’est la lumière sur l’humain ; rien ne l’use et rien ne l’abuse. A l’aimer, on se fait du bien.
Ecrit sur la plage
Ocre et blanc, sur la main qui devient brune… et si le rouge rose de mes ongles te rappelle que je t’aime, alors tu m’embrasseras, comme la dernière fois.
Je reprends la suite de l’Histoire, la mélodie des vagues, les criantes Bacchantes aux couleurs bacchanales : Dyonisos du Dedans, la douceur du dehors, et les deux se mêlant. Baisers. Et d’amour et d’aurore.
Zappéion a donné le ton, pour se toucher. Je regardais les lunes passer dans les regards, au son technotronique des olympiques vapeurs. Nuits d’été. Athènes mélancolique, gaiement, où la magie ruisselle, comme juste après le bain, le corps retourne au ciel. Dans les ruelles, vêtements légers, talons bondissant aux escaliers de pierre, mains sur les hanches, regardant les spectacles ou balançant les mots, d’une bouche vers une autre. Lux, lumière. Etats et positions. Et vitesses, oh vitesses.
Ainsi montait la Nuit, dans les scènes magiques. Acropole de mon cœur… Même dans la nuit, le jour, les personnages savants, les robes étourdissantes où les étoiles sont peintes, les bouches remplies de miel. La langue dans l’oreille…
*
Je pense maintenant au triangle de Zappéion : le triangle parfait : paroles, curiosité, sensorialité… J’avais franchi des portes sous la lune passante, par lesquelles oh toujours j’arrivais au rivage. Les colonnades, les limonades, et les parades, de ci de là. La nudité de l’âme. Le vol des hirondelles, qui passent sur la vague : oh légères, si légères que tu ne les tiens pas plus dans ta main que le sable. Tu les admires seulement, tu imagines le son qui vient avec leurs ailes dans l’Unique Unisson de la nature du monde.
Unique…
Et bien sûr, il existe dans l’histoire un professeur pour la Petite Passante où coule le Rayon : qu’elle lise l’Iliade, pour être bien sérieuse. Dans sa bouche, une par une, il lui donne les lettres qu’il lui faudra connaître pour traverser l’amour.
Dyonisos du dedans et douceur du dehors, et les deux mêlant, et d’amour et d’aurore, aux ludiques vapeurs.
Ainsi il l’entraîna aux promenades dallées sous le Marbre des Marbres. Fleur de chair, mots joyeux dans la Rixe, et puis cette balade de la main baladeuse…
Au cœur de mes pensées, sous l’astre des pensées… J’ai pris des photos de l’intérieur de la Vague… Et maintenant, me voici sur le sable, dans cette heure très très douce, où l’orange et le rose ne font plus d’ombre aux mousses ; rochers, où les algues colorent les aimables regards. Phares, phares et phares. Lumières, repères, lumières...
17:40 Publié dans CROISIERE, Carnets de voyage en Grèce | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
06.04.2008
Croisière initiatique et hellenique, 2003, extrait
Dimanche, 11h05, gare de Thessalonique Moment de libre dans mon emploi du temps. Lipon… (alors…).
Je reprends le fil de mon récit, sur le bateau, en direction de l’île de Tino. Tino… Grande île composée d’une soixantaine de villages. Maisons blanches, dessins de bateau, pots de fleurs et arbrisseaux savamment disposés, poteries, escaliers vers le ciel : à regarder tout cela, je tends encore davantage à penser que les grecs d’aujourd’hui conservent le sens de la géométrie qui ordonnait la création de leurs statues. Et de même leurs temples et autres scènes enlevées, harmonieusement disposées… ainsi que maisons blanches ou poteries au bord de l’eau… L’art était partout en Grèce dans l’antiquité. Serait-il encore aujourd’hui partout, à ceux qui savent regarder ?...
Le débarquement à Tinos eut lieu aux environs de cinq heures du matin. Un archange Gabriel sur la porte d’une église me rappela au souvenir de mon grand-père, qui portait ce prénom.
Nuit passée chez un jeune marin… Au petit matin, j’ai trouvé asile territorial dans un café du port. Café frappé, soleil frappant… Pour la première fois depuis le début de mon voyage, je me suis arrêtée deux jours de suite au même endroit. Après le marin, la pension de famille, calme, aérée, propre, où l’ambiance bon enfant m’a permis de récupérer quelques forces, dans la petite chambre blanche au dessus de la rue principale, bordée de magasins de colliers, komboloïs, icônes et autres objets pourvoyeurs d’enjolivements existentiels. Le second jour, j’ai profité doucement de la plage, après avoir bien baigné mes yeux dans les bateaux, grands et petits.
L’ambiance, sur cette île, quoiqu’assez familiale, réserve son lot de griseries. Evidemment, une faune de jeunes loups de mer et autres dauphins humains se signale toujours sur les côtes. On y voit aussi de nombreux couples et des familles. Arbres sous le vent, plages longues et naturelles, cocktails sur le port où les réverbères saluent les reflets changeants de la lumière sur l’eau, décontraction simple et douce.
Au deuxième matin, j’ai vu une tempête de sable sur la plage. Comme d’habitude, j’ai trouvé un refuge paisible dans un café du port « le dauphin », dont j’avais fait mon point de repère. Totalement pleine de sable, d’eau de mer et de vent, je ressentis ce moment avec une plénitude totale.
Train Thessalonique-Athènes
Dans le train
Orange à l’intérieur
La fumée bleue grise de ma cigarette
Monte vers la fenêtre.
Tandis que, sur mon ventre,
Je sens les gouttes d’eau descendre,
Lentement, une à une.
Ici parlent des adolescents,
Une vieille femme s’aère avec un éventail.
J’entends une voix
Est-ce celle du contrôleur
Qui expliquerait pourquoi le train s’est soudainement arrêté
Au milieu des campagnes
Par une chaleur pareille ?
Bonheur, il semblerait que nous repartions…
Quelques bruits mats et sourds sous mes pieds
Et lentement les arbres du paysage se remettent à bouger.
La femme à l’éventail fait un sourire édenté
Et se signe de la croix
En riant.
Gare du Péloponnèse, Athènes
J’attends le train pour Patras.
Un homme arrose les plantes,
Avec un tuyau d’arrosage.
Tout à l’heure, ils parlaient dans ce café,
De la chaleur.
Il est 21h50 au café de la gare du Péloponnèse.
Je porte au poignet
Deux bracelets de coquillage.
En face de moi, un taxi jaune
Devant lequel deux hommes discutent.
A combien de personnes peut-on penser à la fois
Sans les abîmer ?...
Bain de pétales,
Langues enlacées…
Mardi, à Patras
Je fais une petite liste de mots grecs modernes ressemblant aux mots français, qui en sont issus. Ceux qui me viennent à l’esprit, aujourd’hui : physis : nature ; soma : corps ; erotas : amour ; kardia : cœur ; paidi : enfant ; psichi : esprit ; logos : raison, langage. Et bien sûr, démocratie, dimo (peuple) kratias (pouvoir).
Mercredi, Patras
Grandis, enfant, grandis
Progressivement,
Tout doucement ;
Ta pirogue étoilée
Te porte encore aux champs
Que le ciel a plantés.
Grandis, enfant, grandis
Tout doucement…
*
La mer cogne, doucement
Contre les rochers,
Tout à l’heure, j’ai vu dans l’eau
Bondir de grands poissons.
Sur la mer bleue,
Une bouée rouge
Donne un repère aux nageurs
Et au loin, un bateau blanc
Parle des rêves que tous nous avons transportés.
Au dessus des collines
Quelques petits nuages
Choses roses dans le ciel bleu
Ne donnent pas les dimensions du ciel
Car le ciel n’a pas de dimensions.
*
Hier soir ici, à Patras, un grec avec qui j’ai bavardé, m’a dit que le dieu des chrétiens croyait en réalité à Zeus, et aux douze dieux de l’Olympe –d’où les douze disciples-, et qu’il s’appelait Jason, et non Jésus.
Parfois il me disait « Nous les grecs, nous sommes comme ça, nous volons dans les nuages ».
Je trouve de la joie à être aventurière.
Lorsque je tourne la tête pour dormir,
Le ciel et les collines tournent avec moi.
*
Ecrire cinq phrases, écrire trois mots
Comme Marley the Bobo
Comme Marley the Bobo
Oh comme Marley the Bobo…
En voyant passer les bateaux
J’aspire mon café
En voyant passer les bateaux
Comme Bob et ses fleurs de Marley
Comme Bob et ses fleurs d’oranger.
Mercredi soir, Patras
Place de la paix du monde
The flash !
The light !
The man !
The stranger !
She told him :
- Oh, but you’re the sun !
He smiled :
- I see, he told, that you're the sea...
Cela s’appelle une insolation.
Cela donne plein de frissons.
Vendredi, dans les fauteuils du bateau
Entre Patras (Grèce) et Brindisi (Italie)
Un rayon de soleil, large, doré, et vert
S’étend sur la Méditerranée du matin.
J’ai encore, dans la bouche, le goût délicieux d’un gâteau grec, aux noisettes, poisseux et léger, tendre et craquant, une vraie merveille de filaments et de rêves, de pensées…
Après une nuit fraîche, je me frotte contre la chaleur diffuse de l’astre, et prends mes propres règles, mes préférences.
Après avoir eu froid, comme il est bon de se réchauffer…
Puis tenir en équilibre dans la tiédeur,
Les yeux vaguement éblouis
Et de faire le point
De marcher sur des chemins.
Voyage, voyagé, voyager…
Dehors, un papillon volète contre les grandes vitres. Au loin, un bateau blanc voyage, suit son chemin.
Et ici ce rayon.
Je pense
L’avenir au présent.
Autour des tables, les murmures humains se rassemblent, autour des verres, en langues étrangères. C’est aussi cela, la beauté du monde moderne : cette paix, qui pourrait bien nous étonner.
19:42 Publié dans CROISIERE, Carnets de voyage en Grèce | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
10.03.2008
CROISIERE, Scintillantes escales, extrait

Le texte ci-dessous est tiré de mon recueil "Croisière". Voyager en Grèce, le pays du voyage en mer, tel en est l'objet... Ici, un texte libre, qui évoque... tant de choses... La lumière sur l'eau, pour jouer à clapoter... Et tout ce qui en dérive : la lumière sur la pensée... Et puis, entre clapoter et penser, la différence n'est peut-être pas si grande...
Lumière sur l’eau
L’art pictural est un art non banal qui consiste à faire jaillir des magies, ou à les révéler.
Je ne suis pas une libertine, malgré tout, mais je suis encore jeune, et j’aime voyager. Sur les îles grecques, l’esprit du temps s’évanouit au profit de l’éternité.
Il existe de nombreuses manières de créer des lumières. Le Soleil et l’Univers en connaissent une, très excellente. Il s’agit d’un mouvement d’ondes et de particules. Il s’agit d’une vitesse de 300 000 km par seconde.
Et tu les vois embrasser les rochers, éclairer les bateaux, s’alanguir sur les plages en formules dorées qui nous dorent à leur tour.
Et tu les vois entrer dans les bouches, créer des rayons, verts et bleus, dans les grottes marines, illuminer la pêche au matin d’étincelles, la nuit d’écailles de lune sautillant sur les flots ; et la pensée humaine d’éclats : simples et directs.
Les yeux boivent.
La lumière danse sur l’eau ; c’est la lumière au dessus de la mer. C’est le désir qui émerge des vérités et des mystères.
Partout autour, les îles sont autant de bienveillances possibles, parfois réalisées. A chacune sa forme, sa vérité. Les incluant toutes, à toutes, la vérité des îles…
L’essentiel est de savoir parler, nager, danser.
Arriver, se réjouir…
Apprendre, tout ce que la vague contient d’histoires.
Oublier, dans la vague, tout ce qu’on a appris.
Lumière sur l’eau.
- Salut ! Et ces enfants, où vont-ils ?
- Ils vont se promener !
Que passe un cerf-volant et tu ne sais plus ce que tu dois mesurer : est ce toi-même ? Est-ce le ciel ? Est-ce l’humanité ?... L’essentiel, c’est d’aimer le donner.
Arriver, se réjouir…
- As-tu vu l’orage qui tonnait sur les flots ?
La vague bouge, de colline en rayon.
- La baie était-elle bleue ou tes lèvres l’avaient-elle colorée ?...As-tu lâché les continents pour entrer dans le domaine aquatique, tapissé de musique, en allant d’île en île ?... Un bateau était-il peint au mur de cette maison ?...
Démocratie, sciences, philosophies, lumières : nudité de l’esprit. La vague solaire exige, et simplifie.
- Et si tu veux maintenant oublier les mesures pour vivre au temps des cœurs, alors danse… Fais jaillir ta lumière en mouvement… Donne-là, de temps en temps… Puis, si tu le souhaites, allonge-toi aux doux draps, accueillant l’éclat d’un baiser passionné… Avec Orphée, tu poétises ; avec Socrate tu ironises, avec Aristote tu relies et catégorises, avec Platon, tu théorises, avec Aristophane, tu souris et dessines des frises aux murs de la Cité… Avec Morphée tu t’endors ; et vogue encore ton esprit, jusqu’aux îles exquises...
22:18 Publié dans CROISIERE, Carnets de voyage en Grèce | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
CROISIERE, Carnet "Le bruit de l'eau", extrait

TRAVERSEE
Voyager en Grèce est un sport, un bonheur et un privilège. La lumière vous prend dans ses bras. La chaleur vous couvre de baisers. La vague vous fait balancer : où que vous portiez vos yeux, toujours tout est nouveau.... Le texte ci-dessous est un extrait d'un de mes deux carnets de voyage en Grèce, le deuxième, de 2004, l'année des JO d'Athènes. Je l'ai appelé "Le bruit de l'eau", car je m'étais donné alors comme objectif d'écrire comme l'eau qui coule. Amatrice de liberté, en littérature comme en toutes choses, j'en arrive peu souvent à m'imposer des contraintes de style. Or cette fois, je m'accordais à vouloir imiter le bruit de l'eau. Non par une recherche complexe et factice, mais par un sentiment doux et coulant... Mes carnets de voyage ont été rédigés, comme leur nom l'indique, durant le voyage, au fur et à mesure de l'avancée. Aussi ont-ils cette propriété spécifique de présenter une écriture qui, pour n'en être pas moins littéraire, attentive aux mots et aux idées, est une écriture très spontanée, non retravaillée. Ecrire pendant le voyage, c'est s'installer dans un café, une chambre d'hôtel, sur le pont d'un navire, pour rédiger, avec le stylo encore couvert de sable, et dans sa poche, un autre billet pour embarquer, débarquer, aller encore ailleurs, tout à l'heure...
Le texte ci-dessous, écrit sur le bateau entre le port d'Ancône (Italie) et le port de Patras (Grèce), est le premier de mon carnet 2004. Le voyage se découvre à l'auteure en même temps qu'il se raconte.
10 août 2004 - Bâteau Ancône-Patras
Tandis que le microphone du bateau
S’élance de quelques mystères supplémentaires et bénins
Le coucher de soleil couvre, oranger,
L’amour maritime d’un voilier.
De ci de là, de petites embarcations se balancent
Sur le dos profond, lyrique et prolifique,
Apprivoisé.
Quand la Méditerranée réapparaît,
La question parait une réponse
A une question qui n’avait pas été posée,
évidente.
Telle est, ce soir, à la table de plastique blanc où je suis accoudée, sur le bateau,
Ma manière de voyager.
Des mots grecs se mélangent au décodage encore confus
Et je vois les définitions pour les clartés
Dans les harmonies de couleurs,
Mouvantes, émouvantes, captivantes.
Je les fixe et je suis contente : simple beauté, simple aventure ; après après demain, à Athènes, les jeux olympiques : « Le combat olympique », disent les Grecs, va commencer.
Hommage rendu par les couleurs à la lumière.
11 août 2004
La première nuit, je me suis réveillée au 3ème étage d’une couchette de train à Turin (Turino ! Dans les grandes montagnes…). Oh j’avais laissé entrer en moi tant de cette boisson couleur de bois qu’on boit pour se garantir un éveil printanier, qu’à vrai dire, je n’avais pas dormi du tout cette nuit-là. J’avais fait tourner des pensées, comme on cherche –un peu fébrilement, très agitée en dedans- la bonne mise au point pour une photo que l’on ne peut rater : sachant qu’il faut être très calme, un peu léger et très sérieux, pour la réussir.
A Turin, j’ai sauté d’un train à un autre train. La distance entre les deux était composée du sol d’une gare et de personnes à aimer et de personnes à écarter ; de jubilations d’électrons juvenilement rassemblés, et d’angoisses. « Je ne revois qu’une chambre bleutée, où j’ai pris la mesure des clartés, et j’ai vu tout d’une égale beauté »…
Différente beauté…
Ainsi j’entrais dans le second train, qui devait me mener jusqu’à la Méditerranée : rassemblée en immense paquet bleu d’émerveillements et de gens heureux, émerveillés…
J’avais pris l’engagement, vis à vis de moi-même, d’être une vague, pour l’écriture. Considérant que l’eau représente une sorte de magie naturelle, une sorte de perfection dans le mouvement et dans le son : j’avais pris l’engagement, depuis un certain temps, de m’en faire un modèle. Douce référence…. Lyrique aventure… A Athènes, dans quelques jours, les jeux olympiques vont commencer….
Pensant à cela, à ce qu’il y a derrière et ce qu’il y a devant, je sommeillais dans le second train, ou regardant par la fenêtre, passer, en courrant, les champs bordés d’arbres et de maisons, et la lumière de l’Italie d’été.
*
( A Ancône, port de l’Italie du Sud, je vois le miroir de l’eau, les ponts des bateaux. Le doré et le blanc s’ajustent aux fenêtres calées sur l’infini de l’horizon. Au coucher du soleil, chacun crée son spectacle grandiose, s’enroulant aux flammes célestes dans la douceur de l’air, que caresse la Méditerranée et sa grande cargaison liquide. Dans les vitres du bateau, de petits indiens regardent le paysage. A Patras, port grec d’arrivée, des affiches des J.O., en grand sur les murs.)
Le deuxième matin, voici que je me réveille dans le bateau, sur le « grand dos », comme disait Homère. Je bois un café, fume une cigarette. Le vent est si frais et la vague si lumineuse que je pourrais écrire plutôt une lettre d’amour. Cela serait ainsi : « Mon amour, assise sur une chaise blanche, sur le pont du bateau, face au scintillement du matin, je viens de boire un café à la paille, et je pense à toi. Chaque jour de lumière ici, comme chaque élan de joie, préfigure l’amour… J’écoute le bruit de l’eau... Comme un froufrou qui se mêle aux ronronnements du moteur marin... Et si quelques dauphins volants venaient à passer... Tu sais qu’on dit qu’ils ont le cœur enjoué... »
19:32 Publié dans CROISIERE, Carnets de voyage en Grèce | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
CROISIERE, L'enquête géométrique, extrait A DELPHES
La Grèce est un pays mythique, et c'est aussi un pays quotidien. C'est un pays très doux, et c'est un pays où on trouve de tout... Lorsque, pour la première fois depuis 1992, je retournais en Grèce en 2003, ce fut après dix années sans avoir vu la terre hellénique, que je fréquentais assidûment adolescente... Qu'allait-il advenir de mon rêve, de cette réalité nacrée et si parfaite qu'un coquillage même n'aurait pu la concurrencer... Ce fut sur un coup de tête que je décidais ce voyage, sans avoir rien préparé. Je pris un sac, mon billet train-bateau, et en avant pour retrouver la terre des philosophes, des dauphins et des pêcheurs... Cinq quatre trois deux un : à peine étais-je sur le bateau entre l'Italie et la Grèce qu'immédiatement, la légende se présenta, se re-présenta à moi...
Ce texte, dans son intégralité, est tiré de mon recueil "Croisière", où je raconte mon aventure au jour le jour. Plus taquin et joueur que mon carnet "Le bruit de l'eau", plus lyrique celui-là, et contenant son lot de belles explorations, le carnet "Enquête géométrique" se distingue par l'humour et la variété des terres et rivages visités. Je l'appelais "Enquête géométrique" en raison d'une réflexion que je me fis au cours du voyage sur le "nombre d'or" ; également du fait de la présence de la géométrie dans ce pays du soleil. Et puis, ne menai-je pas moi-même une sorte d'enquête sur l'humanité, qui me faisait ainsi avancer...
Le texte, écrit sur un bateau, raconte ma visite de Delphes, autrefois terre d'oracles fameux, énoncé par une prêtresse, et qui se qualifiait de "nombril du monde".
LA VISITE DE DELPHES
texte écrit sur le bateau entre Thessalonique et Skiathos...
Aux environs de 3h de l’après-midi, j’arrivais à Livadia, ville pâturage, dans la Grèce un peu verte des collines, bergeries, montagnes. En une petite heure de bus, je suis à Delphes, dans les collines du Parnasse, vastes et aériennes, toutes peuplées d’oliviers. Delphes ou « Delphi » est un petit village à pic au milieu des monts. Le site antique est signalé par une pancarte qui indique : « Ici se trouve le nombril du monde. » La suite du texte invite à consommer dans le village…
Dans le musée attenant au site, on voit la statue du boudeur Antinoos, aux lèvres rondes, rendu célèbre par Marguerite Yourcenar, et surtout la suprême élégance de l’Aurige de Delphes, austère, noble, intelligent, paraissant porter, ses rennes à la main, un regard totalement actuel sur le monde qui l’entoure - et d’autres mondes… tous les mondes qu’il a connus !... Vêtu d’une longue tunique, avec ses pieds admirables, il trône au milieu d’une pièce où il se prête admirablement à la contemplation.
Puis le lieu lui-même : amas de colonnes éparses, colonnes, cyprès, sites où se tenaient les trésors des uns et des autres. On gravit ici une colline particulièrement pentue, sous un soleil particulièrement chaud, en s’étonnant surtout que des constructions d’une telle précision et ampleur aient pu être réalisées ici, dans ce lieu très élevé : aspirations de l’exigence humaine ; caractère incomparable de la victoire sur les difficultés ; volonté de visibilité… En dessous, une mer de cyprès, de pins et d’oliviers se répand sur les monts. Le théâtre est assez bien conservé. Que jouait-on ici, à une époque où n’existaient même pas de bus climatisés pour parvenir dans ces hauteurs –défi pour toute conquête- ?...
En haut du site se trouve le stade, assez vaste, où les touristes s’amuser à célébrer leurs forces et leurs corps, prennent le rayon avec candeur et joie, ou se photographient romantiquement dans l’image toujours présente d’une civilisation mirifique au corps et à l’esprit. Croyances et stimulations… Cyprès découpant le ciel comme des colonnes et colonnes découpant le ciel comme des cyprès.
On rêve, on s’imprègne… Secrètement, on interroge la prêtresse de soi-même. On lui demande les réponses les plus lumineuses, qu’on laisse venir en soi, dans les jours, les semaines peut-être, qui suivent la visite.
*
De retour au village de Delphes, pour reprendre le bus pour Livadia, j’ai mesuré, devant un embranchement montant, ne sachant quelle route je devais prendre, j’ai mesuré le caractère sacré de l’information sous un soleil brûlant et dans un paysage à pic. Et toujours, l’extrême amabilité grecque. Réflexions aussi sur l’influence des territoires sur la pensée.
A Livadia, après quelques errances, j’ai repris le train pour Thessalonique. En Grèce, en 2003, il ne faut pas se formaliser si l’on n’a pas encore traversé le quai et que le train se trouve de l’autre côté lorsqu’on arrive : on monte n’importe comment et n’importe où, traversant gaiement tous rails.
Dans le train, le contrôleur regarde mon billet :
- Why didn’t you write this travel on your ticket ? me demande-t-il.
C’est un homme assez grand, rieur, portant moustaches et lunettes de soleil, une vraie gaieté pleine de force et d’amabilité, qui aide tout le monde à escalader le train pour rentrer.
- Because I’m tired, lui ai-je répondu.
Du coup, il inscrit lui-même les noms : Livadia- Thessalonique, sur mon billet. Je le considère de sa part comme un autographe.
*
Le trajet est un enchantement. Les fenêtres, à côté des compartiments, restent ouvertes, et tous, à notre tour, nous y passons la tête et un bras pour voir défiler les collines, bergeries, troupeaux de moutons, enfants jouant dans le soleil, villes, villages, grands moments de nature et petits moments de vie quotidienne ; départ pour le voyage, retour au bercail.
Dans les compartiments, ambiances sympathiques et musicales, bavardages, sommeils. Je cueille un peu tout cela.
...
03:06 Publié dans CROISIERE, Carnets de voyage en Grèce | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note











