22.05.2008
Un Inédit de Rimbaud Découvert
Dans les pages d’un journal ancien, le « Progrès des Ardennes » de 1870, un article rédigé par Arthur Rimbaud (plus exactement Jean-Nicolas-Arthur Rimbaud) vient d’être découvert. En effet, un jeune cinéaste, nommé Patrick Talercio, l’aurait très récemment trouvé chez un brocanteur-bouquiniste des Ardennes… L’article, intitulé « Le rêve de Bismarck », signé d’un certain Jean Baudry, recouperait certaines informations données par l’ami d’Arthur, Delahaye, indiquant que ce texte serait probablement un vrai document.
L’information de cette découverte, relayée ces jours-ci par toute la presse, est abondamment commentée par Monsieur Jean-Jacques Lefrère (plus exactement Lefrère Jean-Jacques), considéré comme un spécialiste rimbaldien, en vertu de ses livres et recherches sur le sujet…
Au juste, quelles informations, et quelles réflexions tirer, en 2008, de cette révélation concernant le poète aux yeux transparents ?...
Sommaire du texte : Analyse de style- Rimbaud par Rimbaud- Intérêt relatif de la découverte d’une pièce rimbaldienne- Rimbaud, le Charnel Mystique- Le nom d’Arthur Rimbaud- Jour après jour- « Je suis le savant au fauteuil sombre »
Analyse de style
En quelques mots, le « Rêve de Bismarck » raconte comment le chancelier prussien, tout à son rêve de conquérir la France, contemple une carte française ; mais la pipe qu’il fume, à la faveur de son endormissement, finit par lui brûler le nez, tandis que son doigt est posé sur l’emplacement de Paris. La métaphore ici utilisée par l’auteur signifie qu’en se brûlant le nez, le Prussien a, comme d’avance, perdu la bataille…
L’analyse littéraire de ce texte, présent sur Internet, pousse d’emblée à noter quelques traits de style. Si Monsieur Lefrère a souligné « la souplesse » de l’expression et le fait que le poète était « à l’aise dans la métaphore polémique de circonstance » (interview sur Bibliobs, sur le site du Nouvel Obs), on peut également souligner d’autres caractéristiques littéraires, notamment : l’insistance du texte sur un joli nez : « Il était si fin, si spirituel, si heureux, ce nez de vieux premier diplomate » -…
Egalement, on note un goût de l’ironie manifeste chez l’auteur ; une indéniable imagination visuelle ; un goût de la métaphore et du symbolisme, puisque tout le texte, au travers de l’image d’un nez qui brûle, veut symboliser l’échec prussien… Enfin, on remarque aussi, familière chez Rimbaud, la présence d’une abondante ponctuation intempestive, composée de : « !… », ainsi que des mentions « en italique »…, apportant un caractère vivant, oral, à l’expression écrite : « Hi! povero! en abandonnant sa pauvre tête, son nez, le nez de M. Otto de Bismarck, s'est plongé dans le fourneau ardent... »
Rimbaud par Rimbaud
…Imaginez-vous bien que pour Rimbaud, ce texte n’était peut-être rien du tout… Quand on pense qu’il a même critiqué tout le reste de son travail, au point de vouloir l’oublier lorsqu’il eut quitté la France… A ce niveau-là, le lecteur peut s’interroger sur la hauteur initiale de l’ambition rimbaldienne : « Ecoutez ! … J’ai tous les talents ! », avait-il écrit : Il n’y a personne ici et il y a quelqu’un : je ne voudrais pas répandre mon trésor.- Veut-on des chants nègres, des danses de houris ? Veut-on que je disparaisse, que je plonge à la recherche de l’anneau ? Veut-on ? Je ferai de l’or, des remèdes. » (Nuit de l’enfer, dans « Une saison en enfer »)
Aussi, face au défi littéraire, humain et sur-humain, que Rimbaud se donne à lui-même, le texte sur Bismarck, vaguement imaginatif et patriotique, ne parait pas, à première vue, posséder le son, l’intensité, et l’extravagante grâce, caractéristiques de son œuvre.
Intérêt relatif de la découverte d’une pièce rimbaldienne
Toutefois, on ne peut que se réjouir, quelle que soit la qualité intrinsèque du document …Tant mieux si c’est un vrai… Même une pièce de faible intérêt, concernant Rimbaud, vaut son pesant d’or, - ou son pesant de graal - car nous aimons le connaître… Mais, si c’est un faux, contrairement à ce qu’en a dit Edouard Nab chez Frédéric Taddéi, - il voulait presque diviniser le texte- : non, rien ne changera concernant ce poète rebelle... Ce n’est qu’un texte qui, au regard des œuvres complètes du poète, semble de peu de contenu.
Rimbaud, le Charnel Mystique
Car, en effet, quelle est la démarche rimbaldienne prise dans son ensemble ?... Revenons-y… J’ai eu l’occasion, il y a quelques années, de fréquenter un peu l’Association des Amis d’Arthur Rimbaud, à Paris, qui se réunissait au Procope. De par ma position professionnelle, j’étais en contact avec cette aimable association, et parfois, les appelais même pour qu’ils me racontent quelque chose au sujet d’Arthur… D’une certaine manière, je voyais bien la diversité des interprétations du poète. Cette diversité me plaisait, même si je n’en partageais évidemment pas toutes les ramifications théoriques. Au-delà d’elle, j’ai mon opinion et mes sensations sur le sujet. Un jour, j’ai reçu, pour un Noël de mes quatorze ou quinze ans, ses « Œuvres complètes »…
Arthur Rimbaud, c’est la recherche de l’absolu, dans le contexte de la chair. Pistes et contradictions…
Le nom d’Arthur Rimbaud
Dans son œuvre magnifique et sa démarche géante, Arthur recherche l’idéal. On peut voir la légende attachée à son prénom. Sur Wikipédia, on constate que, si les interprétations de Rimbaud sont légions, les interprétations concernant le roi Arthur ne le sont pas moins... Pour commencer, divers textes anciens mentionnent l’existence de ce roi, et voici l’occasion de l’évoquer un peu... Au 12ème siècle en effet, différents écrivains médiévaux racontent l’histoire d’une légende arthurienne, notamment Chrétien de Troyes, et Marie de France... Son histoire, légende bretonne, évoque, comme on sait, les Chevaliers de la table ronde, - dont le glorieux Lancelot -… Ces Chevaliers paraissaient notamment occupés à rechercher le « Saint-Graal », coupe du Christ, ou Saint-Calice, dont l’existence est mentionnée par les évangiles apocryphes seulement… (évangile de Nicodème, 4ème siècle de notre ère)… Une dame Guenièvre, ainsi que l’enchanteur Merlin, se mêlent aussi à l’histoire de ce roi, réputé pour disposer d’une étonnante épée, laquelle avait même l’avantage de porter un nom : Excalibur…
Dans la suite de l’histoire, le mythe arthurien, - à mi-chemin de l’imaginaire breton et de l’imaginaire anglais- a servi à consolider divers aspects de politique intérieure en Angleterre. Cependant, si le roi breton Arthur s’est enfoncé dans les mystères de l’histoire, à son décès, certains disent qu’il ne mourut pas vraiment, mais il gagna Avalon, un lieu magique créé par le druide Merlin, le « mage bénéfique et commandeur des éléments naturels » : Avalon, lieu magique dont un jour il ressurgira, pour revenir chez les vivants.
Aussi le prénom Arthur porte, dans son origine, l’idée d’une fantastique épopée, qui, pour le côté breton, reste symbolisée par la forêt de Brocéliande, en Bretagne française, avec ses jolis châteaux, ses pierres, lacs, forêts et arbres mystérieux. (voir le site touristique de Brocéliande : http://www.paysdemontfort.com/). Donc : la légende de ce prénom suscite, à l’origine, une sensation de céleste enchantement et de recherche sacrée : un sentiment d’aurore de la pensée…
Au 19ème siècle, la légende arthurienne possède aussi ce même parfum de nature et d’esprit... Mieux renseignés toutefois sur Arthur Rimbaud que sur le roi du mythe, force est de constater que le poète, s’il n’ignore pas la question du Graal, pense aussi au corps : la vérité corporelle de chaque jour, le Bonheur, la suavité de l’amour, le lascif, la chair, l’élan, le soupir, le râle, le baiser, la beauté, l’étreinte…
Aussi, Arthur Rimbaud semble le Charnel Mystique qui envoie, de sa réalité physique, vers le Ciel, des questions pour les hommes. Il est dans la passion complète et il est dans l’ironie totale. Comme dépassant le cadre humain...
« Il nous a connus tous et nous a tous aimés », écrit-il. « Sachons, cette nuit d’hiver, de cap en cap, du pôle tumultueux au château, de la foule à la plage, de regards en regards, forces et sentiment las, le héler et le voir, et le renvoyer, et sous les marées et au haut des déserts de neige, suivre ses vues, ses souffles, son corps, son jour. » (Génie, dans « Les illuminations ».)
Jour après jour
La découverte de ce texte sur Bismarck est simplement l’occasion de parler encore de Rimbaud, et de se replonger dans cet univers, où, et le sens de l’énigme, et le sens de la lumière, sont - à part égale- les bienvenus.
Jour après jour, dans ses pages, Rimbaud Arthur nous explique et nous conte son itinéraire et ses enchantements : « Depuis longtemps », écrit-il, « je me vantais de posséder tous les paysages possibles et trouvais dérisoires les célébrités de la peinture et de la poésie moderne (…). Je devins un opéra fabuleux (…) Je dus voyager, distraire les enchantements assemblés sur mon cerveau… »… Dans le texte « Adieu », il écrit : « J’ai créé toutes les fêtes, tous les triomphes, tous les drames. J’ai essayé d’inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues. J’ai cru acquérir des pouvoirs surnaturels. .. » « Moi ! moi qui me dis mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre. »…
Et la dernière phrase d’« Adieu » : « Il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps… »
"Je suis le savant au fauteuil sombre "
Si posséder la vérité dans une âme et un corps correspond à notre constitution et à nos intuitions, il n’est jamais vraiment temps de dire « Adieu » à Arthur... Un inédit qui parait, les « Œuvres complètes » des éditions Garnier qui se promènent toujours d’une étagère à l’autre de la bibliothèque, des questions infinies, des pistes, des discussions : Arthur Rimbaud est le poète allongé autour duquel les hommes s’assemblent pour parler et veiller entre eux l’idée de l’absolu.
Un de mes poèmes préférés, c’est « Enfance », dans les Illuminations, notamment, ces lignes dont j’avais décoré un de mes albums photos personnels, où j’ai ajouté aussi quelques petites plantes françaises, qu’on fait sécher pour les mettre en herbier, et célébrer, en pages, la magie naturelle :
« Je suis le saint, en prière sur la terrasse, -comme les bêtes pacifiques paissent jusqu’à la mer de Palestine.
Je suis le savant au fauteuil sombre. Les branches et la pluie se jettent à la croisée de la bibliothèque.
Je suis le piéton de la grand’route par les bois nains ; la rumeur des écluses couvre mes pas. Je vois longtemps la mélancolique lessive d’or du couchant…
Je serais bien l’enfant abandonné, sur la jetée partie à la haute mer, le petit valet, suivant l’allée dont le front touche le ciel… »
Etc.
Mais avec une fin heureuse.
...
Claire Delhomme18:05 Publié dans Fiches de lecture - Les CLASSIQUES | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
18.05.2008
Poèmes de Louis Aragon
Les divins poèmes d’Aragon figurent dans toute bibliothèque qui se respecte, ou toute discothèque s’épanchant vers l’amour avec plaisir… Mis en musique par Ferrat, Aragon résonne comme une pure douceur, une merveille coulante et chaude, une source d’eau vive. Avec son phrasé si caractéristique, sa parole non ponctuée, coulante et claire, il nous donne à entendre les sortilèges du verbe et ceux de l’amour… Il porte aussi toujours son texte vers les traits essentiels, les questions humaines. Et il convie, aux festins et aux danses, non seulement la divine poésie, mais aussi la nature, qui donne le sens...
La sonorité de Ferrat l'illustre, notamment pour les deux poèmes présentés ci-dessous... Sa musique, pour dater d'une époque, n'en contient pas moins une sorte de suspension temporelle, d'évidence, d'élégance... Les mélodies comme le chant -sobre et porteur- mettent en valeur le texte.
L'ensemble crée un envoûtement magique, un jeu de miroir où la conscience se questionne, et séduit... Purs moments de merveille littéraire. Purs instants, où la littérature fleurte avec l'essentiel, et touche à la grâce... Instant de transport... A chantonner de temps en temps...
Heureux celui qui meurt d’aimer, Louis Aragon
O mon jardin d'eau fraîche et d'ombre
Ma danse d'être mon cœur sombre
Mon ciel des étoiles sans nombre
Ma barque au loin douce à ramer…
Heureux celui qui devient sourd
Au chant s'il n'est de son amour
Aveugle au jour d'après son jour
Ses yeux sur toi seule fermés…
*
Heureux celui qui meurt d'aimer
Heureux celui qui meurt d'aimer
*
D'aimer si fort ses lèvres closes
Qu'il n'ait besoin de nulle chose
Hormis le souvenir des roses
A jamais de toi parfumées…
Celui qui meurt même à douleur
A qui sans toi le monde est leurre
Et n'en retient que tes couleurs
Il lui suffit qu'il t'ait nommée…
*
Heureux celui qui meurt d'aimer
Heureux celui qui meurt d'aimer
*
Mon enfant dit-il ma chère âme
Le temps de te connaître ô femme
L'éternité n'est qu'une pâme
Au feu dont je suis consumé…
Il a dit ô femme et qu'il taise
Le nom qui ressemble à la braise
A la bouche rouge à la fraise
A jamais dans ses dents formée…
*
Heureux celui qui meurt d'aimer
Heureux celui qui meurt d'aimer
*
Il a dit ô femme et s'achève
Ainsi la vie, ainsi le rêve
Et soit sur la place de grève
Ou dans le lit accoutumé
Jeunes amants vous dont c'est l'âge
Entre la ronde et le voyage
Fou s'épargnant qui se croit sage
Criez à qui vous veut blâmer
*
Heureux celui qui meurt d'aimer
Heureux celui qui meurt d'aimer
Les Poètes, Louis Aragon
Je ne sais ce qui me possède
Et me pousse à dire à voix haute
Ni pour la pitié ni pour l’aide
Ni comme on avouerait ses fautes
Ce qui m’habite et qui m’obsède…
*
Celui qui chante se torture
Quels cris en moi quel animal
Je tue ou quelle créature
Au nom du bien au nom du mal
Seuls le savent ceux qui se turent…
*
Machado dort à Colioure
Trois pas suffirent hors d’Espagne
Que le ciel pour lui se fit lourd
Il s’assit dans cette campagne
Et ferma les yeux pour toujours…
*
Au dessus des eaux et des plaines
Au dessus des toits des collines
Un plein chant monte à gorge pleine
Est-ce vers l’étoile Holderlin…
Est-ce vers l’étoile Verlaine…
*
Marlow, il te faut la taverne
Non pour Faust mais pour y mourir
Entre les tueurs qui te cernent
De leurs poignards et de leurs rires
A la lueur d’une lanterne…
*
Etoiles poussières de flammes
En Août qui tombez sur le sol
Tout le ciel cette nuit proclame
L’hécatombe des rossignols
Mais que sait l’univers du drame…
*
La souffrance enfante les songes
Comme une ruche ses abeilles
L’homme crie où son fer le ronge
Et sa plaie engendre un soleil
Plus beau que les anciens mensonges….
*
Je ne sais ce qui me possède
Et me pousse à dire à voix haute
Ni pour la pitié ni pour l’aide
Ni comme on avouerait ses fautes
Ce qui m’habite et qui m’obsède…
nb 1 : Album Ferrat chante Aragon, téléchargeable sur le site de la Fnac entre autres
nb 2 : A condition de ne pas en mourir bien sûr, mais d'en vivre...
00:19 Publié dans Fiches de lecture - Les CLASSIQUES | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
17.03.2008
La Vénus d'Ille et autres nouvelles" de Prosper Mérimée
FICHE DE LECTURE - Lorsque "LA VENUS D'ILLE ET AUTRES NOUVELLES" De Prosper Mérimée rencontre l'UNESCO- Ou la fabuleuse histoire de la diversité culturelle...
Voici une petite fable, qui est en fait un petit récit, qui est en fait une petite réflexion, qui est en fait un long article... Ce texte parle de culture. Il parle d'un auteur français charmant, tellement charmant que le monde entier ou presque le connaît, sans le savoir nommément... Aussi, suivons le, puisqu'il parait si bon... Réjouissons-nous qu'il ait gravé quelques marbres pour rendre plus belle la joie de nos moissons... Lisons, et développons...
Développons, imaginons, projetons, réfléchissons : comment son combat serait-il aujourd'hui mené ?... Il s'agit de Prosper Mérimée !.... (applaudissements)...
*
Un jour ou l’autre, il nous est tous arrivé d’être songeurs, au moment de passer aux caisses enregistreuses d’un magasin culturel. Or, voici donc l’histoire qui se produit à ce moment : un simple moment de songerie aux abords d’une caisse enregistreuse devient un moment philosophique et politique.
Ou comment le livre apparut
En effet, les services du magasin en question ont prévu l’éventualité de cet instant d’abandon à proximité des caisses, bien connu des services de marketing du monde entier. Ce moment d’abandon, peu occupé par une activité fonctionnelle facilement repérable, fait de la personne humaine une proie facile à d’autres achats superfétatoires et modestes, que l’inactivité spécifique, la songerie ou l’ennui vont stimuler.
En l’occurrence, voici de petits exemplaires de livres, à coût modeste (2€), dotés d’un certain nombre de pages et présentant des couvertures colorées. Le regard ainsi rallumé par l’éventualité d’une rencontre intellectuelle fructueuse, commande de lever la main, et, conformément aux instructions subliminales du susdit service marketing, de se saisir d’un des objets ostentatoires, présents sur le présentoir, et de le feuilleter, afin d’en découvrir l’intérêt.
L’objet considéré, dans la collection « Librio, texte intégral, Imaginaire », s’appelle « La Vénus d’Ille et autres nouvelles » de Prosper Mérimée. Il est constitué, après feuilletage, de diverses nouvelles aux titres assez variés, telles que « La Vénus d’Ille », « La perle de Tolède », ou encore « Federigo ».
Quelques mots sur Prospère Merimée
Il s’agit, après lecture, de courtes nouvelles de Prosper Mérimée donc, particulièrement agréables à lire.
Mérimée, l’auteur de « Carmen », qui fut mis en musique par Georges Bizet, dans le célèbre opéra du même nom, en 1875... Au vingtième siècle, de nombreux réalisateurs de cinéma s’intéressèrent aussi à l’histoire : Cécile B.DeMile, Lubitsch, Christian Jacq, Preminger, Peter Brook, Godard, et même le hip hop…
Prosper Mérimée (1803-1870), fut Inspecteur des Monuments Historiques... Descendant d’une famille liée à la royauté, il publie, en 1825, le Théâtre de Clara Gazul, son premier livre.
Ses nouvelles les plus célèbres sont : La Vénus d'Ille (1837), Colomba (1840) ; Carmen (1845). Il a également mené des recherches historiques : deux volumes d'Études sur l'histoire romaine, Essai sur la guerre sociale, (1841) ; Conjuration de Catilina, (1844), et une monumentale monographie, Don Pèdre Ier, roi de Castille (1848).
Dans une de ses correspondances, décrite par le site « Prosper Merimée.culture.fr », on semble comprendre qu’il est moral » : « Spirituel, détaché, de très bonne compagnie, il est recherché. » nous dit le site : « Il prend ses marques dans les milieux ouverts aux idées libérales ou acquis aux tendances artistiques nouvelles. S'il reste discret dans la manifestation de ses préférences politiques, il refuse néanmoins toute "compromission" avec le pouvoir sous la Restauration, allant jusqu'à décliner un poste diplomatique à Londres en 1829 : "accepter des fonctions quelques peu importantes qu'elles soient, sous l'Administration actuelle, serait n'être pas d'accord avec moi-même."
(Lettre à Madame Récamier, 25 octobre 1829). » »
Il fréquente les Salons intellectuels parisiens. Entre autres, il connaît le scientifique Cuvier, le peintre Delacroix, les écrivains, Stendhal, Musset et George Sand (qui l’éconduisit), ainsi que de nombreux autres artistes et intellectuels de son temps. Il a également une confidente et collaboratrice, Mme de Montijo, et une maîtresse : Valentine Delessert.
Dans son effervescence créatrice, Mérimée est introduit très tôt dans le milieu politique auquel il consacre une bonne partie de sa vie, notamment sur la question de la préservation des monuments historiques en France.
« Dans ses rapports, Mérimée décrit l'état, souvent alarmant, des édifices, dénonce les affectations nuisibles et le vandalisme de certaines restaurations. Il se bat sur le terrain pour sauvegarder les édifices, rencontre les préfets, les érudits locaux, les propriétaires et affectataires des monuments menacés et demande toujours plus de moyens pour "ses chers monuments". «Cet infatigable voyageur met progressivement en place une administration et participe à la création, en 1837, de la Commission des Monuments historiques. » raconte ce site qui lui est consacré (adresse en bas de l’article).
Ce site raconte aussi : « En 1846, l'écrivain se tait pour vingt ans ; il expliquera ce silence par l'éloignement de Valentine Delessert, sa maîtresse depuis 1836 : "Ce qui m'a empêché de travailler est un motif un peu bête. Lorsque j'écrivais, c'était pour l'amour d'une belle dame. Lorsqu'elle ne s'est plus amusée de moi, je n'ai plus rien fait." (Lettre à Tourgueniev, 27 janvier 1855).
Sa biographie ne lasse pas d’être attirante ou étonnante sur d’autres plans. Ainsi, entre-t-il à l’Académie Française, par un discours d’entrée dans lequel il ironise sur son prédécesseur, qu’il appréciait peu… Véritable européen, il voyage en Espagne, Rhénanie, Hollande, Bavière, Suisse, Italie et Grèce, ainsi qu’en Asie Mineure ; le fils du physicien Ampère, un des découvreurs de l’électricité, est son ami régulier.
Il écrit : "J'ai passé trois semaines à Athènes, en extase devant les plus beaux monuments que l'esprit puisse concevoir ; on ne peut expliquer en quoi le Parthénon est si supérieur à toutes ses copies. Il a un je ne sais quoi qu'il faut voir." (Lettre du 31 mars 1842.)
La Vénus d’Ille et autres nouvelles
sujets variés & mythes européens
Les nouvelles de « La Vénus d’Ille et autres nouvelles », présentent des sujets variés. On s’y promène en France, dans une France profonde, porteuse d’histoire et d’histoires, dans l’Italie romantique, en Espagne ou en Suède : un vrai chant européen... Chaque nouvelle possède son style et son intensité. Le suspens y est excellent, et le ton, qui oscille entre humour, ironie, tendresse et lyrisme, nous balade joliment dans des univers que nous connaissons déjà sans le savoir, des intimes de nous-mêmes : livres d’enfance, costumes, contes classiques, livres d’histoires, gravures et peintures, papillonnement des idées entre les arbres bien verts, références communes, territoire familier… A chaque fois, on se laisse prendre au jeu.
Romantisme éclairé de « la Vénus d’Ille » ; troublante histoire florentine de « Il Viccolo di Madame Lucrezia » ; étrange histoire et immenses palais de « Charles XI » ; stupéfiante histoire de « la perle de Tolède »…nous promènent dans une belle bulle culturelle européenne...
Quand à la nouvelle appelée « Féderigo », elle vaut son pesant de mots… En voici, pour que le lecteur mesure de lui-même l’ambiance, en voici les premières lignes :
« Il y avait une fois un jeune seigneur nommé Federigo, beau, bien fait, courtois et débonnaire, mais de mœurs fort dissolues, car il aimait avec excès le jeu, le vin et les femmes, surtout le jeu ; n’aillait jamais à confesse, et ne hantait les églises que pour y chercher des occasions de péché. Or, il advint que Federigo, après avoir ruiné au jeu douze fils de famille (qui se firent suite malandrins et périrent sans confession dans un combat acharné avec les condottieri du roi) perdit lui-même, en moins de rien, tout ce qu’il avait gagné, et, de plus, tout son patrimoine, sauf un petit manoir, où il alla cacher sa misère derrière les collines de Cava. Trois ans s’étaient écoulés depuis qu’il vivait dans la solitude, chassant le jour et faisant le soir sa partie d’hombre avec le métayer. Un jour qu’il venait de rentrer au logis après une chasse, la plus heureuse qu’il eût encore faite, Jésus-Christ, suivi des saints apôtres, vint frapper à sa porte et lui demanda l’hospitalité.».…
Je laisse au lecteur découvrir la suite en lisant l’ouvrage, s’il le souhaite, et constate que, pour cette fois, les services marketings du magasin culturel ont fait un bon travail en proposant cette lecture au lecteur pensif et curieux de comprendre.
Mise en perspective politique :
l’UNESCO et la diversité culturelle
L’UNESCO a mis en exergue la notion de « patrimoine immatériel » : c’est dans cette notion de « patrimoine » que nous rejoignons pleinement l’esprit de Prosper Mérimée, qui se consacra en grande partie à la préservation d’un patrimoine.
Promouvoir sa culture et la diversité culturelle constitue aujourd’hui un sujet de débat, dont voici un peu le contexte général.
Dans le monde d’aujourd’hui, c’est l’UNESCO qui, au niveau international, mène officiellement la mission de promouvoir la diversité culturelle… Fondée en 1945, l’Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture, est une institution spécialisée au sein du Système des Nations Unies, ONU.
En 2007, l’UNESCO comprend 193 Etats-Membres et 6 Etats associés.
Histoire, biosphère, paix
Son action est connue pour ses classements au patrimoine mondial de l’humanité (contestés par certains). L’UNESCO crée également un « réseau de réserves de biosphère » sur la planète (« programme MaB : Man And Biosphere »). Elle abrite aussi la Commission océanographique intergouvernementale, organe de coordination scientifique. Et anime actuellement une « Décennie (2001-2010) internationale de la promotion d'une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde ».
Première convention de 2001
La diversité culturelle, patrimoine mondial de l’humanité.
L’histoire de la convention pour la diversité culturelle vaut bien des analyses politiques et économiques, en ce qu’elle nous rappelle quelques traits saillants de la vie culturelle mondiale.
C’est en 2001, après les attentats de septembre, qu’une première convention est adoptée : « la convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles ». Cette convention élevait la diversité culturelle au rang de « patrimoine commun de l’humanité ».
Pour mémoire, le débat sur la « diversité culturelle » a fait suite à celui sur l’ « exception culturelle ». Par « exception », il était entendu l’idée de soustraire les biens culturels au groupe des produits en général, et leur donner une place d’ « exception ». En passant au concept « diversité culturelle », les débatteurs de l’UNESCO ont généralisé en quelque sorte leur idée, en créant une nouvelle échelle de valeur : la diversité.
La convention reconnaît : la « nature spécifique des activités, biens et services culturels », affirme le « droit souverain des Etats » à mener des politiques en la matière, et l’utilité d’une « solidarité internationale en matière culturelle ». Elle affirme s’inspirer des « droits de l’homme » et du droit d’expression des cultures et considère également le double caractère « économique » et culturel de la notion de développement. Elle affirme que le « droit souverain des Etats » à intervenir dans ce domaine n’est pas absolu et souligne le rôle de la « société civile ». Elle affirme également l’ « obligation des Etats » à créer un « environnement favorable » à l’expression culturelle. Elle crée un mécanisme de suivi de cette réalité, par l’institution d’une Conférence et d’un Comité Intergouvernemental, chargé de la promotion et mise en œuvre de la Convention.
(source : site de France Diplomatie, Ministère des affaires étrangères et européennes).
Dans cette première Déclaration de 2001, « Le paradigme éthique de la « diversité en dialogue » prend notamment le contre-pied de la thèse bien connue de Samuel Huntington sur l’inéluctabilité du « choc des cultures et des civilisations ».
(source : Armand Mattelart, in Le Monde Diplomatique d’Octobre 2005.)
Convention sur la diversité 2005,
après la bataille à l’Unesco : diversité culturelle versus libre échange
L’adoption d’une seconde convention rencontra certaines oppositions. En effet, un groupe de pays, les Etats-Unis, l’Australie et le Japon, s’y montra tout à fait opposé, les Etats-Unis étant le principal accusé.
« Dans les négociations mondiales, la diplomatie des Etats-Unis s’était déjà montrée, raconte A. Mattelart dans le Monde Diplomatique « farouchement opposée au principe de protection de l’« exception culturelle », et cela, en grande partie, en raison du domaine audiovisuel.
Aussi, lorsqu’il s’agit d’adopter la Convention de 2005, les Etats-Unis y furent très hostiles. Arguant de la lutte contre le protectionnisme, ils voulurent valoriser la seule règle du « libre échange ».
Opposés à eux, prônant la possibilité de lois protégeant la diversité culturelle, valorisant la nécessité de l’absence d’hégémonie, le Canada et la France – accompagnée de la francophonie-, et l’Union Européenne, montèrent en première ligne. La bataille d’idées fut intense, et on put en entendre quelques échos dans les médias.
Finalement, la « Convention sur la diversité culturelle » fut adoptée le 20 octobre 2005, lors de la session plénière de la 33ème conférence générale de l’UNESCO, à Paris.
La diversité culturelle en action
La diversité culturelle est un des enjeux du monde d’aujourd’hui. Protections architecturales, diversité des œuvres audiovisuelles, écologie des populations et traditions, édition et respect des livres et des œuvres de l’esprit, revenus des artistes, systèmes de prix des produits culturels, infrastructures culturelles dans les pays en développement… Les sujets d’étude, d’action et de progrès ne manquent pas.
La protection ou la valorisation d’un patrimoine se combine avec l’esprit de la nouveauté. Et, dans ce contexte, lire les nouvelles de la Vénus d’Ille de Prosper Mérimée, c’est déjà entrer dans le sujet par la qualité.
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Site sur Prosper Mérimée
http://www.merimee.culture.fr/
Site France Diplomatie
Actions de la France dans le monde / Diversité culturelle
http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/actions-france_830/diver...
actualité politique : liberté pour le Tibet et sa culture
Concernant l'actualité de la diversité culturelle, une pensée de bonne chance pour nos amis tibétains. Le film de Jean-Jacques ANNAUD "7 ans au Tibet" permet de se plonger dans l'ambiance de cette terre colorée et neigeuse, extravagante et douce. Film à télécharger sur les sites de location vidéo, pour respecter le droit d'auteur et favoriser la création. "7 ans au Tibet" est un film passionnant et très novateur, où Brad Pit est étonnant, ainsi que ses partenaires moins connus, de même que l'enfant qui représente le Dalaï Lama. Ce film est un voyage qu'on n'oublie pas : proche du sommet du monde, et héritière d'une importante tradition.
actualité des musées : expo Babylone au Louvre
Signalons aussi la tenue d'une exposition qui semble fort belle, sur Babylone, au Louvre, hall Napoléon, tel 01 40 20 53 17. Tous les jours -sauf le mardi-, de 9 h à 18 h, nocturne les mercredis et vendredis jusqu'à 22 h. Du 14 mars au 2 juin 2008. On y parle de Nabuchodonosor, de la légende et de la réalité de Babylone, et de jardins suspendus. Beaucoup de belles choses à voir.
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