16.06.2008
Mon refrain préféré
La nuit s’étendait comme un morceau de mer, au dessus de la mer…
- Mademoiselle, enchanté…
De surprise, Victoire lâcha son stylo, et, d’un mouvement vif du cou, se retourna :
- Ma sauvagerie, lui dit le jeune homme en face d’elle, ma sauvagerie fusionne ici avec mon esprit subtil... Oui, je rentre de dîner en ville, et je croyais me trouver, ici, seul face à mes pensées, sur cette falaise, livré à l’infini de mes rêves, et voici que surgit…
Elle lui sourit :
- Un autre infini ?... lui dit-elle.
Ils se sourient…
- Je peux m’asseoir ?
- Oui, acquiesça-t-elle, le regardant avec de grands yeux... Je vous en prie…
Sur sa couverture rouge, elle se déplaça afin de lui faire de la place :
- Oui, dit Arthur, s’asseyant auprès d’elle : « oui, je croyais pouvoir grogner comme une bête mes questions au monde, répondre à mes questions par de nouvelles questions, qui me tiendraient dans l’absolu écho de la nature… dans l’absolu de la nature ; elle qui nous parle parfois sans mots, elle qui nous dit parfois « je t’aime » sans un mot…
Victoire lui sourit à nouveau :
- … Oui, lui dit-elle, oui elle nous aime… Oui, soyez mon invité… J’écoutais de la musique…
D’un geste de la main, elle lui montra le baladeur posé sur la couverture. Puis elle ajouta :
- Oui, soyez ma musique…
- Et vous la mienne.
- Alors, soyons ensemble la musique d’aujourd’hui…
- Et celle de demain…
Un instant, ils restèrent silencieux, suspendus aux sourires.
- C’est très bien décoré chez vous… lui dit-il….
- Merci, lui dit-elle… Vous êtes bien installé ?...
- Oui, vraiment.
- Et c’est vrai, lui dit-elle, vous savez, oui c’est vrai, c’est un peu chez moi ici… Je viens souvent… Il y a la grandeur et l’intensité. C’est un endroit profondément romantique. C’est l’endroit de l’amour de l’Unique… Il y a la mer, le ciel et la terre, et l’horizon… Le ciel est toujours au dessus de la mer. Et on sent qu’il se passe quelque chose d’important, qu’il doit toujours se passer quelque chose d’important.
- Je suis important…, lui dit-il.
*
- Oui, continua-t-il, on sent ici comme une sorte de magie… C’est ce que j’avais toujours cherché : cette plénitude… Le ciel, au dessus de la mer. L’air frais, où le printemps déborde… Cet après-midi, lorsque je suis arrivé, je me suis assis dans l’herbe. Sans cesse, je pensais aux routes, aux villes, aux forêts que j’ai traversées. Et je me disais que, puisque tout est terrestre, on cherche parfois l’apaisement dans le céleste : là bas, tout s’éparpille indistinctement dans une explosion d’atomes inaptes à éprouver aucun sentiment, pas même l’indifférence…
- Oui…
Il poursuivit :
- Je sentais la force de la nature en moi, comme si j’étais moi-même la nature, ou comme si la nature s’ignorait elle-même, force vive, comme je m’ignore moi-même peut-être, et je viens, comme une vague, un courant, heurter sans fin le rocher, et doucement recommencer …
- Oui, lui dit-elle, en douceur.
- Et toi ?...
- Moi ?... Elle sourit : « Moi, je suis partie de chez moi joyeuse, cet après-midi, pour cette balade au creux de mon âme. Je réfléchissais à la philosophie… Je m’intéresse à la philosophie… Oui, j’avais presque claqué la porte en partant, remplie d’une sorte d’enthousiasme que je ne formais pas en mots, que je laissais monter en moi, et je sautillais, dans les escaliers, me disant que le monde est à moi et que rien jamais ne m’empêche.
- Mais oui, lui sourit-il.
- J’avais pris mon carnet, au cas où j’ai envie d’écrire.
- Je comprends, lui dit-il.
D’un mouvement, elle attrapa son carnet pour le lui montrer. A cet instant, leurs mains se croisèrent et se touchèrent, comme pilotées judicieusement par le centre savant de leurs cerveaux émotifs.
*
Dans l’air nocturne éclairé de lune, des nuages au loin s’étiraient par grappes changeantes, au gré des humeurs atomiques du vent… Comme des reflets de la rêverie… Comme des gouttes de pluie descendant sur la vitre d’une voiture ; des zones de lumière scintillant dans le courant d’un fleuve ; l’ombre des branches, soulevées par le vent, sur les carreaux d’une fenêtre… Là, sur la falaise, devant eux, il y avait ces nuages lointains… Mais eux, ils avaient choisi de donner forme. Dans la liberté, ils avaient choisi de donner forme. Tel était ce qui venait de commencer à se dérouler entre eux : une histoire où l’amour rejoignait la liberté, la liberté d’aimer… Ainsi, ce soir-là, pour la première fois, leurs corps s’étaient rapprochés, cuisse contre cuisse, en discutant, sur la Falaise, dans le délassement et la spontanéité. En douceur, ils avaient commencé à parler, à se toucher.
Progressivement, puissamment, le désir montait entre eux, nuage d’étincelles préparant son orage.
- Je prenais des notes, lui dit Victoire, qui ralentissait sans s’en rendre compte la vitesse de ses paroles… Je réfléchissais à la philosophie naturelle, la philosophie de la nature.
- Moi aussi lui dit-il, j’aime la nature comme philosophie.
Puis il ajouta :
- J’aime la philosophie de la chair aussi…
Entre eux, ce mot de « chair » résonna et provoqua un premier frissonnement général.
- Descartes, lui dit-elle, s’efforçant de garder ses idées claires pour la conversation, Descartes, au 17ème siècle, préconisa de faire table rase de toute idée acquise et de tout prendre à la base, pour être sûr de son raisonnement, pour définir une base pour un système de pensée... Naturellement, si les bases dont on dispose sont solidement établies, nul besoin de les mettre en question… Comme cette falaise, qui est assez solidement établie… On ne voudrait pas la mettre en cause…
- Effectivement, sourit-il… Je valide avec toi ce premier principe, le principe de ce Rocher bien établi.
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25.03.2008
L'enfance de Zeus
Mettant temporairement de côté toutes les questions que posent ce monde, sombrons sans dommage quelques instants dans de la pure fiction. Il s'agit cette fois d'un conte qui pourrait être un conte pour les enfants : un tableau de l'enfance de Zeus, texte initialement écrit pour un concours de nouvelles organisé par "les contes du jour et de la nuit", émission de France Musique, dont le thème était "écrire un conte".
Il s'agit d'un court tableau de l'enfance de Zeus, qui, pour éviter la tendance de son propre père, Chronos, à manger ses enfants, fut judicieusement placé en Crète par sa mère Rhéa, qui tenait à lui. Placé chez la nymphe-chèvre Amalthée, il grandit, élevé de lait et de miel, sur la terre crétoise. Plus tard, pour remercier Amalthée, Zeus placera au ciel la constellation du Capricorne. (source Robert Graves, les mythes grecs).
J'a réalisé une libre adaptation de l'idée d'une enfance de Zeus, ayant pour ma part beaucoup fréquenté une île grecque durant mon adolescence. Ainsi j'imaginais l'enfance de Zeus en Crète.
A travers ce petit conte pour enfants et grands enfants, je délivre également un petit message philosophique, que tout le monde connait, mais qu'il est bon de méditer.
Bon voyage...
L’ENFANCE DE ZEUS,
par Claire Delhomme
Ecrit pour les Contes du Jour et de la Nuit
Emission de France Musique, Radio France
1 OUVERTURE
Zeus et Koriphos se relèvent tous deux en bondissant.
- Allons-y ! proclame Zeus.
Koriphos jette un regard sur la nymphe-chèvre Amalthée, qui vient de les nourrir de son lait... Zeus et Koriphos vivent maintenant avec la chèvre. C’est Rhéa, la mère de Zeus, qui l’a placé là, en Crète, aux bons soins d’Amalthée la chèvre.
- Allez-y les petits, dit Amalthée, cela me parait être une bonne idée que tu as eu là, Zeus mignon. Le dieu de l’arc-en ciel aura forcément des sentences, des paroles sages à vous dire. Il vous renseignera bien… Allez-donc le voir.
- Tu vois, dit Zeus à Koriphos, Amalthée, notre mère nourricière, nous fait confiance.
A ces mots, il prend la main de Koriphos et il commence à l’entraîner vers l’orée de la grotte.
- Les enfants ! leur lance Amalthée : prenez garde toutefois à ne pas vous perdre dans les chemins rocailleux. Faites attention ; ce n’est pas un jeu.
- Nous y prendrons garde, lui répond le petit Zeus.
- Regardez, leur dit-elle, regardez comment font les petits animaux qui s’écartent des chemins déjà connus : ils regardent toujours en arrière, de temps à autre, pour voir d’où ils viennent, pour se rappeler le chemin.
Les deux enfants se tiennent dans l’entrée de la grotte, en contre-jour. Derrière eux, dans l’immensité bleue qui les attend, on voit les vagues du rivage scintiller dans le jour de soleil.
– Nous ferons ainsi, lance Koriphos, d’accord !
- D’accord, répètent-ils en chœur, puis ils démarrent en courrant. A la sortie de la grotte, ils courent ; puis dans le paysage vallonné, dans le grand rayon de soleil, ils courent encore, jusqu’au verger brillant du Vieil Homme Sage.
2 LA VISITE
Les deux enfants, trop agités par l’idée de connaître le secret de l’arc-en ciel, avaient couru à vive allure jusqu’à la maison blanche du vieil homme sage. Celui-ci possède un verger rempli d’arbres magnifiques, auquel il donne un nom, arbre par arbre, Il entretient aussi, sur un petit lac, des cygnes et des canards qui voguent sur l’eau au gré du vent. Connu pour sa sagesse, sans doute va-t-il pouvoir donner aux enfants des informations utiles, avant leur visite au dieu de l’arc-en ciel, au sommet de la colline.
C’est Zeus, le plus entreprenant, qui frappe à sa porte et lui sourit à son arrivée :
– Bonjour vieil homme sage, lui dit l’enfant. Koriphos et moi nous allons voir l’arc-en ciel pour lui demander son secret… Avez-vous un bon conseil à nous donner ?
Le vieil homme sage hausse les épaules :
– Je ne suis pas qualifié, leur dit-il, pour ce genre de sagesse.
- Pour quel genre de sagesse es-tu qualifié, lui demande Zeus.
A ces mots, le vieil homme se met à rire :
– Hé bien, je peux vous offrir un gâteau aux figues et à la menthe, et de l’eau fraîche, si vous le souhaitez.
A leur tour, les deux garçons haussent les épaules :
– Merci, disent-ils, mais nous avons déjà déjeuné.
- Alors je suis qualifié aussi pour les courses de chevaux. Je peux vous dire quels sont les bons et les mauvais chevaux.
Les deux garçons secouent leur tête négativement :
– Non, nous venons nous renseigner sur l’arc-en ciel.
- L’arc- en ciel brille lorsque l’humidité de l’eau croise le rayon du soleil, dit Koriphos.
– Hé bien, lui dit le vieil homme, je vois que tu es déjà sage, toi qui sais tant de choses. Allez-y, et puis venez me raconter ce que l’arc-en ciel vous aura dit.
Tout joyeux, les deux garçons reprennent leur route.
3 SUR LE CHEMIN
- Tu vois, dit Koriphos à Zeus, le vieil homme sage n’est pas sage dans tous les domaines.
- Il faudrait faire une liste des domaines de sagesse, lui répond Zeus, en souriant, tandis qu’ils marchent sur le chemin escarpé. Par instants, le sommet de la colline est bien visible. La terre, sèche et chaude, de l’été, laisse pousser des oliviers brillants, dont les feuilles paraissent argentées, et des figuiers aux feuilles bien dessinées.
Mais, tandis qu’ils avancent sur le chemin, en bavardant, ils n’ont pas remarqué un loup discret qui les suit, masqué par les broussailles.
- Moi, dit le jeune Zeus, je trouve qu’un homme sage devrait être sage dans tous les domaines. En effet, s’il n’est pas sage dans un domaine, peut-être est-ce contradictoire avec sa sagesse dans les autres domaines, et peut-être n’est-il sage en aucun domaine ?...
- Je ne sais pas, dit Koriphos, car on ne nous a jamais dit vraiment ce qu’est la sagesse…
Les deux garçons, tout en grimpant sur le chemin clair, se mettent à réfléchir chacun de leur côté.
- Peut-être, dit Zeus, peut-être l’arc-en ciel pourra nous répondre sur ce point.
C’est alors que le loup court vers eux, gueule ouverte sur des dents bien limées, corps tendu dans la précision de l’attaque. Aussi rapides que des moineaux, les deux garçons grimpent et se trouvent, en deux temps trois mouvements chacun au sommet d’un olivier, où le loup ne peut les atteindre.
- Zeus, appelle Koriphos, qui ne le voit pas au travers des feuillages, es-tu sauvé ?
- Je suis sauvé autant que toi, se met à rire Zeus… Attendons que le loup se lasse, et puis j’ai avec moi le couteau qu’Amalthée m’a donné.
4 VISITE A L'ARC-EN CIEL
Le soir tombe, la nuit passe, le jour se lève... Le lendemain, une louve passe dans ce coin de nature. Le loup, plus intéressé par sa partenaire que par les deux petits enfants qui balancent maintenant depuis de longues heures au sommet des arbres, s’éclipse pour suivre sa belle. Rapidement, les deux enfants, épuisés et morts de soif, redescendent des arbres et n’ont de cesse de courir pour arriver enfin, en haut de la colline, dans le domaine de l’arc-en ciel. Là, entrant dans le parc fermé de hautes barrières de bois, ils peuvent enfin s’arrêter pour reprendre leur souffle et boire à une fontaine.
- L’amour du loup pour la louve est une sagesse du loup, dit Koriphos à Zeus, et ils se mettent à rire.
C’est alors que l’arc-en ciel, ornant toute la vaste plaine, se lève, et étend ses longues lignes colorées tout au travers du ciel. Stupéfaits et ravis, les deux garçons, qui se reposaient dans l’herbe, se relèvent aussitôt.
- Arc-en ciel enchanté, appellent-ils. Arc-en ciel, réponds-nous… Quelle est ta sagesse ?...
Mais l’arc-en ciel, qui s’étend de toute sa splendeur coloré dans l’espace du ciel immense, l’arc-en ciel se tait et ne dit rien. Il est simplement couleur, humeur du ciel, illustration des secrets de la lumière. Il est simplement une expression magnifique des couleurs du monde, dans le ciel sans limites. Il est simplement un jeu de la physique, lorsque l’eau en fines gouttes rencontre la lumière du soleil. Il est simplement cela. Il est tout cela.
5 RIVAGE
Redescendus sur le rivage, les deux garçons vont maintenant se baigner dans la mer… Le soleil radieux, le ciel sans nuage et les vagues profondes et douces semblent répondre à toutes leurs questions. S’asseyant sur la plage, la jeune Pasiphaé, une jeune bergère des environs, vient les attendre pour parler avec eux.
- Pasiphaé, lui dit Zeus en marchant sur le sable : nous sommes allés voir l’arc-en ciel et il ne nous a rien dit.
- Il est resté silencieux, ajoute Koriphos, en se séchant. Tu te rends compte ? Nous sommes allés jusque là-haut pour cette rencontre, et il n’a rien dit…
Pasiphaé se met à rire :
- C’est normal, mes petits lions, leur dit-elle.
- Pourquoi ? demandent-ils en chœur.
Ils sont maintenant tous trois assis sur le sable doux.
- Parce que l’arc-en ciel est simplement un phénomène de la nature. Il n’est pas humain, il n’est pas un dieu, il ne parle pas : il resplendit, voilà. C’est une poésie naturelle
- D’accord, dit Zeus. Nous pensions que c’était un dieu.
- C’est certainement un dieu, à sa manière, dit Pasiphaé : un dieu léger, même s’il n’a ni parole, ni mot, ni chant… C’est quelque chose de magnifique et de sacré, comme la nature toute entière.
- Même les loups ? demanda Koriphos. Dirais-tu que les loups également appartiennent à la nature magnifique ?
- Les loups aussi, dit Pasiphaé, mais il vaut mieux rester loin d’eux.
- Alors, soupira Zeus, l’arc-en ciel n’avait pas de message de sagesse pour nous.
- Mais si, leur dit Pasiphaé : il avait le message de la diversité.
- La diversité ?
- Oui, la diversité, tu ne connais pas la comptine ?
- Vas-y.
Alors Pasiphaé commence à chanter la comptine de l’arc-en ciel, qui évoque la diversité de la nature, la diversité des couleurs, la diversité des paysages, et la diversité des cultures et des personnes…
- D’accord ! s’écrit Zeus.
- L’arc-en ciel représente la variété, le grand nombre de catégories, d’êtres, de choses, de choix, de personnes, de styles… Tu comprends maintenant ? lui demande encore Pasiphaé.
- Oui, comme la variété des couleurs…
- Oui, la variété des couleurs est la sagesse de l’arc-en ciel. Elle nous enseigne que la variété est une bonne chose …
C’est alors que les deux garçons, soudainement enthousiastes, se lèvent pour rentrer voir Amalthée, la nymphe chèvre qui les attend :
- Amalthée ! Amalthée !... crient-ils, en rentrant dans la grotte. Nous avons appris la sagesse de l’arc-en ciel !...
Un peu plus tard, lorsque Zeus sera devenu un adulte, il mettra Amalthée la chèvre dans le ciel, pour la remercier de sa protection : pour cela, il a créé la constellation du Capricorne.
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15.03.2008
Avoir des ailes- en exclusivité
AVOIR DES AILES
Penser, oui, mais comment... Dans quel ordre ?... Quel désordre ?... Quelles images ?... La nature est sur Terre, et la Terre n'est posée sur rien. Que savons-nous du genre oiseau ? Que savons-nous du genre humain ?... Ah, si tout cela doit paraitre comme une réalité avérée, commençons alors par organiser ce qui se peut, intellectuellement... Point d'abstraction complexe : de la vie, de la vague, du rêve, et de la prospective, oui... Oui, de la prospective, c'est à dire : une manière d'avancer.
Penser, oui, mais dans quel ordre...
*
Le Soleil se lève ; la lumière parait. La petite lune s’abandonne, paisible, encore toute enveloppée du rayon solaire, toute chaude, et ainsi, elle s’alanguit ; elle passe de l’autre côté de la planète, en douceur… Le char d’or du Soleil lance ses flammes vers la Terre comme deux grands bras tendus ; le jaune de la lumière rejoignant le bleu de l’eau, le vert se crée, les arbres poussent, les fruits poussent, les fruits gonflent, les rivières circulent et les oiseaux volent et chantent, tout parfumés de gouttes. Les oiseaux volent en chantant et ils chantent en volant : tout est bon, pour l’aile, pour le rayon, pour le chant. Il existe des mystères et il existe des connaissances. Et les oiseaux ont des connaissances, et ils volent et ils chantent, ils font ce qu’ils ont à faire, maintenant. Ainsi les oiseaux travaillent, au-dessus des vagues. Ils donnent aux humains la mesure du Grand ciel, de l’atmosphère terrestre où leurs battements d’ailes forment des échos aux pensées : échos d’un corps qui s’élève, écho d’un regard en altitude, qui, placé en hauteur, embrasse beaucoup de choses à la fois, une multitude d’un seul Rayon ; écho d’une pensée qui veut voir la globalité. Alors cette pensée, placée en hauteur, percevant la multitude, est dans l’observation ; elle cherche le général dans le nombre, l’objectif dans le subjectif, la connaissance dans la vastitude … Voyant le monde de haut, de son observatoire céleste, de son judicieux bonheur, elle travaille à définir des essentiels, dans l’exploration, l’analyse, l’apprentissage…
Puis, d’un battement d’ailes, ayant noté des connaissances, elle redescend aimer, apprécier, participer, préférer ; elle redescend vers l’Unique, les Uniques, et s’approche en souriant de tout ce qui est, pour elle, précieux et personnel… Là-haut elle a laissé, aux neigeux sommets, le nombre, les lois générales, les classifications, les catégories ; elle redescend avec l’eau du courant, les passionnantes variations du relief, elle entre dans l’action, la préférence, l’immédiat, les relations...
*
Car elle est redescendue maintenant. D’un battement d’ailes, la pensée est redescendue. L’oiseau est redescendu. Les regards sont redescendus ; ils sont là, dans l’interaction. Ils sont présents maintenant. D’un battement d’ailes, elle est redescendue ; d’un toboggan vif et frais, d’un canoë dans une rivière de montagne, d’une route en voiture dont le ronron la berce, d’un sentier dans la montagne où ses pieds s’arrondissent dans les pierres, d’un ascenseur électrique qui la ramène du ciel à la terre, d’un escalier descendu, âme légère, pied sautillant… Ainsi, elle est redescendue, ainsi : sans avoir quitté la terre, sans avoir quitté le ciel : en passant d’un niveau de compréhension à un autre, du particulier au général et du général au particulier… En donnant la main à son rêve, elle est redescendue. Maintenant, elle participe, avec gaieté, avec clarté ; avec entrain et volupté.
*
L’air est frais : chargé d’eau, déchargé de limites. La profondeur du ciel, où passent des mouettes aux becs rouge qui jouent avec les courants d’air, la profondeur du ciel est une invitation au voyage. L’horizon parait la formule indépassable de la curiosité humaine.… Dans l’air, tout s’éparpille dans une explosion d’atomes apaisante à l’esprit, avec ses tons de bleus et ses vagues régulières. Au ciel - uniquement bleu !- pas de diversité, la répétition. Pas de complexité, l’unité parfaite. Monochromie apaisant la pensée, apportant comme une réponse unique aux pensées traversant. Formulant le grand tout, le mot magique : bleu, ciel, infini, unique, lyrique, foisonnant de simplicité, débordant d’unité, apologie, immensité, savoir unifié, amour humain pour ce qui le dépasse et le contient !... du moment qu’il y a de l’amour ; du moment qu’on a l’idée qu’un jour, deux regards flamboyants se rencontrent, se caressent, jouent, se mêlent, s’entremêlent, s’interpellent et créent des ribambelles, résonnent, se façonnent, se capitonnent ; se réjouissent, et en jouissent... Heureux, heureuse… Lorsqu’on observe le ciel, parfois on pense loin…La profondeur du ciel, la profondeur du monde, la profondeur du cœur humain. Et, si d’aventure on a le vertige, face à ce ciel qui s’étend jusqu’aux mystères de l’être, alors on sourit pour se rendre favorable, toutes ensembles, les forces du destin. Apologie des ailes.
*
Ainsi la pensée s’est étendue par l’expérience du vaste… Et maintenant elle arrive... Elle est redescendue… Elle est allée voyager, rencontrer d’autres vérités, une à une. Puis elle est arrivée à son port… Après avoir bien navigué, fleurté avec la vague, fleuri, immergée dans l’immense horizon, elle est arrivée à son port... D’accord… Vivante, elle a tracé dans les flots bleus, marché de port en port, jusqu’à l’heure d’embarquer ; elle a bien navigué, découvert le nouveau rivage, vu les îles de saison en saison, de rocher en rocher, de ponton en ponton ; elle a découpé l’aube en quartiers de soleil orangé ; elle a dansé dans le navire, elle a vu le soir, le matin, le miroir, les regards ; elle a bien navigué… Fendu les vents et les courants, inventé, innové, longé le long couloir dont la barrière métallique la protège des sortilèges d’une eau profonde au cœur humain. Elle a bien navigué, découvert, inventé, planté ici et là des éclats de soi-même, comme la vague est la même, comme la transe l’emmène, comme la lumière se pose sur le sommet du flot, comme on aime à trouver que tout cela est beau, et on aime s’y nourrir, y frémir, y grandir, y croître, bouger ses bras en algue, ouvrir son cœur en étoile de mer, et tanguer, tanguer, tanguer, comme la barque !... et découvrir encore !... Comme on aime l’ondulation amoureuse du dauphin, comme on aime le suivre, dans son amour du monde où ne battent que des coeurs ; comme on aime la nuit et le matin, et comme on aime aimer, préférer, susciter, rencontrer, ainsi sur le bateau, dans la fraîcheur des flots, voguant dans le pur bleu, bien calée dans l’azur, sur le pont fendant l’eau, renvoyant formes humaines à toutes formes du monde, le port étant la vraie forme d’aimer, l’amour étant la vraie forme du vrai... Vérité de la définition et définition de la vérité… Oui, après avoir bien navigué, elle est vraiment très contente d’arriver, contente de l’avoir fait : oui contente d’être là, dans le nouvel éclat…
*
Elle est neuve, nouvelle, recréée. Elle sourit sans penser. Elle a la bouche devant et le sourcil parfait. Elle s’amuse pour un rien. Elle joue de ses deux mains. Elle s’élève en marchant. Intrépide, et ouverte d’esprit : ici le monde immense et la bouche rougie... L’amour se trouve ici… Elle arrive dans le port. Le port est la vraie forme d’aimer, l’amour est la vraie forme du vrai... On trouve de tout ici. De quoi danser, de quoi manger, de quoi dormir, de quoi rêver… Et qui aimer… Et la pensée est neuve, recréée, nouvelle. Elle arrive dans son port... Le bateau ralentit. La machine s’assouplit, se donne à la douceur, devient souple et joyeuse, pour s’arrimer au relief… Marcher dans la ville… Désormais, la vie n’est un mystère que pour mieux nous charmer. La vérité se donne comme une information. Le port s’étale en rond. C’est un félin immense où on vient se lover. Ainsi, elle descend du navire, elle traverse le pont, que des hommes ont tendu. Elle regarde les cordes, qui tiennent le bâtiment par la force d’aimer. La science de débarquer… Et elle avance, avec esprit de décision. Elle connaît les réponses, elle connaît les questions. Elle pense à autre chose maintenant….L’écume prend les cheveux ; le sang circule ; les muscles s’informent ; le visage est entier ; la robe aspire l’air frais… Baignade… Tendre et fraîche… Un sentiment long, profond, sans fond, pour le brasier… Et le monde recommence, revient et apparaît… Il est neuf, nouveau, recréé. Aujourd’hui est le premier jour... Le premier jour de toujours. C’est le port où on a toujours rêvé d’arriver, le port qui a toujours rêvé nous aimer... Ainsi, en bonheur, et vérité… Car la vérité est la vie. La conscience est la vie. Rêves, illusions, réalités… On a coutume d’aimer les vérités qui nous rendent heureux… S’il existait une vérité triste que nul ne pourrait changer, nul ne voudrait la connaître, peut-être... Mais en vérité, dans l’immense univers, dans le cours de lumière, la vérité n’est jamais triste, est toujours gaie, est toujours vivante, est toujours vraie. Si quelqu’un sourit pour une rivière qui n’a jamais commencé à couler, ne devrait-il pas mieux sourire pour une rivière existante… Si elle n’existe pas encore, qu’il commence à creuser… Oui, que penses-tu du papillon se brûlant sur une ampoule électrique qu’il a prise pour un soleil. Alors, en bonheur, en vérité, avec nos phases de repos et nos phases de combativité, continuons d’avancer…
*
Comparé à la vague, géométrie de l’air, répétitive, la côte, variée, incarnée, sonore, est une apparition géniale… Toujours, l’inconnu et le connu se rencontrent ici, produisant l’étincelle bonne pour les yeux, pour le cœur et le corps. Dans l’idéal, un peuple fleuri, roucoulant, énergique apparaît. L’idéal n’est pas la réalité, comme son nom l’indique, mais il lui arrive de lui ressembler... Alors… On débarque du pont. Alors… On commence le jeu pour les invitations... Mon cher cœur… Partout !... Il y a des pistes, des fêtes, des cérémonies, des discussions, des jeux, des amours, du respect, de la poésie, des invitations… Certaines routes sont éclairées, d’autres n’ont pas encore de nom... Ici !... Dans l’atmosphère parfumée, géniale, géante, dans tous les va et viens, les charmes échangés, ici !... dans le ciel portuaire animé. Sur les chemins où il est bon de marcher.
Certains de ces chemins ont un nom, d’autres ne sont pas encore nommés. Certains s’appellent « Résous l’énigme », « Le mystère de toi-même » ; « Aime l’essentiel », « Bonheur et vérité », « Vérité à danser », « Amour et belles idées » ; d’autres « Viens t’amuser », « Les mille chemins de l’intensité », « Instants pour la légende de l’infini », « Vérité nue et habillée », « Un trésor est révélé», « Scintillements des neurones » « Nature, nature, nature », « Histoire d’amour et de liberté », « Life poetry », « Vie poésie » « Corps et esprit »… Et il y a tant de noms, tant de visages, et tant d’idées, et tant d’etc., et tant de chemins qui n’ont pas encore été nommés, et tant de noms qui savent bien stimuler, qu’on est vraiment très heureux d’arriver…
Et la pensée, redescendue de la montagne des généralités, débarquée du voyage où elle découvre les singularités, la pensée vient d’arriver : elle a commencé à se poser.
Elle a des ailes !
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