29.11.2008
J'apprends beaucoup de choses

PAROLES D’ENFANT
Extraits de mon cahier de catéchisme, 1977, 6 ans et demi
(Aujourd’hui, je ne crois pas en dieu, mais en la Nature.) Je précise qu'à l'heure d'aujourd'hui (8/7/9), j'ai rompu les liens avec ma famille d'origine, à savoir mes parents et leurs autres 4 enfants, qui se trouvaient être (...) mes petits frères et soeurs. Pourquoi j'ai rompu ce lien. Parce qu'à mes yeux, ils représentent quelque chose de malsain, de brutal, de très faible, dont le mensonge; à ce titre, je pense qu'ils ont toujorus eu peur de moi; c'est pourquoi, au delà de mon très jeune âge, (heureusement j'ai de très bonnes bases -alea jacta est, comme j'ai toujours dit) ils n'ont pas pu communiquer avec moi ; j'aime à me souvenir qu'ils ne sont pas représentatifs : c'est mon père lui-même qui me l'a dit un jour, lui qui m'a aussi donné des livres de "systèmique informatique", car ingénieur dans ce domaine ; dommage pour lui : car, en tant qu'aînée, en tant que fille d'une mère qui sortit des discussions intellectuelles au motif que, disait-elle, elle n'avait pas l'esprit, j'eus à discuter énormément avec mon père, qui, depuis l'enfance, m'expliquait par exemple son travail, ou plus tard essayait des discussions intellectuelles sur de nombreux sujets ; je me montrai toujours une interlocutrice attentive, sérieuse et concentrée, et il me confia la rationalité de ses connaissances... (que j'ai "toujours raison" est une des phrases que j'ai le plus entendu, adolescente)...
Du reste, dans ce style, ce monsieur aimait aussi dire qu'il n'aimait pas lire de livres ; la conscience les effrayait, je crois, telle fut la raison du fait que je me mis en parallèle d'eux dès l'enfance, cherchant dans les livres, les chats, la musique, la nature et les amis, la continuation de mon bonheur de petite fille née dans un contexte porteur (qui avait vu ensuite ses parents plonger dans la violence et le mensonge, dans lesquelles elle ne pouvait plus les reconnaître).
Dans ce contexte, je précise que j'aime la notion de famille, de parenté, de fraternité. Je souhaite avoir des enfants, ou en adopter, avec ma conscience et mes émotions pour guide... J'aime les enfants. Une grande soeur a de fait l'instinct de pédagogie. De plus, lorsque je naquis, je fus une sorte de petite star pour mes parents, et, comme c'était fondé sur l'idée que j'étais sage, c'est à mes yeux une belle histoire, très bellement ornée par les âmes élégantes et exigeantes qui se penchèrent sur mon berceau ; mon grand-père Gabriel Aury, médecin-écrivain de la Marine, de Charente-Maritime et de Versailles, que je respectais vraiment, était en réalité au sommet du système.
A vrai dire, qui lira ce texte ci-dessous verra ma psychologie, mon esprit. Enfant, j'étais une petite fille très sérieuse. On me loua d'ailleurs à plusieurs reprises pour ma "maturité", lorsque j'étais à l'école primaire.
Le problème avec ma famille d'origine (avec cette partie là de la famille) est justement lié à mon sérieux. Enfant joueuse, mais réflexive aussi, je lisais beaucoup, et donnai beaucoup d'importance aux idées, aux principes, à la morale. Lorsque, peu de temps après la rédaction du cahier ci-après, j'entendis ma mère mentir, je fus choquée et lui demandai des explications. Comme elle se mit en colère, j'écrivis à ma marraine, Béatrice, avec qui je partage ce prénom, pour lui raconter cela. En quelque sorte, le contraire de Camus, qui lui aimait plus sa mère que la justice, sauf que, pour aimer plus sa mère que la justice, il faut 1) que sa mère soit très gentille (à ce compte-là, on n'aurait pas envie de la juger) 2) qu'on ait peu de considération intellectuelle pour sa mère (car comment, si elle était quelqu'un de bien, pourrait-elle nier elle-même l'importance de la justice ?). Quand j'étais petite fille, ma mère me disait toujours de "m'occuper intelligemment", et comme j'étais rendue bien autonome par son attitude bizarre et suroccupée, je le fis plus que passionnant, écrivant, dessinant, lisant, bientôt non seulement pour être sérieuse, mais pour trouver les réponses à mes questions.
Mon père, de son côté -je ne donne pas leurs prénoms pour qu'ils ne soient pas identifiés, par contre, je dis maintenant ce que je pense - de son côté, avait déjà vite glissé dans la sous-sphère étouffée de l'arbitraire violent dans lequel il n'eut de cesse de se débattre tout le temps que je le connus, en lien je pense, avec ses problèmes personnels ; la Grèce et mes ami(e)s me sauvèrent de lui, et ma mère, qui ne comprenait pas grand-chose à la situation, me disait que "j'aimais plus les chats que les gens", ce qui n'était pas vrai : j'aimais certaines personnes autant que les chats (qui ont de petits nez n'est-ce pas)... Ce monsieur, par contre, aimait donner des coups de pieds aux chats de la maison qu'il appelait "sales bêtes"; se curait les dents à table, changeait de chaîne en cours de visionnage d'un film, ou était pris de fureurs soudaines -quoiqu'assez innoffensives-, par lesquelles il agissait en insensé total. Par exemple : un jour, j'avais environs 13 ans, des amis me raccompagnent à la maison après la piscine ; ma mère ayant reproché à mon père de ne pas les avoir salués, mon père entra dans une grande fureur, et cassa des chaises et d'autres objets. (il est à noter, comme dirait Chateaubrillant, qu'il avait un fort grand nez, mais, un grand nez ne fait pas toujours un méchant- Dans son cas, il semble que si).
On conçoit ce que le mensonge ou la brutalité des adultes peuvent avoir comme impact sur la pensée d'une petite fille éprise d'intelligence et de sérieux : cela commence par être incompréhensible, puis cela devient un objet d'analyse, dans le cadre d'une distance affective totale avec les adultes en question. C'est pourquoi, entre autres, peu de temps après avoir rédigé le gentil carnet de catéchisme ci-dessous, je me promis à moi-même de ne jamais devenir adulte. Toutefois, en réalité, il est une autre manière de dire les choses qui est que je fus toujours, à mon idée, adulte, car me considérant moi-même comme capable de penser.Au total, je pense que cette situation m'avait fait entrer dans une sorte d'apnée mentale que je commenterai plus tard afin de dire comment j'en sortis pour m'affirmer à nouveau : ma base d'identité est forte.
On peut voir dans mon carnet de catéchisme qu'à la base, j'étais pleine de bonne volonté, mais comment aurais-je pu m'entendre avec des adeptes du mensonges, brutaux et souffrants... De plus, grandissant, il s'avéra que, conformément à mon prénom me venant d'une arrière-arrière grand-mère maternelle, je ressemblai de plus en plus à cette branche de la famille, caractérisée par une culture bourgeoise et maritime, laquelle complexait tellement ce monsieur dit plus ou moins mon père, lui d'origine un peu populaire.
Je croyais à l'esprit, justement. Je sais que j'aime beaucoup de choses dans les deux familles dont je suis issue. Il va de soi que ce choix de mon prénom m'a toujours définie comme étant plus du côté maternel.
1977
(...)
Je danse, je grandis, je ne pleure pas, je pleure, je viens.
*
A l’école.
La maîtresse s’intéresse à moi, je suis son élève.
Je suis leur camarade, je compte pour eux.
Je grandis.
Mes tabliers sont trop petits.
Je lui fais des commissions.
Je pose beaucoup de questions.
Je deviens une grande.
*
Je commence à savoir toute seule si je fais bien.
J’étais contente de jouer avec mon copain, et lui aussi était content de jouer avec moi.
A l’école, je n’avais pas bien envie de suivre la lecture, mais je l’ai commème fais pour faire plaisir à la maîtresse.
*
Parce que ont peut leur lire des histoires et leurs apprendre à comter.
Pour faire de belles choses, et aussi des choses par ce que les autres en on besoin.
J’aime les fêtes.
*
Je suis pleine de VIE.
*
MES MAINS FONT DE BELLES CHOSES.
Avec mes mains je fais de beaux dessins.
Avec mes mains j’écrit des lettres.
Avec mes mains je prends des choses.
*
Je réfléchis.
Je pense.
*
J’apprends beaucoup de choses…
Je fais des exercices, des jeux, des dessins, de l’éveil et de la peinture.
*
Je sais me rappeler…
La grande joie pour mes parents quand j’étais petite c’était : Ma naissance, mon premier sourire et mes premiers pas.
A l’école, jai bien aimer écouter les disques.
*
Aime, partage, dis la vérité.
*
Nous sommes au printemps
A la maison, il y a des fleurs
2 sortes.
Je ne sais pas leurs noms.
Elle grossit, elle grandit.
Mon papa cultive des carottes, des radis et des épinards.
Elle a besoin d’eau et de lumière.
Les plantes viennent de graines.
*
Dieu notre père nous donne des animaux
Pour qu’ils fassent notre joie.
Chez moi, j’ai un chat blanc. C’est une chatte.
Elle aime le poisson.
On voit qu’ils sont contents parce qu’ils bougent la queue.
Les animaux grandissent.
Je protége mon chat en empêchant que les petits l’embête.
Papa et maman ont pris ce chat pour qu’il attrape les souris et les rats.
*
A la télé dans les journaux, on voit de belles choses…
Dans un livre, j’ai vu des grecs.
J’ai un atlas et j’ai décidé de le regarder.
Les hommes ont fabriquées les barques, les temples.
Seigneur, merci pour les arbres de la terre et les fleurs qui rendent jolis mon jardin.
*
Efel, il a inventé la tour efel.
***************
nb : quelque temps plus tard, j'avais environ 7 ans, la chatte de la maison devenue adulte vint me voir dans ma chambre, et commença à miauler à l'entrée de ma porte. Je compris qu'elle voulait que je la suive et me levai. Nous longeames un couloir, elle marchant devant, moi la suivant ; nous descendîmes un escalier ; elle tourna et longea un second couloir ; nous entrâmes dans une pièce, qu'elle traversa encore, moi la suivant encore. Devant une porte fermée, elle s'arrêta ; c'était une porte ouvrant sur un grenier. Je l'ouvris ; elle entra dans la pièce et alla s'installer dans un grand carton. Je l'accompagnais, m'installai à côté de la boîte, comme elle semblait vouloir que je sois là. Alors, elle se mit à ronronner fortement, comme pour se rassurer, et commença à mettre bas ses petits. Je restai près d'elle, heureuse et contente de sa confiance.
08:37 Publié dans Les cahiers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.09.2008
Le poème de l'enfant
Ces jours-ci, période suspendue avant complétude de la rélecture totale de mon manuscrit, jusqu'ici intitulé sur mon blog "le chat qui parlait", et dont je changerai le titre.... Période concentrée pour choisir les maisons d'édition à qui envoyer le manuscrit.
Voici un poème non daté, que j'ai écrit à l'école primaire.
L’enfant dessine un oiseau
Qui s’envole au bord de l’eau.
L’enfant dessine une grenouille
Qui le gicle et le mouille.
L’enfant dessine un renard
Qui mange le canard.
L’enfant dessine une abeille
Pendant que l’ours mange son miel.
L’enfant me dessine,
Dans ma piscine
En train de finir ma poèsie.
Et de me demander pourquoi est-ce que je dessinerai moi aussi !
22:48 Publié dans Les cahiers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.08.2008
Liberté et dépendance
Voici, pour votre distraction, information et réflexion, une petite rédaction que j'écrivis au collège, à l'âge de 14 ans. La semaine prochaine, j'irai déposer mon manuscrit "le chat qui parlait humain" aux maisons d'édition, n'ayant pas eu le temps de le faire jusqu'à présent...
Peu à peu, je me dévoile et je m'informe. Cette petite rédaction montre un peu le fond de mon âme et ma vision du monde à l'adolescence. C'est un petit moment de douceur poétique décoré d'ardeur juvénile, au sujet de la liberté et de l'indépendance. Comme ce thème fut alors très important pour moi, et je me promis de ne jamais oublier ma vision du monde à cet âge, je le dédie à tous les adolescents d'aujourd'hui pour leur suggérer de trouver les ressources en eux-mêmes.
Il a été écrit au collège "Jacques Prévert" d'Heyrieux, dans l'Isère (Dauphiné). (nb : je suis née en région parisienne).
*
Le sujet : "Vous est-il déjà arrivé de vous heurter à des adultes ? Dans quelles circonstances ? Comment avez-vous réagi ? Quels ont été vos sentiments ?"
*
Cela leur avait paru normal que je n'y aille pas, à cette boum. Après tout, leurs parents à eux ne les laissaient pas sortir le soir. Moi, évidemment, je l'avais mal pris. Mais cette interdiction avait été pour moi la preuve que j'étais sous leur joug. Ca avait été la preuve que malgré mes airs insolents et cyniques, malgré mon attitude souvent forte et obstinée, j'étais plus que jamais dépendante...
C'était un soir tiède de septembre. Un de ces soirs où on entend au loin s'amuser les enfants, où le vent doucement fait frissonner les arbustes et où la douce lumière estivale, qui doucement s'estompe, effleure les maisons. Je marchais d'un pas léger ; derrière moi, à quelques kilomètres, dans une vieille baraque en bois, j'avais laissé mes amis. La musique, l'ambiance, leurs rires aussi, j'en étais encore impregnée... Ce soir, je les reverrai ; nous irions à une boum ensemble, avions-nous décrété.
Je gravis les marches et poussai la lourde porte. J'étais au septième Ciel, sans doute. Ce que nous allions nous amuser !
Je posai mes affaires. Puis rentrai dans la cuisine. Tout le monde était attablé. Une odeur de pommes de terre brûlées et de viande parfumée planait dans la pièce. J'embrassai -chafouine- mes parents, puis déclarais -comme une décision irréversible- que je sortais, ce soir là.
Tout le monde s'était tu et il me sembla que j'avais commis une erreur. - Tu sors où ? me demanda mon père d'un ton sec. Ma mère, alors, reposa dans son assiette la cuillérée qu'elle allait enfourner et m'expliqua qu'il n'en était pas question. J'avais du travail pour la rentrée, j'avais déjà vu mes amis l'après-midi, je rentrerai trop tard etc. Bref, aucune discussion n'était possible puisqu'IL N'EN ETAIT PAS QUESTION.
Je dois reconnaître que je tombais de haut. Je me mis à crier que j'en avais assez, que ça n'était pas juste, et pourquoi toujours non, et pourquoi n'irai-je pas puisque tout était arrangé. Et puis d'ailleurs, tout le monde y allait, et jamais moi, et que j'en avais assez de cette baraque, et que...
- Monte dans ta chambre! me coupa mon père.
Je partis violemment, claquant la porte -ainsi que l'on me l'avait demandé. Je m'assis par terre sur ma grande moquette. Je pris un miroir. Je me regardai pleurer.
Puis, après avoir pris quelques affaires auxquelles je tenais particulièrement -dont une photo de ma meilleure amie-, je sortis. Une fois dehors, je courrus très vite, à travers les champs ; je me tapis dans les maïs, je m'écorchai aux ronces, aux fils de fer. Je m'arrêtai plus loin dans un grand pré où je m'allongeai. L'herbe me chatouillait les narines. Je respirai doucement, écoutant mon corps. Je ris un peu. J'avais retrouvé de ma sérénité. Mes yeux s'ouvrirent à la nature, au monde. Je regardai le ciel, la myriade d'étoiles, les lumières au loin, entendis des aboiements dans le lointain.
Le sol s'humidifiait lentement, une fine rosée se déposa sur mon sac, alors je me levai et rentrai doucement, sifflotant une chanson de Brel.
A la maison, personnne ne s'était aperçu de mon absence, alors je regagnai ma chambre, riant de mes impulsions. Après tout, je pouvais toujours lire un bouquin, ce soir, ou écrire à Y... J'acceptai alors, pour un soir, ma dépendance, me résignant à y trouver quelque chose d'exhaltant....
8 mai 1985
*
nb : L'année d'après, en 1986, je vais en Grèce pour la première fois, à l'âge de 15 ans, et je ressens immédiatement une intense affinité et un immense bonheur dans ce pays où la liberté est manifestement présente (au delà de questions annexes comme la présence de la tradition). D'ailleurs, la première chose que je fis arrivée sur l'île grecque, fut d'aller en discothèque secrètement avec ma copine. Là, je peux dire que, pour s'amuser, nous nous sommes franchement énormément amusées : danse, musique, wisky-coca, moto la nuit, dragues, plage, baignades au clair de lune etc... J'avais été invitée à ce voyage par une amie parisienne de la rue rambuteau, rencontrée en colonie de vacances. Ensuite, je reviens de voyage aussi avec une histoire d'amour avec un Grec, qui va durer 7 ans, à laquelle mes parents vont commencer par s'opposer (menaces, police, interdictions bravées; escalade de maisons la nuit -à noter que ma prof de français, grâce lui soit rendue, Mme Beloud, nous avait accueillis...) puis qu'ils finissent par accepter...
Depuis 2003, j'ai repris les voyages libres en Grèce. En grec, "libre" est aussi un prénom "Léftéris". On voit aussi ici ou là en Grèce des "rues des hommes libres"... Maintenant, comme toujours, je travaille l'équilibre entre la fougueuse Grèce et l'Hexagone, les deux sources principales de ma culture, même si, par la suite, j'en découvris bien d'autres. Pour les lecteurs, pour partager ma connaissance de ce pays et transmettre ce frisson de liberté et d'épanouissement, j'ai deux carnets de voyage en Grèce, "Jubilation géométrique" et "Le bruit de l'eau". J'ai aussi mes photos et des travaux mêlant dessins et photographies pour lesquels je vais probablement chercher des galeries. Et puis j'y retourne à l'été 2009. Espérons que la France sera passionnante d'ici là.

14:09 Publié dans Les cahiers | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note















