17.06.2009
Democracy never stops
Pour honorer l’actualité, qui demanderait bien des développements, voici ci-après un texte au sujet d’un ami iranien, et un petit poème inspiré par quelques images africaines, écrit en 2008, mais de philosophie universaliste. J’attends mes vacances, pour la Méditerranée, comme d’autres envisagent de se baigner dans le Gange.
Iranian art and democracy
J’ai rencontré R. pour la première fois dans un café de Montmartre. Ville en pente, discussions sur l’art et la vie : de quoi d’autre parler. R. était peintre, iranien, c’est pourquoi je l’évoque aujourd’hui. Il était peintre, -c’était le motif initial de ma visite -, disposant d’une place sur la place de Montmartre, parmi ces réfugiés parfois, alignant des traits et couleurs, vibrant de chorégraphies graphiques et d’accents étrangers, et disposant leurs mouvements superposés sur ceux des mythes de l’art bohème, créateur de grandes oeuvres et de repères colorés. Sur les pavés du mont, protégé par l’épaisse stature de l’église, R. était exilé politique iranien à Paris. J’ignore combien de temps exactement nous sommes restés amis ; quelques mois, quelques semaines, vers 2002-2003. De manière inhabituelle parmi mes fréquentations, R. était un homme d’une cinquantaine d’années,- trop âgé pour que mon cœur ne songe à son propos qu’à de l’amitié-. Sans doute, je cherchais quelque chose : des cours de dessins peut-être, le sentiment d’exalter en commun une passion pour la création et les créateurs, l’exploration du voyage. Exilé politique, il avait des choses à dire ; il avait pleuré lors de l’effondrement d’un bâtiment traditionnel en Iran ; manifesté pour la liberté pour son pays ; publié là-bas des dessins politiques -caricatures et critiques-, exercé la lutte physique comme sport familier. Issu d’une famille bourgeoise, il vivait alors dans une petite chambre du quartier montmartrois, et j’avais trouvé vraiment touchante l’histoire de son exil : lorsque ses amis lui avaient conseillé de quitter son pays, lorsque d’autres personnes avec lesquelles il manifestait là-bas avaient disparu, sa fuite fut organisée et se matérialisa par une cavalcade à cheval, dans la neige, au travers des montagnes entre l’Iran et la Turquie ; le cheval avait le cou dans la neige ; il y eut une nuit, une tempête, un refuge, quelque part : une épique histoire de liberté… Quelqu’un a dit qu’il fallait le sauver… Et, dans sa petite chambre parisienne aux quartiers quotidiens de la butte, traversés de touristes joyeux, il me raconta comment, lorsque le temps était frais dehors, il aimait à ouvrir sa fenêtre pour sentir ce courant d’air froid qui le transportait à nouveau, dans la montagne, ce jour où il avait chevauché dans les monts jusqu’à rencontrer sa liberté.
C’était un homme de très grande taille, solide, de caractère. J'ai fini par moi aussi, reprendre de lui ma liberté, comme souvent sur le chemin, certaines amitiés ont la forme de villes, de ports. Quelque attendrie, charmée ou amusée que je sois, je poursuis ma route ; quelque chose ou quelqu'un m'appelle... Mais j'aime l'avoir rencontré et connu... Durant le temps où il fut mon ami, il m’arriva de dormir chez lui, sans que jamais rien d’inconvenant ne se produisit entre lui et moi ; il me prépara des soupes magnifiques, d’un vert intense et varié, archipels de légumes, fringuants et gouteux, que je dégustai religieusement. Ensemble, nous parlions dessin, théorie de l'art, politique ou culture, puis je dormais sur le très confortable tapis persan qui ornait sa chambre. De sa culture, j’ai retenu que le mot « paradis » vient de l’iranien ; j’ai retenu l’amusante subtilité qui l’opposait et le rapprochait des Grecs. En effet, il y avait là du subtil et le subtil m'intéresse parce qu'il est heuristique : lorsque je lui dis que, pour moi, les Grecs représentaient évidemment la démocratie, il me répondit que les Grecs avaient brûlé le palais de Xerxés ce dont il ne s'était pas encore vraiment remis (les Grecs alors vengèrent Athènes, précédemment incendiée par les Perses) ; mais parmi ses meilleurs amis, à Montmartre, figuraient des Grecs. En réalité, voir la Grèce de l’Iran est une opération intéressante ; traditionnellement, les deux pays se combattaient, mais sans doute étaient-ils proches ; on ne fera pas croire aux Iraniens que les Grecs étaient des anges -voilà la subtilité-, mais, par contre, R. pensait beaucoup à la démocratie pour son propre pays. Aussi, aux Iraniens restés là-bas, il envoyait des messages de liberté. Dans sa balance personnelle, il avait mis d’un côté la richesse, de l’autre la liberté politique, et c’est la liberté politique qui avait gagné : à ses yeux, c’était elle la plus riche.
Ainsi, au-delà de la différence de nos complexions et cultures, nous discutâmes avec passion ; je lui montrais des dessins à moi ; regardai avec lui une vidéocassette au sujet des oasis, de l'art et des palais anciens de l'Iran ; il m’expliqua l’hospitalité iranienne et m’en fit la concrète démonstration, à sa manière. Un jour, il me posa une question qui m’amusa : « Crois-tu au doute ? » m'avait-il demandé. En réalité, il parlait du doute religieux, mais j'aimais considérer simplement cette phrase, ce non-sens qui m'amusa assez. J’imaginais alors réunir chez moi quelques-uns des cerveaux masculins que je fréquentais ces jours-là, pour leur demander, à chacun, de répondre à cette question : est-il possible de croire au doute…
C'est à la liberté de R. et à celle de tous les iraniens qu'il est possible de croire : assurément. Khayyam, dont nous parlâmes aussi beaucoup, me semble un des esprits les plus libres ayant existé sur Terre. Pour que ce penseur ait été si libre, il faut bien penser que la société iranienne l’était un tant soit peu.
« Bois du vin, cueille la rose et pense. »
Khayyam, poète et intellectuel perse, 11ème siècle.

AMITIE
Vieil homme tenant un bâton
Homme jouant de la flûte
Qu’écoute une femme
Appuyée à un tronc.
Deux enfants aux houppettes,
Crâne rasé, boucles d’oreille :
Le garçon et la fille
Vont en voyage ensemble
Au pays des merveilles.
Une gourde pour le voyage,
Les bonnes informations
Dans le grand paysage :
Seul compte le rayon
Qu’on voit sur leurs visages…
Si un petit mendiant
Tourne vers toi ses deux yeux étonnants
Songe à tous les chants
Qu’il dit pour s’endormir dans la nuit éphémère…
Songe que chaque enfant te demande
Où la beauté va, en régnant…
Tu sens la terre avec tes pieds...
Quand la nature jaillit sans faille
C’est la fête de l’humanité.
Tu peux venir pour te laver
Dans la rivière bien nommée.
Palmes orangées et les frères,
Les pères, vont te saluer.
Et si tu vois ces enfants, qui s’amusent,
Le garçon et la fille
Vont en voyage ensemble
L’amour est leur lumière
Et ils s’en vont
En suivant la rivière…
Si un petit berger
Tourne vers toi ses yeux tranquilles
Songe que chaque enfant –le garçon ou la fille-
Te demande que le monde
Soit gouverné par le plus doux des rois
Doux comme un père pour son peuple
Aux démocratiques lois
Qui donne à ses enfants
La prospérité et le droit.
nb : Illustration photos Claire Delhomme Pictures of Greece - Protégées par le droit d'auteur + image de Darius, roi perse, trouvée sur internet.
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15.01.2009
Quelques proverbes au sujet du chat
Je présente la version française, telle qu’envoyée par moi à Moussa Diop, au Sénégal.
Je présente ensuite quelques proverbes africains sur le même sujet qu’il m’a envoyés à son tour. Je conseille à tout le monde de les méditer. Il est en effet assez fascinant de voir comment une autre culture analyse la nature, pour en extraire quelques sentences qui résument des milliards d'observations et de pensées, filtrées par les générations. Qu'en est-il des proverbes africains sur le chat, à votre avis ?... Expriment-ils un goût pour la constance, la conservation ? Quelles sont leurs valeurs principales ? L'arôme est-il un dieu en Afrique ? Quel genre d'attention pour la nature manifestent-ils ? A vous de voir...
Quelques proverbes français
A bon chat, bon rat
Appeler un chat un chat
Avoir un chat dans la gorge
Chat échaudé craint l'eau froide
Il n'y a pas de quoi fouetter un chat,
La nuit, tous les chats sont gris
Le chat parti, les souris dansent
Les chiens ne font pas des chats
Donner sa langue au chat
Quelques proverbes africains
Le monde aura beau changer, les chats ne pondront pas.
Quand le chat est gardien de l'arôme les souris meurent dans les grottes
Ce n'est pas parce que le lion a maigri que tu vas le prendre pour un chat
Quand la souris nargue le chat c'est que son trou n'est pas loin.
En direct de
Dakar, Sénégal
nb : le blog de Moussa Diop :
http://moussa7401.skyrock.com/





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